dcsimg


Header image for news printout

Note de conférence de presse sur l’Iraq, l’Arabie saoudite, le Kenya, le Myanmar et la Hongrie

Porte-parole du Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme : Rupert Colville
Lieu : Genève
Date : 5 juillet 2016

1) Iraq

Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme Zeid Ra’ad Al Hussein fera un communiqué de presse sur l’Iraq prochainement.

2) Arabie saoudite

Le Haut-Commissaire a également condamné le terrible attentat à la bombe qui a été perpétré hier non loin de la mosquée du Prophète à Médine, en Arabie saoudite. C’est l’un des sites les plus sacrés de l’islam, et un tel attentat dans ce lieu, pendant le ramadan, doit être considéré comme une attaque directe contre les musulmans du monde entier. La signification de cette attaque va bien au-delà des quatre policiers qui auraient été tués et des dégâts matériels. C’est une attaque contre la religion elle-même.

Au moins deux autres attentats à la bombe auraient été perpétrés en Arabie saoudite hier, à Qatif, dans l’extrême est du pays, et à Djeddah, et nous adressons nos condoléances à tous ceux qui ont été tués et blessés lors de toutes ces attaques terroristes, qui ont lieu pratiquement chaque jour quelque part dans le monde.

3) Kenya

Nous condamnons le meurtre de l’avocat des droits humains kenyan Willie Kimani, de son client Josphat Mwenda et de leur chauffeur de taxi Joseph Muiruri, le 23 juin dernier, dans un contexte d’allégations persistantes d’exécutions extrajudiciaires par les forces de police.

Les trois hommes ont disparu après que M. Kimani et M. Mwenda ont assisté à une audience à Mavoko, à environ 30 km à l’est de Nairobi, dans le cadre d’une affaire impliquant un agent de police. M. Mwenda s’était fait tirer dessus et avait été blessé par cet officier de police en avril 2015, avant d’être inculpé pour des crimes fictifs. Willie Kimani, qui travaillait avec l’ONG International Justice Mission, représentait M. Mwenda dans cette affaire. M. Mwenda aurait reçu des intimidations et des menaces avant l’audience.

Les deux hommes et leur chauffeur auraient été brièvement détenus à l’intérieur d’un container dans un camp de la police, avant d’être exécutés. Le 30 juin, leurs corps, qui présentaient des signes de torture, ont été retrouvés dans une rivière au nord-est de Nairobi.

Le Procureur général du Kenya a déclaré hier qu’aucun effort ne sera épargné pour identifier les responsables de ces meurtres, et l’inspecteur général de la police a annoncé qu’une enquête approfondie serait menée. À ce jour, trois officiers de police ont été arrêtés. L’une des conséquences positives de ce terrible crime est l’annonce faite hier par le Procureur général que le projet de loi contre la prévention de la torture serait présenté au Parlement dans les 28 jours.

Il est impératif de faire toute la lumière sur ce qui s’est passé et d’établir toutes les responsabilités liées à ces meurtres atroces. Nous appelons les autorités kenyanes à prendre des mesures urgentes pour empêcher les exécutions extrajudiciaires, les brutalités policières et autres violations graves. Ce sont des mesures auxquelles les autorités kenyanes s’étaient engagées, notamment dans le cadre du dernier Examen périodique universel, et qui sont essentielles afin de rétablir la confiance avant que les élections aient lieu l’année prochaine au Kenya. Nous demandons également aux autorités d’assurer un environnement sûr et favorable dans lequel la société civile peut fonctionner librement et sans crainte.

Selon plusieurs ONG, au moins 53 personnes pourraient avoir été exécutées sommairement par les forces de police entre janvier et avril 2016. La Commission nationale des droits humains du Kenya a quant à elle fait état, documents à l’appui, de 25 cas d’exécutions extrajudiciaires et de 81 cas de « disparitions forcées » commis par la police et d’autres organes de sécurité dans le cadre des opérations de lutte contre le terrorisme qui ont été menées entre 2013 et 2015.

4) Myanmar

Nous sommes très préoccupés par deux actes collectifs de violence populaire dirigés contre la communauté musulmane du Myanmar en l’espace de seulement huit jours. Vendredi dernier, une foule a brûlé une mosquée dans la ville de Hpakant dans l’État de Kachin, et, une semaine plus tôt, le 23 juin, une autre foule s’en est pris à une mosquée qui a été partiellement détruite, ainsi qu’à d’autres bâtiments dans le village de Thaye Thamain, dans la région de Bago.

