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Communiqué de presse de Mme Marie-Thérèse Keita-Bocoum à l’issue de sa sixième visite en République centrafricaine

11 mars 2016

Mesdames, messieurs, bonjour et merci d’assister à cette conférence de presse.
A l’issue de cette visite de 10 jours au cours de laquelle j’ai rencontré des représentants  du gouvernement, du corps diplomatique, des institutions nationales, de la société civile et des Nations Unies à Bangui, à Bossangoa et à Kaga Bandoro, permettez-moi de vous présenter quelques conclusions préliminaires:

Mais avant, je voudrais remercier la Présidente de Transition et son gouvernement pour leur collaboration fructueuse et soutien constant à mon mandat et aux actions de la communauté internationale en faveur de la protection et la promotion des droits de l’homme. Je félicite également la Présidente de Transition pour son engagement et les efforts entrepris pour la paix et la réconciliation durant sa présidence et notamment la tenue du forum de Bangui, le renforcement du leadership féminin et l’organisation d’élections libres et apaisées. Je tiens aussi à remercier le Ministre de la Justice qui s’est rendu à Genève pour le Segment de Haut niveau du Conseil des droits de l’homme afin de réaffirmer les engagements du gouvernement en matière de lutte contre l’impunité et de réhabilitation de la chaine pénale.

Elections

Je félicite les Centrafricains d’avoir participé à l’élection présidentielle et au premier tour de l’élection législative dans la sérénité. J’ai eu l’occasion de m’entretenir avec le Président élu M. Faustin Archange Touadéra et le féliciter pour sa victoire. J’ai rappelé à tous mes interlocuteurs mon souhait que cette étape importante vers la démocratie se matérialise rapidement par des mesures décisives vers la paix et l’Etat de droit.  

Le 27 mars, la population centrafricaine est appelée à voter au deuxième tour ses représentants au Parlement. Il est important que les élus soient des hommes et des femmes qui aient vraiment à cœur de représenter les intérêts du peuple centrafricain, en toute intégrité et dans le respect des droits de l’homme.

Sécurité et protection des civils

Après les tragiques évènements de septembre – octobre 2015 qui ont conduits à plus de 70 morts et plus de 400 blessés, la situation sécuritaire connaît une amélioration en particulier à Bangui, grâce à la présence et aux actions des forces internationales, aux mesures de sécurité prises par le gouvernement de transition et à l’esprit civique de la population centrafricaine.  

Cependant, la situation reste très précaire et des poches d’insécurité et de violence  persistent, notamment à l’intérieur du pays dans les régions centre, est et nord-est. En particulier, les 3 et 4 mars derniers, au moins six civils ont été tués, apparemment par les éléments des Ex-Selekas/UPC proche d’un camp de déplacés à Bambari. Les actes de violence, meurtres et enlèvements par des éléments de la LRA et groupes armés dans l’est du pays semblent également augmenter.

J’encourage le gouvernement à poursuive les efforts de redéploiement de la police et la gendarmerie sur l’ensemble du territoire, et je note avec satisfaction l’existence d’une composante féminine au sein de la police et la création de la police de proximité. J’insiste sur l’importance de la mise en œuvre immédiate d’un programme de Désarmement, Démobilisation, Réinsertion et sur l’importance capitale de la Réforme du Secteur de la Sécurité. Ces étapes sont cruciales pour permettre aux futures autorités de la République centrafricaine de poursuivre les acquis de la Transition et d’envisager les grands chantiers socio-économiques. J’encourage vivement la communauté internationale à tout mettre tout en œuvre pour soutenir rapidement les efforts du gouvernement dans ce sens.

Un autre sujet d’inquiétude réside dans les risques que la transhumance suscite. Des mesures spécifiques devraient être prises par le gouvernement et la communauté internationale pour promouvoir le dialogue entre les agriculteurs et les communautés Peuhls et pour sécuriser les couloirs empruntés par les communautés Peuhls et leurs troupeaux afin d’éviter les conflits.

