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Le conseil tient une réunion-débat pour célébrer les 70 ans de la Déclaration universelle des droits de l'homme

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28 février 2018
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Il célèbre également les 25 ans de la Déclaration et du Programme d’action de Vienne

GENEVE (28 février 2018) - Le Conseil des droits de l'homme a tenu, cet après-midi, une réunion-débat de haut niveau pour célébrer le soixante-dixième anniversaire de l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme et le vingt-cinquième anniversaire de l’adoption de la Déclaration et du Programme d’action de Vienne.  Le débat était modéré par Mme Verene Shepherd, professeure d’histoire sociale à l’Université des Indes occidentales.  

Les panélistes ayant pris part à ce débat étaient: M. Christian Strohal, ancien Représentant spécial et Ambassadeur pour la Conférence mondiale sur les droits de l'homme tenue à Vienne en 1993; Mme Leilani Farha, Rapporteuse spéciale sur le logement convenable en tant qu'élément du droit à un niveau de vie suffisant ainsi que sur le droit à la non-discrimination dans ce contexte ; M. Christof Heyns, membre du Comité des droits de l’homme et Mme ªafak Pavey, Conseillère principale de Women Political Leaders Global Network et ancienne experte du Comité des droits des personnes handicapées.

Dans une déclaration liminaire, le Haut-Commissaire aux droits de l’homme des Nations Unies, M. Zeid Ra’d al Hussein, a notamment rappelé que la motivation ayant inspiré la Déclaration universelle des droits de l'homme émanait de mouvements antiracistes et anti-impérialistes.  Alors que les pays occidentaux –notamment le Royaume-Uni, la France et les États-Unis – avaient été réticents au départ, les pays d’Amérique latine, avec leur expérience de l’esclavage, du colonialisme et de la domination étrangère ont, eux, insisté sur l’adoption d’une telle déclaration bien avant la Seconde Guerre mondiale.  Au cours des discussions (en vue de l’élaboration de la Déclaration), les Philippines ont fortement défendu un langage interdisant la torture, tandis que l’Inde et le Pakistan ont vivement appuyé les droits des femmes; la Chine, le Costa Rica, le Ghana, la Jamaïque, le Liban et le Liberia ont été les chantres d’un langage de justice, de dignité et de valeur de la personne humaine, a résumé le Haut-Commissaire.  Toutes ces valeurs proviennent de cultures et traditions du monde entier et traduisent les droits à la justice, à l’égalité, à la liberté et à la dignité, de même que l’impératif de la compassion des uns envers les autres, qui sont autant de principes et objectifs fondamentaux et invariables, universels en somme, a poursuivi le Haut-Commissaire, pour qui la nature universelle de tous les droits de l’homme est ce qui nous unit tous avec toutes nos différences.  

De son côté, la Déclaration de Vienne a poussé plus avant la notion fondamentale d’universalisme en reconnaissant le caractère indivisible de tous les droits de l’homme, les États y ayant en effet reconnu que tous les droits de l’homme sont « indivisibles, interdépendants et intimement liés », a rappelé M. Zeid.  Il a rappelé que les violations des droits de l’homme commises aujourd’hui deviendront les conflits de demain.

M. Anatoly Victorov, Directeur du Département de la coopération humanitaire et des droits de l’homme du Ministère des affaires étrangères de la Fédération de Russie, a pour sa part affirmé que ce double anniversaire doit permettre de définir de nouveaux objectifs et de nouvelles tactiques pour relever les défis liés à la mise en œuvre des droits de l’homme.  Il faut réfléchir à la manière dont on peut renforcer l’autorité de l’ONU en la matière, a-t-il ajouté.

M. Strohal a expliqué que la Conférence de Vienne avait bénéficié d’une convergence de facteurs favorables, avec notamment une impulsion liée à la fin de la guerre froide.  

