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Le Conseil des droits de l'homme ouvre les travaux de sa trente-septieme session

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26 février 2018

MATIN

Le Secrétaire général de l’ONU plaide pour une mise en œuvre immédiate de la résolution 2401 du Conseil de sécurité

GENEVE (26 février 2018) - Le Conseil des droits de l'homme a ouvert ce matin, au Palais des Nations à Genève, les travaux de sa trente-septième session en entendant des déclarations du Secrétaire général des Nations Unies, M. António Guterres; du Président de l’Assemblé générale des Nations Unies, M. Miroslav Lajčàk ; du Haut-Commissaire aux droits de l'homme, M. Zeid Ra'ad Al Hussein; et de M. Ignazio Cassis, Chef du Département fédéral des affaires étrangères de la Confédération suisse.

À l’ouverture de la séance, le Président du Conseil, l’Ambassadeur Vojislav Šuc de la Slovénie, a fait adopter le programme de travail modifié qui prévoit notamment que, pour les sessions du Conseil de cette année, les réunions-débats thématiques se fassent sur une durée de deux heures au lieu de trois.

Dans son allocution, le Secrétaire général des Nations Unies a plaidé pour une mise en œuvre immédiate de la résolution 2401 du Conseil de sécurité, qui réclame une cessation des hostilités en Syrie pour au moins 30 jours.  Il a rappelé à toutes les parties le droit international humanitaire et le droit international relatif aux droits de l'homme et leur obligation absolue de protéger les civils et les infrastructures civiles en tout temps.  Les efforts visant à combattre le terrorisme ne l’emportent pas sur ces obligations, a souligné M. Guterres.  

Rappelant que cette année marque le 70e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme, le Secrétaire général a rappelé que ce texte établit que le respect des droits de l'homme est la meilleure stratégie de prévention. Toutes les situations de crise qu’examine actuellement le Conseil de sécurité s’accompagnent invariablement de violations des droits humains et d’atteintes à ces droits, a insisté le Secrétaire général, avant d’indiquer que son bureau était prêt à aider le Conseil à renforcer son rôle de prévention. C’est uniquement en respectant et en promouvant les droits humains que nous pourrons tenir notre objectif fixé dans le Programme 2030 : assurer l’avènement de sociétés diverses, inclusives, pacifiques et viables à long terme sur une planète saine, a-t-il souligné.  Il a en outre insisté sur la nécessité de surmonter la fausse dichotomie entre droits de l'homme et souveraineté nationale.  

Le Président de l'Assemblée générale a pour sa part rappelé que l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l'homme avait confirmé quelque chose d’essentiel, à savoir que tous les êtres humains, quels qu’ils soient et où qu’ils soient, ont les mêmes droits fondamentaux – des droits qui ne peuvent jamais leur être retirés.  Il a ensuite insisté sur le lien qui existe entre droits de l'homme et paix, auquel, selon lui, il convient de toute urgence d’accorder davantage d’attention.  Les Nations Unies doivent faire davantage pour prévenir les conflits, plutôt qu’y réagir, et les droits de l’homme jouent un rôle déterminant à cette fin, a souligné M. Lajčàk, avant d’indiquer qu’en avril prochain, il convoquerait un événement de haut niveau, à New York, sur la consolidation et la pérennisation de la paix, afin d’«accélérer nos efforts pour recadrer notre système international autour de la prévention».  

Dans sa dernière allocution avant la fin de son mandat, le Haut-Commissaire aux droits de l’homme, a vivement salué l’adoption très récente par le Conseil de sécurité, à l’unanimité, de la résolution 2401 demandant d’observer un cessez-le-feu d’au moins trente jours en Syrie et a insisté sur la nécessité d’une mise en œuvre immédiate de cette résolution. Cette résolution.  La Ghouta orientale et les autres zones assiégées en Syrie, l’Ituri et les Kasaïs en République démocratique du Congo, ou encore Taiez, au Yémen, le Burundi et l’Etat de Rakhine au Myanmar sont devenus les abattoirs d’êtres humains les plus proéminents des temps modernes, car peu est fait, préventivement ou collectivement, pour éviter ces horreurs qui se multiplient, a poursuivi M. Zeid, avant de rappeler que le Haut-Commissariat n’avait eu de cesse d’attirer l’attention de la communauté internationale sur les violations des droits de l’homme, appels qui auraient dû conduire à des mesures préventives. Or, « à chaque occasion, l’action a été minime », a-t-il constaté.

