Les dalits : destinés dès la naissance à une vie de discrimination et de stigmatisation


Elle-même membre de la minorité dalit, Beena Pallical connaît bien la discrimination fondée sur l’ascendance.

Les dalits, communément appelés les « intouchables » en Inde et dans d’autres pays d’Asie du Sud, sont destinés dès la naissance à une vie de marginalisation, d’exclusion et de violations des droits de l’homme. Ils sont « classés » strictement selon leur ascendance et figurent donc à l’échelon le plus bas des classes sociales.

Beena Pallical, Secrétaire générale de la National Campaign on Dalit Human Rights en IndeDans certains pays, la discrimination fondée sur l’ascendance transparaît non seulement dans les institutions, les structures sociales et la vie de tous les jours, mais elle est également établie fermement par la loi.

Bien que Beena Pallical provienne d’une famille qui a subvenu à ses besoins, notamment en matière d’accès à l’éducation, elle affirme que nombre de ses « frères et sœurs de la communauté » n’ont pas eu cette chance.

L’injustice à l’égard des dalits provoque de profonds traumatismes et des souffrances sur plusieurs générations. La stigmatisation touche un individu de sa naissance à sa mort, affectant tous les aspects de sa vie, que ce soit l’éducation, le logement, le travail, l’accès à la justice ou encore la participation politique. Les femmes et les filles sont souvent victimes de violences sexuelles et de la traite, et sont particulièrement vulnérables aux mariages précoces et forcés, au travail forcé et aux pratiques culturelles néfastes.

Selon l’International Dalit Solidarity Network, on estime à 260 millions le nombre de dalits dans le monde. Les dalits vivent en Asie du Sud (Inde, Népal, Bangladesh, Pakistan et Sri Lanka) et dans des communautés de populations ayant migré d’Asie du Sud vers le monde entier.

Une discrimination profondément ancrée dès la naissance

« Cela commence dès leur enfance », explique Beena Pallical. « Ils n’ont pas le droit de s’asseoir aux premiers rangs de la classe, ils n’ont pas le droit de manger avec les autres ni de jouer avec des enfants d’autres castes. Des groupes se forment très vite et les dalits sont exclus. C’est tout ce qu’ils connaissent, et leur vie d’adulte en est profondément affectée. »

Forte d’un désir croissant d’aider les dalits à surmonter leurs difficultés, Beena Pallical a quitté son emploi pour s’installer à Delhi et travailler avec la National Campaign on Dalit Human Rights. Onze ans plus tard, elle est à présent la Secrétaire générale de l’organisation.

Afin de mettre en avant ces questions sur la scène internationale, elle a également travaillé en étroite collaboration avec le HCDH et d’autres organismes des Nations Unies, et a coorganisé plusieurs événements en parallèle au Forum politique de haut niveau, qui est la principale plateforme des Nations Unies sur le développement durable. Elle s’est récemment exprimée à l’occasion du Forum des Nations Unies sur les questions relatives aux minorités.

« Je ne me verrais pas faire quoi que ce soit d’autre dans ma vie », indique-t-elle. « Cela m’apporte beaucoup, mais en même temps cela me met très en colère. Comment peut-on parler de paix, de bonheur et de religion quand on voit une jeune femme qui travaille dans un champ se faire emmener de force, puis violer et tuer ? Nous devons être en colère, sinon nous n’arriverons à rien, nous ne mettrons pas un terme à cette situation. »

Une violence omniprésente

Les violences contre les dalits se produisent malheureusement au quotidien. Selon le Bureau national des statistiques sur la criminalité, environ 45 935 cas de violence sont enregistrés chaque année.

« En Inde, environ dix femmes dalits sont violées chaque jour », déplore Beena. « Les auteurs de ces crimes jouissent d’une impunité totale et bénéficient d’un important soutien politique. À cause de cela, nous ne sommes pas capables de briser le cycle de la violence et de l’oppression. »

La National Campaign on Dalit Human Rights aide les victimes de violences à obtenir justice et réparation auprès du Gouvernement, tout en fournissant des services économiques et psychologiques aux familles.

Les abus en ligne

Beena et son organisation se battent également contre les discours haineux et la discrimination à l’égard de la minorité dalit, qui selon elle constituent un autre sujet de préoccupation majeur.

Si elle reconnaît que l’espace en ligne a permis de donner la parole aux communautés marginalisées, elle estime qu’il a également créé un environnement dangereux dans lequel ces communautés risquent d’être victimes d’abus perpétrés par des individus qui ne sont pas tenus responsables. De nombreuses femmes dalits ont dû arrêter d’utiliser les médias sociaux sous l’effet de la peur, ou face aux abus intolérables qu’elles subissaient.

« Les gens qui commettent ces abus le font sans scrupule, sans prendre aucune responsabilité pour leurs actions », affirme-t-elle.

Beena et la National Campaign on Dalit Human Rights ont collaboré avec Twitter en Inde pour lutter contre la hausse des discours de haine. Ils recensent les différents abus et insultes à l’encontre des dalits et d’autres minorités, afin d’être en mesure de les reconnaître et de bloquer immédiatement les auteurs.

L’espoir d’un monde plus équitable

Pour Beema Pallical, si les enfants se voient donner les mêmes possibilités, ils ont toutes les chances de pouvoir grandir et s’épanouir. Elle a l’espoir qu’un jour, tous les enfants seront sur un pied d’égalité et seront des citoyens libres, méritant le respect et la dignité. 

Elle rêve d’un avenir meilleur pour les dalits.

« Je rêve que les enfants dalits aient les mêmes chances que tout autre enfant, pour qu’ils deviennent des citoyens bénéficiant des mêmes droits que les autres dans ce pays. Je rêve que chaque femme dalit soit respectée pour le travail qu’elle accomplit, et qu’elle ne soit pas battue et violée, juste parce qu’elle est dalit.

Je rêve qu’on me traite avec respect, comme n’importe qui d’autre, si je dis que je suis une dalit et que je participe aux débats. »

Avertissement : les idées, informations et opinions exprimées dans le présent article sont celles des personnes y figurant ; elles ne reflètent pas nécessairement la politique ou la position officielle du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme.

19 avril 2021

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