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Examen de l’Afrique du Sud au CEDAW : des mesures positives prises en faveur des droits des femmes sont saluées, mais le niveau de violence sexiste est jugé préoccupant

8 novembre 2021

L’Afrique du Sud a pris des mesures positives dans le domaine de la représentation politique des femmes, puisqu'elles représentent plus de 46% des membres du Parlement, et le pays a aussi pris des mesures afin d'encourager la parité entre les sexes en termes de représentation dans les services publics. Mais au-delà, des progrès doivent être réalisés en matière de représentation substantielle [des femmes], afin d’obtenir un changement concret dans le statut et la vie des femmes – notamment pour une meilleure participation des femmes dans l'enseignement supérieur, dans la vie économique et dans l'accès à la terre.

Telles sont quelques-unes des observations faites par une experte membre du Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes a l’occasion de l’examen, jeudi et vendredi derniers, du rapport présenté par l’Afrique du Sud au titre de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes.

Une autre experte du Comité s’est dite préoccupée par le niveau élevé de violence sexiste et par le nombre de viols en Afrique du Sud. Elle a regretté que la police ne traite pas ce problème avec suffisamment de sérieux, ce qui – a-t-elle souligné – décourage les femmes victimes de porter plainte.

Une experte a également fait part de sa préoccupation devant la forte mortalité maternelle en Afrique du Sud et le nombre élevé de grossesses chez les adolescentes. Il a par ailleurs été recommandé à l’Afrique du Sud de sensibiliser les dirigeants traditionnels à la nature discriminatoire envers les femmes de certaines pratiques traditionnelles en matière de mariage.

D’autre part, de nombreux parents en Afrique du Sud évitent d’en appeler à la justice et préfèrent régler les problèmes rencontrés par leur fille à l’école – harcèlement, viols, grossesses précoces – de manière privée pour préserver les relations au sein de la communauté, a-t-il été relevé.

Présentant le rapport de son pays, Mme Maite Nkoana-Mashabane, Ministre auprès de la Présidence pour les femmes, la jeunesse et les personnes handicapées, a indiqué que la COVID-19 avait inversé certains des progrès réalisés par le pays en matière d'égalité entre les sexes et exposé les femmes et les filles à des violations de leurs droits humains. De plus, a-t-elle ajouté, outre la pandémie de COVID-19, sévit parallèlement une « pandémie fantôme » de violences sexistes et de féminicides. L'année dernière, l’Afrique du Sud a aussi été confrontée à la réalité alarmante du nombre élevé de grossesses chez les adolescentes, a également souligné la Ministre.

Mme Nkoana-Mashabane a ensuite rappelé que le premier Sommet présidentiel sur la violence fondée sur le genre et le féminicide, qui s’est tenu en novembre 2018, avait conduit à l'adoption de la Déclaration sur la violence sexiste et le féminicide, qui représente un engagement collectif à mettre en œuvre un programme complet pour mettre fin à ces violences. Dans le même temps, l’Afrique du Sud procède à des réformes juridiques pour que les droits des femmes soient mieux protégés par les cadres juridiques. Entre autres réformes, figurent des projets de loi visant la violence domestique et les infractions sexuelles et questions connexes, par le biais du renforcement du système de justice pénale, a précisé la Ministre.

Le Ministère de l'intérieur est en train d'harmoniser la loi sur la reconnaissance des mariages coutumiers, la loi sur le mariage et la loi sur l'union civile dans le pays, a en outre indiqué Mme Nkoana-Mashabane. L’objectif, a-t-elle précisé, est d’interdire explicitement le mariage précoce, forcé et infantile en harmonisant l'âge du mariage à 18 ans pour tous.

