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Le Haut-Commissaire annonce un bilan dépassant les 6 000 morts dans l’est de l’Ukraine - nouveau rapport des Nations Unies

GENEVE (2 mars 2015) – Le nombre estimé de personnes ayant été tuées dans l’est de l’Ukraine depuis avril 2014 a maintenant dépassé les 6 000* personnes, en dépit de cessez-le-feu successifs, a indiqué lundi le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme. La recrudescence des combats ces dernières semaines, en particulier près de l'aéroport de Donetsk et dans la zone de Debaltseve, a fait des centaines de morts parmi les civils et les militaires, et engendré une situation intenable pour toutes les personnes prises au piège ou prises en otage dans les zones contrôlées par les groupes armés, a indiqué le Haut-Commissariat.

Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, a déclaré que le rapport récent sur le respect des droits de l’homme en Ukraine qui est publié ce jour brosse un tableau « de destruction impitoyable de vies et d’infrastructures civiles. » Les femmes, les enfants, les personnes âgées et autres groupes vulnérables ont été particulièrement affectés.

« Plus de 6 000 vies ont été perdues en moins d’un an en raison des combats dans l’est de l’Ukraine », a déclaré le Haut-Commissaire. « Il est impératif que toutes les parties respectent les dispositions des accords de Minsk et cessent les bombardements indiscriminés et les autres hostilités qui ont créé une situation effroyable pour les civils - dans un mépris saisissant pour le droit international humanitaire et des droits de l’homme. »

Ce neuvième rapport de la mission de l’ONU sur les droits de l’homme en Ukraine, qui couvre la période allant du 1er décembre 2014 au 15 février 2015, se réfère à des informations selon lesquelles des armes lourdes et des combattants étrangers, y compris en provenance de la Fédération de Russie, continuent à arriver dans les zones des régions de Donetsk et Lougansk se trouvant sous le contrôle de groupes armés.

Après une accalmie relative en décembre, la situation sécuritaire et des droits de l’homme dans l’est « s’est dramatiquement détériorée » en janvier et début février, selon le rapport. Les bombardements indiscriminés sur des zones résidentielles situées à la fois dans les zones sous contrôle gouvernemental, telles qu’Avdiika, Debaltseve, Popasna, Schastia et Stanychno Luhanske, et dans les villes contrôlées par les groupes armés, y compris Donetsk et Horlivka, ont fait payer un lourd tribut aux civils, avec un nombre élevé de tués et de blessés.

« La situation des droits de l’homme en Ukraine reste grave », a déclaré le Haut-Commissaire. Il a également noté que parmi les défis les plus récents figurent une série d’attaques terroristes à Kharkiv et Odessa, et la crainte d’une autre attaque à Marioupol, où 31 personnes sont mortes le 24 janvier.

« Si cette tendance devait se poursuivre, elle constituerait un nouvel épisode très sanglant de ce conflit, étendant les zones où l’Etat de droit et la protection des droits de l’homme sont absents », a-t-il ajouté.

Entre la mi-avril 2014 et le 28 février 2015, les cas de 5 809 morts et 14 740 blessés ont été documentés dans l’est de l’Ukraine. Sur ce total, 1 012 personnes ont été tuées et 3 793 blessées entre le 1er décembre 2015 et le 15 février 2015. Etant donné que des rapports complets sur le nombre de victimes, en particulier près de l’aéroport de Donetsk et dans la zone de Debaltseve, sont encore attendus, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme estime que le nombre total de personnes tuées dans l’est de l’Ukraine au 2 mars 2015 a, de manière quasi certaine, dépassé les 6 000 morts.*

« Tous les aspects de la vie quotidienne de la population sont touchés. La situation est de moins en moins tenable pour la population locale, en particulier dans les zones contrôlées par les groupes armés. Nombreux sont ceux à être pris au piège dans les zones de conflit, contraints de se réfugier dans des sous-sols, avec pratiquement pas d’eau potable, de nourriture, de chauffage, d’électricité et de matériel médical de base », a déclaré le Haut-Commissaire. Bien que guidées par des préoccupations sécuritaires, les restrictions de voyage imposées par le gouvernement le 21 janvier sur les mouvements pour entrer et sortir des zones où les opérations de sécurité avaient lieu créent de nouvelles difficultés pour les civils qui vivent déjà dans des conditions extrêmement précaires, indique le rapport.

« Cependant, supposer que les personnes qui restent dans les territoires contrôlés par les groupes armés le font par choix est à la fois inquiétant et malavisé. De nombreuses personnes restent sur place car elles craignent pour leur vie si elles tentent de se déplacer. Beaucoup d’autres restent pour protéger leurs enfants, d’autres membres de leur famille ou leurs biens. Enfin, certaines personnes sont contraintes de rester contre leur grè ou sont simplement dans l’incapacité physique de partir », a poursuivi le Haut-Commissaire.

« Toutes les personnes qui restent sur place ont le droit d’être protégées en vertu du droit international humanitaire et du droit international des droits de l’homme, qui doivent être respectés par toutes les autorités compétentes. Toutes les violations du droit international humanitaire et du droit international des droits de l’homme doivent faire l’objet d’une enquête approfondie et les personnes responsables rapidement traduites en justice. »

Le rapport fournit des exemples navrants des souffrances endurées par les civils, y compris des allégations crédibles de détentions arbitraires, de tortures, de disparitions forcées commises principalement par des groupes armés mais aussi, dans certains cas, par des organismes d’application de la loi ukrainiens.

La situation dans l’est de l’Ukraine a aussi un impact grandissant sur la situation des droits de l’homme dans le reste du pays. Plus d’un million de déplacés internes sont désormais enregistrés. Dans de nombreux endroits, les centres d’accueil qui leur sont destinés sont débordés et manquent de ressources.

En République autonome de Crimée, dont le statut est régi par la résolution 68/262 de l’Assemblée générale, des violations systématiques des droits de l’homme continuent à avoir lieu, touchant principalement les Tatars criméens et les personnes qui se sont opposées au « référendum », indique le rapport.

Le rapport observe également certains développements positifs, y compris les discussions ayant abouti au nouvel accord de cessez-le-feu. Le Haut-Commissariat salue aussi les dispositions portant sur la libération de tous les otages et toutes les personnes détenues illégalement, le recul des armes lourdes de la ligne de contact, le retrait des formations armées, des mercenaires et des armes étrangers hors du territoire de l’Ukraine et le rétablissement du contrôle total des frontières étatiques par le Gouvernement de l’Ukraine dans toute la zone de conflit.

FIN

* Les chiffres marqués d’un astérisque ont fait l’objet d’une mise à jour après la période couverte par le rapport. Le nombre de victimes se fonde sur une estimation par le HCDH et l’OMS ; les chiffres relatifs aux déplacements de population proviennent des services d’intervention d’urgence de l’Ukraine.

Le rapport complet (en anglais) est disponible ici: http://www.ohchr.org/Documents/Countries/UA/9thOHCHRreportUkraine.pdf

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