Mme Farah a de son côté indiqué que son expérience lui a permis de constater, lorsqu’elle se rend sur le terrain, que les personnes vulnérables ou en précarité connaissent les droits de l’homme ; ces personnes ne comprennent donc pas pourquoi elles ne sont pas traitées avec dignité.  Là où on observe une moindre connaissance des droits de l’homme, paradoxalement, c’est au niveau des gouvernements ou des différents niveaux de pouvoir, a fait remarquer Mme Farha ; il y a certes une connaissance générale des droits de l’homme de leur part, mais il y a des erreurs de conception relativement au sens à donner à ces droits.  

M. Heyns a quant à lui souligné que la valeur ajoutée à la Déclaration universelle réside dans la volonté qui a suivi d’y ajouter les neuf traités fondamentaux relatifs aux droits de l'homme qui existent désormais.  L’autre valeur ajouté a été d’avoir donné une valeur contraignante aux normes.

Enfin, Mme Pavey a notamment rappelé que le plus difficile n’est pas d’introduire un texte de loi qui traite des droits de l’homme, mais d’en faire quelque chose qui ait une réelle valeur.  Elle a en outre fait part de son inquiétude face au changement de discours en matière de droits de l'homme, un discours où le consensus est peu à peu remplacé par les enjeux sécuritaires.

Dans le débat qui a suivi ces interventions, les délégations* ont réitéré leur soutien et leur attachement aux droits de l'homme, à la Déclaration universelle, ainsi qu’à la Déclaration et au Programme d’action de Vienne.  Mais, a-t-il été souligné, il est regrettable que les droits contenus dans ces documents ne prennent pas toujours corps dans les législations des pays et dans la vie quotidienne des personnes.  Dans ce contexte, de nombreuses délégations ont plaidé pour le renouvellement des engagements envers ces documents, afin que les promesses qu’ils contiennent deviennent réalité pour tous.  Pour y parvenir, a-t-il été ajouté, il faut non seulement que les États s’engagent, mais aussi qu’une coopération soit mise en place dans tous les domaines.

Le Conseil se réunira à nouveau demain à partir de 9 heures et conclura son débat interactif groupé avec la Rapporteuse spéciale sur le logement convenable et l’Expert indépendant sur la dette extérieure, entamé cet après-midi.  

 

Débat de haut niveau pour célébrer le soixante-dixième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme et le vingt-cinquième anniversaire de la déclaration et du Programme d’action de Vienne 

Déclarations liminaires

M. ZEID RA’D AL HUSSEIN, Haut-Commissaire aux droits de l’homme, a rappelé que le mandat du Conseil et le sien puisent leur source dans la Déclaration universelle des droits de l’homme et dans la Déclaration et le Programme d’action de Vienne.  Cette table ronde est donc l’occasion de réaffirmer l’engagement de chacun en faveur de ces textes fondamentaux, a-t-il affirmé.  Les rédacteurs de la Déclaration universelle ont pris soin d’écrire qu’il n’était pas obligatoire qu’un concept triomphe sur l’autre.  La motivation ayant inspiré ce document émane de mouvements antiracistes et anti-impérialistes.  Alors que les pays occidentaux –notamment le Royaume-Uni, la France et les États-Unis – avaient été réticents au départ, les pays d’Amérique latine, avec leur expérience de l’esclavage, du colonialisme et de la domination étrangère ont, eux, insisté sur l’adoption d’une telle déclaration bien avant la Seconde Guerre mondiale.  Au cours des discussions (en vue de l’élaboration de la Déclaration), les Philippines ont fortement défendu un langage interdisant la torture, tandis que l’Inde et le Pakistan ont vivement appuyé les droits des femmes; la Chine, le Costa Rica, le Ghana, la Jamaïque, le Liban et le Liberia ont été les chantres d’un langage de justice, de dignité et de valeur de la personne humaine, a résumé le Haut-Commissaire.  Toutes ces valeurs proviennent de cultures et traditions du monde entier et traduisent les droits à la justice, à l’égalité, à la liberté et à la dignité, de même que l’impératif de la compassion des uns envers les autres, qui sont autant de principes et objectifs fondamentaux et invariables, universels en somme, a poursuivi le Haut-Commissaire, pour qui la nature universelle de tous les droits de l’homme est ce qui nous unit tous avec toutes nos différences.  C’est aussi ce caractère universel qui donne à la Déclaration une profonde résonance, a-t-il insisté, soulignant qu’aucun document de l’histoire humaine n’a été traduit en tant de langues.  

