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Yémen : Une " catastrophe entièrement imputable à l’homme " – un rapport des Nations Unies sur les droits de l’homme demande une enquête internationale

GENEVE (5 septembre 2017) – Les violations des droits de l’homme au Yémen se poursuivent sans relâche, parallèlement aux violations incessantes du droit international humanitaire, alors que les civils souffrent terriblement des conséquences d’une " catastrophe entièrement imputable à l’homme ", selon un rapport des Nations Unies sur les droits de l’homme publié mardi.

Mandaté par le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, le rapport signale les violations des droits de l’homme et du droit humanitaire international commises sur une période de trois ans, depuis septembre 2014. Entre mars 2015, date à laquelle le HCDH a commencé à recenser les victimes civiles et le 30 août, au moins 5 144 morts et 8 749 blessés ont été comptabilisés chez les civils.* Dont 1 184 enfants tués et 1 592 blessés. Les frappes aériennes de la coalition étaient la cause principale des victimes chez les enfants comme dans l’ensemble de la population civile. Parmi les civils tués, quelque 3 233 auraient été victimes des forces de la coalition.

Outre les marchés, les hôpitaux, les écoles, les zones résidentielles et d’autres infrastructures publiques et privées, l’année écoulée a été marquée par des frappes aériennes sur des cortèges funèbres et sur de petites embarcations civiles. Ce genre d’incident est très répandu, selon le rapport.

Les Comités populaires affiliés aux Houthis et les unités de l’armée loyales à l’ancien Président Abdallah Saleh (les forces Houthi/Saleh) sont responsables de près de 67 pour cent des 1 702 cas de recrutement d’enfants en vue de les faire participer aux hostilités. Les observateurs des Nations Unies chargés des droits de l’homme ont constaté que des enfants âgés d’à peine 10 ans portant l’uniforme et armés étaient affectés aux postes de contrôle. Les forces Houthi/Saleh ont également été jugées responsables de détentions arbitraires ou illégales généralisées.

Le rapport a constaté que les gouvernorats les plus touchés par le conflit étaient Aden, Al Hudaydah, Sanaa et Ta’izz. La crise humanitaire – avec près de 18,8 millions de personnes nécessitant une aide humanitaire et 7,3 millions au bord de la famine – est directement liée au comportement des parties au conflit, avec notamment les attaques aveugles contre la population civile et les biens protégés, les sièges, les blocus et les restrictions de déplacement, précise le rapport.

" Dans de nombreux cas, les informations obtenues... suggéraient que les civils pouvaient avoir été directement ciblés ou que les opérations étaient conduites sans se soucier de leurs conséquences pour les civils et sans considération pour les principes de distinction, de proportionnalité et de précaution lors des attaques. Dans certains cas, les informations semblaient indiquer qu’aucune mesure n’avait été prise pour atténuer l’incidence des opérations sur la population civile, " affirme le rapport.

" Le bombardement de Ta’izz a été impitoyable, même après que les conséquences de ces attaques sur les civils et les biens civils étaient évidentes pour les parties concernées. Le recours à de telles tactiques semble violer l’interdiction des attaques aveugles et l’obligation de prendre toutes les précautions possibles pour protéger la population et les biens civils. "

Le rapport ajoute que l’utilisation d’armes à autorisation restreinte se poursuit. Il souligne que " les faibles efforts déployés l’année passée en termes de transparence sont globalement insuffisants pour répondre à la gravité des violations commises tous les jours au Yémen. "

La Commission nationale instaurée pour enquêter sur les violations des droits au Yémen n’est pas jugée impartiale, indique le rapport. En l’absence de sa reconnaissance par l’ensemble des belligérants, la Commission n’est pas en mesure de fournir des rapports complets et impartiaux sur la situation des droits de l’homme dans le pays.

Zeid Ra’ad Al Hussein, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, a déclaré qu’il était impératif de diligenter une enquête internationale indépendante sur le conflit au Yémen.

" J’ai appelé à plusieurs reprises la communauté internationale à prendre des mesures – à instaurer une enquête internationale indépendante sur les allégations de très graves violations des droits de l’homme et du droit humanitaire international au Yémen. Une enquête internationale contribuerait grandement à avertir les parties au conflit que la communauté internationale observe la situation et est déterminée à traduire en justice les auteurs des violations, " a affirmé le Haut-Commissaire.

" La réticence de la communauté internationale à demander justice pour les victimes du conflit au Yémen est une honte et contribue, à divers titres, à l’horreur permanente qui sévit dans le pays. "

" J’appelle l’ensemble des belligérants, ceux qui les soutiennent ou qui ont une influence sur eux à faire preuve de clémence à l’égard du peuple du Yémen et à prendre des mesures immédiates afin d’assurer l’aide humanitaire au profit de la population civile et de rendre justice aux victimes des violations, " a ajouté M. Zeid.

D’autres factions armées continuent de profiter de l’insécurité qui prévaut au Yémen. L’an dernier, des groupes extrémistes ont maintenu leur présence tout en s’adaptant. Par exemple, après avoir été chassé de Al Moukalla dans le gouvernorat de l’Hadramaout en avril 2016, Al-Qaïda est maintenant opérationnel à Ta’izz.

Le rapport fait craindre une opération de grande envergure à Al-Hudaydah, qui pourrait se traduire par de nombreuses victimes civiles, par des déplacements massifs et par une limitation accrue de l’accès aux produits indispensables à la survie de la population, qui sont distribués dans presque tout le pays à partir du port de Al-Hudaydah. " Les sièges et les blocus imposés par les belligérants ont eu des conséquences catastrophiques pour les civils, les empêchant de fuir les zones touchées par le conflit et, quand ils restaient sur place, les privant d’accès aux produits indispensables à leur survie, " affirme le rapport.

" J’appelle toutes les parties au conflit à mettre fin aux hostilités et à œuvrer fermement en vue d’une solution négociée durable afin que le peuple du Yémen puisse enfin vivre en paix, " a conclu le Haut-Commissaire aux droits de l’homme.

FIN

* Ces chiffres ont été actualisés au-delà de la période concernée par le rapport. Les chiffres sont une estimation prudente, compte-tenu de la méthodologie de vérification appliquée par le HCDH et des restrictions d’accès à de nombreuses régions du pays.

Le rapport complet, avec graphiques et photos, peut être téléchargé sur: http://www.ohchr.org/EN/Countries/MENARegion/Pages/YemenReport2017.aspx

Les entretiens filmés relatifs au rapport sont disponibles ici:
Anglais: https://owncloud.unog.ch/index.php/s/ODUzueUyS8sO0vC
Arabe: https://owncloud.unog.ch/index.php/s/fOXVPhP6RKpxQYF