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Les défenseurs des droits de l’homme libyens attaqués – rapport de l’ONU

GENEVE (25 mars 2015) – Un rapport des Nations Unies publié mercredi met en lumière une série d’attaques violentes et de menaces contre des défenseurs des droits de l’homme libyens à travers le pays, et dans certains cas même après qu’ils aient été forcés de quitter la Libye.

Ces attaques survenues depuis l’intensification des combats en mai 2014 incluent des meurtres, des enlèvements, des tortures, des mauvais traitements, des privations illégales de liberté et des menaces de mort par téléphone ou via les réseaux sociaux. Elles ont été documentées dans un rapport conjoint produit par la Mission d'appui des Nations Unies en Libye (MANUL) et le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme. A travers tout le pays, des groupes armés prennent pour cible les défenseurs des droits de l’homme qui tentent de mettre en lumière les violations et abus des droits de l’homme.

Le mois dernier, une militante bien connue de la société civile, Entissar al-Hassaeri, a été abattue à Tripoli. Son corps, et celui de sa tante, ont été retrouvés dans le coffre de sa voiture le 23 février. Deux membres de l’ONG de défense des droits de l’homme, la National Commission for Human Rights-Libya, ont été enlevés les 13 et 14 février dans le centre de Tripoli. Ils ont été relâchés depuis, mais d’autres défenseurs des droits de l’homme et membres de la société civile sont toujours portés disparus ou se cachent.

« Etant donné les risques croissants, les meurtres de défenseurs des droits de l’homme et les menaces répétées, beaucoup ont fui le pays, ont cessé de s’exprimer ou ont été contraints de travailler en secret, s’exposant ainsi que leurs proches à de grands risques », indique le rapport.

« Ceux qui ont réussi à fuir à l’étranger sont confrontés à une pléthore de problèmes liés à leur statut de résident et à l’expiration de leurs passeports, sans possibilité d’extension auprès de certains consulats libyen ainsi qu’à des pertes de revenu et autres difficultés financières. Certains défenseurs des droits de l’homme ayant fui ont expliqué continuer à recevoir des menaces de mort sur leurs téléphones portables et sur les réseaux sociaux. Dans au moins deux cas… des défenseurs des droits de l’homme ont été agressés physiquement en Tunisie par des personnes qui seraient libyennes. »

Dans l'un de ces cas, une professionnelle des médias et défenseuse des droits des femmes originaire de Benghazi a quitté le pays fin 2014 après avoir reçu de nombreuses menaces, y compris un SMS la menaçant d’enlever son fils. Sa voiture a été bloquée, semble-t-il délibérément, par un autre véhicule et une usine qu’elle possède incendiée. Elle a continué à s’exprimer ouvertement et a continué à être menacée après son départ à l’étranger.

« Le 19 octobre 2014, elle a été arrêtée par une voiture immatriculée en Libye alors qu’elle marchait dans la rue pour se rendre à une gare », indique le rapport. « Un passager a renversé une tasse de café sur elle en l’avertissant : “ Toi… la militante et la journaliste… la prochaine fois ce sera de l’acide. ” »

Une autre journaliste et défenseuse des droits de l’homme a reçu des menaces, y compris de violences sexuelles, sur sa page Facebook. « Nous viendrons… chez toi et nous salirons ton honneur », dit l’un de ces messages. Après avoir fui la Libye en août 2014, elle a continué à faire l’objet de menaces via Viber et par SMS.

Un autre défenseur des droits de l’homme a quitté Tripoli en septembre 2014 après avoir subi, de manière répétée, des agressions physiques, des détentions courtes et des menaces d’enlèvements contre sa famille.

« Les civils en Libye, y compris les défenseurs des droits de l’homme, n’ont que peu ou pas de possibilités d'obtenir une protection ou un recours pour les préjudices subis », indique le rapport. « La montée de l’anarchie a conduit à l’échec du système de justice pénale dans certaines parties de la Libye, en particulier à Derna, Benghazi et Syrte, et de graves perturbations ont été rapportées un peu partout. Les fonctionnaires de justice… ont été violemment pris pour cible par les groupes armés. »

Les meurtres de plusieurs personnes éminentes à Benghazi l’an passé, parmi lesquels le rédacteur en chef Muftah Abu Zeid, la défenseuse des droits de l’homme Salwa Bughaigis et deux jeunes militants de la société civile Tawfik Bensaud et Sami al-Kawafi, n’ont toujours pas été résolus.

Une autre défenseuse des droits de l’homme a déclaré avoir trouvé un morceau de papier dans sa voiture peu après le meurtre de Salwa Bughaigis en juin 2014, disant : « Tu es la prochaine sur la liste. » D’autres défenseurs ont vu certains de leurs proches être détenus ou enlevés.

Des employés de Jurists without Chains, une organisation des droits de l’homme située à Benghazi, ont fermé leurs bureaux à la fin de l’année dernière, après avoir reçu de multiples menaces et subi un raid ainsi qu’un tir de projectile contre leurs locaux. L’institution nationale des droits de l’homme en Libye, the National Council for Civil Liberties and Human Rights, a aussi fermé ses locaux à Tripoli fin 2014 à la suite d’intimidations, de menaces et de raids.

Des groupes armés couvrant tout le spectre politique, tribal, régional et idéologique… sont responsables de violations du droit international des droits de l’homme et du droit humanitaire ainsi que d’abus des droits de l’homme, y compris des enlèvements, des exécutions extra-judiciaires, des meurtres, des tortures et des mauvais traitements. Les défenseurs des droits de l’homme qui tentent de documenter et de dénoncer ces violations et ces abus subissent des représailles, indique le rapport.

Le rapport avertit que les personnes qui commettent des crimes au regard du droit international, dont beaucoup sont documentés dans le rapport, sont pénalement responsables, y compris devant la Cour pénale internationale. Il insiste sur le besoin crucial de reprendre la mise en place des institutions étatiques, en particulier des services chargés de l’application des lois et du système judiciaire en général. Le rapport exhorte toutes les parties à condamner publiquement les attaques contre les membres de la société civile.

Les pays voisins et la communauté internationale devraient aussi garantir la protection des défenseurs des droits de l’homme libyens, y compris en leur donnant des visas en urgence et un hébergement temporaire, indique le rapport.

Le rapport demande aussi aux autorités libyennes et à celles exerçant un contrôle effectif sur le terrain de cesser immédiatement toute attaque contre des défenseurs des droits de l’homme et d’agir pour stopper ces attaques. Il leur demande aussi d’œuvrer pour créer un environnement sûr et qui permette à ces défenseurs de poursuivre le travail indispensable qu’ils mènent pour la protection et la promotion des droits de l’homme en Libye.

FIN

Le rapport complet (en anglais) est disponible ici: http://www.ohchr.org/Documents/Countries/LY/HumanRightsDefendersLibya.pdf

Pour des informations additionnelles et des demandes des médias, veuillez contacter Rupert Colville (+41 22 917 9767 ou rcolville@ohchr.org), Cécile Pouilly (+41 22 917 9310 ou cpouilly@ohchr.org) ou Ravina Shamdasani (+41 22 917 9169 ou rshamdasani@ohchr.org)

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