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Le Comité des droits des personnes handicapées tient un débat sur la situation des femmes et des filles handicapées

Comité des droits des personnes
  handicapées

17 avril 2013

Le Comité des droits des personnes handicapées a tenu, cet après-midi, une demi-journée de débat général sur les femmes et les filles handicapées.  Les discussions ont porté sur les formes multiples de discrimination subies par les femmes et les filles handicapées, sur la violence dont elles sont victimes, ainsi que sur leurs droits génésiques et sexuels.

Dans une déclaration liminaire, Mme María Soledad Cisternas Reyes, Présidente du Comité, a évoqué les préoccupations du Comité dans quatre domaines: les formes multiples de discrimination dont sont l'objet les femmes et les filles handicapées, la persistance des violences à leur encontre, les restrictions qui leur sont imposées concernant leurs droits génésiques et reproductifs, et l'absence de prise en considération de cette question par les États partie à la Convention relative aux droits des personnes handicapées. 

Quatre expertes ont décrit les formes multiples de discrimination dont souffrent les femmes handicapées.  Mme Dagmar Schumacher, Directrice de l'Office des Nations Unies à Bruxelles, a informé le Comité des activités de l'Entité des Nations Unies pour l'égalité des sexes et l'autonomisation des femmes (ONU-Femmes); Mme Kirsi Madi, Directrice régionale adjointe du bureau européen de l'UNICEF, a présenté les activités de son organisation; Mme Victoria Lee, de l'organisation International Disability Alliance, a apporté le point de vue de la société civile; tandis que Mme Patricia Schulz, membre du Comité pour l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes, a partagé l'expérience de cet organe conventionnel.

Deux expertes ont apporté un éclairage sur la question de la violence contre les femmes et les filles handicapées: Mme Gabriela Guzmán, du Haut-Commissariat aux droits de l'homme, sur les travaux de la Rapporteuse spéciale chargée de la question de la violence contre les femmes; et Mme Imma Guerras-Delgado, qui a présenté une étude du Haut-Commissariat sur la violence contre les enfants, publiée en 2006.

Mme Suzanne Reier, de l'Organisation mondiale de la Santé, a pour sa part décrit les activités de l'OMS dans le cadre de la promotion des droits sexuels et reproductifs des personnes handicapées.  En particulier, elle a présenté des lignes directrices publiées par l'OMS pour sensibiliser les centres de soins à l'importance de favoriser l'intégration des personnes handicapées.

Des représentants du Mexique et de l'Australie sont intervenus, ainsi que les représentants de plusieurs organisations non gouvernementales: International Disability Alliance, Association des personnes aveugles du Paraguay, Christian Blind Mission, Global Initiative to End All Corporal Punishment of Children, Association espagnole des personnes handicapées, Fédération mondiale des personnes malentendantes, CONAPRODIS, WIDA, Centre pour les droits reproductifs et Human Rights Watch.


Le Comité tiendra sa prochaine réunion publique vendredi 19 avril, en fin de journée, afin de clore les travaux de sa présente session.


Demi-journée de débat général sur les femmes et filles handicapées

Déclarations d'ouverture

M. RONALD McCALLUM, membre du Comité et ancien Président du Comité, a rappelé que la violence faite aux femmes et aux filles handicapées est un fléau qui frappe tous les pays du monde.  Il a espéré que cette demi-journée de discussion permettrait d'élaborer des recommandations pour lutter contre ce phénomène dramatique.

MME MARÍA SOLEDAD CISTERNAS REYES, Présidente du Comité des droits des personnes handicapées, a déclaré que cette journée est très importante pour les femmes et les filles handicapées.  La décision d'organiser cette discussion a été prise après avoir constaté que les dialogues avec les États parties et les organisations non gouvernementales ont démontré que la question de la situation des femmes et les filles handicapées n'était quasiment jamais abordée.  Lors de sa précédente session, le Comité avait évoqué des préoccupations dans quatre domaines: les formes multiples de discrimination dont sont l'objet les femmes et les filles handicapées, la persistance des violences à leur encontre, les restrictions qui leur sont imposées concernant leurs droits génésiques et reproductifs, et l'absence de prise en considération de cette question par les États partie à la Convention relative aux droits des personnes handicapées.  Le Haut-Commissariat aux droits de l'homme, à la demande du Conseil des droits de l'homme, a produit une étude sur la violence faite aux femmes et filles handicapées.  Suite à la publication de cette étude, le Conseil a adopté une deuxième résolution qui appelle tous les États à mettre sur pied des services spécialisés pour protéger les femmes et les filles handicapées de la violence.  Le Comité a également adopté une observation générale sur cette question cruciale.  Plusieurs autres organes conventionnels ont également travaillé sur ce sujet, dont le Comité des droits de l'enfant ou encore le Comité des droits économiques, sociaux et culturels.  La Présidente a salué les nombreuses contributions reçues des organisations de la société civile, dont le rôle et les activités sont de première importance.

