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Les athlètes handicapés devraient bénéficier du même niveau de soutien que tous les autres athlètes, afin qu'ils puissent eux aussi exceller, plaide Michelle Bachelet

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5 mars 2021

APRÈS-MIDI

5 mars 2021

Les athlètes handicapés devraient bénéficier du même niveau de soutien que tous les autres athlètes, afin qu'ils puissent eux aussi exceller, a plaidé Michelle Bachelet, Haute-Commissaire aux droits de l’homme, à l’occasion du débat annuel sur les droits des personnes handicapées que tenait cet après-midi le Conseil des droits de l’homme et qui avait pour thème cette année « la pratique des sports dans le contexte de l'article 30 de la Convention relative aux droits des personnes handicapées ».

Mme Bachelet a recommandé que les entreprises et les institutions des secteurs du tourisme, des loisirs et du bien-être bénéficient de conseils, d'encouragement et de réglementation pour devenir plus inclusives et accessibles aux personnes handicapées.  Elle a également invité les États Membres à veiller à ce que les enfants handicapés puissent jouer et faire du sport avec d'autres enfants, à l'école et en dehors de l'école. 

Ont ensuite fait des exposés en tant que panélistes : M. Gerard Quinn, Rapporteur spécial sur les droits des personnes handicapées ; Mme Rita van Driel, membre du conseil d'administration du Comité international paralympique ; M. Jaime Cruz Juscamaita, athlète péruvien handicapé, membre de l’organisation Inclusion International ; et Mme Bodour Al Meer, Directrice du développement durable au Comité suprême pour les projets et l'héritage de la coupe du monde de la FIFA au Qatar en 2022.

M. Quinn a notamment relevé que les femmes et les filles handicapées sont sous-représentées dans le sport par rapport aux hommes et aux garçons, qu’elles y sont exposées de manière disproportionnée à la violence et que la même sous-représentation (dans le sport) affecte les personnes âgées handicapées et les personnes handicapées autochtones. 

Mme Van Driel a quant à elle estimé que le meilleur moyen d'engager le monde vers l’autonomisation des personnes handicapées, c’est à travers les Jeux paralympiques. 

M. Cruz Juscamaita a plaidé pour que les enseignants soient préparés à ne pas avoir peur d’inclure les enfants handicapés. 

Mme Almeer a pour sa part souligné que l’objectif de la coupe du monde de football de 2022 au Qatar est d’« offrir une expérience de tournoi inclusive qui soit accueillante, sûre et accessible à tous ».

Suite à ces interventions, de nombreuses délégations* ont pris part au débat. 

En début de séance, le Conseil a rejeté – par un vote de 31 voix contre, 6 pour et 9 abstentions – une proposition de suspension des travaux du Conseil faisant suite aux objections de la Fédération de Russie à la décision prise ce matin d’annuler la présentation et l’examen des rapports du Rapporteur spécial sur le droit à la vie privée (voir notre communiqué de ce matin).

 

Lundi matin, à 10 heures, le Conseil poursuivra son dialogue avec la Rapporteuse spéciale sur la situation des défenseurs des droits de l’homme, entamé ce matin, avant d’engager son dialogue avec le Rapporteur spécial sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.

 

Débat annuel sur les droits des personnes handicapées

MME NAZHAT SHAMEEM KHAN, Présidente du Conseil des droits de l’homme, a ouvert le débat en indiquant qu’il porte, cette année, sur « la pratique des sports dans le contexte de l’article 30 de la Convention relative aux droits des personnes handicapées ».

Documentation

Le Conseil est saisi d’un rapport du Haut-Commissariat aux droits de l’homme (A/HRC/46/49) donnant un aperçu de l’obligation qui incombe aux États parties, au regard de l’article 30 de la Convention relative aux droits des personnes handicapées, de garantir que les personnes handicapées puissent participer, dans des conditions d’égalité avec les autres, à des activités récréatives et sportives et à des activités de loisir ordinaires ou spécifiques, dans des lieux propres à accueillir des activités sportives, récréatives et touristiques et dans le cadre du système éducatif.  Ce rapport contient des lignes directrices pour la mise en place d’activités physiques et sportives inclusives et adaptées à l’intention des personnes handicapées, selon une approche fondée sur les droits de l’homme, ainsi que des recommandations visant à aider les États à respecter les obligations mises à leur charge par le droit international des droits de l’homme.

