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Le Comité des droits des personnes handicapées examine le rapport de l'Ouganda

GENEVE (8 avril 2016) - Le Comité des droits des personnes handicapées a examiné, hier après-midi et ce matin, le rapport initial présenté par l'Ouganda sur les mesures prises par ce pays pour mettre en œuvre la Convention relative aux droits des personnes handicapées.

Présentant ce rapport, M. Madada Kyebakoze Suleiman, Ministre d'État du genre, du travail et du développement social de l'Ouganda, en charge du handicap et des personnes âgées, a indiqué que les personnes handicapées représentent 12,4% de la population ougandaise – et 14% de la totalité des enfants âgés de 2 à 5 ans.  La Constitution ougandaise garantit la représentation équitable des groupes marginalisés, la reconnaissance des droits au respect et à la dignité des personnes handicapées, ainsi que le droit au développement de la langue des signes, a-t-il ajouté.  Elle presse en outre l'État de prendre des actions volontaristes pour rééquilibrer la situation des personnes handicapées, a-t-il précisé.  La loi régissant la justice prévoit d'éliminer les définitions subjectives des personnes handicapées et d'harmoniser progressivement la terminologie avec la Constitution et les normes internationales, a poursuivi le Ministre d'État.

Dès l'année 1986, l'Ouganda a veillé à créer un environnement favorable (aux personnes handicapées), a poursuivi le Ministre d'État.  Par conséquent, l'Ouganda est engagé en faveur de la mise en œuvre permanente de la Convention, notamment dans le cadre de son deuxième plan national de développement et de son programme Vision pour l'Ouganda à l'horizon 2040 (Uganda Vision 2040), a-t-il indiqué.

La délégation ougandaise a répondu aux questions qui lui étaient adressées par les membres du Comité s'agissant, notamment, du rôle de la Commission d'égalité des chances et de la Commission nationale des droits de l'homme; de la sensibilisation aux questions de handicap; de la subsistance de termes péjoratifs; de plusieurs projets de loi ou d'amendement de législations existantes, s'agissant notamment de la santé mentale et de la nationalité; de l'interdiction de la discrimination; de l'interdiction des mutilations génitales féminines; des services d'assistance et de soutien aux personnes handicapées, y compris aux réfugiés handicapés; ainsi que des questions d'accessibilité.

À l'issue de ce dialogue, M. Danlami Basharu, rapporteur du Comité pour l'examen du rapport de l'Ouganda, a exprimé l'espoir que toutes les intentions exprimées par la délégation se traduiraient par des décisions concrètes.  Il a relevé que la participation pleine et entière des organisations de personnes handicapées laissait à désirer; or, celle-ci est impérative si le Gouvernement entend être réellement représentatif.  Il semble aussi que les budgets soient tout à fait insuffisants, du fait que les priorités sont elles-mêmes insuffisamment définies, a ajouté le rapporteur.  Par ailleurs, la sensibilisation des organes gouvernementaux, du secteur privé et du public mérite d'être accentuée, a-t-il souligné.  M. Basharu a appelé le chef de la délégation ougandaise à user de ses bons offices pour accélérer le vote du projet de loi sur le handicap afin d'en finir avec les abus pratiqués par les sorciers, les hôpitaux psychiatriques, la police et les proches des personnes handicapées.

Auparavant, le rapporteur a en effet fait part de sa préoccupation au sujet de l'administration de traitements médicaux forcés, des pratiques qui, a-t-il rappelé, s'apparentent à de la torture.  Des cas de violences et d'abus sont aussi signalés envers les personnes handicapées en général, notamment les femmes, les jeunes filles et garçons, a-t-il rappelé.  Il s'est dit préoccupé par les cas de violence et d'abus envers les femmes, les jeunes filles et garçons handicapés, particulièrement dans les institutions gérées par des associations, sans contrôle suffisant.  M. Basharu a également constaté avec préoccupation l'existence de restrictions, dans la Loi fondamentale et dans la loi électorale, qui empêchent les personnes handicapées – en particulier celles qui sont handicapées sur les plans psychosocial et intellectuel – de se présenter aux élections.  Le rapporteur a par ailleurs constaté l'existence, dans la loi, d'une définition à géométrie variable du handicap. 