Outre celle des auteurs directs des atteintes aux droits de l’homme, à savoir ceux qui tuent et mutilent, la responsabilité de la poursuite de telles souffrances incombe aux cinq membres permanents du Conseil de sécurité, a déclaré le Haut-Commissaire.  Tant qu’ils utilisent leur veto (au Conseil de sécurité) dans l’objectif avoué de bloquer l’unité dans l’action lorsque celle-ci est pourtant si nécessaire puisqu’elle pourrait alléger les souffrances extrêmes de personnes innocentes, ces membres permanents (du Conseil de sécurité) doivent en répondre aux victimes.  Dans ce contexte, le Haut-Commissaire a salué le leadership louable joué par la France, au sein des « P5 », en se faisant le chantre du code de conduite dans l’utilisation du veto, suivie en cela par le Royaume-Uni dans le cadre de cette initiative désormais appuyée par plus de 115 pays. Il est temps que la Chine, la Fédération de Russie et les Etats-Unis s’y joignent et mettent fin à l’utilisation pernicieuse du veto, a-t-il appelé de ses vœux.

M. Cassis a quant à lui souligné que pour bâtir la prospérité, le monde a besoin de systèmes d’échanges stables et de débouchés pour les exportations. La clé est l’état de droit, c’est-à-dire un système fondé sur la loi et non pas sur la loi du plus fort. En formulant des droits universellement reconnus, la Déclaration universelle des droits de l'homme contribue au renforcement de cet état de droit. Alors oui, la Déclaration universelle des droits de l’homme a encore toute sa raison d’être, a affirmé M. Cassis. Le monde est à la recherche de solutions pour garantir la paix, la prospérité et la sécurité pour tous, a-t-il poursuivi.  Dans ce contexte, la Suisse propose deux axes prioritaires d’engagement : il faut s’engager à ce que les synergies entre les trois piliers de l’ONU soient davantage exploitées et renforcer l’architecture internationale des droits de l’homme, a indiqué M. Cassis, avant d’insister sur la nécessité de se mobiliser pour que le Haut-Commissariat dispose du soutien politique et des moyens suffisants pour rester au cœur du système mondial de protection et de promotion des droits de l’homme.

Après ces déclarations d'ouverture, le Conseil entamait ce matin son débat de haut niveau, au cours duquel il doit entendre – jusqu’en milieu de semaine – les hauts dignitaires de plus d'une centaine de pays.

Aperçu des déclarations

Ouvrant les travaux de la session, le Président du Conseil des droits de l'homme, l’Ambassadeur Vojislav Šuc de la Slovénie, a tout d’abord fait adopter le programme de travail modifié qui prévoit notamment que pour les sessions de cette année les réunions-débats thématiques (panels) se fassent chacune sur une durée de deux heures au lieu de trois. Le Président du Conseil a remercié le Conseil de l’avoir désigné comme Président et a réaffirmé sa volonté que les débats au sein du Conseil respectent la dignité inhérente à cet organe. Il a insisté sur le fait qu’il en va de l’intérêt de tous de préserver un champ d’action sûr pour les représentants de la société civile et des institutions nationales des droits de l’homme, bien au-delà du mandat du Conseil. M. Šuc a expliqué que le nouveau site Internet du Conseil venait d’être mis en ligne ; il continuera d’être perfectionné au cours des mois à venir, notamment pour permettre la publication de l’ensemble des documents dans les six langues officielles des Nations Unies.

Mr. Miroslav Lajčàk, Président de l’Assemblée générale des Nations Unies, a présenté sa vision du rôle du Conseil dans le monde actuel en soulignant en premier lieu le travail de cet organe en matière d’établissement et de renforcement des normes (de droits de l’homme).  En décembre prochain, le monde célèbrera le soixante-dixième anniversaire de l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme, a rappelé M. Lajčàk.  Cette Déclaration a constitué une réalisation historique et a permis à la plupart d’entre nous de grandir dans un monde de droits de l'homme universellement acceptés ; aussi, il peut être aisé d’oublier que tel ne fut pas toujours le cas.  L’adoption de la Déclaration universelle des droits de l'homme a confirmé quelque chose d’essentiel, à savoir que tous les êtres humains, quels qu’ils soient et où qu’ils soient, ont les mêmes droits fondamentaux – des droits qui ne peuvent jamais leur être retirés.  Il y a 70 ans, cela était considéré comme novateur, mais aujourd’hui, c’est là l’une des normes de notre ordre international les plus établies et acceptées ; et cette norme constitue la racine de notre système international de droits de l'homme.  