Déclaration liminaire

MME MICHELLE BACHELET, Haute-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, a souligné que la réalisation de l'égalité d'accès pour tous aux sports et aux activités physiques nécessitera une bonne planification.  Elle a recommandé que les entreprises et les institutions des secteurs du tourisme, des loisirs et du bien-être bénéficient de conseils, d'encouragement et de réglementation pour devenir plus inclusives et accessibles aux personnes handicapées.  La Haute-Commissaire a aussi invité les États membres à veiller à ce que les enfants handicapés puissent jouer et faire du sport avec d'autres enfants, à l'école et en dehors de l'école. 

Mme Bachelet a insisté sur le fait que les Jeux paralympiques attiraient de manière spectaculaire l'attention sur les performances sportives des personnes handicapées.  Les athlètes handicapés devraient bénéficier du même niveau de soutien que tous les autres athlètes, afin qu'ils puissent eux aussi exceller, a plaidé la Haute-Commissaire.  Le Haut-Commissariat aux droits de l’homme collabore avec le Comité international paralympique, a-t-elle précisé.

La Haute-Commissaire a ensuite indiqué que le Haut-Commissariat avait adopté sa première stratégie en matière de droits des personnes handicapées, qui s'appliquera à l'ensemble de ses opérations et programmes.  Le Haut-Commissariat a aussi publié des conseils et outils pratiques (en anglais) pour garantir que les objectifs de développement durable soient atteints pour les personnes handicapées.

Enfin, la Haute-Commissaire s’est dite déterminée à renforcer l’action du Haut-Commissariat pour intégrer les droits des personnes handicapées dans les ripostes nationales et mondiales à la COVID-19.  Dans le cadre des campagnes de vaccination, de la protection des droits socioéconomiques, des mesures de soutien ou encore de la reconstruction après la pandémie, le Haut-Commissariat « continuera de défendre des pratiques non discriminatoires qui reflètent les réalités spécifiques et les droits des personnes handicapées », a assuré Mme Bachelet.

Exposés des panélistes

M. GERARD QUINN, Rapporteur spécial sur les droits des personnes handicapées, a d’abord fait observer que le sport permettait d’exprimer le même esprit qui brille dans chaque être humain, quelle que soit sa différence.  En outre, le sport est par essence social : en pratiquant un sport, nous appartenons à la société, a souligné le Rapporteur spécial.  Cette « éthique d'appartenance » est cruciale, car loin d’être seulement un sous-produit de l'inclusion et de la participation, elle va à l'essentiel, a-t-il insisté. 

M. Quinn a ensuite attiré l’attention sur deux questions directement liées à la vision qu’il a de son mandat.  Il a d’une part souligné que les femmes et les filles handicapées sont sous-représentées dans le sport par rapport aux hommes et aux garçons, et qu’elles y sont exposées de manière disproportionnée à la violence.  La même sous-représentation [dans le sport] affecte les personnes âgées handicapées et les personnes handicapées autochtones, a-t-il ajouté.  M. Quinn a d’autre part salué l'accent mis dans le rapport sur le sport dans les actions humanitaires après les conflits.  Le sport peut en effet souder les communautés, renforcer leur résilience, donner à la prochaine génération un sentiment d'espoir et jeter les bases de la construction de la paix, a souligné le Rapporteur spécial.

MME RITA VAN DRIEL, membre du conseil d'administration du Comité international paralympique, a déclaré que la vision du Comité est de créer une société inclusive à travers le sport paralympique.  Elle s’est dite fermement persuadée que le changement commence par le sport et que le sport peut jouer un rôle important dans la promotion et l'accélération des objectifs de développement durable. 