De son côté, la Déclaration de Vienne – adoptée lors de la Conférence mondiale sur les droits de l’homme tenue dans la capitale autrichienne en juin 1993 – a poussé plus avant la notion fondamentale d’universalisme en reconnaissant le caractère indivisible de tous les droits de l’homme, les États y ayant en effet reconnu que tous les droits de l’homme sont « indivisibles, interdépendants et intimement liés ».  

Pour M. Zeid, les droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels, ainsi que le droit au développement, se nourrissent mutuellement et progressent ensemble.  Ainsi, même si une personne a le droit de s’exprimer et de manifester, elle ne saurait être réellement libre si elle est limitée par un manque d’éducation ou des conditions de vie inadéquates, a-t-il rappelé.  L’accès à la protection sociale et aux opportunités économiques est également un puissant antidote à la propagation de l’extrémisme violent, a ajouté le Haut-Commissaire, avant de rappeler que la Déclaration des Nations Unies sur le droit au développement met l’accent sur le droit qu’ont tous les individus et les peuples de participer de façon libre, active et réelle aux décisions.  Il a enfin souligné que c’est aussi à Vienne que son mandat a été créé « en signe de reconnaissance que la promotion et la promotion de tous les droits de l’homme est une préoccupation légitime de la communauté internationale ».  Il a aussi rappelé que les États s’engagent à siéger au Conseil en se gardant de toute sélectivité, car toute sélectivité a un impact négatif sur la légitimité de cet organe.  M. Zeid a estimé que les violations des droits de l’homme commises aujourd’hui deviendront les conflits de demain.    

M. ANATOLY VICTOROV, Directeur du Département de la coopération humanitaire et des droits de l’homme du Ministère des affaires étrangères de la Fédération de Russie, a rappelé l’importance de la Déclaration universelle des droits de l’homme, qui fête cette année ses 70 ans, tout en soulignant que le monde se heurte toujours aux tentatives d’interprétation des dispositions de cette Déclaration.  La Conférence mondiale sur les droits de l’homme de 1993 à Vienne a quant à elle renforcé le caractère indivisible et interdépendant de tous les droits de l’homme, a-t-il ajouté.  En cette année de 70ème anniversaire de l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l'homme et de 25ème anniversaire de l’adoption de la Déclaration et du Programme d’action de Vienne, il convient de rappeler que ces documents visent à permettre de renforcer les droits de l‘homme en coopération avec les États et les associations de la société civile.  Ce double anniversaire doit permettre de définir de nouveaux objectifs et de nouvelles tactiques pour relever les défis liés à la mise en œuvre des droits de l’homme, a affirmé M. Victorov.  Il faut réfléchir à la manière dont on peut renforcer l’autorité de l’ONU en la matière, a-t-il ajouté, avant d’inviter l’ensemble de la communauté internationale à participer de manière active aux manifestations liées à l’anniversaire de la Déclaration universelle et de la Déclaration de Vienne.

Exposés des panélistes

Interrogé par M. Vojislav Šuc, Président du Conseil des droits de l’homme, sur l’esprit qui avait régné au cours de la Conférence de Vienne de 1993 et sur la manière dont les choses s’étaient déroulées, M. CHRISTIAN STROHAL, ancien Représentant spécial et Ambassadeur pour la Conférence mondiale sur les droits de l'homme, a expliqué que la Conférence de Vienne avait bénéficié d’une convergence de facteurs favorables, avec notamment une impulsion liée à la fin de la guerre froide.  Il y avait de manière générale un sentiment positif, à savoir que nous pouvions travailler sur cette Déclaration, qui était une promesse, et dans le même temps rassembler tout le monde et rendre opérationnel cette promesse dans cette Déclaration, a-t-il poursuivi.  Il y eut deux longues années de processus préparatoire, parce qu’il a été difficile de se mettre d’accord sur la structure de la Conférence et sur un accord final, a-t-il ajouté.  Dans le même temps, nous avions un mouvement mondial qui s’était dégagé tout au long du processus préparatoire, mouvement porté par les ONG et la société civile dont trois mille organisations s’étaient rendues à Genève (lors des réunions du Comité préparatoire).  Il y avait là une promesse mondiale et une réponse mondiale qui rappelait aux gouvernements quelles étaient les priorités.  Toutefois le processus n’a pas été simple.  Cette promesse universelle était là et bien évidemment, plusieurs délégations ont avancé leurs arguments ; au bout du compte, cette universalité ne posait aucun doute.  

