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La société civile témoigne de la situation des femmes au Royaume-uni, en Serbie et au Botswana

Comité pour l'élimination de la discrimination
  à l'égard des femmes 

25 février 2019

Le Comité pour l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes examine cette semaine les rapports de ces trois pays

Le Comité pour l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes a entendu cet après-midi des représentants de la société civile s'agissant de la mise en œuvre de la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes par le Royaume-Uni, la Serbie et le Botswana, pays dont les rapports seront examinés cette semaine.

S'agissant du Royaume-Uni, des organisations non gouvernementales ont noté le peu de progrès enregistrés par le pays en vue de se conformer aux principes et aux recommandations du Comité.  Plusieurs organisations ont dénoncé un vide juridique sur la mise en place de mécanismes en faveur des femmes vulnérables, handicapées, minoritaires, d'ascendance africaine ou immigrées.  Les représentants des institutions nationales britanniques ont alerté le Comité sur l'absence de stratégie du Gouvernement du Royaume-Uni suite au Brexit.

Concernant la Serbie, la question de la pénalisation des travailleuses du sexe a été soulevée par plusieurs organisations qui ont attiré l'attention sur les modifications législatives intervenues en 2016 et qui rendent plus vulnérables et précarisées les personnes travaillant dans l'industrie du sexe dans l'exercice de leur métier. 

Pour ce qui est du Botswana, les organisations de la société civile ont notamment mis l'accent sur l'absence de participation des femmes à la vie publique et politique dans un pays où le système patriarcal domine.

Le Comité examinera demain, à partir de 10 heures, le rapport du Royaume-Uni (CEDAW/C/GBR/8 et annexe).

Audition d'organisations non gouvernementales

S'agissant du Royaume-Uni

Women's Resource Centre a indiqué que depuis la dernière présentation du rapport du Royaume-Uni en 2013, peu de progrès ont été enregistrés en vue de se conformer aux principes de la Convention.  Le Royaume-Uni doit intégrer la Convention dans son droit national.  Aucune stratégie ni aucun mécanisme n'a été mis en place pour mettre en œuvre la Convention, notamment s'agissant des femmes appartenant à des groupes minoritaires.  Davantage de lois doivent être adoptées en matière d'égalité de salaires car les femmes portent le plus lourd fardeau résultant des mesures d'austérité.  Pour leur part, les femmes handicapées subissent un taux d'abus qui est deux fois supérieur à celui des hommes.

Northern Ireland Women's European Platform a indiqué qu'en Irlande du Nord, il n'y avait toujours pas de stratégie mise en place en vue de se conformer à la Convention depuis 2016.  Les femmes LGBTI continuent d'être marginalisées; aucune stratégie n'a été adoptée pour faire face aux violences faites aux femmes.

Engender a noté que la Convention devait être traduite dans le droit écossais et intégrer toutes les dimensions de l'égalité homme-femme.  Elle a fait part de ses préoccupations concernant l'accès à la justice, notamment pour les femmes sans abri.  Le système de prise en charge en Écosse est en crise.  Les femmes et les filles handicapées sont les plus vulnérables face aux violences sexuelles et sexistes.

Women's Equality Network a déploré le non-respect de la Convention dans les politiques du Pays-de-Galles.  L'oratrice a souhaité que le Comité fasse une recommandation au Gouvernement du Royaume-Uni pour qu'il adopte un calendrier s'agissant de la mise en œuvre des dispositions de la Convention et des recommandations du Comité.  L'organisation a aussi souligné que les femmes étaient moins représentées dans la vie publique; ainsi, seules 25% des femmes sont conseillères municipales.  Elle a souhaité que le gouvernement fasse davantage d'efforts pour garantir l'autonomisation des femmes.

Une représentante de l'institution nationale des droits de l'homme du Royaume-Uni a exhorté le Gouvernement à ratifier la Convention d'Istanbul et à allouer des moyens supplémentaires aux services qui viennent en aide aux femmes.  Par ailleurs, le harcèlement sexuel au travail doit être combattu plus fermement.  Il faut aussi favoriser l'autonomisation des femmes pour qu'elles puissent choisir leur carrière.

Une représentante de l'institution nationale des droits de l'homme de l'Irlande du Nord a rappelé que son gouvernement connaissait une situation de blocage depuis trois ans et qu'aucune stratégie d'égalité homme-femme n'avait été mise en place. 

