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Au moins 93 000 personnes tuées dans le cadre du conflit syrien, selon la mise à jour d’une étude de l’ONU

GENEVE (13 juin 2013) – La mise à jour d’une analyse menée par des spécialistes des données statistiques pour le compte du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme a permis d’établir une liste de 92 901 cas documentés de personnes tuées en Syrie entre mars 2011 et fin avril 2013, a annoncé jeudi la Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Navi Pillay.

« Les tueries incessantes se poursuivent à des niveaux outrageusement élevés, avec plus de 5 000 décès documentés chaque mois depuis juillet et 27 000 décès supplémentaires depuis le 1er décembre », a déclaré la Haut-Commissaire. « Malheureusement, comme le suggère l’étude, ce chiffre est probablement une sous-estimation du nombre de victimes. Le nombre réel de personnes tuées pourrait être beaucoup plus élevé. »

Cette dernière étude - qui est une mise à jour d’une précédente étude ayant permis de compiler quelque 60 000 décès documentés jusqu’au 30 novembre 2012 - a été réalisée en utilisant une liste combinée de 263 055 décès signalés et identifiés de façon complète, avec les noms des victimes ainsi que les dates et les lieux des décès. Tous les décès signalés mais ne comprenant pas au moins ces trois éléments ont été exclus de la liste, qui a été compilée grâce à des ensembles de données issus de huit sources différentes.1/

Chaque décès signalé a été comparé à tous les autres cas de décès afin d’identifier les doublons. L’analyse a utilisé des classifications manuelles et une technique d’extraction de données appelée « arbre de décision alternant » (‘alternating decision tree’), pour identifier les enregistrements en double. Une fois ces derniers fusionnés, l’ensemble des données combinées a été réduit au chiffre de 92 901 enregistrements uniques de décès liés au conflit à la date du 30 avril 2013.2/

Les analystes statistiques3/ qui ont produit le rapport ont souligné que, bien que la possibilité de doublons ou de décès signalés par erreur existe, il est probable que ce total soit une sous-estimation du nombre réel de décès. Cette conclusion se base sur le fait que 37 988 décès signalés ont été exclus de l’analyse car les informations disponibles étaient insuffisantes et qu’il existe une forte probabilité pour qu’un nombre significatif de décès n’aient été documentés par aucune des huit sources.

L’analyse montre une nette augmentation du nombre moyen de décès documentés chaque mois depuis le début du conflit, d’environ 1 000 morts par mois au cours de l’été 2011 à plus de 5 000 morts par mois en moyenne depuis juillet 2012. Ce chiffre a excédé les 6 000 morts par mois au cours d’un pic allant de juillet à octobre 2012.

« Ce chiffre extrêmement élevé de meurtres, mois après mois, est le reflet de la nette détérioration du conflit au cours de l’année écoulée », a déclaré Navi Pillay. « Comme l’indique clairement le dernier rapport de la Commission d’enquête sur la Syrie, ce sont les civils qui sont les plus touchés par les attaques généralisées, violentes et souvent indiscriminées qui dévastent des pans entiers de grandes villes et les villages périphériques. Les forces gouvernementales bombardent et mènent tous les jours des attaques aériennes sur des zones urbaines ; elles utilisent aussi des missiles stratégiques, des bombes à fragmentation et thermobariques. Les forces de l’opposition ont également bombardé des zones résidentielles, mais en utilisant moins de puissance de feu et il y a eu plusieurs bombes faisant des victimes au centre des villes, en particulier à Damas. »

Bien que l'étude montre que l'exactitude de la répartition géographique puisse être affectée par les rapports variant selon les différentes sources de données, elle montre que le plus grand nombre de décès documentés meurtres a eu lieu dans les gouvernorats de la périphérie rurale de Damas (17 800), Homs (16 400), Alep (11 900) et Idlib (10 300), suivis de Daraa (8 600), Hama (8 100), Damas (6 400) et Deir ez-Zor (5 700).4/

Depuis novembre 2012, les plus fortes augmentations ont été enregistrées dans la périphérie rurale de Damas et à Alep, avec respectivement 6 200 et 4 800 nouveaux décès documentés. Un total de plus de 1 000 décès documentés a été enregistré dans six autres gouvernorats depuis novembre 2012.

