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S’engager dans des dialogues décisifs pour les droits de l’homme et la paix au Mali


Les hommes dans la pièce regardaient fixement Arnaud Royer, dans l’expectative. Ils venaient tout juste de demander au Directeur adjoint de la Division des droits de l’homme de la MINUSMA (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali) à quoi leur servaient les droits de l’homme.

Ces hommes étaient membres d’un groupe séparatiste armé dans la ville de Ber, une petite agglomération située à la lisière du désert dans le nord du Mali. Ils formaient l’un des nombreux groupes extrémistes ayant affronté les forces gouvernementales dans le nord du pays.

Les hommes étaient assis dans cette pièce cimentée et vide, à l’exception d’un bureau, de quelques vieux bancs en bois et d’une table métallique usée. Ils portaient des treillis de combat et des turbans, pour se protéger de la poussière omniprésente.  Beaucoup étaient armés de fusils. Royer se tenait devant eux, avec pour seule arme son téléphone, qu’il brandissait. Plus tôt ce jour-là, il avait justement contacté le Bureau de la Division des droits de l’homme à Bamako. Cet appel téléphonique lui avait appris non seulement à quel endroit certains proches des combattants étaient détenus par les forces gouvernementales, mais aussi que leurs conditions de détention avaient été jugées adéquates suite à une visite de contrôle des conditions de détention menée par un spécialiste des droits de l’homme.

" Nous œuvrons depuis trois ans à la mise en place d’un mécanisme de suivi des arrestations jusqu’au stade du procès, " avait confié Royer, ultérieurement. " Nous veillons à la protection des droits du détenu. Il est important que les groupes armés en soient informés et que les spécialistes des droits de l’homme soient en contact avec ces groupes. "

Depuis 2012, le nord du Mali est en proie à des conflits armés impliquant des coalitions militaires anti-gouvernementales et des forces extrémistes. Ces combats entraînent de nombreuses attaques contre des civils, des militaires et du personnel du gouvernement et ils sont à l’origine d’une importante instabilité, y compris le déplacement de milliers de personnes contraintes de quitter leurs foyers.

Depuis 2013, la Division des droits de l’homme de la MINUSMA au Mali s’emploie à établir un dialogue avec les groupes armés impliqués dans le conflit.  Il s’agit ici d’une stratégie déterminante adoptée par le bureau pour initier un processus de paix, a déclaré Guillaume Ngefa, Directeur de la Division.

" Ce qui importe pour nous, c’est que les droits des personnes arrêtées, quelles qu’elles soient, soient protégés, " a-t-il précisé. " Notre action a donc été légitimée par l’initiative de ces spécialistes des droits de l’homme: ils ont jeté des ponts qui nous permettent d’interagir en toute confiance avec les différents groupes armés. "

La confiance ainsi établie a amené des groupes tels que celui de Ber à solliciter la venue de spécialistes des droits de l’homme dans les territoires passés sous leur contrôle afin de leur expliquer quelles étaient leurs obligations en matière de droits humains et pour les mettre au défi.

Le lieutenant-colonel Al-Husseini Weld Al Moctar dirige le groupe basé à Ber. Il a fait savoir que son groupe travaillait avec la Division car celle-ci vient en aide à tout le monde.

" Les gens doivent se rallier à eux et travailler à leurs côtés dans une perspective d’harmonie entre les personnes, de sorte qu’ils puissent s’aimer l’un l’autre,  " a-t-il déclaré. " Cette organisation pourtant dépourvue de tout caractère islamique suit un mode de fonctionnement musulman. Ses membres font preuve de sympathie envers notre peuple et envers les faibles. "

Cependant, l’engagement affiché par ces groupes armés n’implique pas d’excuser ou de fermer les yeux sur les violations très concrètes des droits de l’homme qui ont été commises, a déclaré Ngefa. Les spécialistes des droits de l’homme recueillent et documentent des preuves de ces violations – telles que les disparitions forcées ou les exécutions sommaires et, dans de bien des cas, confrontent le groupe directement responsable.

À titre d’exemple, Ngefa a rappelé un incident survenu en 2014, à savoir l’implication d’un groupe armé dans des cas d’exécution sommaire. Il s’est rendu dans la région pour mener l’enquête et il a fait savoir aux chefs de groupe que les événements survenus pouvaient constituer des crimes de guerre, selon les preuves en présence.  Le groupe a nié avoir commis ces meurtres, mais le bureau a tout de même établi des rapports.

" Le fait est que nous avons instauré un climat de confiance, car pour eux, nous protégeons leurs droits, " a déclaré le Directeur de la Division. " Ils savent que nous ne sommes pas nécessairement neutres, mais nous sommes impartiaux dans le sens où nous nous adressons à toutes les parties et nous transmettons le même message. Le respect des droits de l’homme est un impératif. "

6 janvier 2017

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