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La situation des gens du voyage, des personnes d'ascendance africaine et des migrants en Irlande est au coeur des preoccupations du Comité pour l'élimination de la discrimination raciale

Comité pour l'élimination de la discrimination raciale

03 décembre 2019

La situation des Travellers (gens du voyage) et des Roms ainsi que celle des personnes d’ascendance africaine et des migrants étaient au cœur des débats alors que le Comité pour l’élimination de la discrimination raciale examinait, hier après-midi et ce matin, le rapport soumis par l’Irlande au titre de la Convention internationale sur l’élimination de la discrimination raciale

Mme Verene Shepherd, corapporteuse du Comité pour l’examen du rapport de l’Irlande, a regretté que la loi irlandaise ne reprenne pas intégralement la définition de la discrimination raciale énoncée à l’article premier de la Convention.  Elle a également regretté que le comportement raciste et les crimes de haine ne soient pas explicitement érigés en crimes dans la loi et qu’il ne soit pas prévu d’interdire en Irlande les organisations racistes.

Le Comité a été informé que le profilage racial n’était pas interdit par la loi, alors que jusqu’à 70% des Travellers disent avoir été victimes de profilage par la police, a par ailleurs fait observer Mme Shepherd.  Les Travellers et d’autres groupes sont surreprésentés dans le système carcéral, a-t-elle ajouté. 

Au cours du dialogue noué avec la délégation irlandaise, il a par ailleurs été recommandé au pays de supprimer de la loi les dispositions qui incriminent le mode de vie nomade.  Plusieurs experts ont espéré que l’Irlande se positionnerait résolument contre le profilage racial. 

Tous les rapports indiquent que le harcèlement, la violence et la discrimination à caractère racial sont vécus au quotidien par les personnes d’ascendance africaine en dépit des efforts de l’Etat irlandais, a d’autre part déclaré Mme Shepherd, ajoutant que selon la Commission irlandaise des droits de l'homme et de l’égalité, les « Irlandais noirs » sont deux fois susceptibles que les « Irlandais blancs » de faire l’expérience de la discrimination dans la recherche d’un emploi et trois fois plus susceptibles d’être confrontés à la discrimination sur le lieu de travail.

Au cours du dialogue, une mise en garde a été adressée à l’Irlande face au risque d’invisibilité institutionnelle des personnes d’ascendance africaine dans ce pays. 

Mme Shepherd a recommandé que l’Irlande s’attaque au racisme structurel, notamment en sensibilisant la population à l’histoire de l’esclavage et du colonialisme.

Présentant le rapport de son pays, M. David Stanton, Ministre d’État à l’égalité, à l’immigration et à l’intégration au Département de la justice et de l’égalité de l’Irlande, a fait état de progrès importants réalisés dans le pays depuis l’examen du précédent rapport en 2011.  Il a cité en particulier la reconnaissance, le 1er mars 2017, des membres de la communauté des Travellers (gens du voyage) en tant que minorité ethnique en Irlande.  Le Ministre d’État a admis que cette reconnaissance ne supprimerait pas du jour au lendemain tous les obstacles qui s’opposent à ce que les Travellers jouissent de la plénitude de leurs droits au sein de la société irlandaise.  Cependant, cette démarche a jeté les bases pour un dialogue respectueux vers l’égalité, a assuré M. Stanton.

Le Ministre d’État a ensuite décrit la stratégie nationale d’intégration des gens du voyage et des Roms, qui court jusqu’en 2021.

Evoquant le renforcement, depuis cinq ans, de l’infrastructure pour la défense des droits en Irlande, M. Stanton a rappelé la création, en 2014, de la Commission irlandaise des droits de l’homme et de l’égalité, dont l’une des fonctions est de favoriser l’émergence d’une culture de respect des droits de l’homme, la diversité et la « compréhension interculturelle » dans le pays. 

