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Dans son intervention sur la situation actuelle des droits de l’homme dans le monde, Michelle Bachelet appelle à une action urgente pour renforcer la résilience et protéger les droits de l’homme

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14 septembre 2020

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45e session du Conseil des droits de l’homme
Point 2 : situation actuelle des droits de l’homme dans le monde

Déclaration de Michelle Bachelet, Haute-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme

Le 14 septembre 2020

Madame la Présidente,
Excellences,
Chers collègues et amis,

Alors que les souffrances et les troubles augmentent fortement partout dans le monde, les principes, les normes et les actions en matière de droits de l’homme offrent des solutions efficaces pour renforcer notre résilience face aux chocs et lutter contre le désespoir, en prévenant l’instabilité sociale, économique et politique.

Les politiques qui fournissent un accès égal et universel aux protections sociales et aux soins de santé ; les institutions qui favorisent les opinions et les droits de tous les membres de la société ; et les lois qui exigent une police responsable et un accès à la justice permettent d’éviter que les tensions et les rancœurs n’escaladent et ne se transforment en violence et en conflits.

Cette approche fondée sur les droits de l’homme favorise une plus grande résilience sociale et économique. C’est le fondement de la prospérité et de la stabilité politique. Et cela permet de protéger les plus vulnérables des pires effets d’une crise.

Avec la COVID-19, une crise sanitaire mondiale a rapidement vu le jour et s’est accompagnée à l’échelle de la planète de nombreuses crises politiques, sociales et économiques plus lentes et plus profondes. Ces nombreuses fractures multidimensionnelles, qui nous ont rendus plus vulnérables au virus – et qui ont ouvert la voie à ses préjudices – proviennent principalement de processus politiques qui réduisent au silence la population, ainsi que de lacunes dans la protection des droits de l’homme. 

En tant qu’organes internationaux des droits de l’homme, et conformément à l’Appel à l’action pour les droits de l’homme du Secrétaire général, j’estime qu’il est de la responsabilité de ce Conseil et du HCDH de promouvoir les mesures qui aideront les États à mieux protéger le bien-être de leurs peuples, et de coopérer avec les États pour s’assurer qu’ils remplissent leurs obligations à cet égard. Dans bon nombre des situations nationales que je vais exposer ce matin, je vois d’importantes possibilités pour nous d’aider les États à concevoir une action fondée sur les droits de l’homme qui puisse désamorcer les tensions, soutenir le développement durable et préserver le bien-être des populations, même en cette période difficile.

Plus tard dans la session, le HCDH présentera certains aspects de la situation dans les pays suivants :  Cambodge, République démocratique du Congo, Géorgie, Myanmar, Nicaragua, Soudan, Ukraine, Venezuela et Yémen.

Madame la Présidente,

Au Bélarus, nous continuons de recevoir des rapports alarmants sur la répression violente des manifestations pacifiques auxquelles participent des centaines de milliers de personnes de tous horizons, notamment des femmes. Les rapports continuent d’indiquer un usage inutile ou excessif de la force par les responsables de l’application des lois, des milliers d’arrestations, dont beaucoup semblent arbitraires ; et des centaines d’allégations de torture ou de mauvais traitements, y compris contre des enfants. Certaines informations font également état de violences sexuelles. Récemment, des enlèvements de personnes associées à l’opposition par des individus non identifiés ont également été signalés. Les journalistes travaillant sur les protestations continuent également d’être pris pour cible et sont arrêtés et harcelés. Les autorités se sont montrées peu disposées à agir face à ces rapports.

Le rétablissement de la paix sociale au Bélarus nécessite un dialogue approfondi, des réformes et l’établissement des responsabilités pour les graves violations des droits de l’homme commises. J’encourage donc le Conseil à concentrer son action sur ces trois domaines, afin de prévenir une nouvelle escalade de la violence et des griefs. Compte tenu de leur ampleur et de leur nombre, toutes les allégations de torture et d’autres formes de mauvais traitements par les forces de sécurité devraient être consignées et faire l’objet d’une enquête, afin de traduire les auteurs en justice.

