dcsimg
English Site French Site Spanish Site Russian Site Arabic Site Chinese Site OHCHR header
Make a donation to OHCHR


Header image for news printout


Port-au Prince, le 29 avril 2010 - Ce jeudi 29 avril 2010, Monsieur Michel Forst, Expert indépendant sur la situation des droits de l’Homme en Haïti nommé par le Secrétaire Général des Nations unies termine sa cinquième visite de 10 jours en Haïti durant laquelle il a rencontré le Président de la République et le Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations unies, ainsi que des membres du gouvernement et la Protectrice du Citoyen.

Cette mission était essentiellement destinée à évaluer l’impact de la crise humanitaire sur l’exercice des droits, et à promouvoir la place des droits dans la reconstruction. Car dans les situations de crise humanitaires ou de troubles importants, certains groupes de la population sont particulièrement menacés, en raison de leur vulnérabilité et nécessitent qu’une attention plus grande encore soit portée à leur besoin de protection. Il s’agit principalement des personnes déplacées, ainsi que des femmes, des enfants, des personnes âgées, des personnes vivant avec un handicap ou bien de celles qui ont subi des traumatismes, amputations ou graves blessures.

« La perte de centaines de milliers de vies ne peut en aucun cas être uniquement attribuée à la fatalité ou aux éléments naturels », a rappelé l’Expert Indépendant, « ce serait oublier que le pays vit depuis trop longtemps dans une situation de pauvreté extrême qui sans doute contribué de manière importante à amplifier les conséquences de la catastrophe. C’est la raison pour laquelle les responsables de la reconstruction doivent veiller à ne pas recréer les mêmes facteurs susceptibles de perpétuer les inégalités et la pauvreté et ainsi engendrer des violations des droits de l’homme ».

Des centaines de milliers de personnes ont été contraintes de quitter leur habitation, un grand nombre d’entre elles sont parties ailleurs, parfois à proximité ou bien plus loin dans leur ville ou village d’origine, dans la famille ou chez des amis. « Ce n’est pas la distance kilométrique qui compte, mais le fait que les personnes touchées se retrouvent sans aucune ressource, encore plus vulnérables, dans une situation économique dramatique, avec une organisation sociale communautaire et familiale détruite et donc plus menacées dans le respect de leurs droits. Ces personnes doivent avant tout être protégées. Elles doivent être notamment protégées contre les évictions illégales qui commencent », a rappelé l’Expert Indépendant qui a appelé à un moratoire sur les expulsions dans l’attente de la mise en place d’une véritable stratégie nationale par le gouvernement qui devra à la fois garantir le droit de propriété, protéger le droit à l’éducation et le droit de mener une vie décente.

Lors de ses rencontres avec les autorités haïtiennes et avec la MINUSTAH, l’Expert Indépendant a également rappelé la nécessité de penser la reconstruction en ayant la vision d’une approche par les droits. « L’urgence de la reconstruction, le pragmatisme de la planification ne doivent pas nous écarter de cette approche par les droits. On peut faire de l’assainissement ou de l’adduction d’eau autrement, avec une approche du point de vue de l’accès aux droits. Il en va de même de la construction des écoles, des lycées, des hôpitaux quand on a en tête le droit à l’éducation ou à l’accès aux soins », a plaidé l’Expert Indépendant en rappelant que l’on peut ainsi décliner cette approche pour les transports, la gestion des déchets, la sécurité alimentaire, la construction de logements, des bâtiments publics, les tribunaux et les prisons. « L’approche par les droits part du point de vue des droits des bénéficiaires, c’est ce message qu’il faut sans cesse marteler. Il faut changer le paradigme, changer le regard que l’on porte sur les finalités de la reconstruction ».

Après avoir visité le pénitencier National et la prison des Cayes, l’expert indépendant a rappelé que la surpopulation carcérale constitue toujours le principal problème et qu’elle constitue un traitement cruel, inhumain et dégradant. « La prison c’est la privation de la liberté, mais le respect de l’ensemble des droits de l’homme doit néanmoins y être garanti ».

L’Expert Indépendant s’est déplacé à Léogane, aux Cayes ainsi qu’à la frontière avec la République Dominicaine, où il a rencontré des autorités locales, des personnes déplacées et des organisations non gouvernementales haïtiennes et internationales. Il s’est également entretenu avec des membres de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) et des représentants des agences du système des Nations unies ainsi que des organisations humanitaires qui interviennent en Haïti.

L’Expert indépendant a conclu en disant qu’il tenait à saluer la volonté du Président Préval et du gouvernement dirigé par Monsieur Jean-Max Bellerive de mettre en place les éléments indispensables à la reconstruction. Il a remercié les autorités d’Haïti et de la MINUSTAH pour la qualité de leur écoute et l’attention qui est portée à ses recommandations. « Je suis comme eux inquiet, mais dans le même temps confiant dans la capacité du peuple de Haïti de construire le pays de leur rêve », a-t-il conclu.

Son rapport, qui sera rendu public dans quelques semaines, sera présenté au Conseil des Droits de l’Homme des Nations unies à Genève en juin prochain.