Le Ministre d’État a également présenté la stratégie d’intégration des migrants 2017-2020 et a attiré l’attention sur la mise sur pied d’une nouvelle commission de lutte contre le racisme.  En l’état actuel des choses, a expliqué M. Stanton, le système de prise en charge directe offre aux requérants privés de moyens le logement, la nourriture, l’éducation et l’accès à la santé dans des centres spécialisés garantissant une prestation rapide. 

M. Stanton a enfin indiqué que l’Irlande était en train d’élaborer une loi contre les crimes de haine, qui sera publiée au printemps 2020.  Le Gouvernement examinera, après cela, la déclaration interprétative faite par l’Irlande, au moment de la ratification de la Convention, relativement à l’article 4 de cet instrument, portant sur l’interdiction de la propagande raciste, a fait savoir M. Stanton.

Mme Salome Mbugua, membre de la Commission irlandaise des droits de l’homme et de l’égalité, a complété cette présentation en soulignant que l’Irlande souffre depuis longtemps d’un racisme chronique à l’égard des Travellers, tandis que les personnes d’ascendance africaine et les Roms sont toujours confrontés à la discrimination.  D’autre part, depuis quelque temps, on assiste à une montée des discours contre les immigrants et les réfugiés, a-t-elle regretté. 

Mme Mbugua a recommandé que les autorités irlandaises sortent de leur « inaction historique » et prennent des engagements et des mesures concrètes.  Elle a notamment recommandé que le Gouvernement renonce au placement de requérants (d’asile) dans des logements d’urgence, où les conditions de vie sont précaires.  Mme Mbugua a constaté, plus généralement, qu’il restait beaucoup à faire en Irlande pour éliminer le racisme institutionnel et les discours discriminatoires.

La délégation irlandaise était également composée, entre autres, de M. Michael Gaffey, Représentant permanent auprès des Nations Unies à Genève, ainsi que de fonctionnaires des ministères de la justice et de l’égalité, du logement, de la santé, de l’emploi et de la protection sociale, du développement rural et communautaire, ainsi que des affaires étrangères.  La police nationale irlandaise (An Garda Síochána) était aussi représentée.

Le Comité adoptera ultérieurement, lors de séances à huis clos, ses observations finales sur le rapport de l’Irlande et les rendra publiques à l’issue de la session, le 13 décembre prochain. 

Cet après-midi, à 15 heures, le Comité entamera l’examen du rapport de l’Ouzbékistan (CERD/C/UZB/10-12).

Présentation du rapport

Le Comité était saisi du rapport valant cinquième à neuvième rapports périodiques de l’Irlande (CERD/C/IRL/5-9). 

Présentant le rapport de son pays, M. DAVID STANTON, Ministre d’État à l’égalité, à l’immigration et à l’intégration au Département de la justice et de l’égalité de l’Irlande, a fait état de progrès importants réalisés dans le pays depuis l’examen du précédent rapport en 2011.  Il a cité en particulier la reconnaissance, le 1er mars 2017, des membres de la communauté des Travellers (gens du voyage) en tant que minorité ethnique en Irlande.  Le Ministre d’État a admis que cette reconnaissance ne supprimerait pas du jour au lendemain tous les obstacles qui s’opposent à ce que les Travellers jouissent de la plénitude de leurs droits au sein de la société irlandaise.  Cependant, cette démarche a jeté les bases pour un dialogue respectueux vers l’égalité, a assuré M. Stanton.

Le Ministre d’État a ensuite décrit la stratégie nationale d’intégration des gens du voyage et des Roms, qui court jusqu’en 2021, soulignant que ce document avait été élaboré en concertation avec les populations concernées.  Les mesures prises dans le cadre de la stratégie portent sur l’éducation, le logement et l’emploi des Travellers, de même que sur la défense de leur culture, a-t-il précisé.

D’autre part, l’infrastructure pour la défense des droits en Irlande a été renforcée depuis cinq ans, a poursuivi M. Stanton.  Il a indiqué à ce propos que la Commission irlandaise des droits de l’homme et de l’égalité (Irish Human Rights and Equality Commission, IHREC), créée en 2014, était un organisme indépendant répondant directement au Parlement, et non au Gouvernement.  L’une des fonctions de la Commission est de favoriser l’émergence d’une culture de respect des droits de l’homme, la diversité et la « compréhension interculturelle » en Irlande, a souligné le chef de la délégation.

