Au Yémen, l’intensification des combats entraîne des souffrances massives pour la population civile


Seule survivante d’un récent raid aérien sur la capitale du Yémen, Sanaa, la petite Buthaina Muhammad Mansour, âgée de quatre ans, compte au nombre des dernières victimes d’un conflit à l’origine de la plus grande crise humanitaire que le monde ait connue. L’explosion a tué les parents de Buthaina et ses cinq frères et sœurs, occasionnant chez elle une commotion cérébrale et des fractures du crâne. Après la diffusion d’une photographie de Buthaina à l’hôpital, meurtrie et bandée, essayant d’ouvrir son œil enflé, le monde entier s’est indigné devant le conflit qui ébranle le peuple yéménite.

5 000 civils au moins, dont 1 120 enfants, ont été tués et plus de 8 500 blessés dans le contexte du conflit, selon le Bureau des droits de l’homme des Nations Unies qui assure un suivi des conditions au Yémen depuis le déclenchement de la guerre en mars 2015. Dans son dernier rapport qui sera soumis au Conseil des droits de l’homme en septembre, le Bureau des Nations Unies présente les résultats de recherches documentant les violations croissantes des droits de l’homme au cours de la période comprise entre le 1er juillet 2016 et le 30 juin 2017.

Les entretiens menés avec des survivants, des témoins et des membres des familles des victimes, ainsi que des visites de terrain et des rencontres avec les autorités, révèlent une escalade des hostilités, une augmentation du nombre de pertes parmi les civils et une dégradation rapide de la situation humanitaire au Yémen. Si l’on en croit le dernier rapport, les frappes aériennes ont été plus nombreuses au cours du premier semestre de cette année que sur l’ensemble de l’année 2016. En conséquence, le nombre de décès de civils a progressé et l’urgence humanitaire se fait aujourd’hui plus pressante.

 Un survivant a dépeint la situation au lendemain d’un bombardement qui a eu lieu en août 2016 à Al Sofan, dans le district d’Ath’thaorah (gouvernorat de Sanaa). L’attaque a détruit une usine de production alimentaire, tuant 10 ouvriers et en blessant 13 autres.

" Les corps étaient carbonisés, les familles des victimes avaient peine à les identifier. Certains survivants sont restés coincés sous les décombres pendant des heures.

Le Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires des Nations Unies estime que quelque trois millions de personnes ont été contraintes à fuir leur foyer depuis le début du conflit, plus de sept millions de personnes sont menacées de famine et près de 19 millions de personnes sur une population de 27,4 millions requièrent une aide humanitaire. Depuis avril 2017, plus d’un demi-million de personnes sont touchées par une épidémie de choléra liée à un déficit d’accès à l’eau potable et à l’absence d’installations sanitaires adéquates.

" La situation des droits de l’homme au Yémen ne cesse malheureusement de se détériorer en raison du conflit, " a déclaré M. Elobaid Elobaid, Chef du Bureau des droits de l’homme au Yémen. " Le nombre de victimes civiles augmente et les violations des droits de l’homme persistent, y compris les attaques contre les infrastructures d’éducation et de santé ainsi que le recrutement d’enfants soldats. On assiste à une répression continue de la liberté d’expression et à pléthore de violations des droits économiques, sociaux et culturels. "

Les informations recueillies par le Bureau des droits de l’homme des Nations Unies font état d’attaques apparemment aveugles contre les populations civiles par les deux parties au conflit, et les civils semblent directement visés par les frappes aériennes et les bombardements. Toujours selon le rapport, les opposants aux parties au conflit sont victimes de harcèlement, placés en détention et, parfois même, torturés et tués, ce qui soulève de sérieuses préoccupations quant à l’aggravation des violations des droits de l’homme et des abus à l’encontre des civils.

Récemment, les attaques dirigées contre les civils se sont étendues aux eaux au large de la côte occidentale du Yémen, où les embarcations de pêche et les bateaux transportant des migrants ont été visés par des tirs. Dans un cas notamment, un bateau transportant 146 migrants somaliens a été balayé par les salves  des assaillants depuis un navire et un hélicoptère, tuant 42 civils. Aucune partie n’a revendiqué l’attaque.

" J’ai appelé à plusieurs reprises la communauté internationale à prendre des mesures – à diligenter une enquête internationale indépendante sur les allégations de très graves violations des droits de l’homme et du droit humanitaire international au Yémen, " a déclaré Zeid Ra’ad Al Hussein, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme. " Une enquête internationale contribuerait grandement à avertir les parties au conflit que la communauté internationale observe la situation et est déterminée à traduire en justice les auteurs des violations. "

Le Haut-Commissaire s’est également déclaré fortement préoccupé par la montée de nouveaux groupes armés affiliés à Al-Qaida, tirant parti du vide sécuritaire qui s’est créé dans le pays sous l’effet de l’escalade du conflit.

" J’appelle l’ensemble des belligérants, ceux qui les soutiennent ou qui ont une influence sur eux à faire preuve de clémence à l’égard du peuple du Yémen et à prendre des mesures immédiates afin d’assurer l’aide humanitaire au profit de la population civile et de rendre justice aux victimes des violations, " a-t-il ajouté.

5 septembre 2017

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