En Pologne, je suis préoccupée par la répression continue des personnes et des militants LGBTI, notamment les restrictions imposées sur leur liberté de réunion, et par le soutien du Gouvernement aux villes qui se sont qualifiées – en utilisant un langage inacceptable – de « zones sans LGBTI ». Le fait qu’un groupe minoritaire soit pris pour cible et utilisé comme bouc émissaire nourrit l’intolérance et la discrimination, et porte atteinte à l’ensemble de la société. 

Le feu qui a dévasté la semaine dernière le camp de migrants de Lesbos, en Grèce, a eu un impact catastrophique sur la vie de milliers de personnes – et souligne le besoin de solidarité et d’une responsabilité partagée par les États membres de l’Union européenne. J’encourage la Commission européenne et les États membres de l’Union européenne de favoriser une véritable solidarité et de renforcer les garanties en matière de droits de l’homme aux frontières extérieures de l’Union européenne dans le prochain Pacte de l’Union européenne sur la migration et l’asile. Les rapports faisant état de refoulements et d’expulsions collectives aux frontières maritimes et terrestres des États de l’UE – qui sont en violation des obligations légales et ont de graves conséquences pour la vie et les droits des migrants – nécessitent un contrôle et une vérification indépendants. Je rappelle à tous les pays leur obligation de coopérer pour que la vie des migrants soit protégée et que leurs droits soient respectés, quel que soit leur situation administrative.

Madame la Présidente,

Au Liban, de graves crises politiques, socioéconomiques et financières pèsent constamment sur la population, certains rapports indiquant que plus de 55 % de la population vit désormais dans la pauvreté* – soit pratiquement le double de l’année dernière. Dans ce contexte, l’explosion des produits chimiques stockés dans le port de Beyrouth le mois dernier a semé encore davantage de destruction – détruisant la vie, les moyens de subsistance et l’espoir de la population.  Les lourdes conséquences supplémentaires de la COVID-19, dont les nombreuses difficultés quant à l’accès à des soins de santé et à une éducation de base, ont provoqué un exode alarmant de jeunes professionnels, notamment du secteur de la santé, ce qui a épuisé encore davantage les ressources les plus précieuses du pays. Il est vital que les principes des droits de l’homme soient totalement intégrés dans tous les efforts de reconstruction à la suite de cette tragédie. Les autorités doivent donner aux individus et aux communautés les moyens de faire valoir leurs droits, et assurer leur participation aux décisions. Il sera essentiel d’établir la responsabilité de cette tragédie, en menant une enquête impartiale, indépendante, approfondie et transparente sur cette explosion. Les acteurs politiques doivent convenir et mettre en œuvre des réformes visant à prévenir toute nouvelle érosion des droits, afin de répondre de manière significative aux doléances de la population et aux lacunes sous-jacentes du pays en matière de droits de l’homme.

Dans le Territoire palestinien occupé, l’escalade de la situation dramatique à Gaza est particulièrement préoccupante. Bien que les trêves temporaires soient les bienvenues – notamment le dernier accord visant à mettre fin aux hostilités entre les groupes armés à Gaza et en Israël – les deux millions d’habitants de Gaza ont désespérément besoin de solutions durables et à long terme. Le blocus maritime et terrestre qu’Israël impose depuis 13 ans a entraîné l’arrêt complet des principales activités économiques et commerciales de Gaza. Conséquence directe de cette situation : plus de 38 % des habitants de Gaza vivent dans la pauvreté, 50 % sont au chômage et plus de 90 % de l’eau des aquifères est non potable. La décision du mois dernier d’interdire l’entrée de carburant à Gaza crée des souffrances et des charges humanitaires encore plus grandes. Avec la forte augmentation des cas de COVID-19 à Gaza, le secteur de la santé menace désormais de s’effondrer totalement, à moins que certains aspects du blocus ne soient levés. Ce blocus, qui enfreint le droit international, n’a pas réussi à apporter la sécurité ni la paix aux Israéliens et aux Palestiniens, et devrait être levé immédiatement.