Formes multiples de discrimination contre les femmes et les filles handicapées

MME THERESA DEGENER, membre du Comité, a relevé que le concept d'«intersectionnalité» désigne le fait que chaque personne a des identités multiples et peut donc être l'objet de discrimination à plusieurs titres.  La plupart des lois portant sur la discrimination ne traite qu'une seule de ces dimensions, mais nous possédons tous des identités multiples composées de diverses strates.  En matière de droits de l'homme, différents organes ont déjà traité cette question, dont le Comité pour l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes.  L'heure est venue de traiter des discriminations fondées à la fois sur le genre et le handicap.  La Convention relative aux droits des personnes handicapées est la seule convention relative aux droits de l'homme qui mentionne explicitement les discriminations multiples.  Elle peut donc participer au développement du droit international des droits de l'homme.

MME DAGMAR SCHUMACHER, Directrice de l'Office des Nations Unies à Bruxelles, a déclaré que si toutes les normes des droits de l'homme s'appliquent aux femmes et aux filles, elles n'en bénéficient pas suffisamment.  Il est nécessaire d'adopter une perspective sexospécifique lorsque l'on évoque la situation des femmes et des filles handicapées.  En effet, les femmes et les filles handicapées subissent plus de discrimination que les hommes dans la même situation.  Elle a attiré l'attention sur les conclusions de la cinquante-septième session de la Commission de la condition de la femme, qui ont mis en évidence le besoin d'une action ciblée en faveur, notamment, des femmes handicapées, qui risquent plus que les autres de subir des violences.  Par ailleurs, l'UNICEF et ONU-Femmes ont organisé un forum sur les questions de développement après 2015, durant lequel des recommandations ont été émises sur la prise en compte de la situation particulière des femmes et filles handicapées, insistant sur la nécessité d'adopter une approche fondée sur les droits de l'homme.  Le Comité pour l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes a émis plusieurs recommandations à cet égard, tout comme le Comité pour les droits des personnes handicapées.  Ces deux organes devraient poursuivre le travail sur ce sujet de manière conjointe.

MME KIRSI MADI, Directrice régionale adjointe du bureau européen de l'UNICEF, a indiqué que la situation des enfants handicapés, dont le nombre est estimé entre 90 et 150 millions, retient particulièrement l'attention de l'UNICEF.  L'exclusion des enfants handicapés est dramatique, mais il est encore plus grave pour les fillettes, qui subissent de multiples violations de leurs droits en raison de leur handicap et du fait qu'elles sont des filles.  En raison de ces discriminations, les filles handicapées ont moins accès à l'éducation, à la formation professionnelle et à l'emploi, ce qui engendre une moins bonne intégration à la vie sociale de leur communauté.  Elles sont plus souvent victimes de violences physiques et sexuelles et subissent notamment des stérilisations forcées.  Les femmes et les filles handicapées doivent être mieux encadrées pour mieux faire valoir leurs droits.  L'UNICEF, en collaboration avec les organes conventionnels concernés, travaille dans près de 140 pays pour réaliser les droits des enfants handicapés.  Enfin, l'engagement de l'UNICEF est illustré par le thème de sa prochaine publication, qui portera sur la situation des enfants handicapés dans le monde.

MME VICTORIA LEE, International Disability Alliance, a déclaré que son organisation a pu constater les formes multiples de discrimination subies par les femmes et filles handicapées.  Les responsables de discrimination et de violences estiment trop souvent que ces femmes et filles ne seront pas en mesure de se défendre ou de faire valoir leurs droits.  Les causes multiples de discrimination ont été reconnues par plusieurs organes conventionnels comme une barrière à la pleine jouissance des droits reconnus par les traités relatifs aux droits de l'homme.  Malheureusement, au niveau national, la plupart des législations antidiscrimination ne prévoient pas la discrimination pour des causes multiples et les victimes ne peuvent se plaindre qu'à un seul titre.  Si la loi reconnaissait les causes multiples de discrimination, cela permettrait de fournir des voies de recours effectives aux victimes.  Le recueil de données statistiques est très important pour évaluer la situation et alerter les responsables politiques sur la situation des femmes et filles handicapées.  Les organes conventionnels devraient envisager d'élaborer une observation générale commune sur la question, a-t-elle conclu.


