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Le Conseil des droits de l'homme ouvre une session extraordinaire sur la situation au Burundi

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17 décembre 2015

Conseil des droits de l'homme
17 décembre 2015

Le Haut-Commissaire aux droits de l'homme exhorte la communauté internationale à agir de manière «vigoureuse et décisive» pour éviter une guerre civile

Le Conseil des droits de l'homme a ouvert ce matin une session extraordinaire consacrée à «la prévention d'une détérioration de la situation de droits de l'homme au Burundi».  Il a entendu les déclarations liminaires du Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, du Conseiller spécial du Secrétaire général pour la prévention du génocide, du Président du Comité de coordination des procédures spéciales et de la Commissaire aux affaires politiques de la Commission de l'Union africaine.  La délégation du Burundi est intervenue en tant que pays concerné avant la tenue d'un débat général auquel ont participé 45 délégations.

Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, M. Zeid Ra'ad Al Hussein, a exhorté la communauté internationale à agir de manière «vigoureuse et décisive» au sujet de la situation au Burundi pour éviter une guerre civile qui pourrait avoir des connotations ethniques graves et des conséquences régionales alarmantes.  Le carnage du week-end dernier avait confirmé l'étendue des violences et des intimidations «qui sont en train de renvoyer le pays vers un passé profondément troublé, sombre et horriblement violent et qui n'a fait que l'éloigner un peu plus d'une solution politique».  Dans ce contexte, il a demandé l'implication de la Cour pénale internationale.  Pour sa part, le Conseil des droits de l'homme doit faire tout ce qui est en son pouvoir pour empêcher que le pire ne devienne réalité au Burundi au cours des prochains jours.

Le Conseiller spécial pour la prévention du génocide, M. Adama Dieng, a souligné que, lorsqu'il était revenu au Burundi, en mai 2015, la situation s'était encore détériorée et, à l'issue de ses deux visites dans le pays ainsi que le mois dernier il avait averti le Conseil de sécurité que, si la crise était avant tout de nature politique, il existait un risque que la manipulation permanente de l'ethnicité par les dirigeants tant du parti au pouvoir que des partis d'opposition ne modifie la trajectoire de la crise et aboutisse à des attaques ciblées basées soit sur l'affiliation politique, soit sur l'identité ethnique.  «Malheureusement, c'est ce qui s'est produit», a déploré M. Dieng.  Il a appelé la communauté internationale à prendre des mesures urgentes afin de dissuader toute nouvelle violence et d'empêcher une escalade de la crise actuelle.   Pour sa part, M. Michael Addo, au nom des titulaires de mandats des procédures spéciales du Conseil, a exprimé sa plus profonde préoccupation face à la détérioration effrayante de la situation des droits de l'homme au Burundi.  Le Conseil doit agir face à une situation des plus instables qui exige une réponse résolue et immédiate; il doit aussi renforcer son rôle préventif et de suivi, en créant un mécanisme susceptible de permettre l'évaluation en permanence de la situation. 

La Commissaire aux affaires politiques de la Commission de l'Union africaine, Mme Aisha Laraba Abdullahi, a notamment rappelé que la Commission avait déployé en juillet dernier une équipe d'observateurs de droits de l'homme dans le pays qui a pu constater que la situation continue de se dégrader, mais aussi un certain niveau de coopération avec les autorités.  L'Union africaine souligne qu'elle a besoin d'un financement urgent et suffisant pour pouvoir déployer ses observateurs sur place.  Le soutien politique de la communauté internationale à ses efforts est une nécessité pour permettre le succès d'un dialogue susceptible d'ouvrir la voie à une paix définitive au Burundi. 

Le Burundi a quant à lui indiqué attendre une condamnation ferme de la part de la communauté internationale à l'endroit de l'opposition radicale qui organise des attaques sur le Burundi de l'extérieur mais aussi le recrutement et l'enrôlement de force, par les groupes armés, de jeunes enfants réfugiés dans certains camps de pays voisins.

Des déclarations ont été faites au nom d'États membres par les délégations suivantes: Luxembourg (au nom de Union européenne), France, États-Unis, Japon, Algérie, Nigéria, Gabon, Chine, Estonie, Allemagne, Monténégro, Argentine, République de Corée, Irlande, Pays-Bas, Royaume Uni, ex-République yougoslave de Macédoine, Fédération de Russie, Venezuela, Brésil, Viet Nam, Mexique, Ghana, Bolivie et Kenya.

On également pris la parole les observateurs suivants: Uruguay, Saint-Siège, Angola, République populaire démocratique de Corée, Australie, Canada, Autriche, Panama, Turquie, Slovénie, Chili, Belgique, Suisse, Égypte, Djibouti, République islamique d'Iran, Norvège, Grèce, Liechtenstein et Espagne.

Un grand nombre d'intervenants ont insisté sur la nécessité de prévenir toute nouvelle escalade de la violence au Burundi et ont apporté leur soutien au déploiement d'observateurs des droits de l'homme dans le pays.  La plupart des délégations ont insisté sur la nécessité pour toutes les parties au Burundi d'engager un «véritable dialogue inclusif» afin de promouvoir la réconciliation.  Plusieurs pays ont plaidé pour une adoption par consensus du projet de résolution présenté dans le cadre de la présente session extraordinaire.

Cette vingt-quatrième session extraordinaire du Conseil se tient à la demande de la Mission permanente des États-Unis, avec le soutien de 18 États membres du Conseil: Albanie, Allemagne, Argentine El Salvador, Estonie, États-Unis, ex-République yougoslave de Macédoine, France, Ghana, Irlande, Japon, Lettonie, Mexique, Monténégro, Pays-Bas, Portugal, République de Corée et Royaume-Uni.  La convocation d'une session extraordinaire du Conseil exige le soutien d'au moins 16 États membres.  La demande a également reçu l'appui des 29 États observateurs suivants: Australie, Autriche, Belgique, Bulgarie, Canada, Chili, Colombie, Croatie, Chypre, Danemark, Espagne, Finlande, Grèce, Hongrie, Italie, Lituanie, Luxembourg, Malte, Monaco, Norvège, Panama, Pologne, République tchèque, Roumanie, Slovaquie, Slovénie, Suède, Ukraine et Uruguay. 


Le Conseil poursuit son débat général cet après-midi avant de se prononcer sur un projet de résolution sur la prévention d'une détérioration de la situation de droits de l'homme au Burundi, et de clore la session extraordinaire.