Le Comité adoptera ultérieurement, lors de séances à huis clos, ses observations finales sur le rapport de l'Ouganda et les rendra publiques à l'issue de la session, qui doit clore ses travaux le jeudi 21 avril prochain.

Lors de sa prochaine réunion publique, mardi prochain 12 avril, à 10 heures, le Comité se penchera sur son projet d'observation générale sur l'article 6 de la Convention, relatif aux droits des femmes handicapées.

Présentation du rapport de l'Ouganda

Le Comité est saisi du rapport périodique de l'Ouganda (CRPD/C/UGA/1), ainsi que des réponses du pays (CRPD/C/UGA/Q/1/Add.1) à la liste de points à traiter que lui a adressée le Comité (CRPD/C/UGA/Q/1).

M. MADADA KYEBAKOZE SULEIMAN, Ministre d'État du genre, du travail et du développement social de l'Ouganda, en charge du handicap et des personnes âgées, a expliqué que son pays avait été en mesure de ratifier sans réserve la Convention et son Protocole facultatif dès 2008 de par le fait que longtemps avant il s'était attelé à reconnaître les droits des personnes handicapées  au travers de son régime constitutionnel et juridique, assorti de politiques et de programmes cohérents.  Après avoir énuméré les articles de la Constitution garantissant l'égalité des droits et la non-discrimination, le Ministre a précisé que le Parlement ougandais avait mis en place un Comité permanent pour l'égalité des chances qui a – a-t-il assuré – accompli un travail considérable.  Le Parlement a aussi créé un Comité des droits de l'homme qui se consacre aux questions de fond dans la lignée de la Commission ougandaise des droits de l'homme. 

Selon le recensement national, qui a été réalisé après la soumission du présent rapport au Comité, les personnes handicapées représentent 12,4% de la population ougandaise – et 14% de la totalité des enfants âgés de 2 à 5 ans (13% pour les nouveau-nés avant l'âge de deux ans), a indiqué le Ministre.  La Constitution garantit la représentation équitable des groupes marginalisés, la reconnaissance des droits au respect et à la dignité des personnes handicapées, ainsi que le droit au développement de la langue des signes, a-t-il ajouté.  Elle consacre un de ses chapitres aux droits des travailleurs, des enfants, des femmes et des personnes handicapées, ainsi que d'autres groupes marginalisés, tout en interdisant toute discrimination, a-t-il insisté.  Elle presse en outre l'État de prendre des actions volontaristes pour rééquilibrer la situation des personnes handicapées, a-t-il précisé. 

La loi régissant la justice prévoit d'éliminer les définitions subjectives des personnes handicapées et d'harmoniser progressivement la terminologie avec la Constitution et les normes internationales, a poursuivi le Ministre d'État.  La Commission pour l'égalité des chances a édicté pour sa part des obligations visant à assurer l'égalité des genres, a-t-il souligné.  De nouveaux programmes tels que celui consacré aux activités professionnelles des femmes créant leur emploi ou celui relatif au niveau de vie des jeunes concernent aussi les femmes et les jeunes handicapés. 

Après avoir énuméré un nombre considérable de lois, de politiques et de programmes, le Ministre a expliqué que son pays était conscient du fait que la Convention est un instrument international exigeant une mise en œuvre progressive.  Dès l'année 1986, l'Ouganda a veillé à créer un environnement favorable (aux personnes handicapées) sous la conduite du Mouvement national de résistance.  Par conséquent, l'Ouganda est engagé en faveur de la mise en œuvre permanente de la Convention, notamment dans le cadre de son deuxième plan national de développement et de son programme Vision pour l'Ouganda à l'horizon 2040 (Uganda Vision 2040), a conclu le Ministre.

