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Protéger les droits des détenus en Syrie


«Pourquoi vous a-t-on relâchée?»

Une question que Noura Aljizawi a reconnu s'être posé à bien des reprises. Détenue pendant sept mois par la police syrienne en 2012, la militante et ancienne vice-présidente de la Coalition nationale syrienne a été rouée de coups et soumise à des décharges électriques. De nombreux autres civils ont disparu dans des circonstances similaires, et l'on n'a plus jamais entendu parler d'eux. Mais elle s'en est sortie.

«Si j'ai été épargnée et libérée, ce n'est pas à l'humanité de mes tortionnaires que je le dois…c'est à vous,» a-t-elle déclaré récemment en public lors du Conseil des droits de l'homme à Genève. «Les organismes de défense des droits humains, les blogueurs, toutes les activités menées et les organisations impliquées…votre soutien dans le contexte d'une vaste campagne de solidarité, qui a fait pression sur le régime afin de ne pas me tuer et de me relâcher.»

Noura Aljizawi s'est exprimée lors d'une réunion-débat de haut niveau sur les droits de l'homme en République arabe syrienne. Il s'agissait de donner une visibilité accrue aux violations et aux atteintes aux droits de l'homme et au droit humanitaire international commises par toutes les parties au conflit.

De modestes débuts

La guerre en Syrie a débuté il y a six ans lorsqu'un groupe d'écoliers de Daraa, qui avaient couvert un mur d'école de graffitis anti-gouvernement, ont été capturés et torturés par des représentants des forces de sécurité. Le conflit a dégénéré en un immense raz-de-marée de sang et de désespoir – plus de 300 000 personnes ont trouvé la mort jusqu'à présent et des dizaines de milliers sont astreintes à des formes de détention distinctes, aux mains de différents groupes.

Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme Zeid Ra'ad al Hussein a encouragé toutes les parties à veiller à ce que les coupables rendent des comptes et à établir la vérité sur le sort des personnes captives, torturées et tuées.

«Nous avons la responsabilité de soutenir la lutte des familles syriennes en quête de vérité,» a-t-il dit. «Ce n'est que lorsque les plaies du passé auront commencé à cicatriser que le pays pourra envisager un avenir solide.»

La justice

Mazen Darwish, Directeur du Centre syrien pour les médias et la liberté d'expression, a déclaré que l'un des meilleurs moyens de venir en aide aux détenus à l'heure actuelle serait de publier un moratoire sur la peine de mort. Selon Darwish, 15 000 civils seraient actuellement condamnés à la peine capitale d'après des jugements prononcés par des cours ou des tribunaux militaires.

«Il est possible de déclarer un moratoire sur ces exécutions. Nous avons besoin d'une justice transitionnelle. Nous devons nous attaquer à tous les crimes qui ont été perpétrés. Il ne s'agit pas seulement de justice pénale, la justice transitionnelle est une nécessité.»

Joumana Seif, avocate œuvrant aux côtés du Réseau des femmes syriennes, en convient. Elle-même exposée aux disparitions de nombreux membres de sa famille, y compris un frère disparu depuis plus de 20 ans, elle a déclaré que le pays avait besoin de justice.

«La justice est une valeur humaine en laquelle nous croyons tous. Tous ceux qui ont violé les droits de l'homme des Syriens doivent être traduits en justice. La justice est notre droit. C'est une condition préalable indispensable à la paix.»

Pour en savoir plus sur la situation difficile des détenus et d'autres populations en Syrie et sur la contribution possible des droits de l'homme.

11 avril 2017

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