MME PATRICIA SCHULZ, membre du Comité pour l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes, a souligné le besoin de favoriser les échanges entre les organes conventionnels à ce sujet.  L'objectif de la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes est de protéger toutes les femmes contre toutes les discriminations, qu'elles soient mentionnées dans la Convention ou non.  La recommandation générale n°18 du Comité, publié en 1991 au sujet des femmes handicapées, recommande que les États partie fournissent des informations dans leurs rapports périodiques sur les mesures prises pour faire face à leur situation particulière.  Elles sont particulièrement vulnérables et les risques auxquels elles sont confrontées sont nombreux.  Les femmes handicapées appartenant à des groupes vulnérables, comme les femmes âgées ou autochtones, sont particulièrement touchées par la violence et la discrimination.  Mme Schulz a assuré que son comité est conscient des difficultés auxquelles sont confrontées les femmes handicapées en ce qui concerne leurs droits reproductifs et génésiques.  Même si le handicap n'apparaît pas dans la Convention, le Comité en tient dûment compte dans ses travaux.

Débat

Une jeune femme handicapée, s'exprimant par téléconférence depuis l'Inde, a dénoncé la condition de la femme en Inde, ajoutant qu'elle est encore pire pour les femmes et filles handicapées.  En effet, l'accès à l'éducation et à la vie économique n'est pas satisfaisant pour les femmes et encore moins pour celles qui sont handicapées.  En conséquence, la plupart d'entre elles sont analphabètes et n'ont pas accès à l'emploi.  L'éducation doit donc être une priorité.  S'agissant du statut social, les femmes handicapées n'ont pas le droit de se marier, car on pense qu'elles ne seront pas capables de s'occuper de leur foyer.  Il faudrait demander aux gouvernements d'adopter des programmes qui prennent en compte les besoins des femmes handicapées dans le domaine de l'éducation et de l'emploi.  Les médias ont également un rôle important pour informer la population sur les problèmes rencontrés par les personnes handicapées en Inde, en particulier les femmes et les filles.  Enfin, les femmes doivent prendre conscience de leurs responsabilités et lutter pour leurs droits.  Elles ne doivent pas subir les discriminations sans agir. 

Le Mexique a évoqué les défis qui ont dû être relevés dans le pays pour pleinement mettre en œuvre la Convention.  En premier lieu, il a fallu mettre en place un cadre législatif approprié pour permettre à toutes les personnes handicapées de jouir de leurs droits fondamentaux.  Ensuite, l'«intersectionnalité», à savoir l'accumulation de discriminations, a dû être intégrée aux législations.  Enfin, un travail important a été consacré à la promotion d'un changement de perception de la population s'agissant des personnes handicapées.  Le Mexique a adapté ses lois aux dispositions de la Convention et a promulgué trois lois portant sur l'intégration des personnes handicapées, sur la prévention des discriminations et mettant sur pied le cadre institutionnel nécessaire à cette action.  La réflexion se poursuit pour élargir la question en y incluant la dimension du développement.  Le représentant a salué les travaux du Comité qui enrichissent les efforts consentis au niveau national et au sein du Conseil des droits de l'homme.

La violence contre les femmes et filles handicapées

Déclarations liminaires

MME CISTERNAS REYES, Présidente du Comité, a relevé que de nombreux obstacles juridiques et institutionnels, ainsi que la vulnérabilité des femmes et filles handicapées, les empêchent de défendre leurs droits.  Le but de la discussion de cet après-midi est de réfléchir à une approche globale qui permette un traitement juste de la situation des femmes handicapées.

MME GABRIELA GUZMÁN, du Haut-Commissariat aux droits de l'homme, a indiqué que le mandat de la Rapporteuse spéciale chargée de la question de la violence contre les femmes est une procédure spéciale du Conseil des droits de l'homme qui a pour mandat d'étudier la violence commise contre les femmes au sein des familles, des communautés, des États et dans un cadre transnational.  Si la violence constatée frappe l'ensemble des femmes d'une région, il s'agit alors de discrimination.  Les personnes handicapées courent davantage de risques d'être victime de violence, en particulier les femmes.  Le dernier rapport de la Rapporteuse spéciale se concentre sur les différentes formes de violence auxquelles sont soumises les femmes handicapées.  Bien que les femmes handicapées souffrent des mêmes violences que les autres femmes, les discriminations multiples qu'elles peuvent subir sont aggravées par leur handicap.  Le rapport, disponible sur le site du Haut-Commissariat, contient en outre des recommandations.

