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Consolider les droits des femmes pendant et après les conflits

Au cours d'une table ronde de haut niveau pour commémorer le 30ème anniversaire du Comité pour l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes (CEDEF) organisée par le Haut-Commissariat Nations Unies aux droits de l'homme et l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), des experts en droits de l’homme ont abordé la question de la promotion et la protection des droits des femmes dans les situations de conflits et post-conflits dans les pays d’Afrique francophone.

Depuis sa création il y a trente ans, le Comité, qui comprend un certain nombre d'experts de pays membres de l'OIF, a œuvré pour surveiller la mise en œuvre de la Convention pour l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes, l'un des traités internationaux les plus largement acceptés.

Ouvrant le débat, la Haut-Commissaire adjoint aux droits de l'homme, Kyung-wha Kang, a salué  le travail sans relâche du Comité sur des questions sujettes à controverse, en dépit de la diminution des ressources.

« Les travaux du Comité en clarifiant les obligations des Etats et en formulant des recommandations concrètes pour l'action sont essentiels pour garantir aux femmes, en particulier celles qui souffrent de violations les plus atroces, d’être en mesure d'exercer leurs droits de l'homme », a-t-elle affirmé. « Bien que la protection et les poursuites soient les premières étapes pour combattre la violence contre les femmes, les réparations sont indispensables ».

L’Ambassadeur Observateur permanent de l’OIF à Genève a souligné les violations subies par ces femmes victimes de la guerre qu’il souhaitait voir devenir actrices de la paix.

« La protection des femmes et des enfants face aux abus de violences, notamment sexuelles, en cas de menace imminente de danger physique, d’enrôlement dans les combats, ainsi que la lutte contre l’immunité des auteurs de violences, sont des éléments essentiels de l’approche prônée par la Francophonie », a-t-il déclaré. « En ce qui concerne les femmes plus particulièrement il est  requis de permettre la mise en œuvre effective de la résolution 1325 du Conseil de sécurité sur le rôle et la participation des femmes dans les mécanismes de prévention de gestion et de règlement des conflits ce qui passe par un renforcement de capacité et l’autonomisation des femmes. »

La Représentante spéciale di Secrétaire général chargée de la lutte contre les violences sexuelles dans les conflits armés, Zainab Hawa Bangura, a affirmé qu’il été important de rappeler que les violences sexuelles étaient parmi les pires formes de discrimination à l’égard des femmes et des filles.
Oumou Touré, Présidente de la Coordination des associations et ONG féminines du Mali, a noté que l'application des dispositions de la Convention et la mise en œuvre de plans nationaux de lutte prévus par la résolution 1325 du Conseil de sécurité représentaient aujourd'hui encore un défi, particulièrement dans les pays d’Afrique de l’ouest.

Des recherches de l’ONU sur les questions de genre ont révélé que les conflits ont un impact différent sur les femmes et les hommes. Quatre-vingt-dix pour cent des victimes des conflits modernes sont des civils, dont la majorité sont des femmes et des enfants. Ils représentent aussi quatre-vingt pour cent des millions de réfugiés et de déplacés dans le monde.

Pramila Patten, présidente du groupe de travail de la CEDEF sur les femmes dans les situations de conflits et post-conflits et ancienne membre de la Commission d’enquête sur les événements du 28 Septembre 2009 en Guinée, a déclaré qu'il était capital de lutter contre l'impunité pour les crimes de violence sexuelle afin d'atteindre une paix durable et la réconciliation nationale. Elle a ajouté que dans le cas de la Guinée la Cour pénale internationale et les institutions judiciaires nationales doivent continuer à jouer un rôle crucial dans la justice pour les victimes.

« S’il est vrai que les communautés subissent tout entières les conséquences des conflits armés, les femmes et les petites filles sont particulièrement touchées en raison de leur place dans la société et de leur sexe. Le viol est souvent impuni ; il est aussi de plus en plus utilisé systématiquement comme tactique de guerre », a-t-elle déclaré.

L'atteinte de la violence sexuelle à l'intégrité physique et psychologique des femmes continue au-delà des conflits à travers la stigmatisation sociale, les grossesses non désirées, et l'impunité dont jouissent les auteurs de telles atrocités après les conflits. Les femmes subissent  un préjudice aggravé lorsqu’elles ne sont pas admises à participer aux plans nationaux ou internationaux de consolidation de la paix après les conflits.

Le Docteur Denis Mukwege, qui a consacré sa vie à réparer les séquelles causées aux femmes violées et agressées sexuellement en République Démocratique du Congo, a affirmé que la situation dans son pays a démontré la faiblesse du système de justice internationale à juger les criminels de guerre. Il a également souligné l'importance de  sensibiliser les jeunes sur l'égalité entre les sexes et la promotion d'une culture de la non-violence.

« Les cours et tribunaux internationaux sont  affaiblis parce que dépendants des Etats qui ne coopèrent pas à l’arrestation des criminels. Si réellement la Communauté internationale tient à la promotion et à la protection des droits de la femme, la justice internationale doit être renforcée afin d’être plus autonome et coercitive pour pouvoir sévir contre les  auteurs des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité », a-t-il soutenu.

Abordant ensuite les perspectives d'avenir pour le renforcement des droits des femmes après les conflits, l'expert indépendant des Nations Unies sur les droits de l'homme en Haïti, Michel Forst, a rappelé que les conflits ne se terminent pas avec la fin des hostilités, mais seulement lorsque les institutions étatiques et la bonne gouvernance sont rétablies. Ceci, a-t-il souligné, ne pouvait se faire qu’à travers un processus de résolution des conflits participatif qui inclurait les femmes et les Institutions nationales des droits de l'homme.

« Plusieurs Institutions nationales se sont vues confier par la communauté internationale ou par leur Etat des missions de médiation, de réflexion sur la mise en place de mécanismes de justice transitionnelle ou de travail sur la mémoire. Je pense au Burundi, au Rwanda, à l’Afrique du Sud. Et parce que la prise en compte des droits fondamentaux des femmes et la nécessaire implication de ces dernières pose un double défi, le travail qu’elles ont mené les a conduit à développer des approches innovantes ».

Chaloka Beyani, le Rapporteur spécial sur les droits de l’homme des personnes déplacées a ajouté qu’il été fondamental de reconnaître le rôle joué par les femmes dans leurs communautés et dans leurs familles en temps de crise, et qu’elles devaient participer activement à la réinstallation des personnes déplacées par les conflits.

Les experts ont noté qu’en dépit des bonnes pratiques inclusives existantes visant à faire des droits des femmes une réalité, une résistance sociale et culturelle mettait toujours en doute la capacité des femmes d’agir en médiateurs pour la paix. Ils ont insisté sur l'importance de permettre aux femmes de participer sur un pied d'égalité avec les hommes dans la reconstruction post-conflits et les processus de transition.

 22 octobre 2012

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