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Discours de Monsieur Ibrahima Fall, à l'occasion de la cérémonie d'ouverture de la Conférence mondiale sur les droits de l'homme


Monsieur le Secrétaire Général de l'ONU,
Monsieur le Chancelier,
Excellences Messieurs les Chefs d'Etat et de Gouvernement,
Excellences Mesdames, Messieures les Ministres et Chefs de Délégations,
Madame Boutros-Ghali,
Mesdames, Messieurs les Eminentes personnes et Invités d'Honneur,
Honorables Délégués,
Mesdames, Messieurs,

Mes fonctions de Secrétaire Général de la présente Conférence me valent l'agréable devoir et l'insigne honneur, au nom des Nations Unies, de remercier le peuple et les authorités de l'Autriche pour l'accueil de notre rencontre dans cette prestigeuse ville;

Vienne, c'est ce haut lieu de la rich et dynamique culture d'un peuple dont l'histoire et l'art se confondent avec la grandeur et la puissance de l'Europe,, et dont la détermination politique, conjuguée avec le réarmement moral, aura permis de recouvrer la liberté et la souveraineté, ainsi que d'assurer la reconstruction et le développement, qui font de l'Autriche, à nouveau, un havre de paix, de prospérité et d'hospitalité au coeur de l'Europe.

Vienne évoque aussi la capitale des grands rendez-vous mondiaux pour la solution pacifique des conflits internationaux, pour la réglementation harmonieuse des relations diplomatiques et consulaires, et pour l'adoption de traités et accords qui fondent le noyau central du droit international en vigueur.

Ce choix historique d'une ville à la longue tradition de conférences internationales couronnées de succès est, assurément, de bonne augure pour poser, ici et maintenant, les contours et jalons d'une politique future des Nations Unies en matière de droits de l'homme, qui reflète les aspirations légitimes de toutes celles et de tous ceux qui, de par le monde, placent beaucoup d'espoirs dans nos délibérations.

Autre bon présage pour nos assises: les résultats des travaux préparatoires qui, depuis trois ans, ont mobilisé gouvernements, organisations intergouvernementales, instituions spécialisées et autres organes des Nations Unies, organisations non gouvernementales, institutions nationales et communautés académiques, aux niveaux local, national, régional et internaitonal, et qui ont enrichi les délibérations du Comité préparatoire, le tout sous l'impulsion des Secrétaires Généraux successifs de la Conférence Mondiale, je veux parler de mes prédécesseurs dans cette fonction, Messieurs Jan Martenson et Antoine Blanca, à qui je voudrais ici rendre hommage.

Ce vaste processus de préparation a culminé avec l'adoption, par le Comité préparatoire, début mai 1993, du projet de document final présenté sous la référence A/CONF.157/PC/98.

De ce long processus préparatoire de la Conférence, plusieurs enseignements pourraient être tirées pour l'action immédiate et future:

- Le Premier ensignement est d'ordre politique: c'est la nécessité d'adopter une nouvelle approche de l'action des Nations Unies en matière de droits de l'homme; Une approche fondée, non point sur l'utilisation des questions de droits de l'homme à des fins politiques liées aux rivalités ou aux solidarités intérêts contingents, et qui induisent des politiques de deux poids et deux mesures héritées de la guerre froide et de ses séquelles actuelles, mais une approache objective fondée sur l'universalité, l'indivisibilité et l'interdépendance de tous les droits de l'homme, et devant se traduire par une égale attitude de vigilence et un égal traitement pour toutes les violations des droits de l'homme d'où qu'elles viennent;

Celà implique, outre un changement des mentalités et des comportement des gouvernements, le renforcement sensible du statut, des compétences, des pouvoirs et des moyens des organes chargés de veiller au respect des droits de l'homme, en vue d'accroître tout à la fois leur autonomie d'action, l'efficacité, la rapidité et la flexibilité de leurs initiatives, ainsi que la crédibilité et l'acceptabilité de leurs décisions.

Celà est valable pour les organes des traités composés d'experts indépendants mais dépourvus d'autorité et de moyens suffisants. Il l'est encore davantage pour les organes composés de représentants gouvernementaux.

A cet égard, le renforcement de la Commission des Droits de l'Homme, après l'élargissement de sa composition, est d'une urgente nécessité si on veut lui permettre de s'acquitter convenablement de son mandat en général, en particulier de ceux des rapporteurs, experts et représentants qu'elle investit de missions d'enquête et d'évaluation relatives à la situation des droits de l'homme et qui se trouvenet souvent mis dans l'impossibilité de s'acquitter de leurs missions soit manque de moyens, soit par manque de coopération de la part de gouvernments mis en cause.

De même, l'introduction d'un meilleur équilibre entre rapporteurs sur le plan géographique, sur le plan des sexes, conjugué avec une meilleure prise en charge des questions relatives aux droits des femmes dans toutes leurs dimensions à travers les activités de la Commission et des rapporteurs, contribuerait à cette approche objective et non sélective de l'action des Nations Unies en matière de droits de l'homme.

