Header image for news printout

Cuba doit se doter de nouvelles lois et renforcer ses mesures de lutte contre la traite des êtres humains, affirme une experte des Nations Unies en matière de droits

GENÈVE (20 avril 2017) – Selon une experte des Nations Unies en matière de droits de l'homme, Cuba devrait adopter une nouvelle législation afin de garantir que toute personne victime d'un trafic d'êtres humains puisse être identifiée et aidée, et que les autorités puissent agir contre les contrevenants. 

La rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la traite des êtres humains, Maria Grazia Giammarinaro, déclare également que la protection des enfants contre les infractions de nature sexuelle devrait être étendue à toute personne âgée de moins de 18 ans. 

«Je reconnais la volonté politique du gouvernement de lutter contre la traite des êtres humains, et je salue ses efforts en matière de prévention,» a affirmé Mme Giammarinaro dans une déclaration mettant fin à une visite de cinq jours à Cuba* - la première d'un expert indépendant du Conseil des droits de l'homme des Nations Unies depuis 10 ans. 

«Bien que le nombre d'affaires de traite dans le pays puisse sembler limité, le nombre de procédures pénales et de victimes accompagnées est encore trop modeste et montre qu'il est nécessaire d'adopter une approche préventive pour détecter le problème,» a ajouté l'experte. 

Elle a approuvé le plan d'action national cubain pour la prévention et la lutte contre la traite des êtres humains et la protection des victimes (2017-2010), qui a été adopté juste avant sa visite, et qui repose sur une approche multidisciplinaire et coordonnée en vue de combattre la traite.  

«La vraie difficulté consistera à mettre en œuvre les mesures prévues dans le document, spécifiquement destinées à identifier et soutenir les victimes, tout en respectant les droits de l'homme,» précise la rapporteuse spéciale.  

«Jusqu'à maintenant, les efforts de lutte contre la traite ont essentiellement porté sur l'exploitation sexuelle. Cependant, les dernières évolutions, qui ont offert de nouvelles possibilités d'initiatives individuelles dans le secteur du tourisme, exigent d'être vigilants pour éradiquer tous les cas d'exploitation du travail. Le recours à des travailleurs étrangers dans l'industrie de la construction devrait également être surveillé,» a souligné Mme Giammarinaro.  

L'experte des Nations Unies a salué les systèmes gratuits et universels de Cuba dans le domaine de l'éducation, de la santé et de la sécurité sociale, indiquant qu'ils avaient permis de réduire la vulnérabilité des citoyens cubains à l'égard de la traite. 

Cependant, elle a affirmé que la migration dans de mauvaises conditions, en particulier vers les États-Unis, créait des situations qui pouvaient favoriser la traite. Depuis la fin de l'année 2015, des milliers de personnes sont coincées dans des pays de transit tels que l'Équateur, la Colombie, le Costa Rica et le Mexique. Elles ont perdu tout leur argent au cours de leur périple et sont de ce fait exposées à la traite et à l'exploitation. En outre, les jeunes qui souhaitent voyager à l'étranger peuvent tomber dans les filets de recruteurs et d'intermédiaires sans scrupules.  

«J'ai eu l'occasion de parler avec certains survivants,» a déclaré Mme Giammarinaro, «et il y avait parmi eux des jeunes femmes qui voulaient travailler quelque temps à l'étranger, et qui avaient signé des contrats d'apparence légale, à qui on avait promis de bonnes conditions de travail. Dès qu'elles sont arrivées à destination, toutefois, leurs passeports leur ont été confisqués et elles se sont retrouvées entre les mains de gangs déterminés à les exploiter et à les faire travailler gratuitement.» 

«Lorsqu'on a essayé de les forcer à se prostituer/travailler dans l'industrie du sexe, ces femmes ont réussi à communiquer avec leurs familles à Cuba et elles ont été secourues grâce à l'action immédiate des ambassades cubaines. Néanmoins, nous ne savons pas combien de jeunes femmes ont dû continuer à se faire exploiter à l'étranger,» a ajouté l'experte. 

Mme Giammarinaro a préconisé d'effacer les stigmates autour de la prostitution/du travail sexuel, et de fermer les centres dits de «réhabilitation», où les femmes sont détenues alors même que la prostitution n'est pas un crime.  

«La peur de la punition est un obstacle majeur pour les victimes de traite à des fins d'exploitation sexuelle, qui les empêche de signaler leur détresse et l'abus dont elles ont souffert,» a-t-elle précisé. 

Mme Giammarinaro, qui a répondu à l'invitation des autorités cubaines, a rencontré les représentants des organes du gouvernement, ainsi que des responsables des Nations Unies et des membres d'organisations de la société civile qui luttent contre la traite des êtres humains. Elle a s'est rendue à La Havane, mais aussi dans les provinces occidentales de Matanzas et d'Artemisa.  

Les conclusions de sa visite dans le pays et ses recommandations figurent dans un rapport officiel, qui sera présenté au Conseil des droits de l'homme des Nations Unies en juin 2018. 

(*) Vous pouvez lire l'intégralité de la déclaration de la rapporteuse spéciale à la fin de sa visite ici

Mme Maria Grazia Giammarinaro (Italie) a été nommée rapporteuse spéciale sur la traite des êtres humains, notamment les femmes et les enfants, par le Conseil des droits de l'homme des Nations Unies en juin 2014. Elle est juge depuis 1991 et actuellement en poste au sein du tribunal civil de Rome. Elle a été représentante spéciale et coordinatrice de la lutte contre la traite des êtres humains de l'OSCE et membre de la direction générale Justice, liberté et sécurité de la Commission européenne à Bruxelles, où elle était en charge de la lutte contre la traite des êtres humains et l'exploitation sexuelle des enfants. Mme Giammarinaro est à l'origine de la Directive concernant la prévention de la traite des êtres humains et la lutte contre ce phénomène ainsi que la protection des victimes.  

Les Rapporteurs spéciaux font partie de ce que l'on nomme les procédures spéciales du Conseil des droits de l'homme. Le terme «procédures spéciales», qui désigne le plus grand corps d'experts indépendants au sein du système onusien des droits de l'homme, est généralement attribué aux mécanismes indépendants d'enquête et de supervision mis en place par le Conseil des droits de l'homme afin de traiter de la situation spécifique d'un pays ou de questions thématiques dans toutes les régions du monde. Les experts des procédures spéciales travaillent bénévolement; ils n'appartiennent pas au personnel de l'ONU et ne perçoivent pas de salaire pour leur travail. Ils sont indépendants de tout gouvernement ou de toute organisation et siègent à titre personnel. 

Droits de l'homme, Nations Unies, page d'accueil du pays: Cuba  

Pour de plus amples informations et les demandes des médias, veuillez contacter Selma Vadala (+41 22 917 9108 / svadala@ohchr.org) ou écrire à srtrafficking@ohchr.org.  

Pour les requêtes des médias relatives à d'autres experts indépendants de l'ONU: 

Xabier Celaya – Unité Média, HCDH (+ 41 22 917 9383 / xcelaya@ohchr.org) 

Taguer et partager - Twitter: @UNHumanRights et Facebook: unitednationshumanrights