Outre ces deux progrès, M. Stanton a fait état d’une réforme substantielle de l’architecture légale, citant en particulier la création en 2015 de la Commission des relations de travail, qui est l’organe principal chargé de recevoir les plaintes pour discrimination au travail ou dans l’accès aux biens et aux services.

Le Ministre d’État a ensuite présenté la stratégie d’intégration des migrants 2017-2020, dans le cadre de laquelle, notamment, l’État recrute de nouveaux fonctionnaires – y compris des fonctionnaires de police – issus des communautés migrantes.  M. Stanton a aussi mentionné la mise sur pied d’une nouvelle commission de lutte contre le racisme, dont le mandat sera de dresser un état des lieux de la nature et de la prévalence de ce problème en Irlande et de déterminer des mesures d’action consensuelles.

Par ailleurs, M. Stanton a relevé que le système irlandais de « prise en charge directe » (Direct Provision System) des demandeurs de protection internationale avait fait l’objet de critiques dans le « rapport parallèle » soumis au Comité par la société civile.  Le Ministre d’État a précisé à cet égard que les personnes qui réclament la suppression de ce système – créé en 1999 et dont ont profité à ce jour, à titre strictement facultatif, plus de 65 000 personnes – n’avaient pas proposé de mécanisme alternatif fonctionnel pour « fournir autant de services aussi rapidement ». 

En l’état actuel des choses, a expliqué M. Stanton, le système de prise en charge directe offre aux requérants privés de moyens le logement, la nourriture, l’éducation et l’accès à la santé dans des centres spécialisés garantissant une prestation rapide.  Le système a été amélioré depuis 2015, en particulier grâce à l’ouverture de logements indépendants, où les requérants peuvent cuisiner et bénéficier d’espaces de vie privés pour leurs familles.

M. Stanton a enfin indiqué que l’Irlande était en train d’élaborer une loi contre les crimes de haine, qui sera publiée au printemps 2020.  Le Gouvernement examinera, après cela, la déclaration interprétative faite par l’Irlande, au moment de la ratification de la Convention, relativement à l’article 4 de cet instrument, portant sur l’interdiction de la propagande raciste, a fait savoir M. Stanton.

MME SALOME MBUGUA, membre de la Commission irlandaise des droits de l’homme et de l’égalité, a fait remarquer que si les dernières années ont en effet été marquées par des progrès en matière de droits de l’homme en Irlande – notamment par la reconnaissance des gens du voyage –, il reste que la période a aussi vu l’apparition de nouveaux problèmes, notamment la crise du logement et l’apparition de nombreuses personnes sans abri.  L’Irlande souffre aussi, depuis longtemps, d’un racisme chronique à l’égard des Travellers, tandis que les personnes d’ascendance africaine et les Roms sont toujours confrontés à la discrimination.  D’autre part, depuis quelque temps, on assiste à une montée des discours contre les immigrants et les réfugiés, a regretté Mme Mbugua.

Mme Mbugua a recommandé que les autorités irlandaises sortent de leur « inaction historique » et prennent des engagements et des mesures concrètes.  Elle a notamment recommandé que la Convention soit directement intégrée dans la loi irlandaise; que soit retiré sans délai la réserve « obsolète et inutile » du pays relativement à l’article 4 de la Convention; et que soit créée une commission parlementaire chargée des questions de diversité, d’égalité et de droits de l’homme. 

Mme Mbugua a en outre attiré l’attention du Comité sur les problèmes de capacité rencontrés dans les centres de prise en charge directe (des migrants), problèmes aggravés par la crise du logement qui sévit actuellement.  Elle a recommandé que le Gouvernement renonce au placement de requérants (d’asile) dans des logements d’urgence, où les conditions de vie sont précaires. 

