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" Levez-vous et joignez-vous à la lutte pour le respect des droits de l’homme "

Déclaration de Kate Gilmore, Haut-Commissaire adjointe aux droits de l’homme, à l’occasion du festival international étudiant ISFIT en Norvège

Le 9 février 2017

Je suis très heureuse d’être ici, à Trondheim, pour l’ouverture du festival ISFiT " Le festival international étudiant à Trondheim ".

Merci de votre formidable présence et de votre attention. Merci de comprendre l’importance d’être ensemble – dans toute notre diversité – merci de construire des ponts quand d’autres dressent des murs. Merci de reconnaître la force des paroles de bonté, de comprendre les dangers que constituent les armes de la haine et l’apport que seuls la tolérance, l’engagement et l’acceptation peuvent fournir. Merci de reconnaître chez les uns et les autres et parmi tous ceux qui nous entourent ce que nous avons en commun, à savoir que nous sommes nés égaux en dignité et en droits.

Droits de l’homme? Les droits de l’homme, voyez-vous, ne sont qu’une définition contraignante de ce que signifie être humain. La médecine nous fournit les concepts scientifiques qui définissent notre anatomie, notre physiologie, notre musculature. Les droits de l’homme nous offrent les concepts juridiques fondés sur les valeurs – définitions collectives et interprétées au plan international – qui reconnaissent le caractère précieux, unique et égal de chacun d’entre nous.

Et si ces conditions prônées par les droits de l’homme sont réunies, alors nous pouvons nous épanouir; nous pouvons vivre sans crainte, sans discrimination, nous pouvons nous faire entendre, nous exprimer personnellement, intellectuellement. Avoir accès à l’alimentation, à un abri, à l’identité, à la participation. Exercer nos droits à la liberté et nous servir de notre liberté pour exercer nos droits.

Chaque pays ayant rejoint l’ONU a librement adhéré à ces principes fondamentaux – inscrits dans la Déclaration universelle des droits de l’homme. Ces principes ne s’opposent pas à notre diversité – au contraire, ils la protègent. Ils ne limitent pas à notre expression, ils la garantissent. Ils ne limitent pas à notre accès à la culture ou aux croyances – ils les garantissent et fixent les termes selon lesquels nos droits peuvent être exercés sans préjudice de l’exercice des droits de toute autre personne.

Le contraire du respect des droits de l’homme? L’égoïsme, le fanatisme, l’injustice, la tyrannie et l’oppression – des pavés toxiques qui ouvrent la voie aux souffrances, aux privations, à la violence et, en fin de compte, à la guerre.
Le mépris et la haine à l’égard des étrangers; la méfiance vis-à-vis de ceux et celles qui ont l’air différent, qui aiment et qui prient différemment ... appuyés sur des mesures répressives dirigées contre la liberté de la presse; l’intensification de la surveillance du cyberespace et des mouvements publics; la fermeture des frontières nationales aux personnes qui fuient les persécutions; le bâillonnement des militants et le dénuement des services essentiels – le martèlement de ces poings s’amplifie sur les portes de notre vie privée, de notre intégrité mentale et physique et contre notre liberté. Il faut s’y opposer.

Après tout, l’humanité a déjà emprunté cette voie toxique, par le passé. Nous savons qu’elle mène à une impasse – à des extrémités où règne la mort. Les petits mépris du quotidien enflent, se muant en intimidations brutales et en discriminations à l’égard de " l’autre " avant de prospérer au quotidien en violence courante, alimentant une persécution qui débouche sur des conflits ouverts.

Peut-être ces questions concernent-elles actuellement les partis politiques. Et il n’y a aucun doute que certains hommes politiques appartenant à des partis élaborent des politiques néfastes dans leur quête pugnace du pouvoir. Mais en fait, il ne s’agit pas d’opposer un parti politique à un autre.

Peut-être, cela concerne-t-il les caractéristiques ou la démarche d’un dirigeant politique par rapport à un autre – le vainqueur comparé au vaincu, peut-être. Et, bien sûr, il existe des dirigeants, dans tous les milieux – particulièrement prodigues lorsqu’il s’agit de piller, sans vergogne, les reliefs du pouvoir. Mais en fait, il ne s’agit pas d’opposer un dirigeant politique à un autre.

Peut-être, cela concerne-t-il les systèmes économiques – la cruauté capricieuse, insensible et cupide du capitalisme ou du communisme. Mais il ne s’agit pas d’opposer un système économique à un autre.

Alors que nous sommes réunis, et aussi loin que nous puissions voir, au-delà d’une élection, d’un gouvernement, d’un président, d’un système économique en particulier, nous sommes engagés dans une lutte intense. Dans cette lutte, il n’y a ni nord, ni sud, ni droite, ni gauche, ni est, ni ouest. Seul compte ce qui est humain et ce qui ne l’est pas.

Nos droits à ne pas être soumis à la haine, à la violence et à la discrimination. Nos droits! De la salle d’audience à la salle du Conseil et de la salle de classe à la chambre à coucher. Voilà ce qui est en jeu.