MME IMMA GUERRAS-DELGADO, du Haut-Commissariat aux droits de l'homme, a présenté l'étude du Haut-Commissariat intitulée «Comprendre et prévenir la violence contre les enfants».  Au moment de la rédaction de cette étude, en 2006, l'attention n'était pas principalement portée sur les violences faites aux enfants handicapés.  En effet, les données statistiques à ce sujet sont très difficiles à obtenir.  Par ailleurs, on note que le handicap augmente le risque de mauvais traitements.  L'État, qui a la responsabilité première de protéger les enfants, doit donc fournir une aide adaptée aux parents d'enfants handicapés pour qu'ils aient la capacité de répondre aux besoins spécifiques des enfants handicapés.  Les enfants placés en institution le sont généralement parce que leurs familles rencontrent des problèmes socio-économiques.  Dans ce contexte, ces enfants sont davantage victime de violence et de mauvais traitement.  Un rapport pour la prévention de la violence contre les enfants a été publié, mais très peu d'information a été reçue au sujet de la situation des enfants handicapés.  Une autre question est celle des violences qui provoquent des handicaps.  L'étude propose des recommandations, comme la reconnaissance du droit de l'enfant à ne pas être victime de violence ou encore la promotion de la prévention et des valeurs non-violentes.

Débat

Une représentante de l'organisation International Disability Alliance a déclaré que les femmes handicapées qui sont privées de leur capacité juridique n'ont que très peu de moyens de se défendre, en particulier devant un tribunal.  Les procédures de justice peuvent être rendus impossibles par le manque d'accès physique ou des barrières de communication.  Une représentante de l'Association des personnes aveugles du Paraguay a déclaré qu'au Paraguay, les autorités n'ont pas prévu de procédure pour le dépôt de plaintes des personnes handicapées.  Par exemple, la plainte d'une femme non-voyante ne sera pas prise en compte car elle ne pourra pas reconnaître son agresseur.  Une représentante de l'organisation Christian Blind Mission, a relevé que la lutte contre la discrimination nécessite l'identification des intersections entre discrimination fondée sur le genre et discrimination fondée sur le handicap.  Le Comité devrait conseiller les États sur les meilleurs moyens de recueillir les données statistiques nécessaires et d'adapter les procédures de justice aux besoins spécifiques des personnes handicapées.  Une représentante de l'organisation Global Initiative to End All Corporal Punishment of Children, a déclaré que les enfants handicapés sont encore plus vulnérables aux châtiments corporels que les autres, estimant qu'aucun État ne peut remplir ses obligations aux termes de la Convention s'il ne proscrit pas les châtiments corporels.

La représentante d'une organisation non gouvernementale a déclaré que le cadre juridique doit être adapté et que les politiques publiques doivent viser à prévenir toutes les violences contre les femmes.  Des mesures individuelles et collectives doivent être mises sur pied pour changer la perception de la société à ce sujet.  Pour sa part, une représentante de l'Association espagnole des personnes handicapées a déclaré que la loi espagnole permet la stérilisation forcée des femmes handicapées; elles subissent en outre des avortements forcés lorsqu'elles tombent enceintes.  Ceci constitue des violations graves des droits des femmes handicapées.  Une représentante d'une autre organisation non gouvernementale a déclaré que les stérilisations forcées sont une négation pure et simple de leurs droits à la santé sexuelle et à la reproduction.  En outre, les personnes handicapées ont trop rarement accès à des recours juridiques efficaces.  Un représentant de la Fédération mondiale des personnes malentendantes a déclaré que le manque de données statistiques est un obstacle à la lutte en faveur des droits de l'homme des personnes handicapées. 

Observations des panélistes

MME GUZMÁN a souligné l'importance de la question de l'accès à la justice pour les femmes handicapées victimes de violence.  Le rapport de la Rapporteuse spéciale chargée de la violence contre les femmes évoque précisément les obstacles qui se dressent dans ce domaine.  Les systèmes judiciaires doivent être réformés pour permettre un accès adapté aux personnes handicapées.  Mme Guzmán a acquiescé que l'une des causes profondes du problème de la violence contre les personnes handicapées est l'absence de données.  C'est pourquoi la Rapporteuse spéciale demande à ce que la recherche dans ce domaine se poursuive.  Dans ce cadre, le Comité devrait collaborer étroitement avec le Rapporteur spécial, a-t-elle estimé.