Mme Mbugua a constaté, plus généralement, qu’il restait beaucoup à faire en Irlande pour éliminer le racisme institutionnel et les discours discriminatoires.

Examen du rapport

Questions et observations des membres du Comité

MME VERENE SHEPHERD, corapporteuse du Comité pour l’examen du rapport de l’Irlande, a regretté que le rapport ne contienne pas de renseignements sur la composition ethnique de la population: les données ventilées sont essentielles pour formuler les lois et programmes, de même que pour évaluer l’action publique, a rappelé l’experte.  Mme Shepherd a prié la délégation de dire comment les personnes chargées de réaliser le recensement de 2016 avaient établi l’origine ethnique des personnes interrogées.  Elle s’est interrogée sur les raisons de la baisse constatée de la population irlandaise noire et asiatique. 

Mme Shepherd a ensuite demandé à la délégation si le moment n’était pas venu pour l’Irlande de lever la déclaration interprétative relative à l’article 4 de la Convention.

La corapporteuse a par ailleurs souligné qu’à l’instar de plusieurs autres institutions, la Commission nationale des droits de l’homme et de l’égalité avait mis en évidence des lacunes juridiques dans la lutte contre la discrimination raciale.  Elle a notamment déploré le non-renouvellement depuis 2008 du Plan d’action national contre le racisme, la xénophobie et l’intolérance, de même que la fermeture du Comité consultatif national sur le racisme et l’interculturalité. 

Mme Shepherd a ensuite regretté que la loi ne reprenne pas intégralement la définition de la discrimination raciale énoncée à l’article premier de la Convention, l’ascendance n’étant pas prise en compte comme motif d’interdiction de la discrimination.  La corapporteuse a estimé qu’il était difficile de déterminer dans quelle mesure la police irlandaise et les services d’immigration étaient obligés de faire respecter l’interdiction de la discrimination au motif de l’appartenance à la communauté des gens du voyage.

Mme Shepherd a ensuite fait observer que le Comité avait été informé de ce que le profilage racial n’était pas interdit par la loi et qu’il n’existait pas de mécanisme de dépôt de plainte, alors que des informations émanant d’organisations non gouvernementales (ONG) font état de profilage de jeunes hommes noirs par la police.  Mme Shepherd a aussi fait observer que jusqu’à 70% des Travellers disent avoir été victimes de profilage par la police.  La corapporteuse a en outre relevé que les Travellers et les groupes non irlandais étaient surreprésentés dans le système carcéral. 

D’autres questions de la corapporteuse ont porté sur la lutte contre les discours de haine et contre la rhétorique raciste, y compris lorsqu’ils émanent de personnalités publiques.  Elle a regretté que le comportement raciste et les crimes de haine ne soient pas explicitement érigés en crimes dans la loi et qu’il ne soit pas prévu d’interdire en Irlande les organisations racistes.

La corapporteuse a ensuite recommandé     que le plan d’action national contre le racisme qui est demandé soit élaboré avec les gens du voyage.  Elle a rappelé que le Comité avait déjà demandé des renseignements sur la Stratégie d’inclusion des gens du voyage et des Roms (2017-2021) et a soulevé un certain nombre de questions relativement à l’éducation et à la santé de ces deux groupes de personnes. 

Tous les rapports indiquent que le harcèlement, la violence et la discrimination à caractère racial sont vécus au quotidien par les personnes d’ascendance africaine en dépit des efforts de l’Etat irlandais, a poursuivi la corapporteuse, ajoutant que selon la Commission irlandaise des droits de l'homme et de l’égalité, les « Irlandais noirs » sont deux fois susceptibles que les « Irlandais blancs » de faire l’expérience de la discrimination dans la recherche d’un emploi et trois fois plus susceptibles d’être confrontés à la discrimination sur le lieu de travail.  Mme Shepherd a recommandé que l’Irlande s’attaque au racisme structurel en sensibilisant la population à l’histoire de l’esclavage et du colonialisme, notamment.

