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Des centaines de milliers de Syriens assiégés

Selon des informations rendues publiques par le Haut-Commissariat aux droits de l’homme de l’ONU, près de 240 000 personnes seraient bloquées dans les localités syriennes assiégées de Damas et sa périphérie rurale, de Homs et d’Alep.

Les forces gouvernementales et les milices pro-gouvernementales, ainsi que les groupes d’opposition armés, ont imposé un système de barricades et de postes de contrôle qui entrave la circulation des personnes, des marchandises et ralentit l’approvisionnement.

L’acheminement de l’aide humanitaire jusqu’à certaines zones assiégées (telles que al-Muadhamiya, le camp de Yarmouk et la ville de Homs) qui a pu se dérouler durant ces derniers mois reste incertain et dépend du respect par les différentes parties prenantes d’accords de cessez-le-feu qui sont souvent rompus.

Les civils n’ont qu’en de très rares occasions été autorisés à partir lorsqu’un accord temporaire et limité a pu être conclu entre les belligérants.

Un témoin présent dans la vieille ville de Homs a déclaré au Haut-Commissariat aux droits de l’homme qu’il avait risqué sa vie pour trouver des médicaments pour sa mère malade.

“Pour arriver jusqu’à l’hôpital militaire et aller chercher des médicaments, il m’a fallu traverser plusieurs rues, dont une dans laquelle des gens que je connaissais ont été tués par des tireurs embusqués pro-gouvernementaux”, a-t-il déclaré. “J’ai attendu en vain que les bombardements se calment, et finalement j’ai décidé que je n’avais pas le choix et qu’il fallait que je sorte, en priant pour ma vie”.

Dans le vieux Homs, les tirs d’artillerie et les bombardements aériens venus des forces gouvernementales se sont intensifiés dans plus d’une dizaine de quartiers. Par conséquent, des bâtiments résidentiels, des routes, des réservoirs d’eau et des générateurs électriques ont été détruits et des centaines de personnes, dont des familles entières, ont été tuées ou blessées.

Les hôpitaux de fortune manquent d’équipements et du matériel médical nécessaire pour effectuer les opérations chirurgicales de base. Les postes de contrôle gouvernementaux présents autour de la zone ont bloqué l’acheminement de l’aide humanitaire et des provisions alimentaires qui n’ont pas pu atteindre les civils dont la vie devient chaque jour plus insupportable.

Un résident du quartier al-Muadhamiya dans la région de Ghouta à la périphérie rurale de Damas, a déclaré au Haut-Commissariat aux droits de l’homme en décembre 2013 que le manque de nourriture avait forcé les représentants du clergé à autoriser officiellement la population à manger chiens et chats afin de survivre.
Le camp de Yarmouk, une autre zone assiégée par les forces gouvernementales dans le Gouvernorat de Damas, abritait 160 000 réfugiés jusqu’en décembre 2012, date à laquelle la grande majorité d’entre eux se sont enfuis lorsque des groupes d’opposition armés ont investi le camp. Environ dix pourcent d’entre eux sont restés dans le camp après l’attaque.

Selon un ancien résident de ce camp, on compte par dizaines les décès dus à la consommation de nourriture avariée ainsi qu’au manque chronique de matériel médical et de personnes qualifiées pour traiter les malades et les femmes enceintes retenus à l’intérieur du camp. Cette situation est aggravée par le manque d’électricité et la grave pénurie en eau. Les civils sont également victimes de combats récurrents et d’attaques aériennes ponctuelles.

A partir de septembre 2013, les tentatives d’apporter une aide humanitaire de la part de l’ONU et d’organisations non-gouvernementales ont été constamment empêchées. Mme Navi Pillay, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme a fermement condamné cette entrave à l’acheminement de l’aide humanitaire. Depuis le 20 janvier 2014, une aide alimentaire limitée ainsi que des évacuations ont été autorisées à entrer dans le camp de Yarmouk.

Depuis juillet 2012, de nombreux groupes d’opposition armés ont imposé un siège strict des villages de Nubul et de Zahra dans le Gouvernorat d’Alep, au nord du pays, empêchant nourriture, carburant et matériel médical d’atteindre ces villages. Près de 45 000 personnes sont privées d’assistance humanitaire depuis mars 2013. Alors que le gouvernement envoyait, de temps à autre, des denrées par hélicoptère, il a cessé ces opérations en juin 2013 lorsque l’un de ses engins aurait été attaqué par l’opposition.

Les membres de groupes d’opposition armés à Nubul et Zahra ont déclaré qu’ils étaient prêts à lever leur état de siège à condition que les forces gouvernementales fassent de même dans les banlieues est de la Ghouta et de al-Muadhamiya. Mme Pillay a mis l’accent sur le fait que l’obligation de respecter le droit humanitaire international ne dépend pas du respect ou non de ce même droit par les autres parties en conflit.

Le Haut-Commissariat aux droits de l’homme de l’ONU a demandé au gouvernement syrien ainsi qu’aux groupes d’opposition armés en Syrie de lever leurs sièges et de permettre le passage sécurisé des civils de et vers ces zones pour qu’ils puissent recevoir du matériel de première nécessité et une aide humanitaire, ou pour qu’ils puissent fuir la zone de conflit.

Le Gouvernement est également appelé à stopper immédiatement ses bombardements aériens aveugles qui sont la cause d’innombrables pertes de vies humaines et détruisent les infrastructures locales indispensables à la survie des populations.

Un document publié par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme propose une analyse plus approfondie de l’impact des sièges sur les civils en Syrie, basée sur des renseignements obtenus par le Haut-Commissariat entre avril 2013 et le 20 janvier 2014.

Dans une note verbale, datant du 19 février 2014, la Mission Permanente de la République Arabe Syrienne a fait part de ses Commentaires sur ce document.

20 février 2014

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