J’appelle également le gouvernement à prendre des mesures urgentes de protection et d’assistance pour les victimes de violences sexuelles dont le nombre ne cesse d’augmenter.  Entre janvier et octobre 2015, 60'000 femmes ont rapporté avoir été victimes de violences basées sur le genre.

Je reste également très préoccupée par les violences infligées à certaines personnes, en général les femmes et les jeunes sur la base d’accusations de sorcellerie. Ce phénomène déjà constatée dans mes missions précédentes prend de l’ampleur, de même que les arrestations et détentions pour pratique de charlatanisme et sorcellerie.

Lutte contre l’impunité

La lutte contre l’impunité, par l’opérationnalité des juridictions à l’intérieur du pays et le renforcement de l’indépendance du pouvoir judiciaire restent des demandes pressantes des Centrafricains pour poursuivre et juger les auteurs des violations et satisfaire le droit des victimes.

Depuis ma dernière visite en septembre dernier, J’ai appris que les autorités judiciaires ont été nommées, mais bon nombre tardent à prendre fonction (tel que constaté à Kaga Bandoro et à Bossangoa). Je les encourage à rejoindre au plus vite leurs postes. J’ai également appris avec satisfaction que des audiences foraines sont en cours afin de suppléer au manque de justice et que des projets d’assistance juridique ont été initiés afin de permettre aux centrafricains de s’informer sur leurs droits.

Je note aussi avec satisfaction la réhabilitation des tribunaux et établissements pénitentiaires, notamment à Ngaragba et à Bimbo, et j’insiste sur l’importance de continuer ce processus. Les conditions de détention restent préoccupantes. J’ai constaté la présence de l’unique centre de détention illégale de Kaga Bandoro et j’ai été alertée par des allégations de viols dans la prison pour femmes de Bimbo. Je  demande à la MINUSCA et aux autorités nationales de prendre des mesures urgentes pour protéger les droits des détenus.

J’ai été informée des efforts menés par le gouvernement de la transition en collaboration avec la communauté internationale pour la mise en place effective de la Cour pénale Spéciale. Le gouvernement de transition a adopté une loi historique portant création de cette Cour qui doit juger les responsables des violations graves des droits de l’homme et du droit international humanitaire. Il faut que le peuple centrafricain puisse voir que ces promesses ne sont pas veines et que les victimes ne resteront pas impunies. Je lance également un appel à la communauté internationale pour qu’elle se tienne aux cotés de la Centrafrique afin que cette Cour voit enfin le jour.

Tous les acteurs de la société civile que j’ai rencontrés ont déploré l’absence de la chaîne pénale, le manque d’accès à la justice et l’absence de mesures pour protéger les victimes et les témoins. Ces mêmes acteurs insistent sur le besoin crucial de documenter les violations commises en Centrafrique et d’exercer leur droit à la vérité. Il s’agit pour eux d’associer aux processus judiciaires, des mécanismes extrajudiciaires de réhabilitation, de réparation et de garantie de non-répétition.

Réconciliation nationale

J’ai noté avec satisfaction que les communautés encouragées par le gouvernement de transition et la communauté internationale ont développé des  initiatives de dialogue, de paix et de réconciliation. Pour la première fois, j’ai assisté à une rencontre au PK5 de femmes et d’hommes, chrétiens et musulmans, accueillis dans une administration publique pour discuter ensemble des problématiques communes d’accès aux services de base tels que l’éducation et la santé. Ceci représente une accalmie dans le domaine de la sécurité et surtout une volonté d’aborder ensemble et dans la paix, les défis de demain.

