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Discours de l’Experte Indépendante chargée de promouvoir l’exercice par les personnes âgées de tous les droits de l’homme

Side-Event à l’occasion de la 24ème célébration de la Journée internationale des personnes âgées

1er octobre 2014

Excellences,
Mesdames et Messieurs,

Je suis très heureuse de participer à ce side-event à l’occasion de la 24ème célébration de la Journée internationale des personnes âgées en tant que première Experte Indépendante chargée de promouvoir l’exercice par les personnes âgées de tous les droits de l’homme. Je souhaite remercier le Comité des ONG sur le vieillissement de Genève, the Geneva International Network on Ageing (GINA), HelpAge International, l’Organisation Internationale du Travail (OIT) et le Fonds des Nations Unies pour la Population (FNUAP), de nous avoir réunis aujourd’hui pour célébrer, ensemble, cette Journée.

Le 1er Octobre - Journée internationale des personnes âgées, crée en 1990 par l’Assemblée générale, démontre un effort mondial pour sensibiliser les sociétés au sujet du vieillissement de la population et donner de la visibilité aux personnes âgées. A cette époque il y avait peu d’initiatives qui abordaient spécifiquement les questions liées au vieillissement de la population. Après plus de 20 ans, nous avons maintenant plusieurs mécanismes et institutions comme le Haut-Commissariat des Nations aux droits de l’homme, le Plan d’action international de Madrid sur le vieillissement, et le Groupe de Travail à composition non-limitée sur le vieillissement, entre autres. La création du mandat de l’Experte Indépendante chargée de promouvoir l’exercice par les personnes âgées de tous les droits de l’homme fait partie de cet effort mondial d’inscrire les droits de l’homme des personnes âgées à l’ordre du jour de l’agenda de la communauté internationale.

A l’époque de l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme, on comptait près de 205 millions de personnes âgées dans le monde. Aujourd’hui on dénombre déjà près de 700 millions de personnes âgées et, d’ici à 2050, ce pourcentage doublera, atteignant environ 2 milliards d’individus.

Ces chiffres nous montrent que le vieillissement de la population doit être considéré comme une priorité au niveau international, régional, national et local puisque ce phénomène a des implications sur tous les aspects de la société à l´échelle mondiale. Les questions liées au vieillissement touchent ainsi plusieurs domaines, comme la politique, l’économie, la sociologie, la médecine, la technologie, la recherche scientifique, l’éducation et les droits de l’homme, d’où l’importance d’avoir une approche globale afin de mettre en valeur les opportunités qu’offrent le vieillissement de la population.

Cette année, le thème de la journée est : "N'oublions personne : promouvons une société pour tous". Ce thème nous permet de mettre l’accent sur l’importance d’intégrer une perspective des droits de l’homme lorsque l’on aborde le thème du vieillissement de la population. Nous ne pouvons pas nous permettre de laisser de côté des centaines de millions de personnes âgées. Les personnes âgées sont trop souvent tenues à l’écart, exclues, et ignorées dans leur communauté alors qu’elles sont titulaires de droits et doivent être en mesure de pouvoir les exercer. Il faut donc changer cette perception négative sur le vieillissement. Le vieillissement n’est pas une maladie et nous devons agir afin de changer les attitudes à ce sujet.

Dans ce sens, principalement depuis 1948, plusieurs instruments internationaux et régionaux ont été adoptés par les Etats, visant à protéger et à promouvoir les droits des personnes âgées puisque l’universalité, l’indivisibilité et l’interdépendance sont des principes clés qui forment l’essence de tous les droits de l’homme. Les Principes des Nations Unies pour les personnes âgées, adoptés par l’Assemblée générale en 1991, encouragent les Etats à inclure dans leurs politiques publiques des principes comme l’indépendance, la participation, l’épanouissement personnel et la dignité des personnes âgées.

La dignité de tous est la pierre angulaire qui doit guider toutes politiques publiques et tous programmes liés au vieillissement. Une société pour tous les âges implique le respect de la vie, l’intégrité de la personne, l’inclusion sociale, économique et politique, entre autres. Pour cela, il faut répondre aux besoins particuliers des personnes âgées, notamment en matière d’accessibilité, en termes de transport, de logement, de soins de santé et d’éducation. Les personnes âgées doivent pouvoir vivre dans un environnement sûr qui puisse s’adapter à la modification de leurs capacités.

De plus, la question du vieillissement touche toutes les régions du monde. Ainsi, l’approche fondée sur l’universalité et l’indivisibilité des droits de l’homme permet de garantir que toutes les personnes âgées quels que soient leur âge, nationalité, lieu de résidence, sexe, origine ethnique ou nationale, couleur, religion, langue ou toute autre condition aient le droit d’exercer leurs droits sans discrimination et sur un pied d’égalité.