Depuis sa création en 2006, a poursuivi le Président de l’Assemblée générale, le Conseil a étoffé son propre acquis normatif ; son rôle n’est pas seulement de renforcer la norme fondamentale établie par la Déclaration universelle des droits de l'homme, mais aussi d’en fixer et d’en créer de nouvelles normes, ce qu’il n’a pas manqué de faire, qu’îl s’agisse des droits des peuples autochtones ou de lien entre entreprises et droits de l'homme, par exemple.  Les travaux qui se déroulent ici, au Palais des Nations, peuvent avoir un impact direct et tangible sur le terrain.  Qu’il s’agisse de l’examen périodique universel, de l’établissement de missions d’enquête ou de missions d’établissement des faits, ou encore de la création de mandats de rapporteurs spéciaux ou d’experts indépendants, tout part d’une salle comme celle-ci. Mais, l’impact du Conseil se fait également sentir sur les deux autres piliers des Nations Unies et sert à renforcer d’autres domaines d’action des Nations Unies.  Ainsi, par exemple, l’obligation redditionnelle peut renforcer la primauté du droit et instaurer la confiance dans les institutions nationales, ce qui peut contribuer à la réalisation des Objectifs de développement durable à l’horizon 2030 ; ou encore, l’accès à l’éducation peut engendrer une société plus prospère et pacifique, sur le long terme, a précisé le Président de l’Assemblée générale.  Il a ensuite tenu à insister sur le lien qui existe entre droits de l'homme et paix, auquel, selon lui, il convient de toute urgence d’accorder davantage d’attention.  Les Nations Unies doivent faire davantage pour prévenir les conflits, plutôt qu’y réagir, et les droits de l’homme jouent un rôle déterminant à cette fin. Les violations des droits de l’homme sont des signes avant-coureurs de conflits, a expliqué M. Lajčàk. Il a indiqué qu’en avril prochain, il convoquerait un événement de haut niveau, à New York, sur la consolidation et la pérennisation de la paix, afin d’« accélérer nos efforts pour recadrer notre système international autour de la prévention » ; le Président de l’Assemblée générale a ajouté que son équipe s’efforçait de veiller à ce que les droits de l'homme irriguent l’ensemble de ce processus.

M. Lajčàk a insisté sur la nécessité de renforcer les liens entre les trois piliers et entre les différents bureaux des Nations Unies. Il y a des personnes qui, en ce moment-même, comptent sur le Conseil : des personnes qui se trouvent actuellement incarcérées non pas pour avoir tué ou volé, mais pour avoir écrit ou parlé afin d’exprimer ce qu’elles pensaient ; des personnes qui sont dans des usines étroites et irrespirables alors qu’elles devraient être à l’école ; des personnes qui vivent dans la crainte de la police secrète parce qu’elles se battent pour les droits des autres ; des personnes qui souffrent physiquement ou émotionnellement en raison de la personne qu’elles aiment ou du dieu qu’elles vénèrent.  Toutes ces personnes appellent, de partout dans le monde, et nous devons les entendre et leur répondre, a conclu le Président de l’Assemblée générale.

M. ANTÓNIO GUTERRES, Secrétaire général des Nations Unies, a souligné que c’était la première fois qu’il prenait la parole devant un organe des Nations Unies depuis l’adoption samedi par le Conseil de sécurité de la résolution 2401 réclamant une cessation des hostilités en Syrie pour au moins 30 jours.  Aussi, rappelant que les résolutions du Conseil de sécurité n’ont de sens que si elles sont effectivement appliquées, a-t-il plaidé pour que cette résolution soit immédiatement mise en œuvre et soutenue, en particulier pour assurer l’accès immédiat et sans entrave de l’aide humanitaire, l’évacuation des personnes gravement malades et blessées et alléger les souffrances du peuple syrien. « Comme vous le savez, les Nations Unies sont prêtes à faire leur part », a ajouté le Secrétaire général.  Soulignant avoir dit au Conseil de sécurité, il y a quelques jours, que la Ghouta orientale ne pouvait attendre, M. Guterres a déclaré ce matin devant le Conseil des droits de l'homme qu’il était « grand temps de mettre un terme à cet enfer sur Terre ».  Le Secrétaire général a rappelé à toutes les parties le droit international humanitaire et le droit international relatif aux droits de l'homme et leur obligation absolue de protéger les civils et les infrastructures civiles en tout temps.  Les efforts visant à combattre le terrorisme ne l’emportent pas sur ces obligations, a ajouté le Secrétaire général des Nations Unies.

