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Situation des droits de l’homme au Nicaragua en vertu de la résolution 43/2

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14 septembre 2020

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45e session du Conseil des droits de l’homme

Michelle Bachelet, Haute-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme

Genève, le 14 septembre 2020

Depuis ma dernière intervention orale sur le Nicaragua en juillet dernier, la situation des droits de l’homme n’a pas du tout évolué et aucun signe n’indique que le Gouvernement aborde de manière constructive les tensions et les problèmes structurels qui ont déclenché la crise sociopolitique en avril 2018.

Au cours de cette période, le HCDH a enregistré 30 cas de menaces et d’intimidation contre des défenseurs des droits de l’homme, des journalistes, des étudiants, des chefs de mouvements paysans et des membres du clergé catholique, entre autres.

Le HCDH continue également d’enregistrer des cas présumés de violation du droit à la vie, comme le meurtre d’un homme par un élément armé progouvernemental le 19 juillet à La Trinidad, dans la province d’Estelí. Ces faits nous rappellent l’importance de la recommandation faite dans mon rapport de 2019 de démanteler et désarmer les éléments armés progouvernementaux.

Comme je l’ai averti à plusieurs reprises, la loi d’amnistie adoptée en juin 2019 a favorisé l’impunité des responsables de graves violations des droits de l’homme.

Plusieurs organisations de la société civile indiquent que 94 individus considérés comme des opposants au Gouvernement, dont 4 femmes, sont toujours détenus arbitrairement, la plupart pour des infractions de droit commun. Deux de ces personnes ont été récemment hospitalisées dans un état de santé fragile. Je demande au Gouvernement de libérer tous ceux qui ont été arbitrairement privés de liberté dans le cadre des protestations ou pour avoir exprimé des opinions critiques à l’égard du Gouvernement. Un tel geste constituerait un pas important vers le rétablissement des droits et la réduction de la polarisation existante.

Par ailleurs, la pandémie de COVID-19 continue d’affecter de nombreux droits, notamment les droits économiques, sociaux et culturels. La Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC) a prévu une contraction de 8,3 % de l’économie du pays cette année, avec une augmentation des taux de pauvreté d’environ 5 %, et une augmentation du chômage. L’État a répondu à ce constat par des violations de la liberté d’expression et le licenciement de membres du personnel médical, ce qui souligne encore une fois la nécessité d’une plus grande transparence et d’une meilleure diffusion de l’information. Les données officielles ne sont communiquées qu’une fois par semaine et manquent d’informations épidémiologiques détaillées. À cet égard, l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS) a averti qu’il avait été nécessaire de recourir à des données produites par des sources non officielles pour analyser la situation dans le pays. Le manque d’informations ventilées sur les effets de la pandémie sur les peuples autochtones et les personnes d’ascendance africaine, ainsi que sur les mesures spécifiques prises en leur faveur, est particulièrement préoccupant.

En juillet, environ 1 300 migrants nicaraguayens ont été bloqués à diverses frontières dans des conditions précaires, pour des périodes allant de 10 à 30 jours, en attendant l’autorisation de retourner dans leur pays d’origine. Le HCDH a également reçu des rapports de migrants ayant dû traverser la frontière à des points de passage clandestins en raison de retards ou de l’impossibilité de pouvoir se payer un test récent de dépistage de la COVID-19 obligatoire.

Plusieurs organisations de femmes ont fait état d’une augmentation du nombre de féminicides, 50 ayant été signalés au 31 août 2020, contre 44 à la même période l’année dernière.  En outre, 68 tentatives de féminicide ont été recensées, contre 52 au cours de la même période en 2019. À cet égard, les écarts par rapport aux données officielles, qui ne mentionnent que 11 féminicides entre le 1er février et le 7 août 2020, sont inquiétants, car ils indiquent un possible sous-enregistrement, ce qui nuirait également à l’adoption de mesures efficaces pour lutter contre ces crimes.

Les cas ayant un impact possible sur la liberté de la presse sont également préoccupants. Des procès pour calomnie et diffamation ont été ouverts contre deux journalistes, un homme et une femme. Je note également l’intimidation et le harcèlement par la police nationale des responsables et du personnel de deux stations de radio qui critiquent le Gouvernement à Bluefields et à León. Les récentes mesures fiscales imposées à trois médias, qui pourraient affecter leur continuité en tant que médias d’information, sont également préoccupantes.

La plupart des recommandations que j’avais formulées dans mon rapport de septembre 2019, dont celles concernant les réformes électorales et institutionnelles, n’ont pas encore été appliquées, perpétuant ainsi le sentiment d’impunité et entraînant de nouvelles violations.

J’exhorte à nouveau le Gouvernement à mettre en œuvre ces recommandations, en particulier dans la perspective des élections prévues pour novembre 2021.

J’exhorte également le Gouvernement à reprendre une coopération efficace avec le HCDH, notamment en autorisant une mission dans le pays en préparation du prochain rapport pour le Conseil.

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