MME LEILANI FARHA, Rapporteuse spéciale sur le logement convenable en tant qu'élément du droit à un niveau de vie suffisant ainsi que sur le droit à la non-discrimination dans ce contexte, a expliqué qu’il fallait toujours revenir aux documents fondateurs des droits de l’homme.  Elle a indiqué que son expérience lui a permis de constater, lorsqu’elle se rend sur le terrain, que les personnes vulnérables ou en précarité connaissent les droits de l’homme ; ces personnes ne comprennent donc pas pourquoi elles ne sont pas traitées avec dignité.  Chaque personne veut être traitée comme un être humain, dans la dignité, a insisté la Rapporteuse spéciale.  Là où on observe une moindre connaissance des droits de l’homme, paradoxalement, c’est au niveau des gouvernements ou des différents niveaux de pouvoir, a fait remarquer Mme Farha.  Il y a certes une connaissance générale des droits de l’homme de leur part, mais il y a des erreurs de conception relativement au sens à donner à ces droits, notamment pour ce qui est du droit au logement, a-t-elle précisé.  Elle a expliqué que les outils les plus importants pour que la population soit consciente de ses droits économiques et sociaux, ce sont les mécanismes institutionnels et de reddition de comptes.  Mme Farha a insisté sur la nécessité de créer des cultures de droits de l’homme au sein de toutes les nations.  

M. CHRISTOF HEYNS, membre du Comité des droits de l’homme et ancien Rapporteur spécial sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, a trouvé intéressant qu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale une déclaration telle que la Déclaration universelle des droits de l'homme ait pu être adoptée.  La valeur ajoutée à cette Déclaration réside dans la volonté qui a suivi d’y ajouter les neuf traités fondamentaux relatifs aux droits de l'homme qui existent désormais.  L’autre valeur ajouté a été d’avoir donné une valeur contraignante aux normes, a poursuivi M. Heyns, avant de faire observer qu’à l’époque (de l’adoption de la Déclaration universelle), pourtant, différentes directions auraient pu être prises, complètement opposées.  La force de cette Déclaration est d’avoir établi que chaque individu a une valeur incommensurable.  

MME ŞAFAK PAVEY, Conseillère principale de Women Political Leaders (WPL) Global Network et ancienne experte du Comité des droits des personnes handicapées, a expliqué que la Déclaration universelle des droits de l’homme avait jeté les bases d’une série de conventions dans le domaine des droits de l’homme, concernant notamment les droits des femmes ou encore ceux des personnes handicapées.  Il est possible de rendre visibles certaines personnes de la société qui ne l’étaient pas auparavant, grâce à l’adoption de ces conventions, a-t-elle souligné.  L’un des plus grands acquis de ces conventions réside dans le fait, miraculeux, qu’aujourd’hui, tous les États sont là pour lutter contre les discriminations et pour discuter des droits de l’homme, a fait valoir Mme Pavey.  Le plus difficile n’est pas d’introduire un texte de loi qui traite des droits de l’homme, mais d’en faire quelque chose qui ait une réelle valeur, a-t-elle expliqué.  

Débat interactif

Au nom des huit pays nordiques et baltes, le Danemark a salué les deux documents fondamentaux que sont la Déclaration universelle des droits de l’homme et les Déclaration et Programme d’action de Vienne.  Le Danemark a souligné que les auteurs de ces instruments « nés des cendres de la guerre » avaient pleinement conscience du fait que le respect universel des droits de l’homme est le gage nécessaire de la paix et de la sécurité internationales.  L’Afrique du Sud, faisant valoir la coïncidence des deux anniversaires avec le centenaire de la naissance de Nelson Mandela, a encouragé les États Membres à se rallier autour des principes cardinaux d’impartialité et d’indivisibilité des droits de l’homme et à promouvoir la coopération internationale par des relations économiques équitables.  