En Iran, les défenseurs des droits humains, dont ceux défendant les droits des femmes, les avocats, les militants pour les droits des travailleurs et les manifestants continuent de faire l’objet d’intimidations, de poursuites et de mauvais traitements. Je reste préoccupée par le fait que les prisonniers politiques et les prisonniers d’opinion ont été exclus des initiatives iraniennes de libération temporaire des détenus lancées dans le cadre de la pandémie de COVID-19, et je suis consternée par la grève de la faim prolongée de Nasrin Sotoudeh, avocate spécialiste des droits de l’homme. J’exhorte les autorités à poursuivre les libérations temporaires comme mesure urgente de santé publique et à libérer immédiatement les prisonniers politiques et d’opinion.

En Iraq, les meurtres et les attaques commis par des groupes armés contre des militants et des défenseurs des droits de l’homme – sans qu’aucune responsabilité ne soit établie – sont très préoccupants. Dans un rapport publié le mois dernier, le HCDH a signalé la disparition d’un grand nombre de militants des droits de l’homme et de manifestants, tandis que d’autres personnes ayant été retrouvées ont révélé avoir l’objet d’actes de torture et de mauvais traitements. J’encourage le Gouvernement à agir rapidement sur sa promesse de créer une commission d’enquête pour établir les responsabilités et empêcher de telles actions à l’avenir. 

En Syrie, la population continue de faire face à des crises multiples et globales. La pandémie a mis en exergue la dévastation d’un système de santé meurtri par les bombardements délibérés et les autres effets du conflit, et incapable de répondre aux besoins les plus fondamentaux. Selon le PAM, 9,3 millions de personnes en Syrie sont en situation d’insécurité alimentaire. Ces difficultés économiques sont aggravées par l’instabilité régionale, dont la crise financière au Liban, tandis que l’imposition de sanctions strictes fait craindre une plus grande difficulté à répondre aux besoins humanitaires croissants. Les familles de milliers de personnes portées disparues à travers le pays sont particulièrement affectées. Il faut mettre un terme à cette inhumanité et à ce conflit.

En Arabie saoudite, je suis très inquiète au sujet de la détention arbitraire continue des défenseuses des droits des femmes qui exigent que les femmes d’Arabie saoudite puissent faire leur propres choix au même titre que les hommes. Elles devraient être libérées immédiatement.

Nous continuons également de suivre la situation dans le Sahara occidental, où nos dernières missions techniques remontent à cinq ans. Ces missions sont primordiales pour identifier les problèmes graves en matière de droits de l’homme rencontrés de toutes parts et aident à prévenir toute escalade des griefs. Je me réjouis de pouvoir discuter des circonstances d’une nouvelle visite avec toutes les parties concernées dans un futur proche.

Madame la Présidente,

Au Mali, il est vital que les droits de l’homme soient respectés, y compris lors des opérations de sécurité, en particulier compte tenu de l’extrême fragilité des conditions de sécurité. Toutes les personnes détenues illégalement en relation avec les événements du 18 août devraient être libérées, et toutes les discussions en cours concernant les dispositions politiques transitoires devraient être axées sur les droits fondamentaux de tous les Maliens, afin de garantir qu’elles contribuent à prévenir d’autres conflits. Je suis préoccupée par l’impact économique des sanctions récemment adoptées, dans un contexte où l’extrême pauvreté, les conflits et l’insécurité – de même que les risques climatiques tels que les inondations et les sècheresses – génèrent de grandes difficultés et détériorent la situation humanitaire.

En Tanzanie, j’attire l’attention du Conseil sur la répression croissante de l’espace démocratique et civique, dans ce qui devient un environnement profondément détérioré pour les droits de l’homme. À l’approche des élections du mois prochain, nous recevons de plus en plus de rapports d’arrestations et de détentions arbitraires d’acteurs de la société civile, de militants, de journalistes et de membres des partis de l’opposition. Parmi les nombreuses lois qui ont restreint l’espace civique en ligne et hors ligne ces dernières années, la récente loi sur les amendements divers (n° 3) de 2020 porte atteinte aux actions judiciaires stratégiques et cherche à bloquer la responsabilité du Gouvernement envers les violations des droits de l’homme. Une nouvelle érosion des droits de l’homme pourrait avoir de graves conséquences, et j’encourage une action préventive immédiate et soutenue. J’appelle également le Gouvernement à défendre les droits de tous les réfugiés et à veiller à ce que le retour des réfugiés se fasse en toute sécurité, dans la dignité et sur une base volontaire.