Le Gouvernement est aussi en train d'accélérer l’examen du projet de loi sur l'autonomisation des femmes et l'égalité des genres, a ajouté la Ministre. Enfin, le Gouvernement entend également relever les défis auxquels est confrontée la communauté LGBTQIA. Le Ministère de la justice et du développement constitutionnel a présenté à nouveau le projet de loi sur les crimes haineux au Parlement, pour qu'il soit promulgué, a indiqué Mme Nkoana-Mashabane.

La délégation sud-africaine était également composée de représentants des Ministères du développement social ; des affaires étrangères ; des femmes, des jeunes et des personnes handicapées ; de la justice et des services correctionnels ; de la police ; de la santé ; ainsi que du développement des petites entreprises. Les autorités provinciales du KwaZulu-Natal étaient aussi représentées.

Les observations finales du Comité au sujet des rapports des dix pays examinés pendant la présente session seront publiées à l’issue de la session, vendredi prochain, 12 novembre.

Examen du rapport de l’Afrique du Sud

Le Comité était saisi du cinquième rapport périodique de l’Afrique du Sud (CEDAW/C/ZAF/5) ainsi que des réponses du pays à une liste de points à traiter qui avait été soumise par le Comité.

Présentation du rapport

Présentant le rapport de son pays, MME MAITE NKOANA-MASHABANE, Ministre auprès de la Présidence pour les femmes, la jeunesse et les personnes handicapées, cheffe de la délégation, a indiqué que la COVID-19 avait inversé certains des progrès réalisés par le pays en matière d'égalité entre les sexes et exposé les femmes et les filles à des violations de leurs droits humains. Il s'agit notamment d'un accès limité aux services de base en matière de santé sexuelle et procréative, d'une santé mentale mise à rude épreuve et d'une participation limitée au redressement de la société et de l’économie, a-t-elle précisé. De plus, a-t-elle ajouté, outre la pandémie de COVID-19, sévit parallèlement une « pandémie fantôme » de violences sexistes et de féminicides. L'année dernière, l’Afrique du Sud a aussi été confrontée à la réalité alarmante du nombre élevé de grossesses chez les adolescentes, a également souligné la Ministre.

Le présent rapport met en évidence les principales réformes et mesures législatives, politiques et administratives mises en place pour répondre aux dispositions de la Convention, a poursuivi Mme Nkoana-Mashabane. Elle a notamment cité à cet égard le premier Sommet présidentiel sur la violence fondée sur le genre et le féminicide, qui s’est tenu en novembre 2018 pour chercher des solutions contre ce fléau. Le Sommet a conduit à l'adoption de la Déclaration sur la violence sexiste et le féminicide, qui représente un engagement collectif à mettre en œuvre un programme complet pour mettre fin à la violence sexiste et au féminicide en Afrique du Sud. En outre, un plan stratégique national sur la violence sexiste et le féminicide, élaboré conjointement par la société civile, par le Gouvernement et par d'autres partenaires, a été adopté.

Pour assurer l’application de ces mesures, l’Afrique du Sud doit renforcer les stratégies de mobilisation des ressources, a souligné la Ministre. Le Président de la république a donc créé le GBVF Response 1 Fund (fonds de riposte à la violence fondée sur le genre et au féminicide), dirigé par le secteur privé.

Dans le même temps, l’Afrique du Sud procède à des réformes juridiques pour que les droits des femmes soient mieux protégés par les cadres juridiques. Entre autres réformes, figurent des projets de loi visant la violence domestique et les infractions sexuelles et questions connexes, par le biais du renforcement du système de justice pénale, a précisé Mme Nkoana-Mashabane.

Des lacunes dans la législation existante doivent être comblées pour garantir la promotion des droits des femmes et des filles tels qu'ils sont inscrits dans la Constitution, concernant notamment la pratique des mariages précoces, forcés ou d'enfants, telle l'ukuthwala, qui relève du mariage forcé et de l’enlèvement, a indiqué la Ministre. Dans l'affaire Jezile vs. State, la Haute Cour du Cap occidental a estimé que l'ukuthwala ne constituait pas une défense contre les crimes de viol, de traite des êtres humains et d'agression, et a condamné l’auteur des faits à 22 ans de prison, a-t-elle souligné.

