Crise au Cameroun : lutter contre les discours d’incitation à la violence


Une femme regarde un scrutateur sceller une urne à la clôture d’un bureau de vote durant les élections municipales et législatives à Yaoundé (Cameroun) en juillet 2007. PHOTO AFP/ Martin Van der BelenEn préparation des élections municipales et législatives en février au Cameroun, le Centre des droits de l'homme et de la démocratie en Afrique centrale – le bureau régional du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH) – a tenu pendant un an une série de consultations avec plusieurs partenaires pour élaborer une stratégie visant à prévenir et à combattre les discours de haine dans le pays.

Les « discours haineux » ou « discours de haine » sont définis par l'ONU comme tout type de communication orale ou écrite ou tout type de comportement visant à attaquer ou utilisant un langage péjoratif ou discriminatoire à l'encontre d'une personne, sur la base de sa religion, son origine ethnique, sa nationalité, sa race, sa couleur, son ascendance, son sexe ou tout autre facteur d'identité.

Ces élections sont prévues alors que la crise dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest du Cameroun a montré peu de signes d'amélioration. Les politiciens et les médias ont aggravé la situation en diffusant des déclarations incendiaires, qui ont eu un impact négatif sur les droits de l'homme des populations vivant dans ces régions. Depuis octobre 2016, plusieurs milliers de personnes habitant dans ces deux régions ont été déplacées à l'intérieur du Cameroun et au Nigéria en raison des combats qui opposent les forces camerounaises et les groupes séparatistes armés.

Les efforts menés par le bureau régional du HCDH en Afrique centrale reposent sur l'adoption au Parlement d'une modification du Code pénal, qui punit les discours de haine et le tribalisme au Cameroun, conformément à la Stratégie et au Plan d'action sur les discours de haine*, lancés par le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, en juin 2019.

« La paix et la justice sont au cœur des droits de l'homme et aident à réduire les inégalités dans de nombreux domaines. En mettant en place des mécanismes d'alerte rapide axés sur les droits de l'homme, le Haut-Commissariat souhaite s'aligner avec les efforts menés par l'ONU au niveau mondial pour prévenir et combattre la violence, la marginalisation et la discrimination », a déclaré Louis-Marie Bouaka, qui est à la tête du bureau régional. « Notre stratégie vise également à permettre à l'ONU de répondre de manière efficace aux effets des discours de haine sur la société camerounaise. »

Tout au long de l'année 2019, le bureau régional a organisé une série de consultations, de formations et d'ateliers avec des journalistes, des politiciens, la Commission nationale des droits de l'homme et des libertés, des acteurs de la société civile et l'équipe de pays des Nations Unies pour sensibiliser l'opinion sur le climat de haine qui règne au Cameroun et ses incidences sur les droits de l'homme et les élections à venir.

Ces événements ont permis d'élaborer des mécanismes d'autorégulation collaboratifs pour surveiller les discours de haine et les combattre. En février 2019, à la suite d'un séminaire organisé par le bureau régional, 81 journalistes opérant dans plusieurs régions du Cameroun ont convenu d'élaborer un code de conduite sur la diffusion d'informations en période de crise. Ils ont reconnu leur rôle en tant que professionnels des médias pour s'opposer à la propagation de messages d'incitation à la haine. Ils ont également convenu de lancer ce même mois une campagne pour changer les discours discriminatoires et lutter contre les discours haineux.

Les consultations menées par le bureau régional ont donné naissance à un autre mécanisme, à savoir un groupe de travail de 20 personnes qui, comme l'a souligné M. Bouaka, pourrait devenir un outil de dialogue entre les différentes parties prenantes.

« Le groupe de travail devrait également être capable d'élaborer une vision stratégique commune encourageant le réveil dynamique de la société camerounaise, et permettant progressivement de se débarrasser des fléaux que sont la haine et la violence et d'instaurer une culture des droits de l'homme, la démocratie et des communautés vivant ensemble dans la paix », a-t-il ajouté.

28 janvier 2020

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