 

Déclarations liminaires

M. ZEID RA'AD AL HUSSEIN, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, a déclaré que «la situation au Burundi est explosive et le pays est sur le point de basculer dans la guerre civile».  Il a ajouté que le carnage du week-end dernier avait confirmé l'étendue des violences et des intimidations «qui sont en train de renvoyer le pays vers un passé profondément troublé, sombre et horriblement violent et qui n'a fait que l'éloigner un peu plus d'une solution politique, dont le besoin est pourtant si impérieux». 

M. Zeid a souligné que la situation au Burundi réclamait une réponse robuste et décisive de la part de la communauté internationale, rappelant que, le mois dernier, il avait appelé le Conseil de sécurité à envisager toutes les mesures possibles pour arrêter les violences en cours et empêcher un conflit régional.  Au moins 400 personnes ont été tuées depuis le 26 avril et le bilan des morts pourrait être beaucoup plus élevé.  Le nombre de personnes sommairement exécutées pourrait atteindre 68.  Le Haut-Commissaire a insisté sur la situation intenable des défenseurs des droits de l'homme et des journalistes indépendants, dont beaucoup ont quitté le pays.  En tout, quelque 220 000 personnes ont pris refuge dans des pays voisins, auxquelles s'ajoutent de nombreuses personnes déplacées.  «Et parmi ceux qui restent, la peur est palpable.  Une population effrayée et mal informée, alimentée de discours de haine et de paranoïa, est une population qui peut être conduite vers un chemin de violence par toute partie prenante à l'impasse politique actuelle. 

Le Haut-Commissaire a exhorté le Gouvernement du Burundi à prendre toutes les mesures nécessaires pour désarmer la milice armée pro-gouvernementale, dont les Imbonerakure, et à placer les opérations de la police, des services de renseignements et des autres forces de sécurité sous le couvert de la loi.  La lutte contre l'impunité qui prévaut actuellement est aussi cruciale.  Dans ce contexte, il a demandé l'implication de la Cour pénale internationale.  Pour sa part, «le Conseil des droits de l'homme a une responsabilité claire, celle de faire tout ce qui est en son pouvoir pour empêcher que le pire ne devienne réalité au Burundi au cours des prochains jours», «nous le devons au peuple burundais qui n'a que trop souffert.»

M. ADAMA DIENG, Conseiller spécial du Secrétaire général pour la prévention du génocide, a déclarait qu'il suivait la situation au Burundi avec préoccupation depuis 2014, lorsque le Président Pierre Nkurunziza a exprimé son intérêt pour une troisième candidature à la présidence de la République.  M. Dieng a rappelé avoir effectué une visite dans le pays après que les Nations Unies eurent reçu des informations selon lesquelles un groupe de jeunes affilié au parti au pouvoir – le CNDD-FDD –, connu sous le nom d'Imbonerakure, était en train d'être armé, dans un environnement caractérisé par des violations des droits de l'homme et le rétrécissement de l'espace politique pour les partis d'opposition, la société civile et les médias indépendants – tous trois soumis à des intimidations et des harcèlements.  Il a ajouté que lorsqu'il était revenu au Burundi, en mai 2015, la situation s'était encore détériorée; il a tenu le Conseil de sécurité informé à l'issue de ses deux visites dans le pays ainsi que le mois dernier (novembre 2015) et qu'il avait alors averti que, si la crise était avant tout de nature politique, il existait un risque que la manipulation permanente de l'ethnicité – tant par les dirigeants tant du CNDD-FDD au pouvoir que des partis d'opposition – ne modifie la trajectoire de la crise et aboutisse à des attaques ciblées basées soit sur l'affiliation politique, soit sur l'identité ethnique.  «Malheureusement, c'est ce qui s'est produit», a déploré M. Dieng. 

«Nous recevons désormais des rapports quotidiens de graves violations des droits de l'homme qui sont commises en toute impunité» et qui «incluent des exécutions sommaires de civils, des disparitions, un usage excessif de la force dans la conduite des opérations de sécurité, des arrestations arbitraires, des détentions illégales et des actes de torture», a poursuivi le Conseiller spécial pour la prévention du génocide, ajoutant avoir été choqué par le nombre de morts le week-end dernier, lorsque des forces de sécurité ont répondu à des attaques contre des bases militaires en menant de violentes opérations de recherche dans des zones résidentielles.  On estime à 90 le nombre de personnes tuées dans les attaques et dans le cadre de la réponse apportée par les forces de sécurité.  Des allégations ont été reçues selon lesquelles un certain nombre de personnes tuées auraient été sommairement exécutées, a précisé M. Dieng.  Il a également eu des assassinats de personnalités en vue affiliées tant au parti au pouvoir qu'à l'opposition; ces actes constituent des signaux qui devraient nous alerter quant au risque de voir commettre des crimes atroces.

M. Dieng s'est dit extrêmement préoccupé par la manipulation de l'appartenance ethnique à laquelle se livrent les dirigeants burundais des deux côtés, évoquant plus particulièrement le discours prononcé le 29 octobre dernier par le Président du Sénat, M. Révérien Ndikuriyo.  Il est essentiel que le Président de la République et les principaux dirigeants «s'abstiennent de faire des déclarations inflammatoires susceptibles d'être interprétées comme incitant les populations à commettre des crimes contre leurs propres concitoyens»; en effet, de telles déclarations sont à la fois irresponsables et dangereuses et interdites en vertu du droit international, a rappelé le Conseiller spécial.

Le Burundi se trouve à la croisée des chemins et la communauté internationale doit faire attention; personne ne doit sous-estimer ce qui est en jeu, a poursuivi M. Dieng, qui a rappelé qu'une guerre civile entre 1993 et 2005 avait coûté la vie à plus de 300 0000 personnes au Burundi et fait plus d'un million de personnes déplacées. 

Certes, la responsabilité première de protéger les Burundais incombe au Gouvernement burundais et ce Gouvernement ainsi que les partis d'opposition doivent s'engager à mettre un terme à la violence et à régler la crise par un dialogue constructif avec toutes les parties.  Mais en même temps, la communauté internationale a une responsabilité et un rôle indispensable à jouer pour restaurer la paix dans le pays.  S'il faut saluer l'appui du Conseil de sécurité au déploiement d'une équipe de soutien dirigée par le Conseiller spécial Jamal Benomar et le Haut-Commissaire aux droits de l'homme, il est à craindre qu'elles ne suffisent pas à prévenir une nouvelle escalade.  Il a appelé la communauté internationale à prendre des mesures urgentes afin de dissuader toute nouvelle violence et d'empêcher une escalade de la crise actuelle.  Il a notamment proposé qu'un plein soutien soit accordé aux décisions du Conseil de sécurité et à leur mise en œuvre immédiate, s'agissant notamment du déploiement de personnels supplémentaires de surveillance des droits de l'homme et d'enquêteurs de la Commission africaine des droits de l'homme et des peuples. 

