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Après plus d’un demi-siècle, une communauté obtient justice


Mais pour Ikawana Tafara, le Président de la Rastafari Coral Gardens Benevolent Society (RCGBS), l’attente – bien que difficile, cruelle et parfois totalement discriminatoire – en valait la peine. Cette attente s’est finalement soldée par la reconnaissance de la faute; et devrait se traduire par une indemnisation. Justice a finalement été rendue.

" Il fallait obtenir justice car nous vivons en permanence avec les survivants directs des atrocités qui ont été perpétrées. C’était le début du processus de demande en réparation auprès du gouvernement ... pour ce qui, selon nous, était une cause légitime et nous étions convaincus de la victoire du bien sur le mal dans la situation d’alors, " a-t-il déclaré.

Les 11 et 12 avril 1963, des violences ont éclaté à Coral Gardens, une petite ville à une quinzaine de kilomètres de Montego Bay, quand un groupe de six Rastafaris a mis le feu à une station-service. L’intervention et la descente de police qui ont suivi ont entraîné des violences provoquant la mort de civils et de policiers, des poursuites, des mauvais traitements et la détention de Rastafaris dans toute l’île.

Mais l’examen des évènements par le Bureau du défenseur public de Jamaïque a conclu que ce qui s’est déroulé à Coral Gardens était une violation des droits des Rastafaris, qui s’est accompagnée de profondes répercussions.

" Les évènements de Coral Gardens en avril 1963 ont marqué un tournant important dans les relations entre la communauté rastafari et l’État. La discrimination à l’encontre de cette communauté était également le fait de la population. En effet, les Rastafaris ont dû lutter contre l’hostilité de nombreux milieux, " précisait le rapport.

Le 4 avril 2017, la communauté rastafari a organisé une marche à Kingston pour obtenir du gouvernement qu’il admette les conclusions et les recommandations du rapport. Ce même jour, Andrew Holness, le Premier ministre, a présenté au Parlement ses excuses aux victimes injustement visées lors des évènements de Coral Gardens.

" Aujourd’hui, nous présentons sans détour nos excuses pour ce qui s’est passé à Coral Gardens, " a-t-il déclaré. " Nous exprimons notre profonde tristesse et nos regrets pour cette page de notre histoire nationale marquée par la brutalité, l’injustice et la répression, qui était condamnable et ne devra jamais se reproduire. "

Réparation, indemnisation, regrets

Birgit Gerstenberg, Conseillère principale pour les droits de l’homme, s’est associée au programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et à l’ONG locale Jamaicans for Justice (JFJ) pour rencontrer la RCGBS et appuyer leurs revendications de développement communautaire tout en sensibilisant aux problèmes des droits de l’homme de la communauté rastafari.  Les recommandations proposées dans le rapport du défenseur public offraient une occasion précieuse de se pencher sur l’histoire et de présenter les revendications des Rastafaris du point de vue des droits de l’homme, a déclaré Mme Gerstenberg.

" Les évènements de 1963 ont constitué un moment incisif d’une grande portée après des années de discrimination, d’exclusion et de persécution, " a-t-elle ajouté. " [Ils étaient] importants dans l’histoire des droits de l’homme en Jamaïque, dans la mesure où les meurtres, les arrestations, la torture et les traitements dégradants infligés aux Rastafaris à Coral Gardens étaient le signe d’une violence sans précédent à leur encontre et la présentation d’excuses et de réparations en instance venait conclure le travail inachevé des gouvernements, depuis longtemps. "

Le Bureau du Défenseur public a réexaminé le dossier après des demandes répétées de membres de la communauté rastafari. En 2015, les résultats ont été transmis au Parlement et ont montré que suite à l’incident, les Rastafaris avaient été victimes de " discrimination, de dénigrement et de mépris. "

Le rapport proposait des recommandations, notamment des excuses vis-à-vis de ceux qui étaient directement impliqués dans les évènements de Coral Gardens, la création d’un centre culturel rastafari et d’un fonds financier de 10 millions de dollars jamaïcains afin d’indemniser les survivants de l’incident.

Mais la réponse du gouvernement s’est fait attendre. Une commission a été créée afin d’étudier le rapport et de proposer des recommandations au Cabinet concernant la mise en œuvre des recommandations du rapport. Mme Gerstenberg, avec le PNUD et JFJ, a contacté le groupe de Coral Gardens en septembre 2016 pour apporter un soutien à la RCGBS.

" Nous avons proposé une formation à la sensibilisation aux droits de l’homme et [Nous] leur avons proposé de plaider auprès du Premier ministre la mise en œuvre des recommandations contenues dans le rapport, " a précisé Mme Gerstenberg.
Outre les excuses présentées cette année, le Premier ministre Holness a annoncé que le gouvernement indemnisera les victimes de Coral Gardens.

Pour Tafara comme pour d’autres, les excuses, bien qu’elles soient les bienvenues, n’atténuent pas pour autant le souhait d’une véritable intégration et le désir de justice pour les Rastafaris.

" Cela me donne un sentiment de satisfaction, de dignité et cela valide les années d’efforts authentiques, spirituels et concrets, déployés avec conviction, pour dénoncer les injustices passées et se tourner vers un avenir victorieux, notamment concernant les réparations qui seront perçues par les survivants et par la communauté, " a-t-il déclaré. " Cela renforce ma détermination quant au fait que, génération après génération, nous ne devons pas abandonner la lutte pour la vérité et pour ce qui est juste; car la force ne peut éternellement primer le droit. "

Si vous souhaitez en savoir plus sur la lutte pour les droits de l’homme de la communauté rastafari de Coral Gardens, une version plus longue est publiée dans notre Medium blog.

26 mai 2017

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