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Kasaï : « Une fenêtre d’opportunités s’est ouverte pour rompre le cycle d’impunité et ouvrir la voie à la réconciliation »

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19 mars 2019

GENÈVE – 19 mars 2019 – « Une fenêtre d’opportunité s’est ouverte, laissant entrevoir une possibilité de rompre le cycle de la violence, de l’impunité et du sous-développement et d’ouvrir la voie à une réconciliation et à un développement économique et social du Kasaï », ont déclaré aujourd’hui devant le Conseil des droits de l’homme les experts internationaux sur le Kasaï, M. Bacre Waly Ndiaye (Sénégal) et Mme Sheila B. Keetharuth (Maurice), à l’occasion d’un dialogue interactif renforcé sur la République démocratique du Congo. La présentation avait pour objet de partager les premiers constats sur la mise en œuvre par la République démocratique du Congo des recommandations du rapport d’enquête sur la situation au Kasaï publié le 3 juillet 2018, avec un accent sur la lutte contre l’impunité, la réconciliation et la justice de transition. 

Se félicitant de l’esprit de collaboration qui caractérise leurs échanges avec les autorités de la République démocratique du Congo, les experts internationaux ont néanmoins souligné que la crise au Kasaï est loin d’être terminée. Une grave crise humanitaire sévit près de la frontière avec l’Angola et les milices Kamuina Nsapu, Bana Mura, et l’Écurie Mbembe poursuivent encore leurs activités dans différents territoires du Kasaï. Les experts internationaux ont également déclaré que le nombre de femmes et d’enfants retenus en otage et contraints au travail forcé et à l’esclavage sexuel dans le territoire de Kamonia serait beaucoup plus élevé.

Les experts internationaux ont toutefois insisté sur l’espoir d’engager le Kasaï sur le chemin de la paix et de la réconciliation. L’élection du président Félix Tshisekedi, lui-même originaire du Kasaï, a provoqué un mouvement de désarmement spontané des miliciens Kamuina Nsapu. Cependant, ce désarmement n’est pas encadré et les autres milices ne suivent pas. Les experts internationaux ont toutefois été encouragés par un élan de solidarité internationale envers le Kasaï qui se traduit par le lancement de plusieurs projets pour soutenir les efforts de réconciliation et de justice transitionnelle.

La présentation orale des deux experts internationaux fait suite à deux visites qu’ils ont effectuées en République démocratique du Congo en novembre 2018 et février-mars 2019. Lors d’un atelier tenu à Tshikapa le 28 février, les experts internationaux ont constaté la volonté de la justice militaire de mener les enquêtes et engager les poursuites nécessaires pour les graves crimes commis lors de la crise de 2016-2017, tout en soulignant le manque de moyens et le besoin de mener les poursuites de façon inclusive. Un atelier de consultation sur la réconciliation est prévu lors de la troisième visite des experts internationaux en avril 2019. Leur rapport final sera présenté en juin 2019, à l'occasion de la 41ème session du Conseil des droits de l’homme. 

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Conformément à la résolution 38/20 adoptée à l’unanimité par le Conseil des droits de l’homme le 6 juillet 2018, l’équipe d’experts internationaux est chargée du suivi, de l’évaluation, du soutien et de faire rapport sur la mise en œuvre par la République démocratique du Congo des recommandations formulées par l’ancienne équipe d’experts internationaux dans son rapport, en particulier en ce qui concerne la lutte contre l’impunité et les mesures pour promouvoir la réconciliation, et de faire des recommandations à cet égard, le cas échéant.

Bacre Ndiaye, originaire du Sénégal, a occupé plusieurs fonctions au HDCH à Genève et à New York, de 1998 à 2014. De 1992 à 1998, il était Rapporteur spécial sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, participant à des missions en ex-Yougoslavie (1992), notamment à la Commission d'enquête internationale sur les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité au Rwanda (1993 et 1994), en Papouasie-Nouvelle-Guinée (1995) et d’autres régions du monde. Mr Ndiaye a été membre du Conseil de l'Ordre des avocats du Sénégal de 1982 à 1998, occupant le poste de Secrétaire général pendant huit ans (1983-1991). En 1995, il a été nommé à la Commission de vérité et de justice en Haïti.

Sheila B. Keetharuth, originaire de Maurice, a été la première rapporteure spéciale sur la situation des droits de l'homme en Érythrée, fonction qu’elle a assumée d’octobre 2012 à octobre 2018. De 2014 à 2016, elle a également été membre de la Commission d'enquête sur les droits de l'homme en Érythrée. Jusqu'au 30 juin 2012, Mme Keetharuth était directrice exécutive de l'Institut pour les droits de l'homme et le développement en Afrique (IHRDA), une ONG panafricaine basée à Banjul, en Gambie. En juillet 2002, elle a rejoint Amnesty International en tant que chercheure au bureau régional pour l'Afrique à Kampala, en Ouganda. Elle a été cheffe de bureau intérimaire jusqu'en décembre 2005. Mme Keetharuth a été auparavant journaliste pendant plus de huit ans.

Pour toute demande des médias: Hervé Gogo: +243-996586929 cgogo@ohchr.org


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