La corapporteuse a enfin recommandé que l’Irlande améliore de manière urgente la qualité des logements pour requérants d’asile.  Elle a suggéré au pays de ratifier la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leurs familles. 

D’autres questions de l’experte ont porté sur la stratégie nationale en matière de prévention de l’apatridie et sur l’éducation contre le racisme et la xénophobie.

M. GUN KUT, corapporteur du Comité pour l’examen du rapport irlandais, a demandé quels étaient les avantages concrets, pour les gens du voyage, de leur reconnaissance comme minorité ethnique. 

M. Kut a par la suite voulu savoir si l’Irlande appliquait une stratégie contre les discours racistes tenus par des personnalités politiques.

A l’instar du corapporteur, les membres du Comité ont souhaité en savoir davantage sur l’élargissement de la législation actuelle, qui porte sur l’interdiction de l’incitation à la haine, afin qu’elle couvre aussi les crimes de haine.

Combien de personnes ont-elles bénéficié de la Stratégie d’intégration des gens du voyage et des Roms, a-t-il en outre été demandé ?

Un expert a indiqué que, selon des informations transmises au Comité, la police irlandaise traite souvent les jeunes appartenant à des minorités comme des criminels.  

D’autres questions ont porté sur le respect des droits de l’homme par les entreprises irlandaises.  Il a été souligné que l’Irlande est un pays émetteur de grandes quantités de gaz à effet de serre, lesquels ont, sur le climat, des répercussions qui touchent plus fortement les personnes vulnérables. 

La délégation a par ailleurs été priée de dire si les conditions de vie dans les centres de prise en charge directe ouverts dans les régions isolées allaient être améliorées.

Un expert a relevé avec satisfaction que l’Irlande avait ratifié la Convention n° 189 de l’Organisation internationale du Travail sur les travailleuses et travailleurs domestiques – travailleurs qui (en Irlande comme ailleurs) sont souvent des immigrés. 

Une experte a rappelé le passé d’État colonisé de l’Irlande et a rappelé que le pays avait longtemps été un point de départ pour l’émigration.  Elle a ensuite mis en garde contre le risque d’invisibilité institutionnelle des personnes d’ascendance africaine en Irlande.  Plusieurs experts ont espéré que l’Irlande se positionnerait résolument contre le profilage racial. 

Une experte a recommandé que les autorités accordent une attention particulière aux problèmes rencontrés par les femmes migrantes.  Des questions ont aussi porté sur l’aide juridictionnelle offerte aux requérants d’asile en Irlande. 

Une autre experte a relevé que 40% des familles roms ne sont pas enregistrées à la sécurité sociale et ne bénéficient donc pas des aides qui en découlent.

La délégation a été priée de dire quelles mesures avaient été prises pour contrer les discours de haine dans la presse écrite et si des réflexions étaient en cours pour renforcer, dans la loi, la protection des personnes d’ascendance africaine contre le racisme.

Un expert a suggéré que l’Irlande s’inspire de la recommandation générale n°35 du Comité relative à la lutte contre les discours de haine raciale. 

D’autres questions ont porté sur la représentation des personnes d’ascendance africaine dans les manuels scolaires. 

S’agissant du fonctionnement de la justice, plusieurs experts ont demandé si le juge était obligé ou non de tenir compte de la motivation raciste d’un délit ou d’un crime en tant que circonstance aggravante. 

Des statistiques préoccupantes montrent, notamment, que 55% des gens du voyage et 79% des Roms auraient subi une discrimination au travail en Irlande, a-t-il en outre été relevé.  Une experte a recommandé de supprimer de la loi les dispositions qui incriminent le mode de vie nomade.  Elle a voulu savoir si le plan d’action national contre le racisme tiendrait compte des besoins des gens du voyage et des Roms. 

Réponses de la délégation

La délégation a indiqué que l’Irlande avait adopté plusieurs lois interdisant concrètement et de manière actionnable (c’est-à-dire avec possibilité d’engager sur cette base des actions en justice) la discrimination fondée sur la race et l’origine ethnique dans l’emploi et dans d’autres secteurs de la vie publique, ce qui rendait superflu d’intégrer directement dans la loi la Convention. 