Examen du rapport

Questions et observations des membres du Comité

M. DANLAMI UMARU BASHARU, rapporteur du Comité pour l'examen du rapport de l'Ouganda, s'est dit convaincu qu'à la fin d'un dialogue qu'il espérait amical et enrichissant, des solutions seraient trouvées pour surmonter les obstacles au développement des personnes handicapées.  Il a indiqué qu'il serait fier de pouvoir visiter un pays réformé qui se montrerait déterminé à faire progresser toutes les catégories de personnes handicapées, ce qui constituerait une fierté pour toute l'Afrique.  Il s'est félicité des mesures pratiques prises, en particulier au travers de l'action affirmative inscrite dans la Constitution qui permet de faire siéger des personnes handicapées au Parlement.  M. Basharu a toutefois constaté avec préoccupation l'existence de restrictions, dans la Loi fondamentale et dans la loi électorale, qui empêchent les personnes handicapées – en particulier celles qui sont handicapées sur les plans psychosocial et intellectuel – de se présenter aux élections. 

Le rapporteur a par ailleurs constaté l'existence, dans la loi, d'une définition à géométrie variable du handicap.  Il a aussi noté que plusieurs projets de loi susceptibles d'améliorer les chose étaient en souffrance au Parlement.  Il a cité le texte sur les personnes handicapées et celui relatif à la santé mentale.  En outre, des pratiques discriminatoires existent dans plusieurs textes de loi qui usent d'un vocabulaire péjoratif tels que «fou» ou «faible d'esprit», a déploré M. Basharu.

La participation des organisations représentants les personnes handicapées aux prises de décision est notoirement insuffisante, a d'autre part fait observé le rapporteur.  Il s'est dit préoccupé par les cas de violence et d'abus envers les femmes, les jeunes filles et garçons handicapés, particulièrement dans les institutions gérées par des associations, sans contrôle suffisant.  Il a en outre déploré l'absence d'information concernant les enfants sourds et aveugles et les mesures de protection prises en leur faveur.  Il a également fait part de sa préoccupation au sujet de l'administration de traitements médicaux forcés, des pratiques qui, a-t-il rappelé, s'apparentent à de la torture.  Des cas de violences et d'abus sont aussi signalés envers les personnes handicapées en général, notamment les femmes, les jeunes filles et garçons, a-t-il rappelé. 

Insistant sur l'importance de permettre la meilleure mobilité possible des personnes handicapées, M. Basharu a ensuite attiré l'attention sur le fait que l'on ne fournissait pas de protection solaire aux personnes atteintes d'albinisme et que l'on doublait le prix des transports pour les gens en chaise roulante.  Il a aussi évoqué le défi persistant de la reconnaissance de la langue des signes.  Pourtant, a-t-il conclu, l'Ouganda dispose d'un potentiel considérable en tant que pays en développement et une chance unique d'offrir des opportunité de progrès économique et social aux nouvelles générations. 

Un autre membre du Comité a relevé que si la législation impose bien des critères en faveur de l'accessibilité, il semble que ces règles ne soient guère respectées.  Des budgets sont-ils consacrés cette question essentielle, a-t-il demandé?  L'un de ses collègues a souligné la nécessité de former les architectes à la notion de «conception universelle». 

Un autre expert a estimé nécessaire de lancer des campagnes de sensibilisation face aux préjugés discriminatoires envers les personnes handicapées.  Il a notamment fait observer que pour nombre d'Ougandais, le handicap s'explique par des actes de sorcellerie.  Avez-vous véritablement compris les principes de la Convention, a demandé un expert à l'intention de la délégation, jugeant nécessaire une action ambitieuse en matière de formation et de sensibilisation, depuis les professionnels jusqu'aux élus?  Un autre expert a insisté sur la transformation culturelle nécessaire lorsque l'on entend enraciner les droits de l'homme. 

