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Face à la menace de la COVID-19, l’Érythrée doit libérer les prisonniers politiques et les délinquants présentant un risque faible détenus dans les prisons surpeuplées, indique une experte de l’ONU

GENÈVE (2 avril 2020) – Une experte des Nations Unies a exhorté l'Érythrée à réduire le risque que la COVID-19 se propage dans ses prisons surpeuplées en libérant immédiatement tous les prisonniers politiques, les délinquants présentant un risque faible et d'autres détenus, tels que les personnes âgées ou en mauvaise santé, qui risquent particulièrement de tomber malades ou de décéder des suites du virus.

Daniela Kravetz, la Rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l'homme en Érythrée, a souligné le cas d'une jeune femme détenant la double nationalité américaine et érythréenne, et fille d'un ancien ministre de l'information, détenue depuis plus de sept ans et arrêtée alors qu'elle était adolescente.

Ce vendredi, Ciham Ali Abdu célèbre son 23e anniversaire dans une prison érythréenne. Ciham est détenue au secret, sans inculpation, depuis l'âge de 15 ans. Elle a été arrêtée en décembre 2012 alors qu'elle tentait de fuir le pays pour le Soudan, peu de temps après que son père a demandé l'asile dans un autre pays. Depuis qu'elle a été arrêtée, sa famille ignore où elle se trouve », a déclaré Mme Kravetz

L'experte a indiqué que les appels répétés en faveur de sa libération avaient été jusqu'à présent ignorés par les autorités érythréennes.

« J'appelle les autorités érythréennes à libérer immédiatement et sans condition les personnes détenues sans fondement juridique, y compris tous les prisonniers politiques et prisonniers d'opinion, et à adopter des mesures urgentes pour réduire le nombre de personnes en détention afin d'empêcher la propagation de la COVID-19 », a-t-elle demandé.

« L'Érythrée a récemment confirmé 18 cas de COVID-19 et a mis en place des mesures de contrôle de la propagation de la maladie, y compris un confinement de 21 jours, décrivant la situation de très grave. La pandémie pourrait avoir des conséquences catastrophiques pour la population carcérale en Érythrée en raison de la fragilité des services de soins de santé, de mauvaises conditions d'hygiène, et de la surpopulation », a déclaré Mme Kravetz.

« Au fil des ans, de nombreuses personnes ont perdu la vie dans les prisons érythréennes à cause de la malnutrition, du manque de soins médicaux essentiels et de mauvais traitements. Les détenus n'ont souvent pas accès aux services de santé essentiels. »

La Rapporteuse spéciale a indiqué que de nombreux prisonniers politiques et d'opinion en Érythrée sont détenus depuis des dizaines d'années en raison de leurs opinions politiques ou de leurs croyances. En 2019, plus de 200 personnes ont été emprisonnées à cause de leur foi.

« J'invite aussi les autorités érythréennes à respecter l'état de droit et à protéger les droits de l'homme dans leurs efforts pour faire face à la pandémie de COVID-19 », a-t-elle conclu.

FIN

Daniela Kravetz (Chili) a été nommée Rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l'homme en Érythrée  par le Conseil des droits de l'homme en octobre 2018. Avocate de profession, elle possède une vaste expérience dans les domaines des droits de l'homme, du principe de responsabilité, de la violence fondée sur le genre et de l'accès à la justice dans les situations de conflit et d'après-conflit. Son expérience englobe l'Amérique latine, l'Afrique et l'ex-Yougoslavie.

Les Rapporteurs spéciaux relèvent de ce qu'on appelle les procédures spéciales du Conseil des droits de l'homme. Le terme « procédures spéciales », qui désigne le plus grand corps d'experts indépendants au sein du système onusien des droits de l'homme, est généralement attribué aux mécanismes indépendants d'enquête et de supervision mis en place par le Conseil des droits de l'homme afin de traiter de la situation spécifique d'un pays ou de questions thématiques dans toutes les régions du monde. Les experts des procédures spéciales travaillent bénévolement ; ils n'appartiennent pas au personnel de l'ONU et ne perçoivent pas de salaire pour leur travail. Ils sont indépendants de tout gouvernement ou de toute organisation et exercent leurs fonctions à titre individuel.

Pour plus d'informations et pour toute demande de la part des médias, veuillez contacter : dmunyinga@ohchr.org.