Enfin, l'indivisibilité même des droits de l'homme appelle le traitement des droits économiques, sociaux et culturels sur un peid de réelle égalité avec les droits civils et politiques, notamment par la mise en place d'un système d'indicateurs pour évaluer les progrès accomplis dans la réalisation de ces droits et par l'élaboration et l'adoption d'un protocole facultatif qui consacrerait le droit de pétition.

- Le deuxième enseignement à tirer du processus préparatoire de la Conférence mondiale est d'ordre opérationnel. Il procède du constat de l'absence ou de l'insuffisance de coordiantion des stratégies, des politiques et des actions des différents organismes et institutions des Nations Unies qui interviennent dans le domaine des droits de l'homme; Une situation qui entraîne des doubles emplois, des déperditions, des vides et des disharmonies préjudiciables aux maigres ressources humaines et financières disponibles tout autant qu'à l'efficacité et aux rendements des actions sur le terrain.

Au sortir de nos délibérations, des mesures concrètes devraient pouvoir être mises en oeuvre pour une réelle politique de coordination inter-institutionnelle des activités des Nations Unies en matière de droit de l'homme; Ici, l'exemple à suivre vient du Comité sur les Droits de L'Enfant, qui implique de manière coordinée toutes les institutions pertinentes des Nations Unies lorsqu'il examine la situation des droits de l'enfant dans un pays donné. Cet exemple devrait être érigé en principe cardinal d'action, à la fois pour chaque pays et aussi pour chacune des catégories de droits, notamment, de la Femme, des Populations Indigènes, des Minorités, des Personnes Handicapés, et des autres groupes vulnérables, mais aussi, de façon globale et intégrée pour l'ensemble des stratégies et politiques de droits de l'homme de toutes les instituions à travers le système des Nations Unies.

Encore une fois, et la nature intrinsèque des droits de l'homme, la nécessaire complémentarité de nos actions, l'utilisation la plus judicieuse de nos ressources et l'optimisation des rendements et de l'efficacité plaident pour une généralisation de cette approche globale et intégrée.

Celà nécessitera la mise en place d'un mécanisme de coordination au niveau le plus élevé dont la présente Conférence devrait demander l'institution.

- La troisième leçon à tirer du processus préparatoire de la Conférence mondiale ressortit de la stratégie. Force est aujourd'hui de constater que les mécanismes actuels sont peu adaptés aux impératifs de flexibilité, de rapidité et d'efficacité que requièrent la fréquence, la gravité et la massivité de certaines violations des droits de l'homme qui sont de plus en plus fréquentes, et qui, de surcroît, restent impunies faute de structures et de procédures appropriées.

A cette problématique de la gestion rapide et efficace des violations massives des droits de l'homme vient s'ajouter la dimension prospective de la gestion prévisionnelle des crises potentielles, et qui, elle, nécessite encore davantage le recours à des techniques d'alerte rapide, de diplomatie préventive, de traitement anticipé des causes profondes qui sont sources potentielles de violations graves et massives des droits de l'homme.

Les discussions sein du Comité préparatoire laissent apparaître deux écoles de pensées: celle favorable à la seule amélioration des structures et mécanismes existants; et celle favorable, à la fois, à cette amélioration des structures et mécanismes actuels et à la création de nouveaux. Ni les négociations au cours de la deuxième session du Comité préparatoire, ni les consultations informelles postérieures n'ont permis d'approcher un consensus.

C'est dire que notre Conférence, dans le choix qu'elle sera appelée à faire, devrait prendre en considération tous les avantages et tous les inconvénients de chaque option, à la lumière des besoins présents et futurs d'un monde qui, si on n'y prend garde, risque de somvrer dans la violence sous le regard impuissant de mécanismes et procédures pour l moins inadaptés.

Mesdames, Messieurs,

- La nécessité de surmonter les obstacles et violations qui s'opposent à la jouissance universelle des droits de l'homme est un autre objectif sur lequel nos delibérations devraient également porter et au sujet duquel nous devrions préconiser des actions concrètes; outre la non ratification universelle des principaux traités et accords relatifs aux droits de l'homme et/ou leur non respect, une liste exhaustive des obstacles et violations à ces droits et libertés a été dressée.

C'est l'évidence même que cela ne saurait suffire pour combattre ces maux. Encore faut-il s'attaquer à leurs racines profondes, autant sur le plan national qu'au niveau international, qu'il s'agisse des droits civils et politiques ou qu'il s'agisse des droits économiques, sociaux et culturels.

A cet égard, force et de reconnaître que sans des changements fondamentaux économiques et politiques à l'intérieur des Etats et dans les rapports inter-étatiques, il paraît difficile de venir à bous de ces obstacles et violations.

A notre humble avis, c'est ici que la démocratisation de ces relations devrait jouer un rôle fondamental pour l'avènement d'un monde de justice, de paix et de solidarité.

Avant de conclure, je voudrais évoquer briévement un dernier enseignement du processus préparatoire: la question lancinante des ressources consacrées aux droits de l'homme. Brièvement, car ici l'unanilité est réelle parmie les Etats, autant quant au constat de la modicité des ressources humaines, financières et autres, qu'aux déclarations favorables à leur accroissement qualitatif. Au-delà pourtant des divergences persistent quant aux sources de financement pour les ressources budgétaires.