M. Dieng a proposé que la communauté internationale exhorte le Gouvernement à coopérer avec les acteurs régionaux et internationaux et à mettre un terme au cycle actuel de violence, tout en assurant le respect des droits de l'homme et de la primauté du droit.  Il a également proposé que la communauté internationale demande des enquêtes crédibles et indépendantes sur les allégations de violations des droits de l'homme, dont les résultats devront être rendus publics, les responsables de ces violations devant quant à eux rendre des comptes.  Il pourrait en outre être envisagé de mettre sur pied une commission d'enquête sur les violations en cours au Burundi.  La communauté internationale devrait appeler les acteurs de la crise actuelle, y compris le Gouvernement burundais et l'opposition, à abandonner la voie de la violence et à engager un dialogue crédible et inclusif.  La communauté internationale a la responsabilité de protéger les Burundais et d'empêcher la commission de crimes atroces, a conclu M. Dieng.

M. MICHAEL ADDO, Président du Comité de coordination des procédures spéciales, a exprimé sa plus profonde préoccupation face à la détérioration effrayante de la situation des droits de l'homme au Burundi, comme le démontrent les assassinats du week-end dernier, détérioration qui accroît le risque d'une récurrence de la violence de masse dans la région des Grands Lacs.  Ces huit derniers mois, de nombreux appels ont été lancés pour alerter le Conseil des droits de l'homme ainsi que le Conseil de sécurité face à la spirale de violence qui s'est déclenchée en avril à la suite de la décision du Président sortant Nkuruziza de se représenter pour un troisième mandat et de la répression violente des manifestations de protestation qui ont suivi.  Une tradition d'impunité ancrée dans le pays ont permis cette répression et cette violence. 

Les titulaires de mandats des procédures spéciales du Conseil estiment que le Conseil doit saisir cette occasion pour contribuer au règlement d'une situation des plus instables qui exige une réponse déterminée et immédiate.  Ils appellent le Conseil à accroître son rôle préventif et de suivi, en créant un mécanisme susceptible de permettre d'évaluer la situation.  Un tel mécanisme doit être déployé sans retard afin de faire face à l'urgence de la situation et le Conseil doit veiller à ce que les procédures spéciales soient associées de manière adéquate à ce mécanisme. 

Face à la nature récurrente de la situation, le Conseil devrait en outre envisager de créer un mécanisme plus permanent qui l'informera régulièrement de la situation au Burundi.  Parallèlement, d'autres institutions onusiennes, dont le Conseil de sécurité, doivent aussi se saisir vigoureusement du problème.  Toute initiative devra prévoir un volet important relatif aux droits de l'homme.  D'ici là, le Burundi devrait prendre des initiatives immédiates pour mettre un terme à la violation latente des droits de l'homme et de ne permettre aucune impunité.  En dépit du fait que le Burundi a lancé une invitation aux procédures spéciales, il ne répond pas aux demandes de visite qui lui sont adressées.  Il faut se féliciter que le Gouvernement ait récemment accepté la requête du Rapporteur spécial sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, mais le Gouvernement de Bujumbura doit confirmer une date le plus tôt possible.

MME AISHA LARABA ABDULLAHI, Commissaire aux affaires politiques de la Commission de l'Union africaine, a rappelé la profonde préoccupation de sa présidente, Mme Nkosazana Dlamini-Zuma, au sujet de la situation au Burundi, celle-ci ayant tiré la sonnette d'alarme en diverses occasions.  L'Union africaine persiste à dire que seul un dialogue inclusif, réunissant toutes les parties prenantes burundaises, permettrait à ce pays de surmonter les graves difficultés auxquelles il est confronté et d'empêcher la situation de remettre totalement en cause les avancées obtenues depuis la signature des accords de paix et de réconciliation d'Arusha.  C'est la raison pour laquelle l'Union africaine continue d'en appeler aux autorités de Bujumbura et à d'autres acteurs concernés pour qu'ils démontrent le sens de la responsabilité qu'exige la situation et de placer les intérêts du peuple burundais au-dessus de toute autre considération.

Mme Abdullahi a indiqué qu'en juillet dernier la Commission avait déployé dans le pays une équipe d'observateurs de droits de l'homme, ainsi que cinq experts militaires.  L'objectif visait à empêcher une escalade de la violence et de faciliter la résolution de la grave crise que traverse le pays.  Les experts militaires sont chargés plus particulièrement de vérifier le désarmement des milices et d'autres groupes armés.  Quant aux observateurs des droits de l'homme, ils constatent que la situation continue de se dégrader mais aussi un certain niveau de coopération avec les autorités.  Parmi les différentes initiatives de l'Union africaine, une mission d'établissement des faits a été envoyée dans le pays il y a quelques jours et a formulé des recommandations, notamment l'accès sans restriction des acteurs humanitaires et un appel aux autorités pour qu'elles fassent en sorte de permettre des enquêtes sur toutes les violations des droits de l'homme. 

L'Union africaine apporte son appui sans réserve aux efforts de médiation du Président Yoweri Museveni de l'Ouganda, au nom de la Communauté d'Afrique de l'Est.  Elle presse le Gouvernement burundais et toutes les parties concernées de lui apporter leur coopération pleine et entière.  Elle l'appelle à mettre pleinement en œuvre les décisions du Conseil pour la paix et la sécurité de l'Union afin de cultiver les fruits du dialogue politique.  Elle appelle les deux parties à s'abstenir de continuer à violer les droits de l'homme et à respecter pleinement le droit international humanitaire.  L'Union africaine souligne qu'elle a besoin d'un financement urgent et suffisant pour pouvoir déployer ses observateurs sur place.  Le soutien politique de la communauté internationale à ses efforts est une nécessité pour permettre le succès d'un dialogue susceptible d'ouvrir la voie à une paix définitive au Burundi. 