C’est une erreur de penser que les murs et les clôtures affaiblissent nos obligations vis-à-vis des droits des autres. Des murs au sein de la famille humaine, sur cette petite planète en détresse dans un monde globalisé qui compte la plus importante population de jeunes de toute l’histoire de l’humanité ? Les murs sont des mensonges. A l’heure actuelle, il n’y a pas un pays sur cette planète, dans ce monde interconnecté, qui puisse légitimement se démarquer, adopter la politique de l’autruche ou s’absenter de la table où sont proposées les solutions fondées sur les droits.

Mes ami(e)s, vous n’avez pas besoin d’être comme moi pour respecter mes droits. Je n’ai pas besoin d’être comme vous pour défendre vos droits. Nous n’avons pas besoin de nous apprécier pour défendre nos droits respectifs. Les droits ne sont pas un concours de beauté, un système de récompense ou un prix de bonne conduite. Ils ne dispensent pas les puissants vis-à-vis des faibles. Les droits s’adressent aux meilleurs et aux pires d’entre nous, à chacun d’entre nous, à l’exclusion de personne et dans notre intérêt à tous.

Et ils doivent être défendus. Donc... que pouvons-nous faire, que devons-nous faire? Nous lever! Utiliser nos droits pour défendre nos droits.

Et pour cela, haut les cœurs! Il peut s’agir de la chose la plus pauvre et la plus chancelante qui soit – mais, même dans les cellules les plus sombres des prisons les plus cruelles; dans les fragiles villages perchés sur des sommets montagneux isolés; au milieu de camps de réfugiés privés de ressources; le long des étroites venelles dans des bidonvilles tentaculaires ; chez les travailleurs de rues, les marchands à leur étal, les travailleurs agricoles et les peuples autochtones – même là – même sans la moindre action bien intentionnée, minutieusement réfléchie par les élites mondialisées – même là – même tremblotante et vacillante; même assombrie par le pouvoir étatique coercitif; même là, vous trouverez des gens qui défendent les droits.

Allons – nous aussi, nous pouvons nous lever. Nous pouvons être

  • Des médecins qui, en toute dignité, offrent un accès aux soins, quels que soient l’identité ou le statut social des patients.
  • Des avocats qui chérissent l’état de droit – l’égalité devant les tribunaux et l’indépendance judiciaire.
  • Des journalistes attachés à la vérité; qui donnent de la valeur aux preuves et protègent les faits.
  • Des scientifiques en quête de connaissances sans crainte ni complaisance, mais qui déploient le fruit de leur travail pour le progrès d’une planète sous tension, l’amélioration d’un climat qui vit d’épouvantables changements et le mieux-être de peuples qui vivent d’inimaginables souffrances.
  • Des novateurs et des créateurs – qui œuvrent à remplacer sans délai l’injustice et l’exclusion par quelque chose de plus égal, plus inclusif et durable.
  • Des dissidents qui disent la vérité au pouvoir, cherchant avant tout non leur propre élévation mais celle de ce en quoi nous croyons et que nous savons vrai.

Nous pouvons être

  • Des artistes qui dérangent, provoquent, illuminent et enchantent.
  • Des amoureux qui demandent d’abord le consentement de l’autre.
  • Des philosophes qui cherchent à comprendre et, ainsi, sapent nos anciennes pratiques cruelles à l’encontre des autres;
  • Des travailleurs des droits davantage que des consommateurs de prestations.

(hashtag) Défendez les droits de quelqu’un aujourd’hui!

Billie Holliday, la chanteuse américaine et militante des droits civiques des Noirs, a défendu les droits en chantant contre le lynchage dans les états du Sud des États-Unis. " Southern trees bear strange fruit/Les arbres du Sud portent un fruit étrange

Blood on the leaves and blood on the root/Du sang sur leurs feuilles et du sang sur leurs racines

Black bodies swinging in the southern breeze/Des corps noirs qui se balancent dans la brise du Sud

Strange fruit hanging from poplar trees/Un fruit étrange suspendu aux peupliers ".

Sur les arbres d’un monde qui nourrit la xénophobie et le fanatisme, un fruit étrange est suspendu. Un fruit étrange qui pousse sur les arbres du populisme – l’assassinat des défenseurs des droits de l’homme et de journalistes; la détention arbitraire de dissidents politiques; la privation de passeports des militants; le renvoi des réfugiés par avion; la banalité des cruelles discriminations qui passent inaperçues.

Allez – levez-vous ! Tous les jours, de quelque façon – levez-vous.

Oui, ils traquent les dissidents. Ils enferment les journalistes qui disent la vérité. Ils bannissent les avocats attachés à la vérité. Et ils peuvent encore " organiser des autodafés et mettre le feu aux livres; brûler toutes les pages de la raison; réduire en cendres chaque mot d’amour et de tolérance. " Mais sachez que là encore, si nous défendons ensemble nos droits – nous serons incombustibles.

Oh ? Et les droits ? – N’oubliez pas – exercez-les sinon vous les perdez.