J’ai également félicité la population, les autorités publiques et la MINUSCA pour l’organisation de la visite du Pape en Centrafrique et en particulier au quartier musulman du PK5. Cette visite et l’engouement qu’elle a suscité ont contribué à un changement des mentalités, à la reprise du dialogue communautaire, à la concrétisation du vivre-ensemble et de la liberté de mouvement des communautés dans Bangui. La réhabilitation du cimetière musulman de PK5 en est un exemple édifiant.

Je félicite la Transition pour l’organisation du Forum de Bangui qui a permis à la population de prendre d’importantes décisions dans le domaine de la justice et la réconciliation et j’encourage le nouveau gouvernement à prendre des mesures fortes pour continuer à promouvoir l’inclusion et la cohésion sociale comme fondement du développement et de la jouissance des droits économiques et sociaux.  Durant la Transition, le leadership féminin a été mis en évidence et a démontré sa capacité à surmonter les défis.  Les femmes doivent  avoir plus d’opportunités d’être pleinement associées à tous les processus de réconciliation et de décision, en vue d’atteindre la parité.

Education

A l’occasion de l’inauguration officielle du centre de recherches en droits humains et gouvernance démocratique de l’université de Bangui, j’ai  rappelé que l’éducation aux droits de l’homme contribue à prévenir à long terme les violations des droits de l’homme, à analyser les sources des conflits et à y remédier pour en éviter la répétition. Je réitère ici que l’université doit promouvoir l’égalité et le développement durable et renforcer la participation des populations, sans aucune discrimination, à la prise de décisions dans le cadre d’un système démocratique.

Il n’est pas une autorité, un représentant de la société civile ou de la communauté internationale qui n’a pas fait état du besoin urgent d’éducation, de formation professionnelle et de création d’activité génératrice de revenus. La jouissance du droit  à l’éducation, la formation professionnelle et la sensibilisation sur les droits de l’homme, accessible à tous, a été unanimement soulignée, et représente un défi important pour le futur gouvernement.

J’ai réitéré aux autorités de la Transition et au nouveau Président l’importance de considérer avec attention la création d’une Commission nationale des droits de l’homme dans le respect des principes d’indépendance et d’objectivité pour veiller à la protection et la promotion des droits de l’homme en Centrafrique.

Situation humanitaire ; retour des déplacés internes et des réfugiés 

Depuis janvier 2016, on note un retour progressif et croissant des personnes déplacées et des réfugiés dans leurs foyers. Cependant, les défis humanitaires restent majeurs et l’aide internationale continue parfois à être le seul moyen de subvenir aux besoins en matière de santé, nutrition et assainissement. Le niveau de pauvreté de la population a atteint un seuil sans précédent avec près de 2,5 millions de personnes vivant dans l’insécurité alimentaire. J’invite sur ce point la communauté internationale à maintenir ses engagements dans le secteur humanitaire afin de répondre à cette crise de protection généralisée.

J’encourage le gouvernement à prendre les mesures nécessaires, en consultation avec les Nations Unies afin de créer les conditions satisfaisantes pour les retours volontaires, dans le respect des normes internationales. Le retour des personnes déplacées doit être encadré légalement et planifié afin d’éviter d’engorger certains quartiers qui connaissent déjà des difficultés à offrir les services de base pour ses habitants.
      
Conclusion

J’ai insisté auprès des autorités de la transition et du nouveau Président élu sur la nécessité de consolider les acquis de la transition et de continuer à travailler en étroite collaboration avec la MINUSCA et la communauté internationale sur les questions de droits de l’homme. Les centrafricains viennent de réussir une étape importante dans leur cheminement vers la démocratie par l’élection d’un président et de députés.

J’invite maintenant la communauté internationale à avoir une écoute attentive aux problèmes des centrafricains et à accompagner concrètement ces nouvelles autorités dans les programmes prioritaires, notamment le DDR, la RSS et la lutte contre l’impunité, qui permettront de renforcer la cohésion nationale, la bonne gouvernance, le développement économique de la RCA et par conséquent le bien-être de la population centrafricaine.

Je vous remercie de votre attention.