" Le logement fait partie des droits de l’homme, ce n’est pas seulement un bien. "


Pour Leilani Farha, le logement est la plus grande problématique du XXIe siècle.

Vue sur la favela surpeuplée proche des immeubles et des quartiers résidentiels sur la côte de Rio de Janeiro (Brésil) © EPA/Barbara WaltonLa Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur le logement convenable affirme qu’il existe une véritable crise mondiale du logement. Cette crise, alimentée par les spéculations financières, rend les loyers et l’accès à la propriété hors de portée de beaucoup, surtout dans les villes.

" Dans le nouveau modèle financiarisé, le logement n’est pas considéré comme un foyer ou un lieu où les familles grandissent, où l’on se crée des souvenirs. Le logement est un actif. C’est un moyen de placer ses capitaux ", déclare-t-elle.

Pour faire face à cette situation, Leilani Farha, en collaboration avec le HCDH et l’organisation CGLU (Cités et gouvernements locaux unis, un réseau mondial de villes), a lancé l’initiative The Shift, qu’elle définit comme un mouvement destiné à revendiquer le droit fondamental au logement et à le mettre en application. Dans le cadre de cette initiative, plusieurs gouvernements locaux, ONG et particuliers travaillent ensemble pour faire évoluer le discours actuel sur le logement en tant que moyen de placer des capitaux et de réaliser des profits, et pour faire en sorte que le logement redevienne un droit fondamental.

" Nous essayons de construire un mouvement mondial multipartite où chacun défend l’idée que le logement fait partie des droits de l’homme, et veut revendiquer à nouveau ce droit ", a-t-elle déclaré.

Kate Gilmore, Haute-Commissaire adjointe des Nations Unies aux droits de l’homme, affirme que les villes peuvent déshumaniser les citoyens, et que le logement peut soit y contribuer, soit inverser la tendance. Elle appelle à une urbanisation intentionnelle visant à éliminer les inégalités et la discrimination, une priorité pour les responsables dans le domaine du logement.

" Un changement majeur doit se produire : il faut s’éloigner du concept du logement en tant qu’instrument de planification urbaine et réaliser que le logement est un droit fondamental car il permet d’humaniser et rendre la dignité à des personnes dans le monde entier ", a déclaré Mme Gilmore lors du lancement du programme The Shift à Barcelone en novembre 2017.

Le logement comme source de revenus

Selon Leilani Farha, le logement est un bien, et les fonds de pension et les institutions financières y investissent de plus en plus pour accroître leurs profits. L’immobilier résidentiel représente le plus gros marché au monde, avec une valeur de 163 billions de dollars américains, soit trois fois le produit intérieur brut mondial. Le logement est un moyen de placer et de faire fructifier les capitaux des actionnaires.

Comment ces capitaux augmentent-ils ? C’est grâce à la montée des prix et des loyers, explique Mme Fahra. Elle souligne que certaines sociétés financières se lancent dans ce qu’elles considèrent comme des zones " sous-évaluées ", y achètent des logements, effectuent des réparations minimes et augmentent ensuite les loyers à un taux que les locataires ne peuvent se permettre.

 " Cela ne profite pas aux locataires dont les revenus restent relativement stables. C’est un problème qui relève des droits de l’homme, car le droit au logement est évidemment lié à la sécurité et à l’accès à une habitation abordable pour ceux qui essaient de vivre dans ce logement. "

Les conséquences sont dramatiques. Les gens se retrouvent loin de leur lieu de travail et de leurs réseaux sociaux. Les familles sont expulsées car elles ne peuvent pas payer leur loyer ou rembourser leur hypothèque. Et beaucoup d’entre eux se retrouvent à la rue. Le nombre de sans-abris a nettement augmenté dans la plupart des pays.

Selon Leilani Farha, chacun peut aider à faire en sorte que la question du logement relève à nouveau du domaine des droits de l’homme. Par exemple, ceux qui cotisent à une caisse de retraite peuvent vérifier où vont leurs cotisations et indiquer clairement s’ils ne veulent pas que cet argent soit investi dans des transactions immobilières aidant à privatiser le parc de logements sociaux ou entraînant des loyers inabordables et des évictions.
 
" C’est déjà le cas en ce qui concerne les questions environnementales... où nous demandons aux caisses de retraite de ne pas investir dans des projets qui nuisent à l’environnement ", ajoute-t-elle. " La même chose est possible pour le logement. "

22 mars 2019

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