Pays concerné

Le Burundi a fait observer que sa délégation avait, depuis le mois de juin, ici même au Conseil des droits de l'homme, appelé à la responsabilité de la communauté internationale sur la crise que traverse le pays.  Elle a, à cette occasion, dénoncé les propos de certaines personnalités étrangères qui délibérément déguisent la réalité sur la situation au Burundi et ce, dans le but d'influencer le monde et, partant, soutiennent l'opposition radicale qui a décidé d'attaquer les institutions démocratiquement élues en vue d'installer un gouvernement de transition au Burundi et occuper ainsi des postes de dirigeants sans que le peuple ne leur ait donné cette légitimité.  La délégation a fait remarquer que ceci a été démontré lors des manifestations dites pacifiques, de la tentative de coup d'état, des attaques ciblées sur certaines personnalités du camp gouvernemental, des attaques de groupuscules armés qui s'en prennent au Burundi, de la guérilla urbaine et récemment des attaques contre deux camps militaires.  Le Burundi s'étonne que ces actes qui, sous d'autres cieux, sont qualifiés de terrorisme sont timidement dénoncés par une partie de la communauté internationale.  Le quasi silence a pour conséquence de pouvoir être interprété comme un soutien à l'opposition radicale, des groupes de criminels armés, a souligné la délégation.

Par ailleurs, le Burundi déplore que la demande de report de cette session au début de la semaine prochaine pour permettre à la délégation burundaise d'être présente et de se préparer soit restée lettre morte.  Il déplore en outre que la tenue de cette session se fasse en l'absence de la majorité des ambassadeurs du Groupe africain, appelés à participer au Sommet des Ministres de l'Organisation mondiale du commerce.  La délégation a constaté que la convocation à cette session trouverait fondement, aux dires des représentants de certains pays occidentaux, dans la prévention de massacres à grande échelle, voire d'un génocide dans un futur proche.  Elle rappelle qu'il y a des termes que l'on n'emploie pas à la légère.  Le Gouvernement du Burundi attend aujourd'hui une condamnation ferme de la communauté internationale à l'endroit de l'opposition radicale qui organise des attaques sur le Burundi de l'extérieur mais aussi le recrutement et l'enrôlement de force dans les groupes armés de jeunes enfants réfugiés dans certains camps voisins.  Enfin, le Gouvernement met en avant le dialogue interburundais comme seul moyen de résoudre les problèmes sociopolitiques que connaît le Burundi.

Débat général

Le Luxembourg, au nom de l'Union européenne, a expliqué qu'il est de la responsabilité du Conseil des droits de l'homme d'examiner les violations et atteintes aux droits de l'homme en particulier lorsqu'elles sont graves et flagrantes.  L'Union européenne constate avec préoccupation une aggravation constante des violences au Burundi, qui a conduit à une détérioration dramatique de la situation dans le pays.  Des déclarations incitant à la violence et des discours de haine se sont également faits entendre de façon inquiétante ces dernières semaines.  Afin de faire face à l'urgence et la gravité de la situation, l'Union européenne a appuyé la tenue de cette session extraordinaire, car le Conseil doit assurer son rôle de prévention. 

L'Union européenne demeure gravement préoccupée par les violations des droits de l'homme et du droit international humanitaire; elle déplore les exécutions sommaires, les arrestations et détentions arbitraires, les actes de torture et les restrictions des libertés fondamentales.  Elle rappelle que le respect des droits de l'homme est indissociable de la lutte contre l'impunité; à ce titre, il est essentiel que les faits puissent être établis et que toutes les personnes soupçonnées d'avoir commis des violations répondent de leurs actes, y compris, le cas échéant, devant la justice pénale internationale.  Enfin, l'Union européenne réitère que seule l'ouverture immédiate d'un processus politique à travers un dialogue interburundais peut amorcer une sortie de crise.  Elle réaffirme l'importance d'un engagement immédiat de la communauté internationale et notamment de la médiation de la Communauté d'Afrique de l'Est, menée par l'Ouganda, pour organiser sans délai ce dialogue hors du Burundi avec l'appui de l'Union africaine et des Nations Unies, afin de préserver les acquis des Accords d'Arusha.

La France a souligné que la mobilisation du Conseil sur le Burundi était essentielle et devait être à la hauteur de la crise que traverse actuellement ce pays.  Le Conseil a le devoir de dénoncer les violations et atteintes aux droits de l'homme commises depuis le début de la crise au Burundi.  La France condamne tout particulièrement les exécutions extrajudiciaires et les détentions arbitraires dont se rendent coupables les forces de sécurité burundaises et les assassinats ciblés commis par les groupes armés illégaux.  Elle partage les préoccupations exprimées par le Haut-Commissaire concernant les fortes restrictions imposées par les autorités aux libertés fondamentales.  La situation ne cesse de se détériorer, a souligné la délégation.  Les attaques contre des emprises militaires le 11 décembre et les violences qui ont suivi sont particulièrement préoccupantes.  Un tournant a désormais été atteint: le Burundi doit maintenant faire le choix d'abandonner la violence et retrouver la voie de l'apaisement.  Tous les acteurs doivent s'abstenir, par leurs actes ou par leurs propos, d'alimenter le cycle de violence et d'entraver la recherche d'une solution pacifique.  Pour la France, l'instauration d'un véritable dialogue interburundais est la seule solution pour mettre fin à cette crise; elle appelle toutes les parties à s'engager sincèrement en faveur d'un dialogue politique inclusif et crédible.

Les États-Unis se sont dits très alarmés par la spirale de la violence au Burundi, perpétrée par des acteurs gouvernementaux ou non.  La communauté internationale doit utiliser tous les outils disponibles pour mettre fin à ce cycle de la violence et c'est maintenant qu'il faut engager une médiation et un dialogue à cette fin.  Des éléments de l'opposition ont mené des attaques contre des installations militaires, ce qui a exacerbé la violence, a poursuivi la délégation américaine.  Elle a demandé l'ouverture d'une enquête impartiale et a engagé le Gouvernement burundais de ne pas exercer de force excessive.  Les États-Unis ont en outre déploré que la société civile et en particulier les défenseurs de droits de l'homme soient pris pour cible au Burundi.

Le Japon a souligné que pour améliorer la situation des droits de l'homme au Burundi, il faut absolument que le Gouvernement burundais participe au dialogue et aux discussions.  Le Japon, qui a par ailleurs rappelé avoir contribué cette année à hauteur de 1,5 million de dollars au Bureau des Nations Unies au Burundi, juge très important que le projet de résolution que proposent les États-Unis dans ce contexte soit adopté par consensus.