Toutefois, il faut également prendre en compte la diversité des situations dictées par l’hétérogénéité du vieillissement puisque les personnes âgées de forment pas une catégorie homogène ni unique. Il s’agit donc de prendre en compte si elles sont en bonne santé et actives, malades, en phase terminale, non handicapées ou souffrant de handicaps physiques ou cognitifs ou de démence ; si elles sont en situation d’urgence, comme les évacuations d’émergence, les crises humanitaires et les déplacements forcés; si elles appartiennent à des minorités nationales ou ethniques, religieuses ou linguistiques. Il ne faut oublier personne et pour cela il faut répondre aux besoins spécifiques de chacune.

De même, la question du genre doit être prise en considération, en sachant qu’au niveau mondial, les femmes représentent la majorité des personnes âgées. Elles courent davantage de risques de maladies chroniques et d'invalidité, de discrimination et de marginalisation. De plus amples efforts doivent être déployés pour faire de l’intégration des femmes âgées une priorité en matière de politiques afin d’abroger les lois, règles et coutumes qui portent atteinte à leurs droits.
Aussi, en plaçant les personnes âgées au centre des droits de l’homme, il est possible de prendre en compte leurs voix et d´être à l´écoute de leurs attentes et de leurs préoccupations. Il faut garantir qu’elles puissent participer activement à la vie sociale, économique, culturelle et politique. L’intégration des personnes âgées dans les processus de prise de décisions est ainsi fondamentale. Il faut pour cela mettre en place des mesures qui favorisent l’insertion sociale et la solidarité entre les générations. Les personnes âgées ont beaucoup à apporter à la société et il faut apprendre à mieux utiliser leurs potentiels, leurs compétences et leurs expériences.

Cette approche axée sur les droits de l´homme permet également de préciser les obligations des Etats à l’égard des personnes âgées et de voir où sont les lacunes dans l’application des instruments internationaux et de partager les meilleures pratiques avec la communauté internationale.

Par ailleurs, il faut aussi renforcer la coopération et la coordination dans le système de protection des droits de l’homme afin d’éviter les doublons, entre les procédures spéciales des Nations Unies, le mécanisme d’examen périodique universel, les organes de traités, le Groupe de Travail à composition non-limitée sur le vieillissement, entre autres. Cette coopération permettra de donner plus de visibilité aux droits de l´homme des personnes âgées. Il est important que tous les mécanismes existants intègrent la notion de l’âge dans leurs activités. Les synergies entre tous les acteurs permettront de sensibiliser le public et de protéger les personnes âgées.

La création de ce mandat nous permet d’avancer dans cette direction. En effet, dans l’exercice de mon mandat, je vais analyser la mise en œuvre des instruments internationaux en vigueur concernant les personnes âgées et recenser les meilleures pratiques contenues dans les lois destinées à promouvoir et à protéger les droits des personnes âgées, ainsi que les lacunes dans l’application de ces lois.

Je vais également analyser les incidences sur les droits de l’homme de la mise en œuvre du Plan d’action international de Madrid sur le vieillissement. Par ailleurs, le Conseil des Droits de l’Homme m’a chargé de faire connaître les obstacles que les personnes âgées rencontrent dans l’exercice de tous leurs droits et de veiller à ce qu’elles soient informées de ces droits.

Dans les trois prochaines années, je compte sur la coopération de tous les acteurs. J’aimerais ainsi encourager toutes les personnes ici présentes, les Etats, le système des Nations Unies, les organisations régionales, les organisations non gouvernementales, centres de recherche médicale, le secteur privé, les associations de personnes âgées et pour les personnes âgées, à renouveler leur engagement avec mon mandat. Le partage d’informations est essentiel afin de connaître les différentes réalités du vieillissement et d’identifier les meilleures pratiques et les problèmes que les personnes âgées sont confrontées dans le monde entier.

En cette journée, j’aimerais appeler les Etats à inclure les droits de l’homme des personnes âgées dans le Programme de développement pour l’après-2015. Unissons nos forces, afin de permettre que toutes les femmes et tous les hommes puissent vieillir dans la dignité dans une société pour tous les âges.

Pour conclure, permettez-moi de citer le philosophe Cicéron qui disait « La vieillesse est noble, lorsqu'elle se défend elle-même, garde ses droits, ne se vend à personne, et jusqu'au dernier souffle domine sur les siens ».

Je vous remercie.