Le Togo, au nom du Groupe africain, a souligné que la Déclaration universelle des droits de l'homme était un document fondateur pour les pays africains car elle avait présidé à la décolonisation et à la fin de l’apartheid.  Pour le Groupe africain, cet important document est toujours d’actualité.  Le Groupe africain déplore en revanche que la Déclaration et le Programme d’action de Vienne ne soient toujours pas pleinement mis en œuvre, en raison de la non-réalisation du droit au développement.  Il est temps de se souvenir des promesses faites il y a 25 ans, a poursuivi l’Éthiopie, constatant que la pauvreté et la faim frappent toujours près de 800 millions d’individus dans le monde.  

Le Brésil a également insisté sur les problèmes et crises qui persistent en dépit de tous les instruments et anniversaires.  Il est donc plus que temps de renouveler les promesses contenues dans la Déclaration et le programme d’action de Vienne et la Déclaration universelle des droits de l'homme, a dit le Brésil.  La Suisse a estimé que, pour ce faire, il faudrait renforcer la coopération entre les États, notamment dans le domaine de la prévention des conflits ; et exploiter les synergies entre les droits de l'homme et le Programme de développement durable à l’horizon 2030.  Le Viet Nam a recommandé pour sa part de prendre des mesures qui répondent aux aspirations sociales des peuples.  

Le Botswana s’est demandé pourquoi, alors que la Déclaration est traduite dans plus de 500 langues, les droits définis dans ce document ne sont pas toujours intégrés aux législations nationales et pourquoi se répètent des scènes horribles dignes de la Deuxième Guerre mondiale.  La Pologne a indiqué que son pays, qui a été témoin des pires horreurs de cette période, estime qu’il est de la responsabilité commune de faire en sorte que cette histoire soit enseignée.  Pour ce faire, le Musée des juifs de Pologne a été ouvert sur l’ancien site du ghetto de Varsovie, a indiqué la Pologne.

Le Mexique, au nom d’un groupe de pays, a regretté l’écart qui sépare les engagements pris en matière de droits de l’homme et leur application au niveau national.  Il a estimé que le Conseil avait un rôle primordial à jouer pour défendre la Déclaration et le Programme d’action de Vienne face à ceux qui cherchent à « torpiller les droits de l’homme ».  Également au nom d’un groupe de pays, le Chili a demandé aux États de renouveler leur engagement en faveur de l’indivisibilité et l’interdépendance de tous les droits de l’homme.  

L’Australie, au nom d’un groupe d’États, a prié le Conseil de continuer à se faire l’ambassadeur des droits de tous les groupes et individus, et de rester fidèle à l’esprit et la lettre de la Déclaration universelle et du Programme d’action de Vienne.  

L’Union européenne a souligné le caractère fondateur de la Déclaration, en ce qu’elle pose les droits de l’homme comme principe directeur des relations internationales.  La politique extérieure de l’Union européenne est tout entière orientée sur un ordre mondial fondé sur le droit, a dit la délégation.  Elle a réitéré l’appui de l’Union européenne au financement des acteurs internationaux clefs que sont le Conseil des droits de l’homme, le Haut-Commissariat et les mécanismes onusiens sur les droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels.

Le Canada, au nom du Groupe francophone, a souligné que l’anniversaire fêté ce jour devait rappeler aux États leur responsabilité collective de veiller au respect des droits et valeurs inscrits dans la Déclaration universelle des droits de l’homme.  La Belgique, au nom également des Pays-Bas et du Luxembourg, a appelé à combattre toute mise en cause des mécanismes de défense des droits de l’homme, et estimé que cette démarche devait aller de pair avec les processus de développement durable.  