D’autre part, le Ministère de l'intérieur est en train d'harmoniser la loi sur la reconnaissance des mariages coutumiers, la loi sur le mariage et la loi sur l'union civile dans le pays, a indiqué Mme Nkoana-Mashabane. L’objectif est d’interdire explicitement le mariage précoce, forcé et infantile en harmonisant l'âge du mariage à 18 ans pour tous, a-t-elle précisé.

Le Gouvernement est aussi en train d'accélérer l’examen du projet de loi sur l'autonomisation des femmes et l'égalité des genres, a ajouté la Ministre.

Enfin, le Gouvernement entend également relever les défis auxquels est confrontée la communauté LGBTQIA. Le Ministère de la justice et du développement constitutionnel a présenté à nouveau le projet de loi sur les crimes haineux au Parlement, pour qu'il soit promulgué, a indiqué Mme Nkoana-Mashabane.

Questions et observations des membres du Comité

Une experte a demandé si la Convention pouvait être invoquée directement devant les tribunaux sud-africains. Elle a ensuite jugé positif que la définition de la discrimination figurant dans le droit sud-africain soit conforme à la Convention. Elle a demandé si, au-delà des plans d’action contre la discrimination, qui sont des documents politiques, le Gouvernement entendait aussi adopter un instrument juridiquement contraignant dans le domaine de la lutte contre la discrimination.

D’autres questions de l’experte ont porté sur l’accès à la justice des femmes vivant en zone reculée ou rurale et sur le financement de l’aide juridictionnelle offerte à ces femmes. L’experte a également voulu savoir si les femmes peuvent faire appel, devant des tribunaux civils, de décisions rendues par des tribunaux coutumiers.

Une experte a félicité l’Afrique du Sud pour les mesures positives qui ont été prises dans le domaine de la représentation politique des femmes – les femmes représentant plus de 46% des membres du Parlement – et pour les mesures prises afin d'encourager la parité entre les sexes en termes de représentation dans les services publics. Au-delà de tout cela, a toutefois ajouté l’experte, des progrès doivent être réalisés en matière de représentation substantielle [des femmes], afin d’obtenir un changement concret dans le statut et la vie des femmes. L’experte a demandé si le Gouvernement entendait adopter des mesures temporaires spéciales pour une meilleure participation des femmes dans l'enseignement supérieur, dans la vie économique et dans l'accès à la terre.

Une experte a recommandé que des programmes de formation soient organisés à l’intention des dirigeants traditionnels concernant la nature discriminatoire envers les femmes – et illégale au regard des instruments internationaux et régionaux ratifiés par l’Afrique du Sud – de certaines pratiques traditionnelles, telles que le mariage de jeunes filles et les tests de virginité.

La même experte s’est en outre dite préoccupée par le niveau élevé de violence sexiste et par le nombre de viols en Afrique du Sud. Elle a dit regretter que la police ne traite pas ce problème avec suffisamment de sérieux, ce qui décourage les femmes victimes de porter plainte.

Une experte a constaté que l’Afrique du Sud avait adopté en 2013 la loi sur lutte contre la traite des êtres humains, destinée à transposer dans le droit sud-africain le Protocole additionnel à la Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale organisée visant à prévenir, réprimer et punir la traite des personnes, en particulier des femmes et des enfants (Protocole de Palerme). D’autres textes abordent ce problème, notamment la loi sur le travail de 1997, amendée en 2014, qui incrimine le travail forcé, ou encore le Code pénal, qui sanctionne par des peines de prison l’exploitation des femmes et des enfants, a-t-elle relevé. L’experte a également loué l’existence de procédures destinées à identifier les victimes et à leur venir en aide.

