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Exposé de la situation des droits de l’homme en République bolivarienne du Venezuela

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25 septembre 2020

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Michelle Bachelet, Haute-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme

45e session du Conseil des droits de l'homme

Genève, le 25 septembre 2020

Madame la Présidente,

Cet exposé couvre la période du 2 juillet à aujourd'hui. 

Lors de mon intervention devant le Conseil le 14 septembre, j'ai reconnu en point 2 les mesures positives prises récemment par le Gouvernement du Venezuela, telles que la grâce de 110 personnes et la libération de 40 individus, ainsi qu'une coopération accrue avec le HCDH. Nous continuerons à fournir une assistance technique au Gouvernement.

Le HCDH a relevé de nouveaux cas de répression de manifestations pacifiques dans le cadre de l'état d'urgence en vigueur depuis mars, y compris l'arrestation de manifestants qui protestaient contre les bas salaires et les petites retraites, les lacunes des services publics et la pénurie de carburants.  Nous avons été informés du décès de deux manifestants à Anzoátegui et Zulia, qui auraient été tués par les forces de sécurité. Le Bureau du procureur général a lancé des enquêtes afin de clarifier la situation.

En outre, nous avons observé des restrictions à la liberté d'expression, notamment l'application d'une législation interdisant les discours haineux, des attaques contre les défenseurs des droits de l'homme, ainsi que des agressions et des arrestations visant des journalistes.

Je reconnais les efforts menés par les autorités en faveur des migrants vénézuéliens revenant dans le pays. Toutefois, je suis préoccupée par les discours stigmatisants de certaines autorités qui accusent ceux qui reviennent illégalement dans le pays de faire circuler la COVID-19 au Venezuela.

Je reconnais la mise en œuvre des protocoles de biosécurité liés à la COVID-19 dans les centres de détention. Je plaide à nouveau pour une amélioration substantielle des conditions de santé, de l'accès à l'eau, à la nourriture et aux médicaments, pour la garantie d'un contact régulier avec la famille et les avocats, que ce soit physiquement ou par téléphone, ainsi que pour l'exploration de mesures alternatives à la privation de liberté.

Selon plusieurs associations professionnelles, 33 % des décès liés à la COVID-19 sont des travailleurs sanitaires, principalement en raison du manque d'équipement de biosécurité et d'eau dans les hôpitaux. 

La pandémie est venue se greffer à d'autres urgences préexistantes, comme l'urgence alimentaire. Selon Caritas, le taux de malnutrition aiguë chez les enfants a atteint 15 % en juillet 2020.  Elle a également indiqué que de plus en plus de familles se tournent vers des stratégies de survie, notamment en arrêtant de manger pour qu'un autre membre de la famille puisse se nourrir.

Des sanctions supplémentaires sur les exportations de carburant pourraient aggraver encore la pénurie d'essence déjà critique et entraver la distribution de l'aide humanitaire et des biens de première nécessité.

Je souhaite réitérer mon appel à la levée des sanctions économiques afin de faciliter la distribution des ressources pendant la pandémie.

Je suis inquiète au sujet du nombre élevé de jeunes morts dans les quartiers défavorisés à la suite des opérations de sécurité. Selon une analyse faite à partir de sources d'information en accès libre, le HCDH a relevé 711 décès entre juin et août, ce qui porte à plus de 2 000 le nombre de décès dans le pays depuis janvier 2020.

Je me félicite de l'arrestation de cinq membres des forces d'action spéciale (FAES), vraisemblablement responsables de la mort de deux personnes à Zulia le 21 août. Les déclarations publiques du procureur général sur cette affaire montrent un schéma similaire à celui identifié par le HCDH, selon lequel, après avoir exécuté les victimes déjà neutralisées, les forces de sécurité volent ces dernières et falsifient les preuves pour présenter les faits comme une confrontation. 

Le Bureau du procureur général a indiqué que 70 agents des FAES ont été récemment inculpés dans différents États du pays.

Je suis préoccupée par les décisions de la Cour suprême de justice qui entravent la liberté de sept partis politiques de choisir leurs représentants et la nomination non consensuelle des membres du Conseil électoral national, le CNE. Je suis également préoccupée par la modification par le CNE du mécanisme de sélection des représentants autochtones à l'Assemblée nationale et par les changements apportés au système électoral et à la composition de l'Assemblée nationale elle-même, sans processus de consultation inclusif préalable.

Il est crucial que l'espace civique et démocratique soit protégé dans les prochains mois et que tous ceux qui sont encore arbitrairement privés de leur liberté pour avoir exercé leurs droits continuent d'être libérés. J'appelle à la poursuite des travaux sur la mise en place d'accords afin d'obtenir les conditions nécessaires à l'élaboration de processus électoraux crédibles, libres et équitables.

Merci.


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