La République de Corée, au nom également du Mexique, de l’Indonésie, de la République de Corée, de la Turquie et de l’Australie (partenariat « MIKTA »), a estimé que l’un des progrès majeurs de l’architecture des droits de l’homme avait été la création du Haut-Commissariat aux droits de l’homme, puis du Conseil des droits de l’homme.  L’Indonésie, au nom de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), a souligné l’importance qu’il y a à coopérer avec les mécanismes des droits de l’homme aux niveaux régional et international.

La République populaire de Chine, au nom d’un groupe de pays, a mis l’accent sur l’action à mener au quotidien pour concrétiser la jouissance des droits de l’homme.  Elle a réaffirmé ce faisant la souveraineté des États et la liberté qu’a chaque peuple de choisir ses propres modes de fonctionnement politique, économique et social.  L’Égypte a elle aussi insisté sur le respect des particularités nationales, tout en appelant à une coopération robuste entre États contre le terrorisme, notamment.  

La Jordanie a réaffirmé l’engagement indéfectible du Groupe arabe envers la Déclaration universelle des droits de l’homme et a invité les États à marquer une pause pour réfléchir aux meilleurs moyens de garantir la justice et l’équité tout en évitant la sélectivité et la partialité.  Pour le Groupe arabe, la résolution de la question palestinienne n’a rien perdu de son importance.  Israël a regretté, pour sa part, que les droits de l’homme ne sont pas mis en œuvre dans de nombreux pays, en particulier dans la région du Moyen-Orient.  

Le Népal, au nom d’un groupe de pays, a insisté sur la nécessité de renforcer la coopération entre les États.  L’Espagne a plaidé pour que le caractère universel de la Déclaration universelle des droits de l'homme soit rappelé à tous.  La Slovénie a, pour sa part, exprimé son soutien au Haut-Commissariat aux droits de l'homme.

S’exprimant par vidéo, l’Alliance mondiale pour les institutions nationales des droits de l'homme a souligné que la Déclaration universelle des droits de l’homme devrait être non seulement célébrée ici au Conseil, mais aussi protégée, célébrée et promue, chaque jour et partout dans le monde.  Quant à la Déclaration et au Programme d’action de Vienne, ils reconnaissent que les institutions nationales des droits de l’homme sont des acteurs importants et constructifs et que leur mandat est de promouvoir et de protéger les droits de l’homme au niveau des pays, a insisté l’Alliance.  

Des organisations non gouvernementales (ONG) ont aussi pris part au débat.  Le Service international pour les droits de l'homme a dénoncé le harcèlement et les représailles dont sont régulièrement victimes les défenseurs des droits de l’homme.  Le Service a demandé aux États de veiller à ce que les défenseurs des droits de l’homme puissent accomplir leur travail sans aucune entrave.  

L’Association internationale des juristes démocrates a déploré « l’effroyable situation des droits de l’homme dans le monde » : des populations entières n’ont toujours accès ni à l’eau potable, ni aux soins de santé ; des milliers d’enfants meurent chaque jour de la pauvreté ; tandis que des civils essaient d’échapper à la misère de la guerre avant d’être ensuite placés dans des centres de détention – pour ceux qui sont finalement parvenus à survivre au voyage.  La partialité et l’approche sélective comptent parmi les obstacles les plus importants à l’application du droit international des droits de l’homme, a mis en garde l’ONG.

Amnesty International a jugé « inacceptable » le fait que certains États qui participent aux célébrations de la Déclaration universelle des droits de l’homme sont les mêmes qui harcèlent, arrêtent et tuent les défenseurs des droits de l’homme et les journalistes.  Le personnel d’Amnesty a récemment fait l’objet d’attaques sans précédents, l’exemple le plus significatif étant en Turquie.  

Human Rights Watch a déploré les agressions contre les défenseurs des droits de l’homme, la montée de l’homophobie ainsi que les attaques contre les institutions multilatérales, notamment contre le Conseil des droits de l’homme.  Les migrants ne perdent pas leur humanité aux frontières, contrairement à ce qu’a avancé le Ministre des affaires étrangères hongrois hier, a aussi observé l’ONG.  L’Alliance mondiale pour la participation des citoyens (CIVICUS) a déploré pour sa part le recul des valeurs au cours de ces cinq dernières années.  