Cependant, des problèmes demeurent dans l’application de toutes ces dispositions, a affirmé l’experte. Le Comité a ainsi été informé qu’il reste des postes à pourvoir dans de la commission intersectorielle de lutte contre la traite, et que les ressources allouées à cette instance ont été réduites. Il semble en outre que la tendance dans l’identification des victimes soit à la baisse. L’experte a demandé si les victimes étrangères de la traite qui refusent de coopérer avec la police étaient protégées contre les renvois hors d’Afrique du Sud. D’autres questions de l’experte ont porté sur la coopération régionale de l’Afrique du Sud dans la lutte contre la traite.

La même experte a par ailleurs affirmé que la corruption reste un obstacle à la lutte contre la traite en Afrique du Sud, notamment – a-t-elle précisé – lorsque les victimes sont renvoyées par des fonctionnaires vers les auteurs de la traite.

L’experte a d’autre part rappelé que la Convention et le Protocole de Palerme établissent un lien très clair entre la prostitution et la violation des droits humains et que, selon la Plate-forme d’action de Beijing (1995), aucune prostituée ne devrait être sanctionnée, la répression devant être axée sur les clients et les proxénètes. Cette conception semble bien présente en Afrique du Sud, où des propositions de dépénalisation de la prostitution ont été faites, a constaté avec satisfaction l’experte. Mais, dans les faits, les travailleuses du sexes vivent dans un risque continuel de violence et d’arrestation arbitraire et les clients ne sont guère inquiétés, a-t-elle regretté.

De nombreux parents en Afrique du Sud évitent d’en appeler à la justice et préfèrent régler les problèmes rencontrés par leur fille à l’école – harcèlement, viols, grossesses précoces – de manière privée pour préserver les relations au sein de la communauté, a fait remarquer une experte. Combien d’affaires sont dénoncées aux tribunaux et combien de décisions ont-elles été rendues dans de tels cas, a demandé l’experte ?

Une experte a voulu savoir quels étaient les effets concrets, sur les travailleuses, de la loi sur le salaire égal et des tribunaux d’arbitrage. Si l’écart salarial semble se réduire dans la tranche supérieure de revenus – où les femmes sont moins présentes –, la question se pose de savoir ce qui est fait aux niveaux inférieurs de rémunération, où les femmes sont concentrées. Quelque 80% des employés domestiques sont des femmes noires, a-t-il été relevé. D’autres questions ont porté sur la protection des droits des travailleuses du sexe et des travailleuses rurales en Afrique du Sud.

Une autre experte s’est enquise des mesures prises pour atteindre l’objectif de 50% de femmes dans les structures de gouvernance traditionnelle.

S’agissant des questions de santé, une experte a fait part de sa préoccupation devant la forte mortalité maternelle et le nombre élevé de grossesses chez les adolescentes en Afrique du Sud. Si l’avortement est légal, le refus des prestataires de fournir ce service de santé est un obstacle à un accès [aux soins de santé] en toute sécurité, en particulier en zone rurale, a dit l’experte. D’autres questions de la même experte ont porté sur le recours à des méthodes de contraception modernes et sur le fait que les femmes sont encore davantage infectées par le VIH que les hommes.

Concernant l’emploi, une experte a voulu savoir quels effets les initiatives du Gouvernement en faveur de l’économie verte avaient sur l'autonomisation économique des femmes. Une autre question de l’experte a porté sur les prestations sociales versées par l'État aux femmes travaillant dans l'économie informelle, aux travailleuses migrantes, aux femmes handicapées, ainsi qu’aux femmes chefs de famille qui ne sont pas officiellement employées et qui, par conséquent, ne cotisent pas à un fonds de pension.

Les femmes LGBTI souffrant en Afrique du Sud de discrimination constante, la question se pose de savoir comment la loi sur la reconnaissance des droits des personnes LGBTI est concrètement appliquée, a souligné une experte. Est-il par ailleurs prévu d’adopter des mesures spécifiques en faveur des femmes requérantes d’asile et réfugiées, elles aussi confrontées à la discrimination, a demandé l’experte ?