M. Guterres a ensuite dit être honoré de prendre la parole devant le Conseil des droits de l'homme alors que cette année marque le 70e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme, un « puissant instrument » qui, depuis 70 ans, « contribue à transformer en profondeur le monde dans lequel nous vivons » et « reconnaît l’égalité et la dignité de tous les êtres humains.  « Tous les gouvernements ont le devoir de permettre à chacun d’exercer ses droits et libertés inaliénables», a insisté le Secrétaire général.  Il a précisé que, lorsque l’on fait référence aux droits humains, on fait référence à l’ensemble des droits civils, politiques, économiques, sociaux être culturels, dont le caractère universel a été reconnu dans la Déclaration. La Déclaration universelle des droits de l'homme établit également que le respect des droits de l'homme est la meilleure stratégie de prévention, a-t-il poursuivi. C’est le mépris de ces droits qui a conduit aux actes de barbarie qui ont été commis durant la Seconde Guerre mondiale, a-t-il rappelé, ajoutant que dans le monde d’aujourd’hui, c’est aussi en assurant la primauté de ces droits que l’on peut prévenir les conflits. Toutes les situations de crise qu’examine actuellement le Conseil de sécurité s’accompagnent invariablement de violations des droits humains et d’atteintes à ces droits, a insisté le Secrétaire général, avant d’indiquer que son bureau était prêt à aider le Conseil à renforcer son rôle de prévention. C’est uniquement en respectant et en promouvant les droits humains que nous pourrons tenir notre objectif fixé dans le Programme 2030 : assurer l’avènement de sociétés diverses, inclusives, pacifiques et viables à long terme sur une planète saine, a-t-il souligné, avant de rappeler que la diversité est une source de richesse pour toute société.

Il ne s’agit pas de nier les progrès qui ont été réalisés ces 70 dernières années, a poursuivi le Secrétaire général. A travers le monde, les peuples ont progressivement acquis plus de libertés et d’égalité, a-t-il souligné. Les choses se sont améliorées en ce qui concerne la misère économique profonde et l’exploitation, tandis que les droits des femmes, des enfants, des victimes de discrimination raciale et religieuse, des peuples autochtones et des personnes handicapées ont progressé. Les auteurs des violations de droits de l'homme les plus horribles ont été traduits devant des tribunaux internationaux. Mais, dans la pratique, a rappelé M : Guterres, des gens dans le monde entier voient leurs droits de l'homme restreints voire totalement niés.  L’inégalité entre les sexes reste une question pressante ; la xénophobie, le racisme et l’intolérance se répandent ; les partis et points de vue d’extrême droite ressurgissent ; les réfugiés et les migrants voient souvent leurs droits niés et sont injustement et faussement diabolisés comme constituant une menace pour les sociétés ; des approches du contrôle des stupéfiants qui ne se soucient que de faire appliquer la loi ont engendré la violence et des violations des droits de l'homme, sans parvenir à réduire l’usage et la fourniture de drogues ; dans plusieurs cas, un accent accru mis sur la lutte contre le terrorisme érode le respect des droits fondamentaux ; les médias sont de plus en plus attaquées dans toutes les régions ; et l’espace de la société civile – et en particulier des défenseurs des droits de l'homme – se rétrécit et devient toujours plus dangereux.  

Il ne s’agit là que de tendances générales, a souligné le Secrétaire général, avant de s’attarder sur la situation des musulmans Rohingya au Myanmar – l’une des populations qui est le plus victime de discriminations à travers le monde et ce, depuis bien avant la crise de l’année écoulée.  La communauté Rohingya a désespérément besoin d’une assistance immédiate, de solutions à long terme et de justice, a insisté M. Guterres, appelant le Gouvernement du Myanmar à assurer un accès humanitaire sans entraves dans l’État de Rakhine et la communauté internationale à venir en aide à ceux qui ont fui vers le Bangladesh.