La délégation a par ailleurs assuré que le pays disposait de mécanismes pour ventiler les données tirées des recensements, afin de pouvoir adopter des politiques et stratégies mieux ciblées au profit des populations dans le besoin.  A titre d’exemple, la délégation a fait état d’une étude très récente sur les statistiques migratoires qui a permis de détecter des lacunes dans l’identification des migrant mineurs non accompagnés et de prendre ensuite des mesures pour y remédier.

S’agissant du recensement de la population, les personnes désignent elles-mêmes leur appartenance ou origine ethnique, a précisé la délégation.  Elle a ajouté que 1% des habitants de l’Irlande ne répondent pas au recensement – ce qui pourrait expliquer la baisse de la population noire (recensée), a avancé la délégation.

La commissionde lutte contre le racisme a été créée sur la base du constat que les préjugés racistes existent en Irlande et qu’il faut les combattre par le biais de la sensibilisation, afin d’amener les gens à réfléchir à ce qu’ils disent.  La commission examinera aussi le rôle des entreprises; son cahier des charges reflètera les principes de la Déclaration et du Programme d’action de Durban, a précisé la délégation. 

Le Gouvernement irlandais proposera, en avril 2020, un nouveau projet de loi criminalisant les discours et les crimes de haine, a ensuite indiqué la délégation.  De larges consultations publiques sont en cours pour élargir aux gens du voyage – notamment – la portée de la loi de 1989 sur l’interdiction de l’incitation à la haine raciale, dont il est admis qu’elle est lacunaire, a fait observer la délégation.  Cependant, le droit pénal n’est pas le seul moyen de combattre les préjugés racistes, a relevé la délégation. 

À l’heure actuelle, il est déjà possible, mais non obligatoire, pour un juge, de faire de la motivation raciste une circonstance aggravante d’un délit, a en outre indiqué la délégation. 

La délégation a ajouté que l’Irlande était en train d’élaborer un projet de loi contre la diffusion de discours racistes ou discriminatoires en ligne, en prélude à une évaluation de la possibilité pour le pays de lever sa déclaration interprétative portant sur l’article 4 de la Convention. 

La police irlandaise a adopté une stratégie visant d’abord une prestation de services respectueuse des droits de l’homme, y compris des lois contre l’incitation à la haine et pour l’égalité.  Parmi les autres priorités, figurent la collecte de données précises et la facilitation du dépôt de plainte par les personnes lésées, grâce aux technologies de l’information et des télécommunications.  Un mécanisme d’alerte sera mis en place contre les crimes de haine, a ajouté la délégation. 

La police interdit le profilage racial quel qu’il soit et sous quelque motif que ce soit, y compris visant les gens du voyage, a assuré la délégation.  La police respecte « toutes les minorités, toutes les origines et tous les parcours », a-t-elle insisté.  Les comportements et langages irrespectueux envers les groupes minoritaires sont interdits au sein de la police.

Les infractions à ces principes font toujours l’objet d’enquêtes, a assuré la délégation.  Ces enquêtes sont confiées à un ombudsman travaillant en étroite collaboration avec les communautés. 

La délégation a par ailleurs attiré l’attention sur la formation aux droits de l’homme qui est dispensée aux policiers. 

S’agissant du système de logement des demandeurs d’asile, la délégation a précisé que l’Irlande disposait de près de 80 centres ou lieux d’accueil.  Le personnel de ces centres suit des formations continues relatives aux besoins des migrants. 

Chaque requérant est interrogé par l’office compétent et subit un examen médical complet, a ajouté la délégation. 

La délégation a ensuite indiqué que l’État entendait supprimer, avec l’aide de la communauté, le système des logements d’urgence pour migrants, qui fait l’objet de critiques.

L’accès au marché du travail est ouvert aux requérants d’asile dont la durée de traitement du dossier dépasse sept mois, a en outre précisé la délégation.  Les requérants ont aussi accès à une aide juridictionnelle, dans certaines circonstances, a-t-elle ajouté. 