Quelles mesures sont-elles prises contre les préjugés et les discriminations, en particulier à caractère sexiste, a demandé une experte?  La politique en faveur des personnes handicapées inclut-elle la dimension de genre?

Une experte a demandé à l'Ouganda de passer d'une vision médicale du handicap à une vision reposant sur les droits de l'homme, les personnes handicapées devant être reconnues comme des citoyens qui jouissent des mêmes droits fondamentaux que les autres.

Un membre du Comité s'est enquis auprès de la délégation des textes de loi qui, selon elle, devraient être abrogés pour que l'État ougandais se mette pleinement en conformité avec la lettre et l'esprit de la Convention.

Un autre expert a souhaité savoir comment se passerait son séjour s'il atterrissait à Kampala avec sa chaise roulante: comment descendrait-il de l'avion, aurait-il des facilités pour se déplacer dans l'aéroport, pour se rendre à son hôtel? Il s'est également enquis de l'action des pouvoirs publics en faveur des personnes atteintes d'albinisme. 

Un autre membre du Comité a souligné que l'essentiel du travail en faveur des personnes handicapées était effectué par des organisations non gouvernementales.  En outre, il est de notoriété publique que des personnes handicapées sont tuées sur l'autel de sacrifices rituels, a ajouté cet expert.  L'État ougandais agit-il contre ce type de pratique, a-t-il demandé?

Une experte a rappelé que le Comité des droits économiques, sociaux et culturels avait recommandé l'an dernier à l'Ouganda d'adopter une loi contre les discriminations et de prendre des mesures concrètes contre les préjugés.  

Une experte a affirmé que de nombreuses personnes handicapées étaient internées dans des établissements psychiatriques, de véritables «maisons de fous» comme on disait jadis, dont les pratiques sont totalement désuètes pour ne pas dire lamentables.  Ces établissements sont surpeuplés et souffrent d'un manque d'hygiène criant.  La délégation a-t-elle des indications quant au nombre de personnes concernées, a demandé l'experte?  Par ailleurs, il n'existe pas de mécanismes d'accès à la justice pour les personnes qui seraient victimes de maltraitance ou de violences, notamment sexuelles.  Il semble qu'il ne soit pas rare que des enfants handicapés soient victimes d'abus, a ajouté cette experte.

Une autre experte a rappelé le rôle joué par l'Ouganda en matière d'accueil des réfugiés en provenance du Soudan et de la République démocratique du Congo et a souhaité savoir si l'État ougandais prenait en compte, dans ce contexte, l'aide à fournir aux personnes handicapées.  Un autre membre du Comité a voulu savoir si Kampala prévoyait de participer activement au prochain sommet humanitaire mondial d'Istanbul, où l'Ouganda pourrait jouer un rôle utile dans le partage de son expérience.  Un membre du Comité a demandé si avait été élaborée une stratégie de réduction des risques de catastrophes, compte tenu que l'Ouganda a dû faire face aux crises dévastatrices ayant affecté certains de ses voisins.  Un de ses pairs a observé qu'alors que la population est équipée à 50% de téléphones mobiles, il serait judicieux de mettre en place des systèmes d'alertes rapides dans le cadre de la gestion de la réduction des risques de catastrophes.

Une experte a demandé si le Gouvernement avait pris des mesures pour lutter contre la violence sexiste dans les camps de réfugiés. 

Une autre experte a indiqué que les personnes ayant survécu à l'explosion de mines antipersonnel bénéficiaient d'une assistance particulière dont ne bénéficient pas les autres personnes handicapées.  Elle s'est en outre enquise de ce que les autorités faisaient contre les abus sexuels commis sur des jeunes filles handicapées, sourdes notamment.  Elle s'est inquiétée du phénomène de la «purification du VIH/sida» par des jeunes vierges, une idée répandue prétendant en effet qu'avoir des rapports sexuels avec une vierge guérit du virus.  Or, les jeunes handicapées sont considérées a priori comme vierges.