En Éthiopie, malgré les efforts notables déployés ces dernières années pour adopter des réformes significatives fondées sur les droits de l’homme, le meurtre d’un chanteur et militant oromo en juillet a déclenché des protestations et des violences intercommunautaires dans tout le pays. Le HCDH est prêt à appuyer une enquête approfondie, indépendante, impartiale et transparente du Gouvernement sur le meurtre et les violences qui ont suivi, et à soutenir les réformes législatives en cours du Gouvernement.

Au Burundi, les mesures prises depuis juillet pour arrêter et poursuivre les membres de la ligue des jeunes du parti au pouvoir, les hauts fonctionnaires de police et les administrateurs locaux qui auraient commis des extorsions et d’autres crimes sont encourageantes. Cependant, depuis les élections de mai, nos rapports continuent de mettre en lumière des arrestations et des détentions pour des motifs politiques, ainsi que l’incendie de maisons de membres du parti de l’opposition. J’encourage fermement les autorités à garantir une procédure régulière et des procès équitables, et à faire respecter les droits de l’homme. Ce sont là les moyens les plus efficaces de prévenir les conflits.

En Somalie, je suis préoccupée par l’augmentation des rapports faisant étant de violences sexuelles à l’égard des femmes, des filles et des garçons, qui font l’objet de très peu d’enquêtes. J’appelle à nouveau les autorités somaliennes à adopter rapidement la loi sur les infractions sexuelles qui a été approuvée par le Gouvernement il y a deux ans. La décision de la semaine dernière concernant la nomination d’un procureur chargé d’enquêter sur les meurtres de journalistes est encourageante.  Il est essentiel que tous les États reconnaissent et protègent le droit de leurs peuples à exprimer librement leurs opinions, et qu’ils protègent les journalistes contre toute forme d’arrestation arbitraire, de détention illégale, de harcèlement, d’intimidation et d’attaques physiques, y compris le meurtre.

Le HCDH continue de renforcer sa présence sur le terrain dans la région du Sahel, notamment concernant le cadre de respect des droits de l’homme et du droit international humanitaire de la Force conjointe du G5 Sahel. Le HCDH a publié un rapport le mois dernier* décrivant l’avancement des activités menées avec la Force conjointe du G5 Sahel pour garantir le respect des droits de l’homme dans leurs opérations militaires. Il présente également les obstacles qui subsistent en matière de sécurité, de politique, d’opérations, de logistique et d’administration, et trace la voie à suivre pour cette initiative novatrice. Nous continuons d’aider la Force conjointe à établir et renforcer son contrôle et sa responsabilité internes afin de prévenir les violations des droits de l’homme dans le contexte de ses opérations.  Les récentes allégations de violations des droits de l’homme par les forces armées au Burkina Faso, au Mali et au Niger soulignent la nécessité urgente d’une action décisive à cet égard.

Je suis préoccupée par le fait que le processus électoral en Côte d’Ivoire a commencé dans un contexte politique tendu et sur fond de facteurs de violence préexistants liés à des questions de nationalité, de clivages régionaux et ethniques toxiques, d’inégalités économiques, de discrimination et d’impunité pour des crimes commis dans le passé. Ces fractures sociales risquent de s’aggraver avec l’intensification de la campagne politique et le durcissement des positions. Nous constatons également une augmentation des discours de haine sur les médias sociaux. J’exhorte les autorités à veiller à ce que les droits de l’homme de chacun soient pleinement protégés et respectés en cette période électorale importante.

