« Une lutte entre tolérance et intolérance »


Dans son dernier rapport, le Rapporteur spécial sur les droits à la liberté de réunion pacifique et d’association, Maina Kiai, souligne les incidences négatives de différentes formes de fondamentalisme.

« Si les droits à la liberté de réunion pacifique et d’association sont si essentiels, c’est en partie parce qu’ils jouent un rôle crucial dans la promotion du pluralisme. Ils fournissent un cadre pour tous – notamment ceux qui sont marginalisés – pour se mobiliser, s’organiser et œuvrer pour le changement de façon pacifique », a indiqué l’expert. « Malheureusement, ces droits sont menacés dans de nombreuses régions du monde aujourd’hui ».

Lors de la présentation de son rapport au Conseil des droits de l’homme, à Genève, M. Kiai a souligné que le monde assistait à « une lutte entre tolérance et intolérance », qui met en danger la stabilité démocratique des États et ne laisse aux personnes qui sont en marge de la société pas d’autres choix que de recourir à la violence pour faire entendre leurs voix.

« Les habitants du monde parlent 7 000 langues, pratiquent 270 grandes religions, vivent dans 193 États membres de l’ONU et appartiennent à des milliers de cultures. Mais nous n’avons qu’une planète », a rappelé le Rapporteur spécial. « Nous ne serons pas toujours d’accord. Mais la tolérance à l’égard de nos différences est la seule façon de s’assurer qu’elles ne débouchent pas sur la violence, l’oppression et le conflit. »

Pour M. Kiai, le fondamentalisme devrait être compris comme tout mouvement qui milite pour l’adhésion dogmatique à un ensemble de croyances ou de principes « ne laissant aucune place pour la différence ».

Il a décrit dans un premier temps le « fondamentalisme du marché libre », que des États tels que l’Australie et le Canada promeuvent au nom de la stabilité économique et financière en promulguant des lois qui réduisent au silence ceux qui s’opposent à la primauté du profit commercial.

Le fondamentalisme politique exige une adhésion dogmatique aux partis officiels ou l’allégeance à certains dirigeants politiques. M. Kiai a rappelé que la finalité principale des droits à la liberté de réunion et d’association était de préserver la possibilité pour les personnes d’exprimer pacifiquement leurs griefs et leurs doléances aux dirigeants politiques.

« Cela peut menacer le maintien au pouvoir du Gouvernement, mais cela ne doit pas être confondu avec une menace à l’égard de l’État lui-même. Il s’agit dans le premier cas de l’exercice de la démocratie et, dans le dernier cas, de la manière dont les autocraties fonctionnent », a-t-il indiqué.

Le Rapporteur spécial a également relevé que le fondamentalisme religieux aujourd’hui prenait régulièrement la forme de l’extrémisme violent, ce qui représente l’un des dangers associés à cette forme de fondamentalisme. M. Kiai a souligné que ce phénomène avait été constaté dans les grandes religions du monde, telles que le bouddhisme, le christianisme, l’hindouisme, l’islam et le judaïsme.

Il a également exprimé sa préoccupation à l’égard des États qui sont « influencés par les fondamentalistes » et restreignent la liberté de pratiquer la religion de son choix. « De fait, l’athéisme est illégal dans 19 États et est passible de la peine de mort dans 13 d’entre eux », a-t-il précisé.

23 juin 2016

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