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Réunion sur les moyens de combattre et d’enrayer la montée du populisme nationaliste et des idéologies suprémacistes extrémistes lors de la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale

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15 mars 2019

Déclaration de Michelle Bachelet, Haute-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme

Quarantième session du Conseil des droits de l’homme

Le 11 mars 2019

M. le Président,
Excellences,
Chers collègues et amis,

Le racisme est contraire à tout ce que nous défendons. En tant qu’organisme des Nations Unies et en tant qu’entité composée d’États Membres attachés à la mise en œuvre de la Déclaration universelle, ce Conseil œuvre pour mettre fin au racisme, à l’intolérance et à la xénophobie, et à toute forme de discrimination.  

L’attaque islamophobe et terroriste meurtrière perpétrée il y a seulement quelques heures contre deux mosquées en Nouvelle-Zélande constitue un nouveau terrible rappel que le racisme tue. Aujourd’hui et le 21 mars, Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale, nous renouvelons notre promesse aux peuples du monde que nous soutenons les victimes dans leur douleur et leur soif de justice, et que nous lutterons – jour après jour – contre toute forme de racisme.

M. le Président,

La réunion d’aujourd’hui est organisée dans le cadre de la résolution 73/262 de l’Assemblée générale, qui exprime l’inquiétude générale face à la montée des mouvements fondés sur des idéologies racistes et extrémistes qui répandent les notions de supériorité raciale et alimentent le racisme et la xénophobie.

La résolution proclame que tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits ; que tous ont le potentiel de contribuer de manière constructive au développement et au bien-être de leurs sociétés ; et que " toute doctrine de supériorité raciale est scientifiquement fausse, moralement condamnable, socialement injuste et dangereuse et doit être rejetée ".

Qu’est-ce que le populisme nationaliste ? En 2017, feu Kofi Annan décrivait les populistes comme " des individus charismatiques, ou de faux prophètes, qui promettent des solutions simplistes aux doléances du peuple en proposant des politiques radicales qui rejettent les institutions et les lois comme étant soit inadéquates soit contraignantes ".

Les attaques populistes contre les institutions démocratiques – y compris l’indépendance de la justice, de la presse et d’un vaste espace civique – sont exacerbées par l’obsession de définir qui sont les " vrais " peuples et de diaboliser " l’autre " : ceux qui, pour une raison ou pour une autre, ne méritent pas les mêmes droits ni les mêmes moyens d’expression. Le populisme nationaliste se fonde sur la diabolisation des migrants et des minorités, et se nourrit des climats de crise, de siège et de menace. Les partis politiques et leurs dirigeants qui font l’apogée du populisme nationaliste font souvent preuve d’un racisme flagrant, d’une islamophobie explicite, d’un antisémitisme implicite et d’autres formes de haine et de bigoterie. Peut-on prétendre être surpris lorsque les agressions racistes et xénophobes augmentent ?

Comme le souligne la résolution de l’Assemblée générale, ces idées et les autres liées à la suprématie raciale, religieuse, ethnique ou nationale n’ont aucun fondement dans la réalité. Par exemple, une étude récente menée en Allemagne auprès de 11 000 communes a montré que le soutien à un parti anti-migrants était " nettement plus faible " dans les zones où des réfugiés étaient logés depuis 2015, par rapport aux communes sans réfugiés. Le vote populiste a tendance à être plus faible dans les régions où les électeurs ont eu de nombreux contacts avec les migrants que dans celles où les migrants et les réfugiés peuvent faire l’objet de craintes.

Le nationalisme et le populisme n’offrent aucune véritable solution aux défis complexes auxquels les sociétés sont confrontées. Ils sont souvent fondés sur des théories de conspiration, qui font écho et s’amplifient grâce aux médias sociaux, où les mensonges sans fondement deviennent réalité. Dans les régions où le chômage augmente à mesure que les employés sont remplacés par des machines ou des travailleurs étrangers, ces mouvements font de fausses promesses sur la fierté nationale à une population qui se sent impuissante et incomprise. Ils sèment les graines du ressentiment et de la colère, et ils récoltent la haine et la violence.

Ce nationalisme est tout le contraire du patriotisme. Il exacerbe les divisions, pousse à la violence et rend la société plus dangereuse.

M. le Président,

Les idées de supériorité et de suprématie raciales ont entraîné la guerre, l’oppression, l’exploitation et d’horribles souffrances. Bien que l’humanité ne les ait jamais complètement éradiquées, nous nous sommes efforcés de les repousser dans les plus sombres recoins de la société.

Ces efforts nous montrent la voie à suivre et nous aident à saper et à combattre l’avancée de ces idées aujourd’hui.

La Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale encourage l’adoption d’une législation ferme pour empêcher la diffusion d’idées fondées sur la supériorité ou la haine raciale, ainsi que tout acte de violence ou incitation à de tels actes, en particulier de la part des autorités ou institutions publiques, nationales ou locales.

La Déclaration et le Programme d’action de Durban mettent l’accent sur le rôle clé des hommes politiques et de leurs partis, et encouragent l’adoption de mesures spécifiques et concrètes pour promouvoir l’égalité, la solidarité et la non-discrimination.

La Recommandation générale no 35 du Comité pour l’élimination de la discrimination raciale sur la lutte contre les discours de haine raciale, adoptée en 2013, identifie plusieurs types spécifiques de discours de haine et explore une série de mesures allant bien au-delà de leur criminalisation.

Le Plan d’action de Rabat propose également d’importantes garanties concernant les restrictions de la liberté d’expression et des recommandations concernant ces restrictions, qui doivent être interdites par la loi. Avec la Déclaration de Beyrouth, elle souligne que les dirigeants politiques et religieux ont un rôle crucial à jouer pour dénoncer fermement et rapidement l’intolérance, les stéréotypes discriminatoires et les discours de haine.

Ces cadres internationaux et régionaux, ainsi que d’autres, suggèrent également que les campagnes d’éducation aux droits de l’homme et les initiatives de sensibilisation fondées sur le respect de la diversité et sur la vérité doivent jouer un rôle beaucoup plus important.

Nous devons condamner ouvertement tous les messages – en particulier les messages ou discours politiques – qui diffusent des idées reposant sur la supériorité ou la haine raciale, ou qui incitent au racisme, à la discrimination raciale, à la xénophobie et à l’intolérance. Comme le Groupe de travail intergouvernemental sur l’application effective de la Déclaration et du Programme d’action de Durban l’a recommandé en 2012, les programmes éducatifs doivent s’attaquer aux stéréotypes négatifs qui continuent de résulter du colonialisme et d’autres formes d’injustice historique.

Étant donné le rôle des médias sociaux et numériques dans l’incitation à la haine, les gouvernements et les entreprises doivent prendre des mesures prudentes et fondées sur des principes pour protéger les droits fondamentaux en ligne. Les droits de l’homme universellement reconnus fournissent des orientations cruciales sur les problèmes qui transcendent les frontières et les cultures, en particulier dans les situations où des approches trop larges pourraient porter atteinte à la liberté d’expression et où l’inaction compromet d’autres droits. 

M. le Président,

Il est possible de se soucier à la fois de son pays et du monde qui nous entoure.

Il est possible de se soucier de sa communauté et de sa famille, et de respecter la diversité d’autrui.

En défendant ses propres droits aux dépens de ceux des autres, on court tout droit à notre perte– et à celle de l’ensemble de la société.

Le Haut-Commissariat continuera d’adopter la position la plus ferme contre le racisme, la discrimination et l’intolérance de toutes sortes, et je demande au Conseil et à tous les États Membres de faire de même.

Merci M. le Président.

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