Le combat des défenseurs brésiliens des droits environnementaux pour la reconnaissance et la justice


" Aujourd’hui, en Amérique latine, nous avons subi une énorme régression. Personne n’est en sécurité ", a déclaré le Brésilien Moises Borges.

Des fleurs et des croix artisanales sont déposées pour les victimes de la rupture du barrage de Vale, au Brésil. © Isis MedeirosMoises Borges est membre du Movimento dos Atingidos por Barragems (MAB, mouvement des personnes affectées par les barrages), un mouvement né au Brésil qui lutte pour les droits des communautés touchées par les barrages. M. Borges et Leticia Oliveira, qui fait également partie du MAB, étaient récemment à Genève pour rencontrer des membres de la communauté internationale des droits de l’homme afin de faire prendre conscience du sort des victimes de la rupture récente du barrage de Brumadinho, dont le bilan se chiffre à au moins 214 morts et 91 disparus.

" Les risques pour les militants au Brésil et en Amérique latine sont importants. Nous essayons donc de travailler collectivement, pour que personne n’agisse seul ", a expliqué Leticia Oliveira.

Les défenseurs des droits de l’homme, en particulier ceux qui défendent les droits environnementaux, sont dans la ligne de mire et font l’objet d’une violence croissante. Le 21 mars dernier, Dilma Ferreira Silva, défenseuse des droits de la personne et coordinatrice régionale du MAB à Tucuruí, a été tuée aux côtés de son mari Claudionor Costa da Silva et de Hilton Lopes, une connaissance de la famille, dans un village rural de la municipalité de Baião dans l’État du Pará au Brésil. Le Bureau régional du Haut-Commissariat pour l’Amérique du Sud a publié une note condamnant ces meurtres et demandant des enquêtes impartiales, indépendantes et approfondies ainsi qu’une protection accrue des défenseurs des droits de l’homme au Brésil.

Selon le MAB, plus de 1,5 million de personnes sont affectées par les barrages au Brésil, que ce soit par des déplacements de population, des dégâts causés à l’environnement ou des accidents dus à la rupture de barrages. Moises Borges a rejoint le MAB lorsqu’il s’est rendu compte que sa propre famille était menacée par la construction d’un barrage mais que ses inquiétudes et ses droits n’étaient pas reconnus.

" À partir de là, j’ai commencé à comprendre qu’on nous imposait la construction de ces barrages, donc je me suis impliqué pour essayer de créer un monde meilleur et éviter que d’autres personnes ne se retrouvent dans la même situation que nous " a-t-il expliqué.

Leticia Oliveira a elle aussi été affectée par la construction des barrages. Son objectif en tant que membre du MAB est de mieux faire comprendre les liens qui existent entre la communauté, l’environnement et la situation économique.

" Nous devons trouver une nouvelle façon de réorganiser la société pour pouvoir résoudre les problèmes environnementaux et sociaux actuels, et le MAB est notre manière d’apporter notre contribution ", a-t-elle dit.

Le Conseil des droits de l’homme a reconnu les menaces croissantes qui pèsent sur les défenseurs des droits environnementaux. Lors de sa dernière session, qui s’est terminée le 22 mars dernier, le Conseil a adopté une résolution dans laquelle il s’est déclaré " gravement préoccupé par la situation dans laquelle se trouvent les défenseurs des droits de l’homme liés à l’environnement dans le monde entier et [a condamné] fermement les assassinats et toutes les autres violations des droits de l’homme et atteintes à ces droits commises [...] contre ces personnes. " Par cette résolution, le Conseil exhorte les États à prendre des mesures concrètes pour protéger et défendre ces militants, notamment en poursuivant les responsables de toute attaque ou menace.

Selon Moises Borges et Leticia Oliveira, qui assistent encore à des réunions en Europe et qui rentreront au Brésil à la fin du mois de mars, la mort de Dilma Ferreira Silva sert à leur rappeler que si le travail d’un défenseur des droits de l’homme liés à l’environnement est dangereux, cela ne les empêchera pas de continuer à se battre pour changer et protéger leurs communautés.

" Nous sommes attristés par le meurtre de Dilma, ont-ils déclaré ensemble, mais nous n’abandonnerons pas le combat, en son nom et contre toute forme d’injustice. "

26 mars 2019

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