MME GUERRAS-DELGADO a rappelé que l'une des recommandations issues de l'étude du Haut-Commissariat porte sur la mise sur pied de systèmes judiciaires d'accès facilité pour les enfants.  Il faut que les enfants aient accès à un système judiciaire indépendant et qui soit sensible à la situation particulière à la fois des enfants et des personnes handicapées.  Des mécanismes devraient être mis sur pied pour permettre effectivement aux enfants de porter plainte en cas de violences. 

Observations des membres du Comité

MME ANA PELÁEZ NARVÁEZ, membre du Comité, a souhaité savoir si l'étude du Haut-Commissariat faisait une référence spécifique aux violences dont sont victimes les filles handicapées, notamment au sein de leur milieu familial.  Elle a également demandé si la Fédération mondiale des personnes malentendantes menait des activités spécifiquement dédiées aux femmes sourdes.

M. HYUNG-SHIK KIM, membre du Comité, a estimé que l'accent a peut-être été trop mis sur les violences subies par les enfants handicapés plutôt que des problèmes structurels qui sont à l'origine de ces violences.  Ces structures de pouvoir qui perpétuent les violences doivent être étudiées.  Comment aider les femmes et les enfants handicapés à jouer leur rôle en tant que citoyens et membres de la société, s'est-il interrogé.  Par ailleurs, comment tirer parti des instruments nationaux, régionaux et internationaux des droits de l'homme pour amener un changement juridique en matière de traitement des personnes handicapées.

M. LOTFI BEN LALLAHOM, membre du Comité, a déclaré que la violence à l'égard des femmes et des filles handicapées va malheureusement continuer à exister.  Le but est de réduire au maximum cette violence, il faut envisager des solutions innovantes.  Cinq pistes sont possibles: l'éducation de la femme, qui lui donne un statut dans la communauté; la sensibilisation communautaire, en particulier au sein des familles; le développement d'outils législatifs qui s'inspirent des instruments internationaux; la promotion des activités des organisations non gouvernementales, qui jouent un rôle clé en la matière; et, enfin, le soutien à la recherche dans ce domaine.

MME SAFAK PAVEY, membre du Comité, a déclaré qu'il fallait concilier les droits fondamentaux et les traditions.  L'État seul ne peut pas tout faire, les cultures doivent aussi être l'objet de notre attention, car certaines cultures résistent à l'application de la loi.  Des efforts doivent être faits pour mener des campagnes culturelles en vue de faire changer les perceptions du handicap. 

M. GERMÁN XAVIER TORRES CORREA, membre du Comité, a déclaré qu'il fallait prendre en compte le fait que les femmes sont constamment victimes de violence dans la plupart des cultures.  Les États doivent lutter contre les cultures machistes qui existent dans beaucoup de pays. 

Droits génésiques et reproductifs des femmes et filles handicapées

Déclarations liminaires

MME SUZANNE REIER, de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), a déclaré qu'en 2012, l'OMS et la Banque mondiale ont publié le rapport mondial sur le handicap.  Cette publication relève que sur le milliard de personnes handicapées, environ 110 à 190 millions souffrent d'un handicap sévère.  Ces personnes ont besoin d'accès facilité aux systèmes de soins, et on constate aujourd'hui que ce n'est pas le cas.  Le rapport recommande donc de réfléchir au financement de ces services pour les rendre plus abordables et plus accessibles.  L'OMS a également publié un document contenant des directives concernant les personnes handicapées destinées aux organisations s'occupant des droits reproductifs.  Il s'agit principalement de sensibilisation à l'intégration des personnes handicapées au sein des centres de soins, le but étant de favoriser l'accès des personnes handicapées aux soins.  Enfin, Mme Reier a indiqué que l'OMS est en train de préparer une déclaration sur l'interdiction des stérilisations forcées.