L'Algérie a déclaré que la situation au Burundi était préoccupante et devait interpeller de par sa dimension politique, mais aussi de par ses conséquences en termes de détérioration de la situation des droits de l'homme et de par ces centaines de milliers de réfugiés burundais qui ont trouvé asile dans les pays voisins.  Aussi, l'Algérie a-t-elle réitéré les appels adressés par l'Union africaine, par le Conseil de sécurité et aussi par le canal du Conseil et du Haut-Commissariat aux droits de l'homme, à l'ensemble des acteurs de la scène politique burundaise aux fins de la promotion d'une solution politique, du respect absolu et de la promotion la plus large possible des droits de l'homme de tous les Burundais et de la concrétisation effective des conditions favorables au retour des réfugiés burundais.

Le Nigéria a dit sa conviction que les problèmes sans fin du Burundi trouvaient leurs origines dans les séquelles d'une colonisation qui s'est attachée à monter une ethnie contre un autre, une fracture qui est l'une des causes du génocide rwandais de 1994.  Même s'il n'existe aucun modèle parfait de démocratie, la Constitution du Burundi doit demeurer la norme de base.  Cela implique que soit reconnue la légitimité du Président actuel à la suite des élections de cette année, conformément à l'interprétation de sa Loi fondamentale par son tribunal suprême.  Pour le Nigéria, la racine du problème provient de l'échec d'un coup d'État qui a été suivi d'une insurrection armée par des groupes armés non-étatiques dans les pays voisins visant à déstabiliser le pays.  Il est convaincu que l'on ne saurait résoudre la crise sans régler la question de l'armement de l'opposition, tout processus de paix devant s'appuyer sur les Accords d'Arusha.  La communauté internationale doit jouer un rôle décisif en ce sens. 

Le Gabon a rappelé que lors du dernier sommet de la Communauté des États de l'Afrique centrale à Libreville, le 25 novembre dernier, celle-ci avait salué la décision prise par le Gouvernement burundais de lancer un dialogue politique national et encouragé tous les acteurs politiques à s'inscrire dans cette voie.  Le Gabon insiste sur l'importance d'un dialogue inclusif, appelant instamment toutes les parties concernées à cet exercice.

La Chine a souligné que les troubles actuels au Burundi étaient contraires aux intérêts non seulement du peuple burundais mais aussi du reste de l'Afrique.  La Chine soutient les initiatives des organisations régionales en faveur du retour à la paix.  Rappelant la résolution relative à la coopération technique et au renforcement des capacités du Burundi dans le domaine des droits de l'homme, adoptée par le Conseil lors de sa dernière session, la Chine estime que toute initiative du Conseil doit aller dans le sens de l'intérêt général du pays en évitant d'alimenter le conflit.  La communauté internationale doit apporter un appui plus grand au processus de paix, estime la Chine. 

L'Estonie s'est inquiétée des violations graves des droits de l'homme au Burundi, y compris des arrestations et détentions arbitraires, des disparitions forcées, des déplacements involontaires et des exécutions extrajudiciaires.  La délégation a rappelé l'importance de tout faire pour mettre un terme à la violence dans ce pays.  Une solution pacifique doit être trouvée par les autorités et les autres parties.  À cet égard, l'Estonie se félicite des efforts déployés par les Nations Unies, l'Union africaine et la Communauté d'Afrique de l'Est en vue de stabiliser la situation et empêcher une escalade.  La communauté internationale doit rappeler au Gouvernement burundais ses responsabilités en vertu du droit international humanitaire et des droits de l'homme.  Au vu de l'urgence de la situation, l'Estonie se félicite du déploiement d'une équipe d'experts avec un mandat complet des droits de l'homme sur le terrain prévu par la résolution soumise au Conseil aujourd'hui.

Pour l'Allemagne, la situation des droits de l'homme au Burundi est source de vive préoccupation.  Les événements de vendredi dernier rappellent combien la situation est grave.  Il est de la responsabilité du Conseil de prévenir une détérioration de la situation.  C'est dans cet esprit que l'Allemagne s'est associée aux autres délégations demandant la tenue de cette session extraordinaire: le Conseil doit joindre sa voix à celles de ceux qui appellent à empêcher une dégradation de la situation.  La recrudescence de la violence des deux côtés du conflit est source d'instabilité non seulement au Burundi mais également pour la région toute entière.  La délégation allemande demande au Gouvernement de mettre immédiatement un terme aux actions qui pourraient mener à une détérioration de la situation: les attaques, la torture et les restrictions imposées à la société civile doivent cesser.  Le Burundi doit coopérer avec tous les mécanismes mis en place pour améliorer la situation.

Le Monténégro a appuyé la tenue de cette session extraordinaire parce qu'il partage les préoccupations de la communauté internationale face à la détérioration de la situation des droits de l'homme au Burundi.  Sa délégation est préoccupée par les rapports du Haut-Commissariat faisant état de violations à grande échelle et abus de droits de l'homme, y compris à l'encontre de la société civile, des défenseurs des droits de l'homme et des médias.  En outre, le Monténégro s'inquiète des risques de violence pour la région toute entière.  Enfin, il se félicite des efforts entrepris par les organisations régionales pour aider le Burundi à trouver une solution pacifique à l'instabilité politique.  Les institutions internationales doivent se joindre aux efforts pour enquêter sur les violations des droits de l'homme et traduire leurs responsables en justice.  Enfin, le Monténégro invite le Gouvernement burundais et les autres parties au conflit à amorcer immédiatement un dialogue inclusif pour apporter paix et stabilité au pays.

L'Argentine s'est dite inquiète que le climat de tension qui prévaut au Burundi ne s'approfondisse et ne dérive vers un conflit difficile à contenir.  Aussi, l'Argentine juge-t-elle nécessaire que toutes les parties s'abstiennent de recourir à la violence et mettent fin aux violations de droits de l'homme, en cessant les exécutions extrajudiciaires, les détentions arbitraires et les tortures et en lançant un véritable processus de dialogue, de justice, d'obligation redditionnelle et de réconciliation.

