Les droits de l’homme au cœur des objectifs de développement durable grâce à l’intelligence artificielle


Vue aérienne d’une foule connectée par des lignes © Orbon Aliyah, Getty Images

Comment gérer une quantité croissante de directives liées aux droits de l’homme, dont presque 180 000 observations et recommandations individuelles issues de divers mécanismes des droits de l’homme des Nations Unies, et garantir un accès facile pour tous, y compris le public, les gouvernements, les ONG et les organismes des Nations Unies ? Comment peut-on également veiller à ce que ces directives aient un impact réel et positif sur les droits de l’homme à travers le monde ?

Pour répondre à ces questions, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) a choisi d’établir un partenariat avec l’Institut danois des droits de l’homme et Specialisterne, une entreprise sociale qui travaille avec des consultants présentant des troubles du spectre de l’autisme et capables de résoudre des problèmes de données complexes.

Lorsque les objectifs de développement durable ont été adoptés en 2015, le HCDH a notamment décidé de mettre à disposition des directives liées aux droits de l’homme afin d’éclairer les politiques nationales requises pour mettre en œuvre ces objectifs.

Ainsi, l’Index universel des droits de l’homme, qui est la base de données sur les droits de l’homme la plus importante et la plus complète au monde et qui a pour fonction de regrouper des directives tirées des différents mécanismes internationaux des droits de l’homme, fonctionne aujourd’hui grâce à l’intelligence artificielle et montre les liens entre ces directives et les objectifs de développement durable.

Auparavant, les dizaines de milliers d’observations et de recommandations de l’Examen périodique universel, des organes conventionnels et des procédures spéciales étaient étiquetées manuellement, le personnel du HCDH passant des heures, des jours, des semaines, voire des mois à analyser et à saisir les informations nécessaires.

Bien que l’intelligence artificielle remplace progressivement ces efforts, Mahamane Cissé-Gouro, directeur de la Division des mécanismes relevant du Conseil des droits de l’homme et des instruments relatifs aux droits de l’homme du HCDH, explique que « même si nous nous attendons à économiser des milliers d’heures de travail manuel, les experts des droits de l’homme continueront d’effectuer des contrôles de qualité à chaque étape, ce qui à son tour permettra d’affiner la précision de l’algorithme ».

Un but commun pour des droits de l’homme plus accessibles

Le partenariat du HCDH avec l’Institut danois des droits de l’homme et Specialisterne, qui a débuté en 2017, a permis d’apporter une grande diversité de compétences, de connaissances et d’approches.

« Il s’agit d’une quantité d’informations qu’aucun être humain ne pourrait traiter », a expliqué Brigitte Feiring, directrice des droits de l’homme et du développement durable à l’Institut danois des droits de l’homme. « En regroupant ces trois organisations très différentes, notre but commun est de rendre les droits de l’homme plus accessibles aux titulaires de droits, et de les aider à inciter les gouvernements à rendre des comptes. »

Selon elle, ce nouvel algorithme facilite grandement l’analyse, la programmation et la planification des informations relatives aux droits de l’homme pour les gouvernements. « Lorsque les gouvernements doivent par exemple concevoir un projet de développement durable ou des mesures de relance durable face à la COVID-19, ils peuvent découvrir en quelques clics les problèmes auxquels sont confrontés les personnes âgées, ou les obstacles liés à l’accès aux soins de santé et aux vaccins. Ils sont également aiguillés vers des solutions tirées des recommandations formulées dans le cadre des divers mécanismes des droits de l’homme. »

Qui est à l’origine de cet algorithme ?

C’est le physicien Niels Jørgen Kjær qui a développé cet algorithme, appelé « TextClassify ». Travaillant auparavant en tant que physicien des hautes énergies au CERN (Organisation européenne pour la recherche nucléaire), il met désormais son expertise au service de Specialisterne.

« La plus grande difficulté avec cet algorithme a été de pouvoir l’utiliser avec de très grands ensembles de données », a-t-il expliqué.

Le facteur décisif a été pour lui la conception d’un algorithme de tri multidimensionnel rapide appelé « Mahjong ». Mahjong évalue une étape d’optimisation en environ dix microsecondes et effectue des tests sur des millions de combinaisons de mots possibles.

En résulte un algorithme que Niels Jørgen Kjær décrit comme pouvant « traiter des millions d’extraits de texte et des milliers de catégories, tout en exécutant toutes ces opérations en quelques secondes sur un PC ».

La contribution cruciale des personnes présentant des troubles du spectre de l’autisme

Specialisterne se décrit elle-même comme une « entreprise innovante sur le plan social », où la majorité du personnel a été diagnostiquée comme faisant partie du spectre autistique. Cette entreprise a été fondée en 2003 dans le but de fournir de meilleures possibilités d’emploi et conditions de travail aux talents faisant preuve de neurodiversité.

Pour son directeur général Carsten Lassen, les personnes autistes trouvent souvent des solutions créatives et adoptent des perspectives originales en matière de résolution de problèmes dans un environnement de travail favorable.

« J’entends souvent les autistes expliquer que leur cerveau marche comme un algorithme, dans le sens où il a tendance à fonctionner de façon plus binaire qu’un cerveau neurotypique : si ce n’est pas totalement juste, c’est faux. C’est exactement de cette manière que sont construits les algorithmes et c’est le fondement de tout programme », a indiqué M. Lassen.

Que fait l’algorithme ?

Grâce à ce nouvel algorithme, il est désormais possible d’identifier facilement les manières dont les directives relatives aux droits de l’homme peuvent encourager la mise en œuvre des objectifs de développement durable par pays, par thème ou par groupe de personnes.

L’Index universel des droits de l’homme montre les liens concrets entre les recommandations individuelles tirées des mécanismes du HCDH et les 169 cibles du Programme 2030.

« Les innovations développées par nos partenaires nous ont été d’une grande aide », a déclaré Mahamane Cissé-Gouro. « L’apprentissage automatique peut améliorer considérablement l’efficacité et nous permettre d’analyser et de présenter le travail des mécanismes en matière de droits de l’homme de manière plus accessible et visuelle. »

Une grande transparence

« Nous sommes fiers de participer à un projet qui nous permet de montrer le potentiel de cette technologie pour promouvoir le travail en faveur des droits de l’homme », a ajouté M. Cissé-Gouro. « Nous sommes particulièrement heureux que l’algorithme que nous utilisons ait été conçu de manière à offrir un degré élevé de transparence et à permettre un contrôle humain important. »

Et à l’avenir ? Le HCDH continuera à élargir son champ d’action grâce à cet algorithme.

Le 10 mars 2021

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