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Déclaration de la Haut-Commissaire adjointe à Kinshasa, en République démocratique du Congo, le 28 août 2013

Mesdames et Messieurs,
 
C’est un honneur de participer à la conférence de presse hebdomadaire de la MONUSCO et de l’équipe pays des Nations Unies.

Il était important que mon premier déplacement en tant que Haut-Commissaire adjointe aux droits de l’homme s’effectue en République démocratique du Congo (RDC), non seulement en raison de la situation très difficile des droits de l’homme dans ce pays, mais aussi pour rappeler l’engagement de mon organisation à aider les autorités et le peuple congolais à relever les nombreux défis qui existent dans ce domaine.

Cette mission m’a permise de mieux évaluer la situation des droits de l’homme et la complexité des défis liés à la protection des civils. J’ai pu m’entretenir avec des membres du gouvernement de la RDC et des hauts responsables des forces de défense et de sécurité, du système judiciaire, du parlement, des représentants de la société civile, le leadership de la MONUSCO, de l’équipe pays des Nations Unies et divers acteurs humanitaires, ainsi qu’avec des victimes du conflit à l’est.

Ma visite intervient à un moment crucial dans la mobilisation des efforts en vue du retour d’une paix durable dans l’est de la RDC. Je suis particulièrement préoccupée par la poursuite des combats autour de la ville de Goma qui ont entrainé des pertes en vies humaines parmi les civils. A cet égard, je rappelle que les frappes indiscriminées contre les civils constituent une violation du droit international humanitaire.

Lors de ma mission, j’ai été particulièrement frappée par la situation des populations du Nord Kivu et de l’Ituri. Au cours de mes déplacements, les populations m’ont parlé de leur vulnérabilité, de leur situation socioéconomique précaire et des contraintes sécuritaires liées à l’activité des nombreux groupes armés. J’ai également pu observer les conséquences néfastes de la présence très limitée des institutions étatiques et de la fragilisation des structures coutumières traditionnelles.

A Kitchanga, en territoire de Masisi, les représentants des populations locales ont relevé l’impact dévastateur qu’ont les activités des groupes armés sur la vie des communautés locales, notamment les déplacements de population, les viols massifs, les exécutions sommaires et le dénuement consécutif à l’accaparement des terres et des ressources naturelles et minières. La jouissance des droits économiques, sociaux et culturels pour toutes les communautés du pays restent et demeurent un impératif auquel doivent s’atteler sans délais les autorités congolaises avec le soutien de la communauté internationale.

En Ituri, j’ai été frappée par l’ampleur des violences sexuelles commises principalement par les groupes armés, mais aussi  par les forces de défense et de sécurité et les civils. La perpétuation de telles violences exige une lutte acharnée contre l’impunité. A cet égard, tout en reconnaissant les efforts déployés par le gouvernement pour lutter contre l’impunité relative aux violences sexuelles, je voudrais rappeler que de nombreuses victimes attendent encore que justice leur soit rendue, notamment pour les cas de viols de Walikale, Bushani (territoire de Masisi), et Minova (territoire de Kalehe). Les Nations Unies continuent de soutenir le gouvernement pour apporter une réponse adaptée aux victimes de ces violences.

L’état déplorable des centres de détention constitue pour moi un autre sujet majeur de  préoccupation. A la prison de Bunia, j’ai observé les conditions précaires du millier de détenus confinés dans un espace prévu pour accueillir 220 personnes. J’encourage les responsables aux niveaux national et provincial à redoubler d’efforts pour l’amélioration des conditions dans les lieux de détention, notamment par la réduction des nombreux cas de détentions préventives prolongées et la prévention des cas de décès en détention qui demeurent malheureusement très élevés. J’ai été encouragée par les premières mesures déjà prises par le ministère de la Justice et Droits humains pour améliorer la situation dans les prisons et je lui assure tout le soutien de notre Bureau dans le développement de son projet de réforme globale du système pénitentiaire.

Nous sommes également préoccupés par la protection des défenseurs des droits de l’homme, des journalistes et de tous les acteurs politiques. J’appelle les autorités congolaises ainsi que la société civile de lutter ensemble pour le respect de tous les droits, notamment de la liberté d’expression de tous.

J’espère que la détermination à améliorer la situation des droits de l’homme dont ont fait preuve mes interlocuteurs lors de mes rencontres avec le gouvernement, le parlement, les autorités judiciaires, et les forces de défense et de sécurité se traduira concrètement par une plus grande protection et un plus grand respect pour les droits des femmes et des hommes de ce pays.

A cet égard, plusieurs projets de loi sont en cours d’élaboration ou d’examen, y compris la loi sur la protection des défenseurs des droits de l’homme. La promulgation récente de la loi établissant une Commission nationale des droits de l’homme est une preuve de l’engagement de l’Etat congolais à renforcer le système national de protection et de promotion des droits de l’homme. J’encourage les autorités concernées à rendre la Commission opérationnelle dans un délai raisonnable.

Ces efforts devront être étendus au processus de sélection (vetting) exigé par la Résolution 2098 du Conseil de Sécurité pour la formation d’une nouvelle force de réaction rapide au sein des forces armées de la RDC qui, je l’espère, sera un élément clef d’une réforme plus large du secteur de la sécurité. Celle-ci est indispensable pour une lutte efficace contre l’impunité et nous encourageons le gouvernement congolais à poursuivre ses efforts dans ce sens. Je réitère la disponibilité de mon organisation à lui offrir tout son soutien.

Je félicite la MONUSCO et l’équipe pays des Nations Unies pour la mobilisation des efforts pour un changement en RDC. Nous sommes porteurs de l’appui de la communauté internationale aux efforts des Congolais pour une stabilisation durable de leur pays. Une telle stabilisation ne peut passer que par la promotion et la protection des droits de l’homme. 

Merci beaucoup.