Nous sommes particulièrement préoccupés par des informations préliminaires selon lesquelles la police était présente à la mosquée à Hpakant, mais n’a pris aucune mesure pour empêcher qu’elle soit détruite, et selon lesquelles les autorités n’ont pas ouvert d’enquête pénale au sujet de cet incident.

Nous exhortons le Gouvernement à mener rapidement des enquêtes approfondies sur ces incidents, ainsi que sur les réponses des autorités locales. Ces actes collectifs de violence populaire pourraient alimenter un nouveau cycle d’hostilité dans le pays, et nous demandons que des mesures immédiates soient prises pour empêcher de nouveaux incidents d’intolérance religieuse.

Le fait de ne pas ouvrir d’enquêtes sur ces crimes et de ne pas engager de poursuites contre leurs auteurs enverrait un message préoccupant selon lequel les attaques menées contre des minorités religieuses seront impunies. Le Gouvernement doit envoyer un signal clair selon lequel la primauté du droit s’applique à tous et les incidents contre les musulmans et d’autres minorités religieuses doivent prendre fin.

Comme l’a fait remarquer le Haut-Commissaire dans son dernier rapport sur la situation des minorités au Myanmar présenté au Conseil des droits de l’homme**, tout ce qu’il est possible de faire doit être fait pour empêcher les actes de discrimination, l’incitation à la haine et la violence et lutter contre ces phénomènes.

**Le rapport peut être consulté dans son intégralité à l’adresse : http://www.ohchr.org/EN/HRBodies/HRC/RegularSessions/Session32/Pages/ListReports.aspx

5) Hongrie

Nous sommes préoccupés par l’entrée en vigueur aujourd’hui, le 5 juillet, d’une loi permettant à la police hongroise de renvoyer dans des zones de transit situées le long de la frontière avec la Serbie les migrants illégaux se trouvant dans une zone de huit kilomètres à l’intérieur du territoire hongrois.

Nous sommes préoccupés par les dispositions de cette loi qui laissent une grande marge d'interprétation et pourrait donner lieu à un non-respect par les organes chargés d’appliquer la loi des droits humains des migrants et à des violations du droit international, en les expulsant de force en l'absence de toute procédure judiciaire.

Étant donné les centaines de personnes qui attendent déjà sur cette bande de terrain située entre le point de contrôle des passeports serbe et la clôture barbelée hongroise, nous craignons également que cette mesure ait pour seul effet d’aggraver les conditions déjà désespérées et inhumaines qui règnent à la frontière.

Prenant la parole devant de nouveaux officiers de police lors d’une cérémonie à Budapest, le directeur adjoint de la police nationale János Balogh a déclaré hier que la nouvelle loi « donnait de nouvelles possibilités d’action à la police » et ajouté que la police hongroise poursuivait des objectifs similaires à ceux de l’équipe de football du pays dans le cadre de l’Euro 2016, à savoir « maintenir l’ennemi aussi loin que possible de nos buts ».

Ces propos inquiétants ont été tenus alors que plusieurs cas de migrants ayant été expulsés de force par la police hongroise avaient été signalés la veille. La nuit du 30 mai au 1er juin, un Syrien a été noyé dans la Tisza, alors qu’il était reconduit en Serbie par la police qui a utilisé des aérosols capsiques contre un groupe de huit migrants qui venaient de traverser le fleuve en bateau. La police aurait également jeté des pierres sur le groupe alors qu’ils tentaient de regagner à la nage les rives serbes de la Tisza. 

En outre, nous sommes profondément préoccupés par la peine prononcée par un tribunal hongrois le 1er juillet contre dix migrants qui avaient franchi illégalement la clôture érigée par les autorités hongroises le long de la frontière avec la Serbie en septembre 2015. Neuf des migrants ont été condamnés à une peine d’un an de prison, mais ont été remis en liberté pour divers motifs, tandis que le dixième migrant a été condamné à une peine de trois ans de prison. Environ 2 800 personnes ont fait l’objet de poursuites pénales à ce jour en application de la loi adoptée en septembre 2015.