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La COVID-19 et le droit au développement : nous sommes tous concernés

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17 septembre 2020

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Réunion-débat biennale sur le droit au développement

Déclaration de Michelle Bachelet, Haute-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme

45e session du Conseil des droits de l’homme

Le 17 septembre 2020

Excellences,
Chers collègues,
Chers amis,

Au-delà de l’urgence sanitaire, la COVID-19 est une grave crise humaine, profondément ancrée dans la discrimination et les inégalités.

Se laver constamment les mains, le télétravail et l’éloignement physique font à présent partie de notre quotidien. 

Ce n’est pas le cas de tout le monde.

Environ 2,2 milliards de personnes n’ont pas accès à l’eau potable et à l’assainissement ; des millions de gens sont sans abri et, pour beaucoup, l’éloignement n’est pas possible.

Bien que le virus représente un risque pour tous, il n’affecte pas tout le monde de la manière égale.

Les personnes en situation de vulnérabilité, dont les voix ont été systématiquement réduites au silence et dont les intérêts sont rarement servis, ont tendance à souffrir le plus des conséquences sanitaires et socioéconomiques de la COVID-19.

Les personnes qui vivent dans la pauvreté. Les personnes d’ascendance africaine et les membres de minorités raciales, ethniques et religieuses, dont les droits ont été trop longtemps bafoués par le racisme structurel. Les peuples autochtones. Les personnes handicapées Les personnes âgées, surtout celles dans des établissements de soins. Les migrants et les réfugiés. Les femmes, qui sont fortement concentrées dans le secteur informel et affectées de manière disproportionnée par les pertes d’emploi tout en continuant à s’occuper de leur famille. Les enfants qui ne peuvent pas aller à l’école et qui n’ont pas accès à l’éducation en ligne. 

Avec l’urgence climatique, la pandémie est la plus grave menace mondiale depuis des générations.

Le Secrétaire général a averti que « nous sommes face à la plus grave récession mondiale depuis la Seconde Guerre mondiale et à la chute des revenus la plus vertigineuse depuis 1870 ».

Le Programme alimentaire mondial a mis en garde contre des famines « aux proportions bibliques ».

Et alors que nous entamons cette Décennie d’action pour atteindre les objectifs de développement durable, nous risquons d’assister à la première augmentation de la pauvreté dans le monde depuis 1998, réduisant à néant des décennies de progrès et plongeant plus de 100 millions de personnes dans l’extrême pauvreté.

La COVID-19 a en effet touché « en plein cœur » le Programme 2030. 

Au cœur de chaque histoire, de chaque statistique, se trouve un être humain – une personne qui détient des droits inaliénables, y compris celui de participer au droit au développement, d’y contribuer et d’en jouir.

La pandémie a mis en évidence les injustices sociales à l’échelle mondiale, exacerbant les inégalités croisées et profondément ancrées au sein des pays – ainsi que leurs déséquilibres.

Les nations les plus pauvres sont confrontées à l’effondrement du secteur commercial, à la baisse des envois de fonds, à la fuite des capitaux et à la dépréciation des devises.
L’endettement prive de nombreux pays à revenu faible ou intermédiaire d’un quelconque répit, ce qui compromet leur capacité à lutter contre la crise et réduit leur marge de manœuvre budgétaire en faveur des droits économiques et sociaux, notamment en matière d’alimentation et d’eau, de santé et d’éducation.

Nous devons absolument combler les lacunes des systèmes de santé et de protection sociale – et renforcer notre résilience aux crises futures.

Nous devons nous attaquer aux inégalités, aux faiblesses institutionnelles et aux violations structurelles des droits de l’homme, ainsi qu’à la dégradation de l’environnement et à l’urgence climatique.

Pour cela, nous devons respecter les principes universels et garantir la participation de chacun.

Nous avons besoin des droits de l’homme, d’une responsabilité partagée et de la solidarité mondiale.

Et la solidarité est inhérente au droit au développement.

Née des aspirations communes de nations nouvellement indépendantes, la Déclaration sur le droit au développement a fait du développement un droit pour toutes les personnes et tous les peuples, et est fondée sur leur participation active, libre et significative à son processus et sur une répartition équitable des avantages qui en résultent. Localement et à l’échelle mondiale. Pour les générations actuelles et futures.

Comme l’a souligné le Secrétaire général, la lutte contre la pandémie requiert « davantage de solidarité » avec les populations du monde, en particulier les plus vulnérables.
Elle nécessite un multilatéralisme renouvelé, une volonté politique et une direction forte à tous les niveaux.
Et elle exige des politiques audacieuses ainsi qu’un soutien financier et technique aux pays et aux communautés dans le besoin, notamment par le biais d’un allégement urgent de la dette.

Chacun doit pouvoir bénéficier des mesures engagées et des efforts de reprise, y compris des progrès scientifiques et technologiques. Le vaccin contre la COVID-19 doit à tout prix être un bien public mondial. J’appelle la communauté internationale à s’entendre sur des mesures permettant aux pays pauvres et vulnérables de mobiliser des ressources pour répondre aux besoins fondamentaux de leurs populations.
Nous devons renouveler le partenariat mondial et la coopération internationale, y compris les initiatives Sud-Sud, en faisant en sorte que tous les pays puissent faire entendre leur voix sur un pied d’égalité.

Tous les droits de l’homme sont universels, indivisibles, interdépendants et liés entre eux – ils devraient faire partie intégrante des projets, programmes et politiques des pays dans la mise en œuvre des objectifs de développement durable. Le droit au développement ne fait pas exception.

Chers collègues,

Se rétablir de la COVID-19, c’est avoir la chance de renverser les cycles de pauvreté et d’inégalités qui perdurent.

Pour reconstruire en mieux, il faut arrêter de regarder ailleurs.

Je me joins à l’appel du Secrétaire général pour un « nouveau contrat social et une nouvelle donne mondiale porteurs d’égalité des chances pour tous et de respect des droits et des libertés de chacun. »

Renouvelons notre engagement envers les principes qui ont permis à « Nous, les peuples » de nous unir il y a 75 ans, pour faire avancer la justice et la paix, les droits de l’homme et le développement.

Ensemble, nous pouvons les faire fonctionner pour tous. En conjuguant nos efforts, en partageant de bonnes pratiques et en défendant tous les droits de l’homme pour tous.

Merci.

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