Pour ma part, je me limiterai à simplement rappeler que les proclamations les plus enflammées qui sortiraient de nos assises seraient sans effet sur les réalités actuelles si elles n'étaient pas assorties de ressources suffisantes et dont les sources seraient clairement indiquées.

De plus, l'un des aspects caractéristiques du processus préparatoires, et qui est reflété dans le projet de document final soumis à la Conférence, est précisément l'accroissement exponentiel des demandes des Etats en assistance technique et services consultatifs dans le domaine des droits de l'homme pour la préparation et l'organisation de la démocratie, pour la mise en place et le fonctionnement d'institutions nationales de promotion des droits de l'home, pour la création de centres de recherches et de documentation, pour la dissémination des instruments juridiques nationaux, pour l'éducation en matière de droit de l'homme, pour l'avènement d'un pouvoir judiciaire indépendant, pour l'encadrement juridique des populations, etc.... Il s'agit de demandes qui sont non seulement importantes quantitativement pour chaque pays, mais qui viennent de pays et de continents divers.

Je voudrais enfin mentionner une question à laquelle le processus processus préparatoire a accordé une importance particulière: il s'agit du sort des Populations Autochtones. La célébration le 17 juin de l'Année Internationale qui leur est présentement consacrée offrira au Coordinateur que je suis l'occasion de s'y attarder.

Mesdames, Messieurs,

Si nous devons aborder autant de questions durant nos assises, il nous faudra faire preuve d'organisation.

A cet égard, les fonctions respectives des cadres de nos discussions devraient être perçues et conçues de manière intégrée: la réunion prlénière devrait être le cadre d'écoutes et d'échanges sur les conceptions politiques actuelles et les perspectives en matière de droits de l'homme du point de vue de nos gouvernmements respectifs; la Commission plénière devraient aborder les mêmes questions à partir d'une vision thématique globale et d'une approche historique débouchant sur des options et recommendations pratiques et combinées des Etats, des organisations internationales et des institutions spécialisées, des organisations non gouvernementales, des organes des traités et autres experts des droits de l'homme, ainsi que des instituions nationales; quant au Comité de rédaction, sa tâche devrait être la mise en forme intégrée et opérationnelle de toutes les propositions sous forme de programme d'action des Nations Unies en matière de droits de l'homme, posant tout à la fois les contours politiques, les étapes chronologiques, les cadres institutionnels, les moyens pratiques, les ressources financières et autres à mettre en oeuvre pour la pleine réalisation de tous les droits de l'homme, des femmes, des hommes et des personnes appartenant aux groupes vulnérables d'une manière universelle, objective et non sélective, et dans le cadre d'une action internaitonale fondée davantage sur la coop-ration que sur la confrontation.

Encore un dernier mot:

Pour important que soient nos travaux que je souhaite très fructueux, le succès de la Conférence de Vienne ne sera pas pour autant évaluée à partir des seuls résultats immédiats de notre rencontre, c'est à dire, des recommandations qui sortirong de nos délibérations. Il sera aussi mesuré à l'aune de notre commune volonté politique de traduire ces recommandations en actes concrets, en tout premier lieu au niveau de l'Assemblée Générale au cours de la prochaine session, notamment à la troisième Commission s'agissant des options stratégiques et politiques, à la cinquième Commission pour les ressources financières et autres qu'il est indispensable de dégager pour la mise en oeuvre de nos recommandations.

Il conviendrait donc d'intégrer cette dimension prospective dans le cours de nos travaux et envisager des mesures concrètes de suivi immédiat et à moyen et long termes pour une bonne mise en oeuvre de nos recommandations.

De même, il serait d'une grande utilité pratique d'organiser des réunions périodiques, annuelles si possible, des responsables des institutions et organisations internationales intervenant dans le domaine des droits de l'homme pour la coordiantion des politiques, ainsi qu'une réunion d'évaluation générale de la mise en oeuvre de nos recommandations, à l'horizon de l'An 2000 ou en 1998 à l'occasion du 50ème Anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme.

Dans cette noble entreprise d'amélioration, de renforcement et d'élargissement de la coopération et de la coordination des actions pour la protection et la promotion des droits de l'homme, toutes les compétences et toutes les énergies devraient être mobilisées dans le cadre d'un partenariat fondé sur la confiance et nourri du limon fertile de l'engagement de tous aux service des droits et libertés de la personne humaine.

Voilà pourquoi, face aux attentes légitimes des populations à travers le monde et à l'attention collective qu'ils devraient leur porter, les gouvernements, les organes des traités et les experts et rapporteurs, les organisations internaitonales - au premier rang desquelles les Nations Unies - les organisations non gouvernementales - dont il me plaît de saluer l'engagement au service des droits de l'homme, de même que la participation active et positive tout au long du processus préparatoire de la Conférence mondiale ainsi que la présence massive à notre rencontre - enfin les institutions nationales, devraient unir leurs actions de manière collective et permanente pour relever les défis présents et futurs d'une nouvelle politique des Nations Unies à l'aube du prochain millénaire.

Merci de votre attention./.