Une représentante de l'institution nationale des droits de l'homme de l'Écosse a fait part de ses préoccupations sur la question de droits des femmes et de leurs droits économiques et sociaux.  Elle a rappelé que les réformes des prestations sociales au Royaume-Uni avaient eu un effet disproportionné sur les femmes et ont touché davantage les femmes issues des minorités ethniques.  Elle a ajouté que les écarts de salaire en Écosse s'élèvent à environ 15% entre les hommes et les femmes. 

En réponse à des questions du Comité, les représentantes des institutions nationales britanniques ont déclaré que l'une des craintes principales liées au Brexit était le retour en arrière sur la protection des droits de l'homme par rapport à la situation d'aujourd'hui.  Les représentantes des institutions nationales ont toutes reconnu le vide juridique qui suivrait l'entrée en vigueur du Brexit.  Par ailleurs, le Brexit entraînerait également la perte de financement de la part de l'Union européenne en faveur de la société civile britannique.

S'agissant de la Serbie

Equal Rights a fait part de ses préoccupations concernant les travailleurs du sexe en Serbie.  En 2016, la Serbie a pénalisé cette activité et la loi impose des amendes très lourdes à la fois aux travailleurs du sexe et aux clients.  L'organisation a dénoncé les violences par la police et la précarisation des travailleurs du sexe.  Les travailleuses du sexe sont souvent forcées à faire des aveux aux forces de police tandis que les clients sont obligés de signer de fausses déclarations.

Autonomous Women's Centre /Astra/ Women in Black a déclaré que les droits des femmes ne se sont jamais autant détériorés en Serbie.  Le nombre de femmes qui meurent sous les coups de leur conjoint a augmenté.  L'organisation a dénoncé le fait qu'ONU-Femmes n'ait pas réagi à la détérioration de la situation des femmes de Serbie et continue de verser des fonds au gouvernement.  Des attaques constantes sont menées contre les femmes et notamment celles qui souhaitent travailler.  Le pays connaît un recul s'agissant de l'éducation sexuelle obligatoire, le recours au préservatif ou l'accès à des gynécologues.  L'organisation a exhorté le Comité à mettre fin à la détérioration de la situation des femmes en Serbie, notamment pour les générations futures.

SOS Vojvodina Network a noté que les femmes minoritaires, les femmes roms, les LGBTI, les femmes handicapées, les femmes âgées, les femmes qui élèvent un enfant seul sont stigmatisées en Serbie.  Saper les mécanismes de l'égalité est une réalité dans tout le pays et la culture patriarcale demeure.  Il n'y a aucune stratégie nationale pour lutter contre toutes les formes de violence à l'égard des femmes.  Il faut des actions décisives et changer les modèles sociaux dans l'éducation et dans les médias. 

S'agissant du Botswana

Black Queer a expliqué que le Botswana aspirait à être un pays à revenu moyen mais cela n'est pas conforme avec la réalité.  Malgré une augmentation du PIB par habitant, le Botswana reste un pays pauvre, où le parti politique au pouvoir est le même depuis 50 ans.  Par ailleurs, il y a un réel manque de compréhension de la situation des femmes et une importante vulnérabilité des femmes du Botswana.

Sisonke Botswana a affirmé que le Botswana ne menait aucun effort pour assurer la participation et l'autonomisation des femmes.  L'égalité homme-femme n'est promue ni dans le secteur privé ni dans le secteur public.  La question de l'incrimination des travailleuses du sexe démontre que ce sont les hommes qui décident et font les lois.  Les jeunes filles sont formées à la moralité alors que les hommes ne le sont pas.  Environ 66% de femmes font état de violences sexuelles. 

BONELA (The Botswana Network on Ethics, Law and HIV/AIDS) a dénoncé l'exclusion dont sont victimes les femmes transgenres au Botswana.  Les femmes transgenres ne peuvent pas participer à l'économie formelle, elles ne peuvent pas trouver du travail ou obtenir des terres.  Les femmes travailleuses du sexe sont souvent arrêtées et maltraitées.  Il faut modifier les influences structurelles qui permettent ces injustices.

En réponse à des questions des membres du Comité, une ONG a notamment indiqué que l'avortement n'était autorisé que dans le cadre du viol et de l'inceste.  Elle a ajouté qu'il n'était pas «dans la culture» du Gouvernement du Botswana de permettre aux femmes d'occuper des postes de responsabilité. 

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Ce document est destiné à l'information; il ne constitue pas un document officiel
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