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Les hommes et les garçons dans la lutte pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes


Pour vraiment mettre fin à la violence et à la discrimination à l'égard des femmes et des filles, les hommes et les garçons doivent être considérés comme bien plus qu'une part du problème; ils doivent faire partie intégrante de la solution, a déclaré Lana Wells, Professeur à l'Université de Calgary au Canada.

«Nous devons les associer à la lutte contre la violence faites aux femmes,» a déclaré Mme Wells. «Nous savons que les hommes et les garçons jouissent de nombreux privilèges et de beaucoup d'influence, nous avons donc besoin d'eux pour promouvoir et développer l'égalité des genres, instaurer des relations saines et redéfinir l'image de l'homme».

Mme Wells a récemment pris part à une table ronde, qui s'est déroulée au Conseil des droits de l'homme, sur la participation des hommes et des garçons à la prévention et à la lutte contre la violence faite aux femmes et aux filles.  La discussion réunissait les membres de groupes qui travaillent avec des hommes et des garçons à déloger les comportements profondément enracinés qui nuisent aux femmes et aux filles dans l'exercice de leurs droits.

Changer les stéréotypes dangereux

La lutte contre les violences sexistes figure dans les priorités nationales et internationales depuis des décennies et, pourtant, une femme sur trois signale avoir été victime de violences dans sa vie, a affirmé Kate Gilmore, Haut-Commissaire adjointe aux droits de l'homme. L'un des moyens de lutter contre la violence est de se débarrasser des stéréotypes figés des rôles attribués à chaque sexe «qui nous dépouillent tous de notre singularité en nous réduisant à notre sexe», a-t-elle ajouté.

«Nous pouvons empêcher les violences sexistes et défendre les droits de tout un chacun si nous agissons de concert pour déconstruire ces normes sociales nuisibles et les faire évoluer,» a déclaré Mme Gilmore à l'auditoire. «Pour ce faire, nous devons multiplier les points d'entrée. Par exemple, il est indispensable que les adolescents bénéficient d'une éducation sexuelle complète qui enseigne le respect, l'autonomie personnelle et le consentement.»

Un autre moyen de lutter contre la violence est de promouvoir une masculinité positive en permettant à la majorité silencieuse des hommes, qui s'opposent aux pratiques et aux comportements préjudiciables, de s'exprimer - a déclaré Abhijit Das, fondateur de Men's Action for Stopping Violence against Women in India (Action des hommes pour mettre fin à la violence faite aux femmes en Inde) et co-président de MenEngage Alliance, une coalition d'ONG qui collaborent avec les hommes et les garçons à la promotion de l'égalité des genres.  M. Das a constaté que, quand un plus grand nombre d'hommes osent s'exprimer en matière d'égalité des genres ou de lutte contre les pratiques préjudiciables, cela contribue finalement à persuader d'autres hommes au sein de la communauté d'abandonner les points de vue rétrogrades et traditionalistes.

«Un homme seul ne peut résister à l'opposition sociale,» a-t-il dit. «Mais lorsqu'un groupe d'hommes déclare "Nous pensons autrement" ou "Nous agirons de manière différente"... vous instaurez progressivement une nouvelle norme sociale.»

Pour que les hommes participent à ce processus, il faut s'opposer à l'idée que les hommes sont foncièrement violents, a affirmé Anthony Keedi, conseiller technique sur la masculinité pour le ABAAD Resource Centre for Gender Equality in Lebanon (Centre de ressources ABAAD pour l'égalité des sexes, basé au Liban).

«Lorsque nous nous interrogeons sur ce que signifie être un homme, un être humain, notamment dans les situations de conflit, nous constatons que la violence n'est pas innée chez l'homme mais qu'elle est acquise,» a-t-il ajouté. «Faire des hommes les agents du changement, de la paix et de l'égalité des genres est possible grâce au changement transformationnel.  L'objectif est de devenir un être humain dans toute son acception, car les valeurs des hommes ne consistent pas seulement à faire vivre leur famille ou à faire étalage de leur force, mais aussi à prodiguer des soins, à assumer ses responsabilités parentales et à s'exprimer dans toutes les facettes de la vie d'un être humain. Ce qui permettra d'éliminer l'excuse avancée par certains hommes de protéger les femmes et, ainsi (de les empêcher) de favoriser l'indépendance des femmes.»

En fin de compte, la violence permanente à l'encontre des femmes et des filles, même au prétexte bienveillant de les protéger, continue de nous affecter tous, a déclaré Francis Oko Armah, jeune militant et membre de Curious Minds (Esprits curieux) au Ghana. Selon lui, plutôt que de livrer une bataille extérieure, où l'on considère que si les femmes gagnent les hommes perdent, les hommes doivent évoluer intérieurement et changer de comportement, a-t-il déclaré.

«Il nous revient de résoudre le conflit en interne, de manière à ce que lorsqu'une femme est au même niveau que nous, cela ne signifie pas qu'elle s'en tire mieux ou que nous devons nous sentir diminués en tant qu'homme,» a déclaré Armah. «Nous sommes des humains et nous devons comprendre cela. La lutte pour l'émancipation des femmes – en mettant fin à la discrimination et à la violence – est avant tout un combat pour l'humanité.»

Le 30 juin 2017

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