Une autre membre du Comité a demandé si les mutilations génitales féminines perduraient dans certaines communautés, cette pratique étant susceptible de concerner des jeunes filles handicapées. 

Un autre membre du Comité a souhaité savoir si l'Ouganda envisageait de ratifier le Protocole facultatif à la Convention sur la torture. 

Un membre du Comité a demandé si les pouvoirs publics fournissaient des aides, notamment à des fins de financement de l'aide apportée par des assistants personnels.  Il a souligné que plusieurs membres du Comité ne pourraient être présents à Genève si l'ONU ne leur fournissait pas un tel assistant personnel. 

Une personne handicapée peut-elle, quel que soit son handicap, y compris psychosocial, ouvrir un compte bancaire, a demandé un membre du Comité?   

Un membre du Comité s'est inquiété d'informations laissant apparaître que la police harcèle couramment les personnes handicapées dans la rue; il s'agit là d'un acte de cruauté, quels que soient le prétexte ou la raison invoqués, y compris si ces personnes mendient.

Une experte a jugé alarmant le tableau brossé par les personnes qui ont visité des hôpitaux psychiatriques en Ouganda; on y constate des violations extrêmement graves des droits de l'homme, a-t-elle affirmé.  L'Ouganda est-il disposé à s'attaquer aux responsabilités administratives et pénales d'une telle situation?

Est-il envisagé en Ouganda de reconnaître la langue des signes comme langue nationale, a demandé un expert, avant de s'inquiéter du faible nombre de fonctionnaires handicapés?  L'État envisage-t-il de favoriser la formation professionnelle des personnes handicapées?

Réponses de la délégation

L'Ouganda célèbre la Journée internationale des personnes handicapées, a rappelé la délégation.  Plusieurs programmes ont été lancés en matière de sensibilisation au handicap, afin de donner une plus grande place aux personnes handicapées dans l'espace médiatique.  Un recensement des tendances négatives a été entrepris afin de pouvoir les éliminer, a ajouté la délégation.  Depuis qu'une mesure d'action affirmative a été mise en place dans le domaine électoral, des candidats handicapés sont élus, de plus en plus d'électeurs prenant en compte leur compétence et non plus leur handicap, a par ailleurs fait valoir la délégation.  De nombreux efforts en matière de sensibilisation ont été faits dans de nombreux domaines, a-t-elle assuré.  Un plan national d'action sur le handicap est en cours d'élaboration qui va de la sensibilisation au développement de la langue des signes, a ensuite indiqué la délégation.

Tous les termes péjoratifs à l'égard des personnes handicapées sont désormais proscrits, à commencer par la magistrature – qui ne saurait donc les employer, a par ailleurs souligné la délégation.  Une expression péjorative et discriminatoire comme «unsound mind» (esprit dérangé) n'est plus utilisée dans l'administration de la justice au sens large, a notamment indiqué la délégation. 

Dans le domaine culturel, un centre national d'excellence s'efforce de créer des débouchés professionnels en mettant en valeur les talents des personnes handicapées, en faisant connaître leurs compétences et en commercialisant leurs créations, a également fait valoir la délégation.

La discrimination est passible de peines d'emprisonnement, assorties éventuellement d'une amende, a d'autre part fait valoir la délégation.

Quant aux violences sexuelles, le fait que la victime soit, par exemple, un enfant handicapé constitue une circonstance aggravante, a indiqué la délégation.  Elle a précisé qu'un numéro de téléphone d'assistance spéciale avait été créé pour répondre aux préoccupations s'agissant des enfants appartenant à des milieux vulnérables victimes de discrimination, de marginalisation ou de violence.  Ce service est très important, a souligné la délégation. 

La consultation des publics concernés se fait y compris au niveau régional et inclut la participation des femmes, entre autres, a poursuivi la délégation.  Toute formulation des politiques publiques, quelles qu'elles soient, implique la consultation la plus large, a-t-elle insisté.  Cela concerne naturellement les personnes handicapées pour les projets qui les concernent, a précisé la délégation. 