Madame la Présidente,

Plus d’un an s’est écoulé depuis mon dernier rapport sur le Cachemire administré par l’Inde et le Cachemire administré par le Pakistan. Dans le Cachemire administré par l’Inde, les violences militaires et policières contre les civils se poursuivent, y compris l’usage de fusils à plomb, ainsi que des incidents liés au militantisme. Des changements juridiques majeurs – notamment ceux apportés à la Constitution et aux règles en matière de domicile – suscitent une profonde inquiétude, mais l’espace pour le débat politique et la participation du public continue d’être sévèrement restreint, en particulier depuis que les nouvelles réglementations sur les médias interdisent les reportages « contraires aux intérêts nationaux », qui sont vaguement définis. Si je me réjouis de la libération de certains dirigeants politiques et communautaires, des centaines de personnes restent en détention arbitraire et de nombreuses requêtes en habeas corpus sont toujours en cours – y compris celles de nombreux dirigeants politiques du Jammu-et-Cachemire.   Je me félicite des initiatives visant à étendre les services aux régions reculées, et de la récente restauration conditionnelle des services Internet dans deux districts – qui devrait être appliquée rapidement au reste du Jammu-et-Cachemire.

Dans le Cachemire administré par le Pakistan, la population a également un accès limité à Internet, ce qui rend l’accès à l’éducation et à d’autres services vitaux difficile. Je reste préoccupée par les restrictions imposées actuellement au droit à la liberté d’expression et au droit à la vie privée. Le HCDH est déterminé à poursuivre sa collaboration avec l’Inde et le Pakistan, afin de défendre les droits du peuple du Cachemire – ce qui est le meilleur moyen de prévenir de nouvelles tensions et de nouveaux conflits.

En Chine, le HCDH continue de suivre la situation dans la Région administrative spéciale de Hong Kong, en particulier l’impact de la loi relative à la sécurité nationale. Depuis son entrée en vigueur au mois de juillet, au moins 24 personnes ont été inculpées en vertu de cette loi. Les autorités de Hong Kong ont toujours affirmé que la loi n’avait pas pour but de nuire à l’exercice pacifique des droits de l’homme par les résidents de Hong Kong. Par conséquent, j’encourage les autorités de Hong Kong à surveiller étroitement l’application de la loi par la police et les tribunaux, et à prendre des mesures pour revoir la loi en réponse à toute conséquence négative qu’elle pourrait avoir sur l’exercice des droits de l’homme.

Je suis préoccupée par le sort des Ouïghours. Le HCDH continue de dialoguer avec le Gouvernement chinois concernant la situation dans la Région autonome ouïghoure du Xinjiang et l’impact de ses politiques sur les droits de l’homme. À la suite d’une invitation du Gouvernement chinois, j’ai discuté avec les autorités des conditions d’une éventuelle visite au Xinjiang lorsque les conditions seront favorables.

            À Sri Lanka, je suis préoccupée par le fait que le nouveau Gouvernement est revenu rapidement sur ses engagements envers le Conseil des droits de l’homme depuis qu’il a retiré son soutien à la résolution 30/1. Le 20e amendement proposé à la Constitution pourrait notamment avoir un impact négatif sur l’indépendance des institutions fondamentales, y compris la Commission nationale des droits de l’homme. La grâce accordée en mars à un ancien sergent de l’armée condamné pour avoir participé à des exécutions illégales, la nomination à des postes civils clés de hauts responsables militaires prétendument impliqués dans des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, et les mesures prises au sein de la police et du système judiciaire pour contrecarrer les enquêtes sur ces crimes, ont établi une tendance très négative. La surveillance et l’intimidation des victimes, de leurs familles, des défenseurs des droits de l’homme, des journalistes et des avocats doivent cesser immédiatement. J’encourage le Conseil à accorder une attention renouvelée à Sri Lanka, compte tenu de la nécessité de prévenir les menaces à la paix, à la réconciliation et au développement durable.