La République de Corée a fait observer que le nombre de personnes tuées, blessées et déplacées au Burundi augmentait rapidement.  Cette situation alarmante requiert une attention urgente, a-t-elle souligné.  Alors que les confrontations politiques violentes prévalent, la République de Corée est profondément troublée par le risque que la crise politique actuelle n'escalade en conflit ayant des conséquences bien plus grandes.  Il convient donc de prévenir toute détérioration de la situation.  Aussi, la République de Corée appelle-t-elle le Gouvernement burundais et les autres parties à engager un dialogue inclusif afin de trouver une solution politique consensuelle à la crise actuelle.  Il convient dans ce cadre d'encourager les efforts de médiation et de surveillance actuellement déployés par l'Union africaine et par la Communauté d'Afrique orientale.  La République de Corée soutien le projet de résolution qui a été soumis, demandant au Haut-Commissaire de déployer de toute urgence une mission afin d'accompagner les efforts de prévention en cours.

L'Irlande a jugé essentiel que le Conseil agisse rapidement face à des situations fragiles où existe un risque important de violations massives.  Une telle situation de droits de l'homme prévaut actuellement au Burundi.  L'Irlande est préoccupée par les informations selon lesquelles des personnes seraient exécutées chez elles, alors que des victimes gisent dans les rues.  L'Irlande tient à insister sur l'importance que revêtent la justice, la reddition des comptes et la fin de l'impunité; elle déplore en outre la vaste campagne menée au Burundi pour réduire au silence toute voix dissidente dans ce pays.  Il faut immédiatement déployer des experts indépendants dans le pays afin de prévenir toute nouvelle détérioration de la situation, a conclu l'Irlande.

Les Pays-Bas, qui ont présidé le 8 décembre dernier des consultations à Bruxelles entre l'Union européenne et le Burundi, ont constaté que «malheureusement, le bilan n'était pas optimal» car ce pays n'avait «pas été suffisamment concret sur les questions des libertés fondamentales et du dialogue».  Les Pays-Bas rappellent au Gouvernement de Bujumbura que sa responsabilité première était de protéger sa population civile.  Il «incombe à la fois au Burundi, à la région et à l'ensemble de la communauté internationale de faire tout leur possible pour éviter une escalade conduisant à une situation incontrôlable». 

Le Royaume Uni a estimé que les auteurs d'actes violents au Burundi étaient aussi divers que nombreux, tous méritant une égale condamnation.  Toutefois, il est clair pour sa délégation que le gouvernement de Bujumbura a fortement contribué à la crise actuelle.  C'est en effet son refus de nouer le dialogue avec ses opposants qui a mené le pays au bord du gouffre, estime le Royaume Uni.  Aujourd'hui, le Conseil des droits de l'homme doit envoyer le message selon lequel la violence au Burundi ne restera pas sans réponse.  Il doit dire que toutes les parties doivent déposer les armes et s'engager en faveur du dialogue.  Il doit envoyer le message selon lequel il est prêt à prendre des initiatives si nécessaires afin d'empêcher une plus grande érosion des droits de l'homme au Burundi.

L'ex-République yougoslave de Macédoine, soulignant que le pays avait atteint un seuil critique, a estimé que le Burundi était confronté à un risque imminent d'atrocités de masse.  Il est impératif que le Conseil fasse tout ce qui s'inscrit dans son mandat pour mettre un frein à la poursuite de l'escalade, raison pour laquelle Skopje s'est associée à la demande de réunir cette session extraordinaire.  Elle votera en faveur du projet de résolution qui sera soumis au Conseil

La Fédération de Russie a constaté que la situation s'est brutalement dégradée la semaine dernière du fait des actions de groupes armés.  Elle a condamné les attaques lancées contre les bâtiments publics, qui montrent des signes de soutiens extérieurs.  La Fédération de Russie regrette que ces actions torpillent les progrès obtenus grâce aux Accords d'Arusha.  Elle rappelle que le Gouvernement a la principale responsabilité de garantir la sécurité et l'État de droit dans le pays.  La Fédération de Russie engage toutes les parties à cesser la violence et à s'abstenir de tout acte pouvant compliquer la situation.  Elle rappelle que toutes les parties intéressées et le Gouvernement doivent être impliqués dans la recherche de solutions.

Le Venezuela a estimé que les travaux du Conseil doivent viser une résolution pacifique du conflit.  Le passé de colonisation qu'a subi le Burundi a entravé l'avènement de ce pays en tant qu'État souverain.  La détérioration de la situation des droits de l'homme est aggravée par les effets pervers de la crise financière et du capitalisme mondial qui ne font qu'ajouter encore aux souffrances de la population.  Le Venezuela soutient toutes les initiatives qui pourraient contribuer au retour rapide de la sécurité au Burundi.  Ce ne sera possible qu'à travers un dialogue authentique et inclusif entre tous les Burundais.

Le Brésil est préoccupé par l'escalade de la violence et déplore notamment que le nombre de morts et de déplacés continue d'augmenter.  Pour la délégation brésilienne, il est temps que les États membres et la société civile, ainsi que le Conseil des droits de l'homme lui-même, cherchent davantage à empêcher la violence et à aider les États à mettre en œuvre des stratégies préventives efficaces.  Le Conseil a un rôle fondamental pour analyser les problèmes et prévenir les violations des droits de l'homme.  Les circonstances extraordinaires obligent en l'occurrence la communauté internationale à convoquer une session extraordinaire du Conseil.  Sa contribution devrait être d'empêcher une escalade de la violence et rappeler l'urgence de lancer un dialogue interburundais pour une résolution du conflit.  Le Brésil s'est enfin dit favorable aux efforts de médiation menés par le Président de l'Ouganda.

Le Viet Nam a jugé alarmantes les allégations d'exécutions extrajudiciaires, de détention arbitraire et autres violations graves des droits de l'homme concernant le Burundi.  Ce n'est que grâce à un dialogue interne et à un effort de réconciliation qu'il pourra être mis fin à la violence et que la stabilité pourra être retrouvée dans ce pays, a-t-il ajouté.  Le soutien apporté par la communauté internationale doit bénéficier de l'assentiment des autorités burundaise, a ajouté le Vietnam.

Le Mexique a demandé à tous les acteurs concernés de reprendre le dialogue et de s'abstenir de toute action ou déclaration incitant à la violence.  Afin d'éviter qu'une crise politique ne se transforme en crise humanitaire, il est indispensable que la communauté internationale agisse avec célérité face aux situations qui mettent en péril la paix et la stabilité d'un pays ou d'une région, a souligné le Mexique.  Le Conseil doit adopter une stratégie moins réactive et davantage proactive face aux situations de graves violations de droits de l'homme; telle est la direction que devrait privilégier, de l'avis du Mexique, l'évolution des travaux du Conseil des droits de l'homme.