Réponses et conclusions des panélistes

Pour M. STROHAL, beaucoup trop de journalistes sont aujourd’hui ciblés et même assassinés pour avoir fait leur travail.  Les Gouvernements ne doivent pas « tirer sur le messager » mais écouter leur message, a fait observer M. Strohal.  Le déficit de mise en œuvre de la Déclaration universelle des droits de l’homme s’explique aussi par un manque de volonté politique, a-t-il observé.

M. Strohal a ensuite souligné que le mécanisme de l’EPU fournissait l’occasion de pallier aux lacunes en réduisant l’écart qui existe entre l’adoption des traités internationaux relatifs aux droits de l’homme et l’application concrète de leurs dispositions sur le terrain.  Il y a trop de politiques de craintes et de haine ; il faut les remplacer par une politique d’inclusion, a-t-il ajouté.  

Pour MME FARHA, ce même déficit s’explique par les carences des mécanismes qui sont censés assurer le suivi de la mise en œuvre de ses principes.  L’experte a recommandé à ce propos d’intensifier le dialogue entre les institutions des Nations Unies chargées, à New York et à Genève, des droits économiques, sociaux et culturels.  Les Objectifs de développement durable sont une passerelle idéale entre ces deux mondes, a-t-elle expliqué.  L’experte a demandé aux gouvernements de faire preuve de plus de créativité pour traduire les recommandations des organisations internationales en plans d’action nationaux concrets.  

Mme Farha a fait observer que les droits économiques, sociaux et culturels sont de plus en plus oubliés.  Il est très inquiétant que les États ne puissent pas prendre en charge seuls la mise en œuvre des Objectifs de développement durable et qu’ils envisagent de demander l’aide du secteur privé, ce qui témoignent de leur affaiblissement, a-t-elle estimé.  Or, ce sont les États qui doivent répondre de la mise en œuvre de ces Objectifs, a-t-elle rappelé.  

M. HEYNS a souligné l’importance des mécanismes régionaux de mise en œuvre les droits de l’homme, lesquels sont consacrés non seulement par les instruments internationaux, mais aussi par des traités régionaux plus spécifiques.  Concernant les Nations Unies, M. Heyns a suggéré que les organes conventionnels se réunissent dans différentes parties du monde pour examiner les rapports des pays.  M. Heyns a observé qu’il serait peut-être intéressant de limiter à un seul mandat de six ans la fonction du Haut-Commissaire aux droits de l’homme, étant donné qu’aucun Haut-Commissaire n’est encore arrivé au terme de deux mandats.  

M. Heyns a par ailleurs relevé que beaucoup de pays font état d’une diminution de la violence ; il faut néanmoins veiller à ce qu’elle continue de diminuer partout dans le monde, notamment en sensibilisant la police et en agissant sur l’emploi des armes, a-t-il souligné.  M. Heyns a souhaité que dans les 70 prochaines années, la Déclaration universelle des droits de l'homme puisse avoir davantage de résultats concrets sur le terrain et soit prise en main par les jeunes.

MME PAVEY a souligné qu’il fallait améliorer la représentation des femmes ou des personnes handicapées dans les organes de traités : le Comité des droits des personnes handicapées, par exemple, ne compte qu’une seule femme sur les 18 experts.  

Mme Pavey a ensuite fait observer que lors de l’examen des rapports des pays par les organes conventionnels, la difficulté réside souvent dans la persistance de certaines pratiques culturelles.  Il faut donc aussi que l’ensemble de la société se joigne au consensus autour de l’universalité des droits de l’homme – et non pas seulement les États.  Les autorités doivent lutter contre les discriminations profondément ancrées dans les sociétés et lancer des campagnes à cette fin, parallèlement à l’adoption de nouvelles mesures législatives, a insisté Mme Pavey.  Elle a ensuite fait part de son inquiétude face au changement de discours en matière de droits de l'homme, un discours où le consensus est peu à peu remplacé par les enjeux sécuritaires.

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