Aux Philippines, nous continuons à travailler avec le Gouvernement, la Commission des droits de l’homme, la société civile et le système des Nations Unies pour concevoir des mesures de suivi à la suite de notre rapport du mois de juin. Je m’inquiète des informations persistantes faisant état de meurtres liés à la drogue, par la police et par des justiciers, y compris pendant les restrictions de mouvement liées à la COVID-19. En juin, le Ministre de la justice a annoncé à ce Conseil que les enquêtes internes de la police sur 5 655 opérations de lutte contre les drogues illicites où des décès sont survenus seraient examinées. Nous demandons des précisions au Gouvernement afin de pouvoir conseiller et évaluer la portée, le processus et l’efficacité de la commission d’examen. Toutefois, au-delà de ce processus initial, il est manifestement urgent de révoquer les politiques qui continuent à entraîner des meurtres et d’autres violations des droits de l’homme, de traduire en justice les auteurs de ces actes et de mettre fin aux discours incitant à la violence contre les personnes qui consomment ou vendent de la drogue. Je suis également préoccupée par le harcèlement, les menaces et la violence dont sont victimes les journalistes, les militants et les critiques ; par l’adoption d’une législation antiterroriste qui comporte de nombreuses dispositions problématiques ; et par l’intention annoncée du Président de rétablir la peine de mort. J’encourage le Conseil à rester vigilant face à cette situation et à soutenir les efforts continus du HCDH en matière de surveillance et de signalement – notamment auprès de ce Conseil – ainsi que notre coopération technique afin de mettre en œuvre les recommandations du rapport et de continuer à établir les responsabilités.  
           
En Afghanistan, le coût humain du conflit reste inacceptablement élevé, avec quelque 3 500 victimes civiles cette année et des attaques continues contre les installations et le personnel de santé – une situation qui est gravement exacerbée par la COVID-19. Avec le début officiel des pourparlers de paix intra-afghans le 12 septembre, je réitère l’appel lancé en faveur d’une réduction immédiate de la violence, d’une pause humanitaire, et de la nécessité d’une justice centrée sur les victimes et de l’inclusion des préoccupations des groupes marginalisés. Ces aspects sont essentiels à la réussite des pourparlers et de tout accord de paix. Je condamne également les attaques contre les défenseurs des droits de l’homme, dont neuf ont été tués depuis le début de l’année 2020, dont des membres de la Commission afghane indépendante des droits de l’homme. J’exhorte le Gouvernement à mettre en place un mécanisme de protection national efficace.

Madame la Présidente,

Le grave impact socioéconomique de la pandémie de COVID-19 dans la région des Amériques devrait alerter tous les acteurs sur l’urgence de s’attaquer aux profondes inégalités en matière de développement dans la région. Associée à des systèmes démocratiques souvent fragiles, elle peut également servir d’avertissement quant aux risques potentiellement élevés de troubles sociaux. La seule façon de construire une reprise durable sera de s’attaquer aux causes profondes des inégalités, de l’exclusion et de la discrimination. Il sera également crucial de renforcer la démocratie et de protéger les droits de l’homme face à l’augmentation de la violence dans la région.

 Un nombre alarmant de défenseurs des droits de l’homme et de journalistes continuent d’être intimidés, attaqués et tués – en particulier ceux qui se consacrent à la protection de l’environnement et des droits fonciers. J’appelle tous les gouvernements à s’abstenir de discréditer les défenseurs des droits de l’homme et les journalistes, les exposant ainsi davantage au risque d’attaques. J’encourage des enquêtes décisives et la poursuite des auteurs.

En Colombie, le HCDH a recensé 47 assassinats de défenseurs des droits de l’homme en 2020 ; 44 autres cas sont en cours de vérification. En ce qui concerne les récentes manifestations à Bogota et à Soacha – où un usage excessif de la force aurait causé jusqu’à 13 morts et plus de 300 blessés, dont 77 par balles – Le HCDH vérifie actuellement les cas et a offert une assistance technique pour favoriser le maintien de l’ordre lors des manifestations dans le respect de la démocratie et des droits de l’homme. L’accord de paix de 2016 a ouvert un nouveau chapitre pour tous les Colombiens, et devrait être pleinement mis en œuvre pour prévenir de nouvelles violences, ainsi que des violations et des abus des droits de l’homme.