Ainsi, a poursuivi Mme van Driel, le meilleur moyen d'engager le monde vers l’autonomisation des personnes handicapées, c’est à travers les Jeux paralympiques.  Largement considérés comme le troisième plus grand événement sportif au monde, les Jeux paralympiques attirent des milliards de téléspectateurs dans le monde, contribuant ainsi à faire tomber les barrières et à favoriser le changement social, a-t-elle fait valoir.

Grâce à des performances athlétiques exceptionnelles et à une couverture médiatique mondiale croissante, les Jeux paralympiques sont une plate-forme pour changer les attitudes à l'égard du handicap et, surtout, susciter de nouvelles vocations, a insisté Mme van Driel.  Selon une enquête, a-t-elle souligné, une personne sur trois en Grande-Bretagne - soit 20 millions de personnes - a changé d'attitude à l'égard du handicap après les Jeux paralympiques.

M. JAIME CRUZ JUSCAMAITA, athlète péruvien handicapé, membre de l’organisation Inclusion International, a parlé de son expérience de l'éducation physique inclusive à l'école.  Il a remarqué que les professeurs d'éducation physique sont souvent les premiers à empêcher les enfants handicapés de participer à des activités sportives parce qu'ils pensent qu’ils en sont incapables ; les enseignants doivent donc être préparés à ne pas avoir peur d’inclure les enfants handicapés.

M. Cruz Juscamaita a expliqué que son professeur de sport l’avait invité à participer à une présélection pour le basket, au vu de sa compétence et pensant que ce serait une bonne expérience aussi pour les autres élèves, qui pourraient ainsi mieux connaître des jeunes handicapés.  « Pratiquer des sports inclusifs avec d'autres m'a aussi aidé à me sentir plus sûr de moi et m'a montré que je pouvais me fixer de nouveaux défis, comme apprendre à surfer », a ajouté M. Cruz Juscamaita. 

L’athlète péruvien a recommandé aux personnes handicapées de faire de l'exercice physique avec d'autres personnes, en particulier parce qu’il s’agit d’un moyen de contrer les préjugés et les stéréotypes (à l’égard des personnes handicapées).  L’école, quant à elle, doit encore surmonter certains obstacles, comme par exemple le fait que les enfants handicapés ne disposent pas de vestiaires adaptés, a-t-il ajouté. 

MME BODOUR AL MEER, Directrice du développement durable au Comité suprême pour les projets et l'héritage (ou comité d’organisation) de la coupe du monde de la FIFA au Qatar en 2022, a déclaré que l’objectif du comité d’organisation était que chaque personne handicapée vive une expérience sûre, digne et aussi indépendante que possible.  Mme Al Meer a décrit les mesures de soutien aux personnes handicapées mises en place (pour la coupe du monde de football de 2022) à toutes les étapes, de l’achat des billets à l'hébergement, en passant par l’accès aux toilettes et aux transports.  Quant aux stades, ils disposent de toutes les installations nécessaires pour que toutes et tous puissent « vivre une expérience formidable » – y compris grâce à l'assistance d'un personnel et de bénévoles spécialement formés, a-t-elle ajouté. 

L’objectif pour cette coupe du monde est d’« offrir une expérience de tournoi inclusive qui soit accueillante, sûre et accessible à tous », a insisté Mme Al Meer.  Pour cela, a-t-elle indiqué, les pouvoirs publics travaillent en étroite collaboration avec les parties prenantes afin d'améliorer les infrastructures ainsi que les services.  Parmi ces parties prenantes, figure le Forum de l'accessibilité, composé de 80 personnes issues de 25 organisations et dont les membres sont eux-mêmes handicapés ou représentent des organisations locales de personnes handicapées. 

Mme Al Meer a insisté sur le fait que les dispositions prises dans le cadre de la coupe du monde auraient des conséquences positives à long terme pour toutes les personnes handicapées au Qatar.

Aperçu du débat

De nombreuses délégations ont indiqué être pleinement engagées à mettre en œuvre les dispositions de la Convention relative aux droits des personnes handicapées.  Beaucoup ont dit accorder la priorité à la promotion et la protection des droits des personnes handicapés dans leurs politiques nationales.  Ont en outre été exposés plusieurs plans-cadres et autres initiatives d’envergure régionale visant à renforcer la mise en œuvre de la Convention. 