La même experte a demandé comme les femmes handicapées étaient prises en compte dans la politique de l’État en faveur de l’égalité des genres. Nombre de femmes handicapées sont victimes de violences sexuelles au sein même de leur famille, surtout dans le contexte actuel de pandémie, a souligné l’experte.

Une experte a salué les efforts considérables faits par l’Afrique du Sud en matière de droits de la personne, avant de constater que si l’âge du mariage était fixé à 18 ans pour les deux sexes en Afrique du Sud, il existe toutefois une exception possible pour les filles, qui peuvent être mariées à 15 ans avec l’accord de leur famille. L’experte a demandé à quelle date le Gouvernement entendait supprimer ces exceptions, conformément aux engagements qu’il a pris ; si les mariages musulmans seraient reconnus ; et comment sont protégés les droits fonciers de la femme dans un mariage coutumier.

Réponses de la délégation

S’agissant de la place de la Convention dans l’ordre juridique interne, la délégation a précisé qu’en Afrique du Sud, les traités internationaux ratifiés par le pays sont applicables après transposition de leurs dispositions dans le droit interne (dualisme). Lorsque les tribunaux rendent des décisions, ils prennent en compte les instruments internationaux, a ajouté la délégation.

En Afrique du Sud, plus de quarante lois traitent de la lutte contre la discrimination à l’encontre des femmes sous toutes ses manifestations, a par ailleurs souligné la délégation. La définition de la discrimination donnée par la Convention est reprise mot pour mot dans les lois sur l’enfance et la traite des êtres humains, entre autres, a-t-elle précisé.

Les magistrats, les procureurs et d’autres fonctionnaires de justice, de même que les policiers, reçoivent des formations sur la manière d’aborder le problème de la violence sexiste, sur la violence domestique, sur la traite des êtres humains ou encore sur la prise en compte de la sexospécificité, a d’autre part indiqué la délégation. L’efficacité de ces formations fait l’objet d’évaluations, a-t-elle ajouté.

Concernant l’accès à la justice, le Département (Ministère) de la justice est en train d’ouvrir de nouveaux tribunaux dans les zones rurales ou péri-urbaines, a fait savoir la délégation. Quelque cent trente chambres, dont un bon nombre dans les zones rurales, sont spécialisées dans la violence sexuelle, a-t-elle précisé.

Le Gouvernement s’efforce d’instituer un continuum entre les tribunaux traditionnels et les tribunaux de district afin de faciliter l’accès des femmes rurales, notamment, à la justice, a par ailleurs souligné la délégation.

Le budget de l’aide juridictionnelle a été réduit pendant la pandémie, dans le cadre des mesures d’économies qui ont frappé tous les services du Gouvernement, a en outre indiqué la délégation.

La délégation a ensuite attiré l’attention sur les grands pouvoirs dont est dotée la Commission de l’égalité des genres, laquelle est même autorisée à demander des comptes aux ministres du Gouvernement.

Globalement, on compte en Afrique du Sud 24% de femmes dans les postes à responsabilité, ce qui montre que des progrès restent à faire en matière de représentation des femmes, a poursuivi la délégation.

On compte actuellement quelque 30% de femmes dans les structures de gouvernement traditionnel, conformément aux exigences de la nouvelle Constitution, a en outre fait savoir la délégation.

Si les tribunaux sud-africains ont reconnu la légitimité de certaines pratiques traditionnelles, ils ont aussi jugé que les faits constitutifs d’actes criminels doivent faire l’objet de poursuites, a souligné la délégation. Elle a ajouté qu’un projet de loi était en cours d’élaboration, avec la participation de chefs traditionnels, qui vise la création d’un fonds d’aide aux victimes de mariage forcé ou de mariage d’enfants (lié à l’ukuthwala) ainsi que l’ouverture de poursuites contre toute personne ayant encouragé une telle union.