Débat

Une représentante de l'International Disability Alliance a dénoncé le fait que certains États continuent de recourir à la stérilisation et aux avortements forcés pour divers motifs qui contreviennent aux droits fondamentaux des femmes handicapées concernées.  Une représentante de l'organisation CONAPRODIS a déclaré que les personnes sourdes connaissent un taux d'infection au VIH/Sida très important.  Elle a regretté qu'aucune information ne soit disponible sous un format accessible aux malentendants, ce qui perpétue les infections.  Un autre représentant de l'organisation CONAPRODIS, lui-même sourd, a affirmé que beaucoup de femmes sourdes se prostituent et se droguent au Paraguay, ce qui aggrave le problème de la transmission du VIH/sida parmi les femmes handicapées.  Une représentante de l'organisation WIDA a déclaré que les privations des droits sexuels, comme les stérilisations et les avortements forcés, continuent d'avoir cours en Australie.  Le Comité devrait adopter une déclaration précisant les droits des personnes handicapées en matière de droits sexuels et les obligations des États à cet égard.  Une représentante du Centre pour les droits reproductifs a déclaré que les femmes handicapées font face à des difficultés particulières pour accéder aux informations concernant leurs droits sexuels et reproductifs.  En particulier, les obstacles en matière d'accessibilité et de communication empêchent les femmes handicapées d'être informées de façon adéquate.  Une représentante de Human Rights Watch a déclaré que les femmes et filles handicapées sont confrontées à l'ignorance et à la discrimination de la part du personnel de santé.  Une représentante de l'Association espagnole des personnes handicapées a appelé à défendre les droits des femmes handicapées au même titre que ceux des femmes qui ne le sont pas.  Enfin, l'Australie s'est félicitée des contributions de la société civile.

Observations des membres du Comité

M. BEN LALLAHOM, membre du Comité, a déclaré que le thème du besoin naturel de sexualité des personnes handicapées n'était que trop rarement abordé.  Ceci constitue pourtant une souffrance pour les personnes handicapées et cette problématique devrait être discutée dans le cadre d'un débat sur les droits sexuels. 

MME DEGENER, membre du Comité, a affirmé que les mères handicapées sont trop souvent considérées comme un fardeau ou de mauvaises mères.  Au vu du nombre de témoignages concernant les stérilisations et avortements forcés, il semble très difficile de faire appliquer les dispositions de la Convention portant sur la question. 

MME PELÁEZ NARVÁEZ, membre du Comité, a déclaré que les mères handicapées doivent faire preuve d'un grand courage pour faire face à leurs responsabilités et aux stéréotypes négatifs.  Elle a dénoncé la pratique des traitements visant à limiter la croissance des filles handicapées, prétendument pour faciliter les soins.  Ceci permet de maintenir ces filles dans un état permanent correspondant au développement à l'âge de 12 ans.  Ce traitement inacceptable est pratiqué dans plusieurs pays dits développés.  Actuellement, 200 filles handicapées ont été victimes de ce traitement terrible.

M. MUNTHIAN BUNTAN, membre du Comité, a déclaré que des données fiables et précises sur la question des droits reproductifs des personnes handicapées doivent être recueillies.

En réponse à l'intervention de M. Ben Lallahom, une représentante de la société civile paraguayenne a déclaré que les personnes handicapées étaient trop souvent considérée comme asexuées.  Une étude est en cours d'élaboration au Paraguay pour évaluer le taux de satisfaction sexuelle des personnes handicapées. 

Conclusions de la demi-journée de débat

MME PELÁEZ NARVÁEZ, Point focal du Comité pour l'organisation de la demi-journée de débat général, a remercié ceux qui ont contribué à l'organisation de cet évènement, en notant que les défis restant à relever à l'avenir sont nombreux.  Une publication sera réalisée en anglais et en espagnol qui reprendra l'ensemble des contributions faites aujourd'hui, qui sera publiée lors de la prochaine session du Comité.  Il faut identifier et analyser les priorités dans ce domaine et mettre en évidence les schémas de violations systématiques des droits de l'homme des personnes handicapées en matière de droits sexuels et reproductifs.  Des lignes directrices devraient être élaborées par le Comité à l'intention des États parties pour les aider à mettre en œuvre les dispositions de la Convention de manière appropriée.  La coordination des agences spécialisées des Nations Unies est également cruciale.

MME CISTERNAS REYES, Présidente du Comité, a remercié les participants pour leurs contributions à cette demi-journée de débat, qui avait pour objectif de rendre la situation des femmes et filles handicapées plus visible.  Il faut que le monde prenne conscience de la vulnérabilité des femmes et des filles handicapées.  En outre, toutes les personnes handicapées doivent jouir d'une protection pleine et entière de l'ensemble de leurs droits de l'homme.  Il faut pouvoir compter avec la coopération de l'ensemble des acteurs concernés, a-t-elle conclu.


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Ce document est destiné à l'information; il ne constitue pas un document officiel