Le Ghana a fait observer que les atrocités et les souffrances qu'endure le peuple burundais renvoient à cette question posée en 1999 par Mandela, alors que l'Afrique du Sud était médiatrice dans la crise burundaise – une médiation qui avait abouti aux Accords d'Arusha: «jusqu'à quand des innocents continueront-ils de mourir au Burundi entre les mains de leurs propres concitoyens?»  Il n'est pas possible de rester silencieux face à la mort d'innocents au Burundi et c'est pourquoi le Ghana appuie le projet de résolution soumis à la présente session extraordinaire.

La Bolivie, en tant «qu'État pacifiste attaché au droit à la paix», a estimé que ce type de situations devait appeler en priorité au respect de la souveraineté conformément au droit international, au libre exercice de l'autodétermination et de l'indépendance des peuples.  La Bolivie formule le vœu que le Gouvernement burundais et son peuple retrouveront le chemin de la paix, ce qui implique un dialogue inclusif entre les parties qui mette fin au conflit avec l'appui des pays épris de paix.

Le Kenya a estimé que les derniers événements risquaient de déclencher la répétition des malheureux événements que le Burundi a connu par le passé.  La communauté internationale, le Conseil en particulier, a la responsabilité de faire en sorte qu'une telle situation ne se produise jamais plus.  Par conséquent, la tenue de cette session extraordinaire est essentielle pour montrer que le Conseil est vraiment désireux de contribuer à protéger les droits de l'homme du peuple burundais.  Le Kenya est résolu à s'associer aux efforts en ce sens. 

Observateurs

L'Uruguay a estimé, face à une situation alarmante, que celle-ci mérite une attention spéciale de la part de la communauté internationale, du Conseil des droits de l'homme tout particulièrement.  Qu'aurions-nous pu ou dû faire pour empêcher ces événements de se produire, a demandé la délégation uruguayenne?  Elle a rappelé que plusieurs délégations au sein du Conseil avaient souligné le rôle d'alerte précoce que le Conseil devrait avoir l'ambition de jouer.  Aujourd'hui, une telle occasion se présente pour démontrer que les pays qui y siègent sont conscients de leur rôle et responsabilités collectives et de leur capacité à agir efficacement et de concert.

Le Saint-Siège a constaté que la crise actuelle et les obstacles à l'exercice des droits de l'homme rappellent les tensions qui ont frappé par le passé ce pays et d'autres dans la région des Grands Lacs.  Ces tensions, comme leurs conséquences tragiques, n'ont jamais été dûment réglées en dépit des initiatives de réconciliation.  La délégation a exprimé le ferme espoir que le Conseil prendra des mesures immédiates qui permettent de mettre fin aux violences et favorisent des efforts efficaces, ouverts, objectifs et transparents visant la réconciliation, le dialogue et la consolidation de la paix.  En outre, le Conseil devrait s'assurer qu'une médiation sans a priori soit mise en place et que les conditions pour le retour volontaire et sans danger des réfugiés soient assurées.  Avant tout, les délibérations du Conseil doivent viser à préserver et défendre la situation des droits de l'homme au Burundi.

L'Angola a salué et soutient les efforts des mécanismes internationaux et régionaux des droits de l'homme pour garantir le retour à la paix, au dialogue, à la stabilité et à la réconciliation au Burundi.  En sa qualité de Président en exercice de la Conférence internationale de la Région des Pays des Grands Lacs, l'Angola suit avec préoccupation l'aggravation de la crise politique et de l'escalade de la violence post-électorale qui prévaut dans ce pays.  Il maintient d'intenses contacts, au niveau régional et bilatéral afin de trouver une solution négociée dans laquelle toutes les parties puissent dialoguer pour la résolution de la crise politique et combattre violences et les violations des droits de l'homme auxquels le Burundi est confronté.  Enfin, la délégation a réitéré son appel au Gouvernement du Burundi à coopérer avec tous les mécanismes existants pour mettre fin à la détérioration de la situation des droits de l'homme dans ce pays. 

La République populaire démocratique de Corée est préoccupée par les rapports sélectifs et partiels concernant la situation des droits de l'homme au Burundi.  Elle rappelle que toute tentative de s'ingérer dans les affaires internes et d'imposer une pression inacceptable sous prétexte des droits de l'homme n'est pas justifiée et est en claire contradiction avec les buts de la Charte des Nations Unies et les principes de respect de la souveraineté, d'indépendance et d'intégrité territoriale des États membres.  La politisation et la sélectivité dans le domaine des droits de l'homme doivent cesser au plus vite.

L'Australie a fait part de sa grave préoccupation face à la violence qui se poursuit au Burundi et au manque apparent de volonté politique de régler la spirale de cette crise.  L'Australie exhorte le Gouvernement burundais à respecter ses obligations internationales en matière de protection des civils.  L'Australie encourage en outre le déploiement immédiat d'une mission d'experts chargée d'enquêter et de faire des recommandations sur de possibles solutions à la crise du Burundi et exhorte le Gouvernement burundais à travailler avec cette mission en lui assurant un accès à toutes les zones.

Le Canada s'est dit gravement préoccupé par l'escalade de la violence au Burundi.  L'augmentation spectaculaire du nombre d'exécutions sommaires constatées à la suite d'une attaque sur des camps militaires le 11 décembre est particulièrement troublante et mérite toute l'attention du Conseil.  La chaîne d'événements qui se déroulent au Burundi présente une similitude terrifiante avec ce qui s'est déjà passé dans la région.  Le Canada a donc exhorté toutes les parties au conflit à s'élever au-dessus de toute considération personnelle afin de préserver la paix au Burundi.

L'Autriche a fait observer que plus d'une décennie après la fin de la guerre civile, le Burundi se trouve une fois de plus le théâtre d'une crise politique et au bord d'un déferlement massif de violence.  En dépit des efforts des Nations Unies et de l'Union africaine, les exécutions extrajudiciaires et toute une série de violations des droits de l'homme se poursuivent.  Aussi, est-ce un processus politique qui est nécessaire pour résoudre la situation et ce processus doit être inclusif et se fonder sur le processus de paix d'Arusha, a souligné l'Autriche, indiquant soutenir le projet de résolution soumis à la présente session extraordinaire.

Le Panama a estimé fondamental de prendre des mesures préventives et de réaction rapide pour éviter les violations des droits de l'homme, sans attendre qu'elles se produisent, et désigner ensuite les coupables.  Il est favorable à ce que le Conseil dépêche de toute urgence une équipe d'experts à Bujumbura qui ait l'appui du Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine.

