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Tanzanie : Selon une experte des Nations Unies, " Les signalements d’agression à l’encontre de personnes atteintes d’albinisme sont en recul, mais les causes profondes sont toujours omniprésentes dans les régions rurales "

DAR ES SALAAM / GENEVE (28 juillet 2017) – Les personnes atteintes d’albinisme qui vivent dans les régions rurales de Tanzanie continuent de vivre dans la peur dans un contexte où le comportement général se traduit par des violences à leur égard, a conclu une experte des droits de l’homme des Nations Unies à l’issue de sa première visite dans le pays.

Ikponwosa Ero, l’experte indépendante des Nations Unies sur l’exercice des droits de l’homme par les personnes atteintes d’albinisme, a déclaré qu’il fallait en faire davantage pour lutter contre la sorcellerie et éduquer l’opinion publique.

" Les personnes atteintes d’albinisme continuent de vivre dans une situation très précaire, alors que les causes profondes des agressions qu’elles subissent sont toujours aussi prégnantes et que les effets de plus d’une décennie de violations ont laissé des traces, " a-t-elle déclaré à l’issue de sa visite de 11 jours en Tanzanie. " Les gens vivent toujours dans la peur, notamment dans les régions rurales. "

Cependant, Mme Ero a salué la baisse du nombre d’agressions signalées et a félicité le gouvernement de ses efforts pour lutter contre ce problème – qui repose sur la croyance erronée que les organes des personnes atteintes d’albinisme présentent un intérêt en sorcellerie.

" Je me félicite des mesures déjà adoptées par le gouvernement et par la société civile et de la baisse du nombre de signalements d’agression, " a-t-elle ajouté.  " Un certain nombre de mesures qui vont dans le bon sens ont été prises afin de  remédier aux pratiques de sorcellerie, notamment l’inscription des guérisseurs traditionnels. "

" Pour autant, leurs efforts n’ont pas encore fait l’objet d’un suivi approfondi et il existe encore une certaine confusion dans l’opinion publique entre la sorcellerie et la pratique des guérisseurs traditionnels, " a indiqué l’experte indépendante.

Mme Ero a souligné que le cancer de la peau, bien plus que les agressions, constituait l’une des principales menaces pour les personnes atteintes d’albinisme et précisé qu’il s’agissait là d’un autre domaine qui mériterait des efforts supplémentaires.

" Il est réconfortant de constater que le gouvernement travaille en partenariat avec la société civile en matière de santé et d’éducation, notamment en fournissant des aides visuelles et en mettant à disposition des cliniques mobiles pour prévenir les cancers de la peau, " a-t-elle déclaré.

" Mais ces programmes nécessitent une plus forte implication du gouvernement afin de toucher davantage de personnes et d’assurer le suivi des actions engagées. "

Mme Ero a également souligné ses réserves concernant l’utilisation des écoles comme centres de protection pour les enfants atteints d’albinisme; dans certains cas, ces foyers temporaires sont devenus des hébergements à long terme.

" Malgré les bonnes intentions affichées en matière de protection comme l’indique l’orientation des enfants atteints d’albinisme vers des foyers en milieu scolaire, il semble que ces centres ne soient plus provisoires, " a-t-elle ajouté.

Selon l’experte, " Les élèves et étudiants qui poursuivent leurs études dans le secondaire ou à l’université n’ont d’autre choix que de retourner dans les foyers pendant les vacances scolaires car ils ont trop peur de retourner chez eux. J’ai reçu des rapports similaires concernant les enfants scolarisés dans le primaire hébergés dans ces foyers. "

Mme Ero s’est félicitée de l’importante diminution du nombre total d’enfants hébergés dans ces foyers et a salué l’action des autorités visant à réunir les enfants et leur famille, tout en ajoutant qu’il reste encore beaucoup à faire.

" Le gouvernement doit continuer à informer le grand public et à renforcer les mesures de protection, dans la mesure où, semble-t-il, certaines communautés et familles ne sont pas prêtes à recueillir les enfants de retour chez eux, " a-t-elle indiqué.

Lors de sa mission en Tanzanie, Mme Ero a rencontré de nombreux hauts responsables et des organisations de la société civile. Elle a visité la capitale Dodoma et la plus grande ville Dar es Salam et s’est également rendue dans le nord du pays à Mwanza, Shinyanga, Kigoma et Kasulu. 

Elle a rencontré des personnes atteintes d’albinisme, notamment des personnes victimes d’agressions et leur famille.

L’experte indépendante, nommée par le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, enquête sur toutes les violations des droits des personnes atteintes d’albinisme dans différents pays, notamment les agressions, qui vivent dans la peur d’être attaquées et laissées pour compte dans le cadre des plans de développement. En outre, elle recense et favorise les bonnes pratiques, combat les stéréotypes, les préjugés et les pratiques préjudiciables qui se traduisent par des violations des droits de l’homme.

Elle présentera un rapport complet assorti de ses recommandations au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies en mars 2018.

Mme Ikponwosa Ero, Nigeria, a été nommée par le Conseil des droits de l’homme première experte indépendante des Nations Unies sur l’exercice des droits de l’homme par les personnes atteintes d’albinisme en juin 2015. Inspirée par son expérience de personne atteinte d’albinisme, Mme Ero a consacré ces sept dernières années à l’exécution de son mandat. Son action de défense à l’internationale et de conseil juridique au profit de Under the Same Sun, une ONG qui se consacre à l’albinisme, l’a conduite à participer à de nombreuses activités et groupes de travail aux Nations Unies à Genève et à New York. Elle possède une vaste expérience dans le domaine de la recherche, de l’élaboration de politiques et de plaidoyer en matière d’albinisme. Elle est l’auteure de nombreux documents et articles sur la question, notamment concernant la catégorisation des personnes atteintes d’albinisme dans le système international des droits de l’homme.

Les experts indépendants font partie de ce que l’on nomme les procédures spéciales du Conseil des droits de l’homme. Les Procédures spéciales, le plus grand corps d’experts indépendants du système des droits de l’homme de l’ONU, est le terme généralement attribué aux mécanismes indépendants d’enquête et de surveillance qui s’occupent de la situation spécifique d’un pays ou de questions thématiques dans toutes les régions du monde. Les experts des procédures spéciales travaillent bénévolement; ils n’appartiennent pas au personnel de l’ONU et ne perçoivent pas de salaire pour leur travail. Ils sont indépendants de tout gouvernement ou de toute organisation et siègent à titre personnel.

Consultez notre site web dédié: Personnes atteintes d’albinisme: Pas des fantômes mais des êtres humains

Droits de l’homme, Nations Unies, page d’accueil du pays: Tanzanie

Pour de plus amples informations et les demandes des médias, veuillez contacter Arnaud Chaltin:
À Dar es-Salaam (pendant la visite): +41 79 109 6873 / achaltin@ohchr.org
À Genève (avant et après la visite): +41 22 917 9188 / achaltin@ohchr.org ou écrire à albinism@ohchr.org)

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Xabier Celaya – Unité Médias (+ 41 22 917 9383 / xcelaya@ohchr.org)  

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