Cette Convention met un accent bienvenu sur la participation des personnes handicapées aux activités sportives et de loisir, ont rappelé de nombreuses délégations.  Les avantages du sport sur la santé et le bien-être de tous sont indéniables, ont-elles souligné.  Cependant, les personnes handicapées, qui représentent 15% de la population mondiale, rencontrent des difficultés à pratiquer une activité sportive, ont-elles regretté. 

De nombreuses délégations ont présenté les plans d’action mis en œuvre à l’échelon national dans leur pays pour promouvoir la pratique du sport et l’accès aux activités culturelles pour les personnes handicapées.  Ont également été mises en avant les compétitions sportives régulièrement organisées au niveau régional pour les athlètes handicapés afin de promouvoir la pratique du sport parmi ces personnes. 

Plusieurs délégations ont plaidé pour que les Etats prennent des mesures sexospécifiques afin de permettre la pratique du sport pour les femmes et les filles handicapées, observant que ce sont en effet les premières exclues de ce type d’activités. 

Plusieurs délégations ont déploré les conséquences disproportionnées de la pandémie actuelle de COVID-19 sur les personnes handicapées, eu égard notamment aux restrictions imposées à la pratique des activités sportives et récréatives et au fait que la pandémie a rendues ces personnes plus vulnérables encore. 

Le sport doit être un moyen d’insertion dans la société pour les personnes handicapées, ont insisté plusieurs délégations. 

* Liste des intervenants : Organisation des Etats américains, Malaisie (au nom de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est - ANASE), Lituanie (au nom des pays nordiques et baltes), Guyana (au nom de la Communauté des Caraïbes - CARICOM), Mexique (au nom du Groupe des pays latino-américains), Thaïlande (au nom d’un groupe de pays), Bahreïn (au nom des pays du Conseil de coopération du Golfe), Union européenne (au nom de l’Union européenne et du Mouvement des pays non alignés), Union européenne, Israël, Grèce, Monaco, Mauritanie, Brésil, France, Ordre souverain de Malte, Îles Marshall, Ouganda, Bulgarie, Serbie, Vanuatu, Jamaïque, Fonds des Nations Unies pour l’enfance, Egypte, Conseil national des droits de l’homme du Maroc, Women (Arrow), International Disability Alliance, Alliance globale des institutions nationales des droits de l’homme (GANHRI), Associazione Comunita Papa Giovanni XXIII, Sikh Human Rights Group.

Remarques de conclusion des panélistes

M. QUINN a insisté sur l’importance de la Convention relative aux droits des personnes handicapées.  Il a en outre souligné que les événements sportifs jouaient un rôle positif pour que les différentes catégories de population apprennent à se connaître.  Le Rapporteur spécial a ensuite salué les initiatives de groupes régionaux d’États visant à aider les personnes handicapées à faire du sport.

MME VAN DRIEL a fait observer que nous avons tous un rôle à jouer pour lever les obstacles qui empêchent les personnes handicapées de pratiquer des sports.  Elle a appelé les États à collaborer, pour ce faire, avec les comités paralympiques régionaux.  L’attitude envers les personnes handicapées peut évoluer grâce aux sports, a assuré Mme van Driel.

M. CRUZ JUSCAMAITA a souligné que l’éducation inclusive dont il a bénéficié lui avait permis de se faire de nombreux amis et de participer à de nombreux tournois et matches.  Mais les sportifs handicapés n’ont pas toujours la possibilité de participer à des compétitions de haut niveau, a-t-il regretté.

MME AL MEER a déclaré que l’intégration des personnes handicapées était une priorité pour les autorités de son pays.  Elle a assuré que le Qatar ne ménagerait aucun effort pour assurer la participation des personnes handicapées dans le contexte de la coupe du monde en 2022.

Lien : https://www.ungeneva.org/fr/news-media/meeting-summary/2021/03/les-athletes-handicapes-devraient-beneficier-du-meme-niveau-de

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