Il faut défendre les droits de l'homme de manière impartiale et sans double standard, a souligné le Secrétaire général.  Il a rappelé que les États Membres avaient défini le droit international relatif aux droits de l'homme et l’avait placé au cœur-même des Nations Unies.  Pourtant, subsiste une certaine résistance à soutenir l’action des Nations Unies dans le domaine des droits de l'homme, a-t-il fait observer, avant d’insister sur la nécessité de surmonter la fausse dichotomie entre droits de l'homme et souveraineté nationale.  En effet, la réalisation des droits de l'homme renforce les États et les sociétés, renforçant de ce fait la souveraineté, a-t-il expliqué.  Si nous avions accordé davantage d’attention aux droits de l'homme globalement au cours de ces deux dernières décennies, des millions de vies auraient pu être sauvées, a-t-il insisté, indiquant travailler actuellement pour assurer que les Nations Unies placent la défense et la promotion des droits de l'homme au cœur de tous leurs efforts.  Il est impératif pour le Conseil – et pour les Nations Unies dans leur ensemble – de mettre davantage l’accent sur la mise en œuvre et sur le suivi au niveau national.  Rappelant que les Nations Unies aident notamment à l’élaboration des lois et de politiques conformes aux normes concertées et à la mise sur pied de capacités institutionnelles propres à en assurer le respect et aident aussi les victimes de crimes internationaux à faire valoir leurs droits, il a souligné que toutes ces interventions des Nations Unies requièrent des fonds.

M. Guterres a fait part de sa profonde admiration pour le courage et le sacrifice des défenseurs des droits de l'homme et a indiqué qu’il ferait rapport sur les défis auxquels ils sont confrontés lors de la prochaine session de l’Assemblée générale.  Il a ensuite présenté ses condoléances personnelles suite au récent décès d’Asma Jahangir, qui fut Rapporteuse spéciale au Conseil des droits de l'homme.  Enfin, le Secrétaire général a tenu à saluer le Haut-Commissaire aux droits de l'homme, M. Zeid Ra'ad al-Hussein, pour son travail et l’a remercié pour son service aux Nations Unies et en faveur de la cause des droits de l'homme.

Dans sa dernière allocution avant la fin de son mandat, M. ZEID RA’AD AL HUSSEIN, Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, a vivement salué l’adoption très récente par le Conseil de sécurité, à l’unanimité, de la résolution 2401 demandant d’observer un cessez-le-feu d’au moins trente jours en Syrie.  Il a également applaudi la Suède et le Koweït pour leur rôle de chefs de file au sein du Conseil de sécurité et a insisté sur la nécessité d’une mise en œuvre immédiate de cette résolution. Cette résolution, a-t-il ajouté, intervient dans un contexte de sept années d’échec pour faire cesser la violence – sept années de « tueries de masse continues et effroyables ».

La Ghouta orientale et les autres zones assiégées en Syrie, l’Ituri et les Kasaïs en République démocratique du Congo, ou encore Taiez, au Yémen, le Burundi et l’Etat de Rakhine au Myanmar sont devenus les abattoirs d’êtres humains les plus proéminents des temps modernes, car peu est fait, préventivement ou collectivement, pour éviter ces horreurs qui se multiplient, a poursuivi M. Zeid, avant de rappeler que le Haut-Commissariat n’avait eu de cesse d’attirer l’attention de la communauté internationale sur les violations des droits de l’homme, appels qui auraient dû conduire à des mesures préventives. Or, « à chaque occasion, l’action a été minime », a-t-il constaté.

Outre celle des auteurs directs des atteintes aux droits de l’homme, à savoir ceux qui tuent et mutilent, la responsabilité de la poursuite de telles souffrances incombe aux cinq membres permanents du Conseil de sécurité, a déclaré le Haut-Commissaire.  Tant qu’ils utilisent leur veto (au Conseil de sécurité) dans l’objectif avoué de bloquer l’unité dans l’action lorsque celle-ci est pourtant si nécessaire puisqu’elle pourrait alléger les souffrances extrêmes de personnes innocentes, ces membres permanents (du Conseil de sécurité) doivent en répondre aux victimes.

Dans ce contexte, le Haut-Commissaire a salué le leadership louable joué par la France, au sein des « P5 », en se faisant le chantre du code de conduite dans l’utilisation du veto, suivie en cela par le Royaume-Uni dans le cadre de cette initiative désormais appuyée par plus de 115 pays. Il est temps que la Chine, la Fédération de Russie et les Etats-Unis s’y joignent et mettent fin à l’utilisation pernicieuse du veto, a-t-il appelé de ses vœux.