Environ 82,6% des cas documentés pour le moment sont des hommes et 7,6% des femmes. Dans 9,8% des cas, le sexe de la victime n’a pas été clairement établi.

Par ailleurs, l’analyse n’a pas permis d’établir une distinction claire entre combattants et non combattants parmi les victimes; l'âge des victimes ne figure pas dans environ trois quarts des décès signalés.

Néanmoins, « les décès d'au moins 6 561 mineurs, dont au moins 1 729 enfants de moins de dix ans - ont été documentés », a dit la Haut-Commissaire. « Il y a aussi eu des cas bien étayés d’enfants torturés et exécutés, mais aussi de familles entières, y compris les bébés, massacrées. Ces cas et le bilan très élevé de décès sont un terrible rappel du tour particulièrement vicieux qu'a pris le conflit. »

«J'exhorte les parties à déclarer un cessez-le-feu immédiat, avant que des dizaines de milliers de personnes soient encore tuées ou blessées », a déclaré Navi Pillay. « Personne ne gagne quoi que ce soit à ce carnage insensé. Et les Etats influents pourraient, s'ils agissaient collectivement, faire bien davantage pour mener le conflit à une fin rapide, économisant ainsi un nombre incalculable de vies. La seule solution est une solution politique négociée. Tragiquement, honteusement, rien ne permet de ramener à la vie les 93 000 personnes qui ont d'ores et déjà péri. »

FIN

1/ Un ensemble de données supplémentaire, fourni par le Centre Syrien pour les Statistiques et la Recherche, a été ajouté à ceux utilisés dans l'étude précédente. Les sept ensembles de données utilisés dans cette analyse ont été fournis par le Gouvernement Syrien (jusqu'en mars 2012 seulement), le Réseau syrien des droits de l’homme, le March 15 group, l’Observatoire syrien des droits de l'homme, le Conseil général de la révolution syrienne, le site Internet Syria Shuhada et le Centre de documentation des violations. Les ensembles de données ne couvrent pas tous l’intégralité de la période couverte par l’analyse.

2/ Le nombre total de 92 901 comprend 56 648 décès jusqu'au 30 novembre 2012 (tel que publié dans l'analyse préliminaire d 2 janvier 2013), auxquels s'ajoutent 6 347 décès survenus au cours de la même période. Ces décès ont soit été documentés ultérieurement, soit fournis par une nouvelle source (voir point 3 ci-dessous) ou mis en exergue lors du perfectionnement du modèle de regroupement. Il faut y ajouter les 26 906 décès documentés entre le 1er décembre 2012 et le 30 avril 2013.

3/ Cette analyse a été menée, pour le compte du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, par le Human Rights Data Analysis Group, une organisation à but non lucratif qui regroupe des statisticiens, des informaticiens, des démographes et des sociologues ayant une vaste expérience de l'analyse statistique de données relatives à des violations des droits de l'homme.

4/ L'analyse des décès met en lumière des schémas concernant les rapports sur les décès signalés et ne représente pas nécessairement de véritables schémas de violence. Le fait qu'un gouvernorat ait le plus grand nombre de décès signalés pourrait signifier soit que le gouvernorat est le plus violent, soit que les mécanismes d'établissement de rapports y sont plus efficaces qu'ailleurs.

Pour voir la mise à jour complète de l'Analyse statistique de la documentation des massacres dans la République arabe syrienne, veuillez cliquer sur le lien suivant (en anglais): http://www.ohchr.org/Documents/Countries/SY/HRDAG-Updated-SY-report.pdf

L'Analyse statistique préliminaire publiée en janvier est disponible ici (en anglais): http://www.ohchr.org/Documents/Countries/SY/PreliminaryStatAnalysisKillingsInSyria.pdf

Pour accéder aux rapports de la Commission indépendante d'enquête sur la Syrie, et d'autres documents relatifs à la situation des droits humains dans le pays, veuillez cliquer sur le lien suivant : http://www.ohchr.org/EN/Countries/MENARegion/Pages/SyIndex.aspx

Pour plus d’information ou demande d'interview, veuillez contacter s’il vous plait Cécile Pouilly (+41 22 917 9310 ou +41 79 618 3430 / cpouilly@ohchr.org ) ou Rupert Colville en anglais (+41 22 917 9767 ou + 41 79 506 1088 / rcolville@ohchr.org )

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