Si l’Irlande n’a pas ratifié et n’envisage pas de ratifier la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leurs familles, il n’en reste pas moins que les droits des migrants sont déjà bien défendus par la loi irlandaise et par les instruments internationaux auxquels le pays est partie, notamment le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels.

L’Irlande a entériné en 2011 les Principes directeurs des Nations Unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme.  Elle a en outre créé un groupe chargé d’appliquer les 21 priorités dans ce domaine adoptées à la fin de 2017.  Ce groupe examinera, en particulier, comment les victimes étrangères de violations des droits de l’homme commises par des entreprises irlandaises pourront porter plainte. 

Les gens du voyage peuvent bénéficier de prestations sociales supplémentaires et d’une aide à la recherche d’emploi, a-t-il par ailleurs été précisé.

A récemment été publiée une évaluation des lacunes dans le logement des gens du voyage, accompagnée de 32 recommandations pour améliorer la situation en la matière, a poursuivi la délégation. 

S’agissant du niveau d’emploi des Travellers, il est vrai que cette catégorie de population éprouve davantage de difficultés à trouver du travail, a ensuite admis la délégation.  Les pouvoirs publics publient des manuels et brochures destinés à inciter les Travellers en quête de travail à s’inscrire à l’agence pour l’emploi. 

Les Travellers et les Roms bénéficient aussi de cartes donnant accès aux soins de santé, y compris de santé mentale, a souligné la délégation.  Seuls 3% des gens du voyage sont âgés de 65 ou plus, contre 13% dans la population générale, a fait observer la délégation, avant d’indiquer que les autorités irlandaises ont lancé une initiative pour favoriser une vieillesse en bonne santé. 

La délégation a aussi fait état des progrès réalisés par l’Irlande pour intégrer les gens du voyage dans le système scolaire. 

L’Irlande a créé récemment une commission chargée de planifier des activités dans le cadre de la Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine, a en outre indiqué la délégation.

En matière de logement, le Gouvernement soutient des initiatives pour empêcher que les personnes appartenant à des minorités ne soient victimes de discrimination par des logeurs privés, a d’autre part déclaré la délégation.  Les subventions pour le logement des gens du voyage s’élèvent à 13 millions d’euros, a-t-il été précisé.

L’achat par l’Irlande de charbon en provenance d’une mine colombienne ayant été évoqué par un expert, au regard de ses conséquences sur l’environnement du point de vue de l’émission de gaz à effet de serre, la délégation a indiqué que cette question ferait bientôt l’objet d’un rapport.  La délégation a ajouté que l’Ambassadrice irlandaise en Colombie avait récemment visité le site minier concerné, situé dans la région de La Guajira, et s’était entretenue avec la communauté locale et avec les exploitants de la mine – preuve de l’importance que l’Irlande accorde à cette question.

Remarques de conclusion

MME SHEPHERD a remercié l’Irlande d’attacher une grande importance aux travaux du Comité.  Elle a souligné que le Comité n’était pas un tribunal et a encouragé l’Irlande à instaurer une société dénuée de racisme.  L’importante société civile irlandaise demandera des comptes au Gouvernement pour ce qui est de son action dans ce domaine, a-t-elle fait observer. 

Mme Shepherd a demandé aux autorités irlandaises de ne pas permettre que les personnes d’ascendance africaine ou originaires des Caraïbes soient maltraitées en Irlande et de « faire en sorte que les racistes s’y sentent mal à l’aise ».  Il n’y a pas de race inférieure ou supérieure, a insisté l’experte. 

MME OONAGH BUCKLEY, Secrétaire générale adjointe du Département de la justice et de l’égalité de l’Irlande, a salué l’action des organisations de la société civile irlandaise.  Elle a rappelé l’héritage mixte et métissé de son pays et a souligné les progrès importants qu’il a accomplis depuis huit ans dans l’application de la Convention.

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Ce document est destiné à l'information; il ne constitue pas un document officiel

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