M. Zeid a remarqué que certains Etats considèrent les droits de l’homme comme une valeur secondaire, bien moins importante que la croissance du PIB ou la géopolitique ; or, il s’agit bien d’un des trois piliers des Nations Unies, qui n’est tout simplement pas traité sur un pied d’égalité avec les deux autres piliers, a-t-il souligné.  A cet égard, le volume budgétaire (consacré aux droits de l'homme) en dit long, a poursuivi le Haut-Commissaire. Il a déploré que les droits de l'homme soient considérés à New York comme étant une question « trop sensible » qu’il serait plus recommandable de « laisser à Genève », ce qui a pour conséquence que les crises ne font que s’aggraver. Pourtant, a fait observer M. Zeid, les guerres les plus dévastatrices de ces 100 dernières années découlent du manque de respect et du déni des droits de l’homme.  

Aujourd’hui, l’oppression est de nouveau à la mode, a insisté le Haut-Commissaire. Les xénophobes et les racistes européens n’ont aucune peine à s’exprimer, comme Viktor Orban, en Hongrie.  Lorsqu’un chef d’Etat élu blâme les juifs d’êtres eux-mêmes responsables de l’Holocauste, comme on l’a récemment entendu en Pologne, il faut se demander si le monde n’est pas devenu fou, a ajouté le Haut-Commissaire.  Il a également évoqué le cas de la condamnation à 30 ans d’emprisonnement de jeunes filles salvadoriennes ayant recouru à l’avortement, ou encore l’emprisonnement massif de journalistes en Turquie et le traitement inouï réservé au Rohingya au Myanmar. Saluant l’héroisme et l’altruisme des organisations humanitaires, il a en revanche fustigé le manque d’action et la « passivité de tous ».  Plus que jamais, nous défendrons les droits de l’homme à l’occasion du 70ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, a déclaré M. Zeid.  Il a conclu (sous un tonnerre d’applaudissements) en affirmant que ce fut un grand d’honneur pour lui, dans sa vie, d’avoir eu à travailler avec les défenseurs des droits de l’homme et d’avoir pu agir pour eux et avec eux.

M. IGNAZIO CASSIS, Chef du Département fédéral des affaires étrangères de la Confédération suisse, a souligné que pour bâtir la prospérité, le monde a besoin de systèmes d’échanges stables et de débouchés pour les exportations. La clé est l’état de droit, c’est-à-dire un système fondé sur la loi et non pas sur la loi du plus fort. En formulant des droits universellement reconnus, la Déclaration universelle des droits de l'homme contribue au renforcement de cet état de droit. Alors oui, la Déclaration universelle des droits de l’homme a encore toute sa raison d’être, a affirmé M. Cassis.

La Suisse entend se montrer solidaire avec le monde, a poursuivi M. Cassis; c’est pourquoi elle s’est fixée comme mission de contribuer à soulager les populations dans le besoin et à lutter contre la pauvreté ainsi qu’à promouvoir le respect des droits de l’homme, la démocratie et la coexistence pacifique des peuples. Se tournant vers l’avenir, le Chef du Département fédéral des affaires étrangères a souligné que l’existence d’un système international fonctionnel reposant sur les droits de l’homme n’a rien d’une évidence et que dans plusieurs régions du monde, on assiste à des violations systématiques des droits de l’homme ainsi qu’à l’émergence ou la persistance de nouvelles dynamiques de conflits. Par ailleurs, dès le début du nouveau siècle, le phénomène du terrorisme et de l’extrémisme violent ainsi que l’entrée dans l’ère numérique ont légitimé un plus grand besoin de sécurité, a fait observer M. Cassis. Le monde est à la recherche de solutions pour garantir la paix, la prospérité et la sécurité pour tous, a-t-il souligné.  Dans ce contexte, la Suisse propose deux axes prioritaires d’engagement : il faut s’engager à ce que les synergies entre les trois piliers de l’ONU soient davantage exploitées et renforcer l’architecture internationale des droits de l’homme.

M. Cassis a par ailleurs souligné le rôle indispensable du Haut-Commissaire aux droits de l’homme ; il faut se mobiliser pour que le Haut-Commissariat dispose du soutien politique et des moyens suffisants pour rester au cœur du système mondial de protection et de promotion des droits de l’homme, a-t-il déclaré. Pour conclure, il a relevé que 70 ans après l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme, il fallait renouveler l’engagement de chacun, dans le même esprit visionnaire et courageux que celui ayant présidé à l’adoption de la Déclaration, en faveur de la mise en œuvre réelle des droits de chaque être humain.

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