COVID-19 et droits de l’homme


Une femme pousse une autre femme en fauteuil roulant dans la rue. Elles portent toutes deux un masque chirurgical. © EPA-EFE/DAVID CHANG

Alors que le virus gagne du terrain et que les pays sont amenés à prendre des mesures de plus en plus draconiennes pour ralentir sa propagation, plusieurs organismes et experts des droits de l'homme soulignent certaines préoccupations et proposent des solutions.

« En tant que médecin, je comprends qu'il est nécessaire de mettre en place diverses mesures pour combattre la COVID-19, et en tant qu'ancienne chef de gouvernement, je comprends à quel point il est difficile de maintenir un certain équilibre lorsque des décisions délicates doivent être prises », a déclaré Michelle Bachelet, Haute-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme. « Cependant, nos efforts pour combattre ce virus ne marcheront pas tant que nous n'aborderons pas le problème de façon globale  , y compris en nous efforçant de protéger du mieux possible les personnes les plus vulnérables et délaissées de la société, tant du point de vue médical qu'économique. »

Outre la Haute-Commissaire, un certain nombre d'experts indépendants des droits de l'homme des Nations Unies ont mis en évidence plusieurs problèmes spécifiques aux droits de l'homme liés à la pandémie et aux mesures prises pour arrêter sa propagation au sein des pays et entre ces derniers.

Par exemple, Leilani Farha, Rapporteuse spéciale sur le droit à un logement convenable*, a exhorté les États conseillant aux personnes de s'isoler à leur domicile à mettre en place des mesures spécifiques pour les sans-abri ou les personnes vivant dans des conditions défavorables.

« J'encourage vivement les États à prendre des mesures extraordinaires pour garantir le droit au logement de tous afin de faire face à la pandémie », a-t-elle déclaré.  Au minimum, les États devraient « cesser toutes les expulsions ; fournir des logements d'urgence et des services à ceux qui sont touchés par le virus et qui doivent s'isoler ; et s'assurer que l'application des mesures de confinement (comme les couvre-feux) ne conduit pas à punir les individus selon leur situation en matière de logement ».

Les personnes handicapées*, dont beaucoup font partie de la catégorie des personnes particulièrement vulnérables au virus, risquent également d'être désavantagées par les mesures prises pour lutter contre la Covid-19, a fait remarquer la Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur les droits des personnes handicapées Catalina Devandas.

« Les personnes handicapées ont l'impression d'avoir été laissées pour compte », explique-t-elle. Les mesures de confinement, comme l'éloignement social et l'auto-isolement, peuvent se révéler impossibles pour les personnes qui doivent compter sur les autres pour manger, s'habiller et se laver. »

Un groupe de 16 experts indépendants ou faisant partie des « procédures spéciales » des Nations Unies* ont également demandé aux États de ne pas réprimer les défenseurs des droits de l'homme ou les critiques.

« Les restrictions prises pour lutter contre le virus doivent être motivées par des objectifs de santé publique légitimes et ne doivent pas être utilisées simplement pour faire taire l'opposition », ont-ils déclaré dans un communiqué de presse conjoint.

Le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l'homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967* Michael Lynk a rappelé à toutes les autorités du territoire palestinien occupé qu'elles ont le devoir de fournir des soins de santé essentiels aux personnes vivant en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, et a demandé instamment que les mesures de santé pour lutter contre la pandémie soient appliquées sans discrimination.

« La santé ne dépend pas uniquement de soins de santé facilement accessibles. Elle dépend également de l'accès à des informations correctes sur la nature des menaces et les moyens de se protéger et de protéger sa famille et sa communauté », a indiqué un groupe d'experts sur la liberté d'information*, dont le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la promotion et la protection du droit à la liberté d'opinion et d'expression David Kaye. À cette fin, le groupe a exhorté les gouvernements à autoriser la libre circulation de l'information, notamment en fournissant des informations fiables, et à ne pas limiter l'accès à Internet.

L'Expert indépendant chargé d'examiner les effets de la dette extérieure et les droits de l'homme* Juan Pablo Bohoslavsky a également publié une déclaration faisant remarquer que « les mesures budgétaires et de protection sociale destinées directement à ceux qui sont le moins en mesure de faire face à la crise sont essentielles pour atténuer les effets dévastateurs de la pandémie. »  Il propose que les services publics soient « fournis gratuitement à ceux qui n'en ont pas les moyens, et le service de la dette devrait être suspendu pour les personnes incapables de faire face à la crise de santé publique ». Il a souligné le fait que les travailleurs indépendants et ceux qui ne peuvent pas travailler de leur domicile nécessitent des mesures d'incitation économiques et fiscales pour rester chez eux, à défaut de quoi ils iront travailler et mettront en danger leur propre santé, ainsi que celle de leur famille et de leur communauté.

Dans un éditorial conjoint, Michelle Bachelet et le Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés Filippo Grandi ont indiqué que la Covid-19 était un test non seulement pour les systèmes de soins de santé et d'intervention rapide, mais aussi pour l'humanité. « Au-delà de ces défis immédiats, l'existence du coronavirus mettra sans aucun doute à l'épreuve nos principes, nos valeurs et notre humanité commune. »

« La santé de tous est liée à la santé des membres les plus marginalisés de la communauté. Pour prévenir la propagation de ce virus, il faut toucher tout le monde et garantir un accès équitable au traitement », ont-ils stipulé. Cet accès doit être disponible, que ces personnes se trouvent dans une maison de retraite, en prison, ou dans un camp de migrants ou de réfugiés.

Le virus ne doit pas être l'occasion d'attiser la discrimination et les discours de haine, ont déclaré les deux Hauts-Commissaires. La panique et la discrimination n'ayant jamais résolu une crise, ils ont exhorté les dirigeants politiques à gagner la confiance de la population grâce à la transparence et à la rapidité de l'information fournie, à travailler ensemble pour le bien commun et à donner à tous les moyens de contribuer à la protection de la santé.

« Si notre réponse au coronavirus est fondée sur les principes de confiance, de transparence, de respect et d'empathie pour les plus vulnérables, nous ne ferons pas que défendre les droits inhérents à chaque être humain, mais nous nous doterons des meilleurs moyens concrets pour surmonter cette crise et celles à venir. »

 23 mars 2020

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