Au Honduras, les attaques et les morts violentes de personnes LGBTI continuent d’augmenter. Depuis le début de l’état d’urgence à la mi-mars, le Bureau du HCDH au Honduras a recensé sept meurtres de femmes transgenres, dont trois ont eu lieu au cours du mois de juillet. Dans ces deux pays, je me félicite de notre collaboration continue avec les autorités afin de renforcer le principe de responsabilité.

Au Mexique, au moins quatre journalistes et sept défenseurs des droits de l’homme ont été tués en 2020. Je me félicite de notre collaboration avec les autorités pour améliorer l’efficacité du mécanisme national de protection des défenseurs des droits de l’homme et des journalistes.

Au Brésil, nous recevons des rapports faisant état de violences en zone rurale et d’expulsions de communautés sans terres, ainsi que d’attaques contre des défenseurs des droits de l’homme et des journalistes, avec au moins dix meurtres de défenseurs des droits de l’homme confirmés cette année. L’affaiblissement continu des organismes indépendants de consultation et de participation des communautés est également préoccupant. J’appelle les autorités à prendre des mesures fortes pour s’assurer que toute prise de décision soit fondée sur les contributions et les besoins de toute la population brésilienne.

 Au Brésil également, ainsi qu’au Mexique, en El Salvador et ailleurs, nous constatons une implication accrue de l’armée dans les affaires publiques et l’application de la loi. Je reconnais que le contexte sécuritaire actuel est difficile, mais toute utilisation des forces armées pour assurer la sécurité publique devrait être strictement exceptionnelle et contrôlée de manière efficace.

 Aux États-Unis, la mort de Jacob Blake, abattu le mois dernier à Kenosha, dans le Wisconsin, par un officier de police qui aurait fait un usage excessif de la force, et les détails qui ont émergé concernant la mort de Daniel Prude à Rochester, dans l’État de New York, rappellent une fois encore la nécessité d’une action urgente et profonde pour lutter contre le racisme et la discrimination raciale systémiques dans la police et dans l’ensemble de la société. Le fait que de nombreux meurtres précédents restent impunis souligne la gravité de cette crise.  Plusieurs villes et services de police se sont dits prêts à mener des réformes après l’assassinat de George Floyd en mai – notamment les forces de l’ordre à Kenosha. Ces paroles doivent s’accompagner de changements réels pour créer un environnement dans lequel les Afro-Américains se sentent protégés par les forces de l’ordre et l’État. J’aborderai plus tard au cours de cette session notre suivi de la résolution 431 du Conseil.

Excellences,

Comme vous le savez tous, en raison de la baisse des paiements des contributions au budget de l’ONU, le HCDH, comme l’ensemble du Secrétariat de l’ONU, n’a pas reçu tous les fonds approuvés pour nos activités cette année. En outre, afin de contenir ou de réduire les dépenses, le Secrétaire général a lancé en avril un « gel » du recrutement pour pourvoir les postes vacants en utilisant le budget ordinaire. Par conséquent, plusieurs rapports et activités connexes mandatés par le Conseil n’ont pas reçu les fonds nécessaires pour permettre au HCDH de mener à bien les travaux requis. Cette situation a fait l’objet de plusieurs réunions récentes organisées par le Président du Conseil, ainsi que de discussions entre le HCDH et le Contrôleur à New York. Étant donné qu’il est probable que ces difficultés persistent l’année prochaine, nous continuerons à vous tenir informés de l’évolution de la situation, qui pourrait avoir un impact supplémentaire sur nos travaux.

Madame la Présidente,

En cette période charnière de notre histoire, alors que la pauvreté et les tensions montent en flèche et que de nombreuses personnes perdent l’espoir d’une vie meilleure, les normes relatives aux droits de l’homme fournissent des orientations qui ont fait leurs preuves et qui peuvent aider les États à apaiser les griefs, à fournir une protection appropriée, à établir une base solide pour le développement et la sécurité, et à garantir la justice, la liberté et les droits. 

L’humanité a fait face à de nombreuses crises. Je suis convaincue qu’ensemble, nous pouvons surmonter les difficultés actuelles et que nos sociétés en sortiront plus aptes à prévenir l’injustice.

 Il est temps de passer à l’action.

Merci.

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