Le Gouvernement applique une politique destinée à supprimer toutes les exceptions à l’âge minimal du mariage, a fait savoir la délégation. Les tribunaux ont par ailleurs jugé discriminatoires envers les femmes les modalités du mariage traditionnel relatives aux droits de succession, a-t-elle ajouté, avant d’indiquer que le Gouvernement a proposé plusieurs amendements aux lois en vigueur pour remédier à ce problème. Par exemple, il est prévu que tous les mariages coutumiers monogames soient régis par la communauté des biens ; quant aux mariages polygames, un régime de participation aux acquêts sera appliqué. Le Gouvernement s’efforce de sensibiliser les communautés au fait que certaines pratiques, comme l’ukuthwala, sont contraires à la loi et passibles de sanctions, a insisté la délégation.

Le parquet a mis en place un protocole pour uniformiser le traitement des procédures relatives aux féminicides, a poursuivi la délégation, avant d’ajouter qu’un manuel de formation a été diffusé, parmi les procureurs et les fonctionnaires de la justice pénale, quant à la manière de mener des enquêtes qui soient centrées sur les victimes. Le Gouvernement a aussi ouvert un registre destiné à recueillir en temps réel les féminicides enregistrés par les autorités concernées, y compris la police.

D’autre part, a fait valoir la délégation, 55 centres de services spécialisés pour victimes de violence sexuelle – lesquelles sont en majorité des femmes en majorité – ont été ouverts ; seize centres supplémentaires seront ouverts dans les zones rurales et semi-urbaines où de nombreux féminicides et cas de violences, notamment sexuelles, sont recensés. Parallèlement, depuis 2010, on enregistre une forte augmentation du nombre des condamnations d’auteurs de tels faits, a indiqué la délégation.

L’Afrique du Sud sort d’une période d’apartheid marquée par la violence, a rappelé la délégation. Actuellement, le Gouvernement a pour priorité de changer les mentalités autour de la violence, a-t-elle expliqué.

Concernant la traite des êtres humains, la loi de 2013 (entrée en vigueur en 2015), réprime tous les motifs d’exploitation, a rappelé la délégation. Elle a souligné que la pandémie avait entraîné une baisse des cas analysés. Malgré cela, le taux de condamnation dans les affaires jugées atteint 87%. Quelque 52 cas sont encore en jugement, a précisé la délégation.

Après avoir décrit le système d’enseignement secondaire et supérieur, la délégation a fait état de l’application d’un cadre stratégique pour lutter contre le haut niveau de harcèlement sexuel dans l’enseignement.

Il est de fait que nombre de parents préfèrent résoudre les problèmes rencontrés à l’école par leurs enfants « en interne » plutôt que de les mettre au grand jour dans la communauté, a reconnu la délégation. Le Gouvernement éduque les parents à leur obligation de dénoncer à la police tous les cas de harcèlement ou de violence dont leurs enfants sont victimes à l’école, a-t-elle néanmoins souligné. Les auteurs de ces faits sont souvent connus de la famille, a-t-elle en outre indiqué. La notion de dommages-intérêts commence à être mieux comprise par les parents, a ajouté la délégation.

Le harcèlement sexuel au travail est strictement interdit par la loi sur l’égalité au travail, tout cas devant être dénoncé aux autorités, a également souligné la délégation. Tous les employés sont couverts par cette loi, y compris les travailleuses domestiques. Ces dernières bénéficient d’un soutien pour les aider à connaître leurs droits.

La loi sur l’égalité au travail interdit toute discrimination directe ou indirecte à l’encontre des travailleurs, y compris les travailleuses du sexe, a précisé la délégation, avant de souligner que l’inspection du travail peut faire respecter les droits des travailleurs de tous les secteurs.