La Turquie a estimé qu'un dialogue interburundais authentique et inclusif, avec la participation de toutes les parties concernées, était la seule solution susceptible de désamorcer une polarisation accrue.  Il doit s'agir d'un dialogue vital, dans un esprit de compromis, pour servir de base à un processus politique fiable absolument nécessaire, qui permettra d'élargir l'espace démocratique dans le pays. 

La Slovénie a rappelé qu'en tant que membre élu au Conseil des droits de l'homme à partir de l'an prochain, le Burundi s'était engagé à respecter les normes les plus élevées en matière de promotion et de protection des droits de l'homme.  Son gouvernement ayant pour devoir de protéger sa population, la Slovénie l'appelle à conduire des enquêtes indépendantes sur toutes les violations graves des droits de l'homme, en traduisant les responsables en justice. 

Le Chili a condamné les violences et violations des droits de l'homme, dont les exécutions extrajudiciaires, la torture, les détentions arbitraires et les intimidations à l'encontre des journalistes et des défenseurs des droits de l'homme.  La communauté internationale ne peut pas rester impassible et attendre que le nombre de victimes augmente.  Dans ce contexte, le Chili appelle toutes les parties à respecter les droits de l'homme et à reprendre le dialogue.  Un dialogue constructif est la seule manière pacifique de régler la crise.  En outre, la reddition des comptes est essentielle pour que la réconciliation soit réelle.  Enfin, le Chili souligne que la contribution de la Communauté d'Afrique de l'Est et de l'Union africaine est fondamentale pour le rétablissement de la paix: les organismes régionaux sont ceux qui connaissent le mieux les événements de la région et sont le plus directement touchés.

La Belgique a souligné que l'heure est grave au Burundi.  Le Conseil des droits de l'homme doit remplir sa mission préventive pour éviter la déstabilisation d'un pays et, au-delà, de toute une région.  Les événements au Burundi sont de plus en plus inquiétants; des organisations de la société civile ont dû cesser leurs activités; les médias indépendants ont arrêté leurs émissions; des personnalités indépendantes sont intimidées.  La Belgique condamne les assassinats sommaires qui touchent des civils, des membres de la société civile comme de l'opposition, et des responsables du régime.  Face au blocage politique, des opposants au régime semblent verser dans la lutte armée, ce qui nourrit la spirale de la violence.  Si la tendance actuelle se poursuit, il y a le risque de voir commencer une guerre civile, qui pourrait se teinter de relents ethniques.  La Belgique souligne que les discours et autres actes de haine de responsables politiques sont inacceptables.  Elle espère que la mission d'experts du Haut-Commissariat pourra contribuer à faire cesser le cycle de la violence et de l'impunité.  Enfin, la délégation belge a appelé l'Ouganda, les autres pays de la Communauté de l'Afrique de l'Est et de l'Union africaine à œuvrer pour l'ouverture urgente d'un processus politique sous l'égide de la communauté internationale.

La Suisse a appelé tous les acteurs à renoncer à la violence, à ne pas propager de messages incitant à la discorde et à s'engager dans un dialogue inclusif et crédible.  Seul un tel dialogue peut mettre fin à la crise actuelle, préserver la paix au Burundi et prévenir à une situation de violence généralisée.  La Suisse a souligné l'importance de maintenir les acquis des Accords d'Arusha.  Elle rappelle qu'il est de la responsabilité de l'État d'assurer le respect et la protection des droits de l'homme ainsi que la prévention de toute violation du droit international.  Des enquêtes indépendantes doivent être assurées sur les nombreux cas de violence et de violations afin de lutter contre l'impunité.

L'Égypte a tenu à récuser la tendance du Conseil à prendre des initiatives sans que les États concernés soient consultés au préalable, une attitude qu'elle a jugée contre-productive.  L'Égypte invite le Gouvernement burundais à intensifier ses efforts pour protéger les droits de l'homme pour tous.  La seule voie pour la résolution de la crise actuelle est le dialogue national inclusif, a déclaré l'Égypte.

Djibouti a appelé à l'apaisement au Burundi, demandant au Gouvernement burundais et à toutes les parties dans ce pays de rejeter toute forme de violence et exigeant de toutes les parties qu'elles s'abstiennent de tout acte qui mettrait en péril la paix et la stabilité au Burundi.  Djibouti a insisté sur la nécessité d'un dialogue véritable et inclusif, fondé sur le respect de la Constitution et des Accords de paix d'Arusha.

La République islamique d'Iran a rappelé que la promotion des droits de l'homme doit se fonder sur la coopération et dialogue.  L'Iran est attachée à la souveraineté et à l'intégrité territoriale du Burundi et considère que le dialogue est la seule façon de faire face à la situation actuelle dans ce pays.

La Norvège a appelé l'Union africaine et la Communauté des États d'Afrique de l'Est à redoubler d'efforts pour promouvoir une solution politique au conflit.  Elle appuie le déploiement d'observateurs des droits de l'homme et d'experts militaires.  La Norvège appelle le Gouvernement burundais et toutes les parties prenantes à coopérer pleinement avec eux.  Elle a enfin rappelé la responsabilité du Gouvernement de Bujumbura dans la protection des droits de tous ses citoyens.

La Grèce a estimé qu'il était plus que temps d'entamer un dialogue national inclusif en faveur de la promotion de la réconciliation, dialogue qui doit être le fondement du retour à l'état de droit.  La Grèce appuie l'appel en faveur de l'établissement des responsabilités de toutes les violations des droits de l'homme. 

Le Liechtenstein a déclaré que si le système des Nations Unies suivait de près la situation, les actions entreprises jusqu'à présent ne sauraient suffire, au vu des derniers développements.  Le débat d'aujourd'hui doit à la fois contribuer à l'amélioration de la situation sur le terrain et à soutenir une action opportune du Conseil de sécurité.

L'Espagne, qui a réitéré son appel urgent au Gouvernement pour qu'il entreprenne un dialogue inclusif et crédible, appuie les efforts de l'Ouganda dans son rôle de médiateur, ainsi que ceux de l'Union africaine.  La participation active des organisations régionales est essentielle pour trouver une issue à la situation actuelle.  L'Espagne estime nécessaire d'en revenir aux Accords d'Arusha.  Elle appuie enfin le projet de résolution qui doit être soumis ce jour et dont elles s'est portée co-auteur.

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