Cette année, a été lancé le programme d'émancipation économique des femmes, 30% des bénéficiaires devant être des femmes handicapées, a par ailleurs souligné la délégation.

Le projet de loi sur la santé mentale en cours de discussion vise à protéger les droits humains des personnes concernées, en s'inspirant du droit international en la matière, à commencer par la Convention, a indiqué la délégation.  On ne peut douter de la volonté politique du Gouvernement à cet égard, a-t-elle assuré.

La délégation a par ailleurs indiqué que les lois sur la nationalité et la santé seraient amendées afin de permettre l'accès à la citoyenneté des personnes considérées comme non saines d'esprit.  La Commission pour l'égalité des chances a eu à connaître 13 dossiers cette année, a précisé la délégation.  Par ailleurs, l'Ouganda, qui est conscient de l'existence de textes de loi et de règlements susceptibles de violer les droits économiques, sociaux et culturels des personnes handicapées, a entrepris de les réviser, a fait valoir la délégation.

La Commission des droits de l'homme a la faculté de visiter les lieux de détention, a d'autre part souligné la délégation.  Alors que la Commission des droits de l'homme a pour mandat de lutter contre les discriminations structurelles et institutionnalisées, la Commission d'égalité des chances a pour mandat, s'agissant des questions de handicap, d'agir afin de lever les entraves au développement personnel et aux droits des personnes handicapées, a précisé la délégation.  Le mandat de cette dernière est arrivé à son terme en juillet dernier et celle qui lui succèdera doit voir ses prérogatives renforcées, en terme de versements d'allocations et d'assistance.

En ce qui concerne la participation des femmes, la délégation a signalé que 1800 femmes siégeaient au sein de collectivités locales.  Le poste de Secrétaire de la Commission de l'égalité des chances est occupé par une femme, a-t-elle précisé.

La loi interdit les mutilations génitales féminines, a d'autre part rappelé la délégation.  L'Ouganda a lancé un programme contre cette pratique dont la prévalence est passée de 60 à 20%.  L'un des moyens utilisé pour parvenir à ce résultat a été de verser une allocation aux exciseuses, a expliqué la délégation. 

Des services d'assistance et de soutien aux personnes handicapées ont commencé à être mis en place au niveau national.  Les parlementaires et les étudiants handicapés disposent de guides, d'interprètes rémunérés, a par ailleurs indiqué la délégation.  Elle a démenti que les survivants victimes de mines terrestres bénéficieraient de services de soutien dont ne jouiraient pas les autres personnes handicapées, comme l'a laissé entendre un expert.  Il y a quatre ans, un plan global d'assistance aux victimes a été élaboré qui était inclusif, prenant en compte toutes les personnes handicapées, a insisté la délégation.

Quant aux réfugiés handicapés, ils bénéficient d'une assistance particulière, grâce notamment au soutien de l'ONG World Vision.

Il n'y a pas de stratégie spécifique en matière de formation (au handicap) a reconnu la délégation.  Toutefois, des actions de sensibilisation du public sont menées par le Conseil national du handicap. 

Dans le domaine de l'éducation, la mise en place de mesure de soutien et de programmes de développement de l'accessibilité se fait progressivement, à partir de l'enseignement supérieur, et les prochaines étapes concerneront les niveaux secondaire puis primaire, a indiqué la délégation.  Les étudiants handicapés peuvent fréquenter les universités publiques, qui disposent de manuels en braille, a-t-elle fait valoir.  Par ailleurs, un module d'enseignement sur le handicap a été récemment mis en place à l'université, a-t-elle ajouté.  Une formation en langue des signes est également dispensée.

Quant aux Objectifs de développement durable, la délégation a rappelé que ceux-ci avaient été lancés il y a quatre mois seulement.  Par conséquent, on ne peut s'attendre à ce qu'un État fasse déjà rapport sur leur mise en œuvre.  Celle-ci se fera après une large consultation de la société civile, notamment via une concertation avec les organisations ougandaises de personnes handicapées.

