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À Alep, les attaques contre les civils syriens et les travailleurs humanitaires sont constitutives de crimes de guerre


​​​​Omran Daqneesh, un petit garçon âgé de 5 ans, est assis dans une ambulance après avoir été tiré des décombres de sa maison à Alep, le visage couvert de sang et de poussière, le regard hagard et teinté d’incompréhension, croisant l’objectif de la caméra avant d’aller se poser sur sa main tâchée de sang. Il est le témoin silencieux des effusions de sang auxquelles assistent les habitants d’Alep et d’autres régions déchirées par la guerre en Syrie, pris sous les feux croisés d’un conflit brutal qui sévit à présent depuis six ans.

«La situation est indescriptible,» a déclaré un médecin d’Alep-Est, à propos des centaines de blessés nécessitant un traitement suite à la campagne de bombardements indiscriminés sur les hôpitaux, les écoles et les marchés, alors que les forces du gouvernement tentaient de reprendre les quartiers de la ville sous contrôle de l’insurrection. Lorsque les forces du régime ont reconquis Alep en décembre 2016, les frappes aériennes syriennes et/ou russes avaient mis hors service la totalité des hôpitaux de la ville.

Dans un nouveau rapport examinant les événements qui se sont produits à Alep de juillet à décembre 2016, la Commission d’enquête des Nations Unies sur la Syrie dresse un bilan des victimes et compile les témoignages tirés des 291 entrevues réalisées, des images satellite, des photographies, des vidéos et divers résultats d’expertises médico-légales sur le terrain.

Les enquêteurs ont établi que «Les crimes de guerre commis par toutes les parties ayant pris part à la bataille pour le contrôle d’Alep, bataille d’une violence implacable, ont été meurtriers pour les civils de part et d’autre de la ville.»

Le rapport documente le calvaire des civils assiégés, pris au piège et manquant de vivres et de fournitures médicales, lorsque les forces progouvernementales ont encerclé la partie orientale de la ville.

«Les bombardements à répétition des hôpitaux, des écoles et des marchés, qui n’ont été précédés d’aucun avertissement, suggèrent fortement que l’encerclement de la ville et la prise pour cible d’infrastructures civiles relevaient d’une stratégie méticuleuse destinée à obtenir la reddition des opposants,» a déclaré le Président de la Commission, Paulo Sérgio Pinheiro.

Au moment où les forces progouvernementales ont pris le contrôle des quartiers nord fin novembre, un civil a décrit le chaos. «C’est le jour du Jugement dernier. La situation humanitaire est désastreuse. Les bombardements sont incessants – nuit et jour.» Le rapport décrit également comment certains groupes armés ont intercepté l’acheminement de l’aide humanitaire dans les zones passées sous leur contrôle. Dans les quartiers est, où la situation n’a cessé de se dégrader, les habitants qui tentaient désespérément de fuir ont été violemment interceptés par des groupes armés qui les ont utilisés comme boucliers humains, notamment dans le quartier al-Firdous.

Repoussant le siège, des groupes armés ont soumis les civils de la partie occidentale de la ville d’Alep à des tirs d’obus incessants, utilisant des armes improvisées, y compris des roquettes artisanales fabriquées à partir de bouteilles de gaz de propane, aussi appelées «canons de l’enfer». Ces attaques ont tué et blessé des dizaines de personnes, dont des femmes et des enfants.

Des groupes armés dans la campagne de l’ouest d’Alep et à Alep-Est ont également bombardé l’enclave sous contrôle kurde de Cheik Maqsoud, dans le nord de la ville d’Alep. Selon le rapport, ces attaques intentionnelles ont tué et blessé de nombreux civils kurdes à Cheik Maqsoud, et relèvent du crime de guerre qui consiste à prendre délibérément pour cible des populations civiles.

Dans l’une des attaques les plus graves examinées par la Commission, les enquêteurs ont établi que l’armée de l’air syrienne avait délibérément pris pour cible un convoi d’aide humanitaire de l’ONU et du Croissant-Rouge arabe syrien en septembre 2016, à Ouroum el-Koubra (ouest du gouvernorat d’Alep). L’attaque a tué plus d’une dizaine de travailleurs humanitaires, détruit 17 camions transportant des fournitures d’aide vitale et entraîné la suspension de tous les convois d’aide humanitaire en République arabe syrienne.

«Le convoi avait été autorisé par le gouvernement syrien, qui savait où il se trouvait à ce moment précis,» a déclaré la commissaire Carla Del Ponte. «Il est évident que cette attaque a été planifiée et menée par l’armée de l’air syrienne dans le but d’entraver l’acheminement de l’aide humanitaire et de cibler les travailleurs humanitaires. Il s’agit de crimes de guerre et leurs auteurs vont devoir rendre des comptes.»

Lorsque les groupes armés ont accepté d’évacuer la ville à la fin du mois de décembre 2016, des milliers de civils ont été transférés à Edleb, en vertu d’un accord passé entre les parties belligérantes. La Commission conclut dans son rapport que cette évacuation est constitutive d’un crime de guerre pour déplacement forcé.

«Le siège des quartiers est d’Alep a été marqué par certaines des violations les plus graves du droit international documentées par la Commission, et commises par toutes les parties au conflit,» a déclaré le Président de la Commission, Paulo Sérgio Pinheiro. «Ce qui s’est produit à Alep est d’une ampleur sans précédent. Les victimes demandent à présent des comptes, et la communauté internationale ne peut ignorer leur appel.»

3 mars 2017

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