Le Gouvernement attend encore les résultats de l’analyse des données des entreprises faite par la commission sur le salaire minimal, a ensuite fait savoir la délégation. L’employeur qui refuse de soumettre le questionnaire qui sert de base à cette analyse peut être renvoyé devant la juridiction prud’hommale qui est alors habilitée à prendre des sanctions. La réglementation a pour objectif qu’aucune travailleuse domestique ou rurale ne soit rétribuée en-deçà du revenu minimal (21,6 rands par heure) d’ici à 2022.

Il est important pour le Gouvernement de tirer les travailleuses agricoles de la pauvreté, a ajouté la délégation. Cela commence par une action dans les écoles, avec un soutien aux enfants des familles concernées et des mesures d’aide aux familles.

S’agissant de la participation des femmes à la vie économique, la délégation a notamment indiqué que 40% des marchés publics devaient être attribués à des entreprises dirigées par des femmes. D’autres initiatives sont lancées pour aider les femmes vivant en zone rurale et dans les townships à acquérir les compétences nécessaires – en informatique, par exemple – pour se lancer dans les affaires. Des financements sont aussi dégagés à leur intention. Le Gouvernement veille également à intégrer davantage de travailleuses du secteur informel au secteur formel.

Les femmes cheffes d’entreprises ou auto-entrepreneuses ayant été les premières touchées par les répercussions économiques du confinement pendant la pandémie, le Gouvernement a pris des mesures rapides pour sauver le maximum d’emplois et aider les dirigeantes à régler leurs factures.

Le Gouvernement applique, d’autre part, une série de mesures pour aider les femmes à accéder plus facilement au foncier dans le cadre, notamment, d’une politique de redistribution des terres : après acquisition par l’État, quelque 450 00 hectares ont été redistribués à des femmes à ce jour. Des aides au logement sont aussi offertes, de manière ciblée, aux travailleuses rurales, l’objectif étant d’éviter qu’elles ne soient expulsées de leurs propres exploitations.

S’agissant des questions de santé, la délégation a déclaré que l’accessibilité aux services était assurée, dans les régions reculées, par des unités de santé mobiles. Le Gouvernement organise par ailleurs des formations, pour professionnels de santé, à la prise en charge des complications liées à la santé maternelle. Ces formations mettent l’accent sur une bonne communication entre les agents de santé et les usagers des services.

Plusieurs secteurs du Gouvernement luttent ensemble contre le phénomène des grossesses chez les adolescentes, a poursuivi la délégation. Les autorités de santé ont généralisé l’accès aux contraceptifs par l’intermédiaire de dispensaires et ont créé des plates-formes de dialogue où sont abordées les questions relatives à la santé sexuelle et procréative.

Remarques de conclusion

MME NKOANA-MASHABANE a déclaré que ce dialogue constructif avait permis à son pays de mieux appréhender les progrès qu’il a réalisés et les problèmes qu’il lui reste à résoudre pour ce qui est de l’application de la Convention. La pandémie de COVID-19 a provoqué une certaine régression, mais elle a également fourni des occasions de réfléchir de manière critique aux interventions existantes et d'explorer de nouvelles opportunités pour faire progresser les droits des femmes et des filles, a ajouté la Ministre. L’application de la législation sur l'autonomisation des femmes et l'égalité des genres jouera un rôle essentiel pour renforcer le cadre juridique dans ce domaine, a-t-elle poursuivi. Le Gouvernement veille par ailleurs à appliquer une budgétisation tenant compte des besoins des femmes, a souligné Mme Nkoana-Mashabane. Une riposte efficace à la violence sexiste et au féminicide nécessite des institutions fortes face à la persistance de conceptions patriarcales, a-t-elle conclu.

MME ARUNA DEVI NARAIN, Rapporteuse du Comité, a remercié la délégation sud-africaine pour ce dialogue constructif et a félicité l'État partie pour ses efforts.

Lien : https://www.ungeneva.org/fr/news-media/meeting-summary/2021/11/experts-committee-elimination-discrimination-against-women