Un avis juridique a été demandé par le Gouvernement quant à la ratification éventuelle du Traité de Marrakech visant à faciliter l'accès aux œuvres publiées des aveugles, des déficients visuels et des personnes ayant d'autres difficultés de lecture des textes imprimés, a par ailleurs indiqué la délégation, ajoutant avoir bon espoir que l'avis rendu serait favorable. 

Le régime électoral garantit la participation des personnes handicapées, en particulier sur le plan de l'accessibilité physique des bureaux de vote, a poursuivi la délégation, avant d'ajouter qu'il s'agit d'un processus en cours, tous les lieux n'étant pas accessibles.  Les électeurs handicapés peuvent se faire accompagner par la personne de leur choix pour les assister, a précisé la délégation.  Ils sont en outre dispensés de faire la queue pendant des heures pour pouvoir voter, comme cela peut parfois être le cas pour les électeurs lors de certains scrutins.  La Commission électorale a prévu de réaliser une étude sur ce qu'il conviendrait de faire pour que les bulletins de vote soient accessibles et compréhensibles à toute personne handicapée, a ajouté la délégation.

L'interprétation en langue des signes a été fournie en diverses occasions, dans des réunions, devant des tribunaux et lors de la Journée mondial du handicap, a par ailleurs fait valoir la délégation.  Elle a en revanche reconnu la promotion du braille constituait encore un défi à relever.

La loi sur la santé stipule la nécessité de prendre en compte le consentement libre et éclairé du patient pour tout traitement le concernant, y compris pour les personnes souffrant de déficiences mentales et psychosociales, a d'autre part souligné la délégation.  Un programme très élaboré d'amélioration de l'accès à la sécurité sociale est en cours de mise en œuvre, a-t-elle ajouté. 

En matière de droit du travail, tout employeur est tenu d'aménager le poste de tout employé handicapé afin que celui-ci puisse accomplir correctement sa tâche, a par ailleurs fait observer la délégation. 

S'agissant de la culture, des loisirs et des sports, la délégation a précisé que l'Ouganda participait aux jeux paralympiques, même si se posait là aussi une question de moyens, notamment afin de véhiculer les athlètes jusqu'aux pays organisateurs.

La délégation a précisé que des fauteuils roulants étaient mis à la disposition des voyageurs handicapés à l'aéroport de Kampala.

Concluant ce dialogue, M. Madada Kyebakoze Suleiman, Ministre d'État du genre, du travail et du développement social de l'Ouganda, en charge du handicap et des personnes âgées, a souligné que l'Ouganda devait renforcer ses capacités afin de mettre en œuvre ses politiques.  Le pays est en train d'élaborer un plan d'action national sur les droits de l'homme et la question du handicap doit constituer une partie importante de ce plan.  Lorsqu'il sera près, il ne fait guère de doute que ce plan répondra à nombre de questions soulevées par le Comité, a conclu le Ministre. 

Observations préliminaires

M. DANLAMI BASHARU, rapporteur du Comité pour l'examen du rapport de l'Ouganda, a exprimé l'espoir que toutes les intentions exprimées par la délégation se traduiraient par des décisions concrètes.  Il a ensuite relevé que la participation pleine et entière des organisations de personnes handicapées laissait à désirer; or, celle-ci est impérative si le Gouvernement entend être réellement représentatif.  Il semble aussi que les budgets soient tout à fait insuffisants, du fait que les priorités sont elles-mêmes insuffisamment définies, a ajouté le rapporteur.  Par ailleurs, la sensibilisation des organes gouvernementaux, du secteur privé et du public mérite d'être accentuée, a-t-il souligné.  M. Basharu a appelé le chef de la délégation ougandaise à user de ses bons offices pour accélérer le vote du projet de loi sur le handicap afin d'en finir avec les abus pratiqués par les sorciers, les hôpitaux psychiatriques, la police et les proches des personnes handicapées.

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