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Le Comité des droits de l'enfant examine le rapport de la Sierra Leone

GENEVE (15 septembre 2016) - Le Comité des droits de l'enfant a examiné, hier après-midi et ce matin, le rapport périodique présenté par la Sierra Leone sur les mesures prises par ce pays pour donner effet aux dispositions de la Convention relative aux droits de l'enfant. 

Présentant ce rapport, Mme Sylvia Olayinka Blyden, Ministre de la sécurité sociale, du genre et de l'enfance de la Sierra Leone, a souligné que la dévastation qu'Ebola a laissée derrière lui continue d'affecter la population, le pays comptant maintenant un grand nombre d'orphelins, ce qui constitue un défi significatif lorsque l'on entend protéger tous les enfants du pays.  Depuis son accession au pouvoir en 2007, le Président Bai Koroma a lancé deux programmes inclusifs axés sur les droits, le Calendrier du changement et le Calendrier pour la prospérité, a poursuivi la Ministre.  À ceux-ci s'ajoute le programme des Priorités du rétablissement post-Ebola, lancé en 2015.  Ces trois programmes ont institutionnalisé la promotion et la protection des droits de l'enfant, en cohérence avec les Objectifs de développement durable à l'horizon 2030.  De fait, la Sierra Leone est le tout premier pays à avoir aligné son agenda national sur celui des Objectifs de développement durable, a indiqué Mme Olayinka Blyden.

La Ministre a ensuite énuméré un certain nombre de réformes et de mesures concrètes prises ou envisagées par son pays, parmi lesquelles figurent l'amendement à la loi sur les droits de l'enfant de 2007, ainsi que la loi sur le mariage et le divorce, afin de contrecarrer les mariages forcés.  Mme Olayinka Blyden a par ailleurs reconnu que son pays était imprégné de pratiques traditionnelles dont certaines, telles que les mutilations génitales féminines, sont considérées comme néfastes.  Elle a ensuite évoqué les efforts accomplis contre la violence de genre et afin de poursuivre les auteurs de ce type de violence, ainsi que les efforts déployés en faveur de l'éducation des filles et contre le travail des enfants.  De grands progrès ont été accomplis en matière de santé, a-t-elle ajouté.  Un effort massif est fait, par ailleurs, pour améliorer l'accès à l'eau, particulièrement en zone rurale, a en outre souligné la Ministre.

La délégation sierra-léonaise était également composée de Mme Yvette Stevens,  Représentante permanente de la Sierra Leone auprès des Nations Unies à Genève, ainsi que de représentants du Ministère de la santé et du système sanitaire; du Ministère de la Sécurité sociale, du genre et de l'enfance; du parquet général; du Programme pour les orphelins d'Ebola; du Conseil national Sowei des exciseuses traditionnelles.  La délégation intégrait également un journaliste indépendant et le jeune Secrétaire général du Children's Forum Network. 

La délégation a répondu aux questions qui lui étaient adressées par les membres du Comité s'agissant, notamment, des rôles respectifs de la Commission nationale de l'enfance et de la Commission nationale des droits de l'homme; de la diffusion de la Convention; de l'enregistrement des naissances; des questions d'éducation et de santé; des violences domestiques et sexuelles et des mutilations génitales féminines; du mariage des enfants; de la disponibilité de travailleurs sociaux; des enfants des rues; ou encore des jeunes en détention.

La corapporteuse du Comité pour l'examen du rapport de la Sierra Leone, Mme Renate Winter, a reconnu que ce pays avait des circonstances plus qu'atténuantes après l'épreuve qu'a constituée Ebola.  Le Comité est bien conscient de l'énormité du problème et du fait que nombre de recommandations figurant dans les observations finales adoptées par le Comité à l'issue de l'examen du précédent rapport du pays n'ont ainsi pu être mises en œuvre.  Si la Sierra Leone dispose d'un excellent arsenal juridique, la situation pêche en ce qui concerne l'application de cet arsenal, a fait observer la corapporteuse.  La moitié de la population se trouve sous le seuil de pauvreté, a-t-elle rappelé.  Elle a souligné que les femmes et les filles demeuraient largement discriminées, particulièrement dans les campagnes.  Les personnes séropositives et handicapées, celles atteintes d'albinisme souffrent également de discriminations, a ajouté Mme Winter.  La corapporteuse a d'autre part constaté que la mortalité infantile demeurait élevée, même si elle s'est quelque peu réduite.  Le paludisme demeure un fléau, a-t-elle en outre fait observer, avant de relever que les moustiquaires semblent sous-utilisées.  Le taux de jeunes filles enceintes est très élevé, ce qui entraîne un taux élevé d'avortements clandestins, ainsi qu'une mortalité maternelle et infantile élevée elle aussi.  Mme Winter a d'autre part évoqué un taux alarmant d'inceste, s'interrogeant sur le fait que la justice ne soit pratiquement  jamais saisie de tels cas, les familles concernées tâchant de gérer la situation par elles-mêmes.  Il conviendrait de sensibiliser la population face à ce problème et d'accorder le statut de victimes aux jeunes filles violées par un proche.  La loi du silence doit cesser, a insisté la corapporteuse. 

Mme Hynd Ayoubi Idrissi, coapporteuse du Comité pour l'examen du rapport sierra-léonais, a notamment déploré que la Convention ne soit pas diffusée dans les principales langues locales et que les professionnels de l'enfance n'aient pu encore bénéficier de formations en rapport avec les dispositions de cet instrument.  Elle a en outre relevé la facilité avec laquelle il est possible d'obtenir des dispenses d'âge afin de permettre un mariage en-deçà de l'âge légal.  Mme Ayoubi Idrissi a par ailleurs souligné la nécessité de «promouvoir une parentalité positive» en s'efforçant de mettre un terme aux châtiments corporels. 

Le Comité adoptera ultérieurement, lors de séances à huis clos, ses observations finales sur le rapport de la Sierra Leone et les rendra publiques à l'issue de la session, qui doit clore ses travaux le vendredi 30 septembre prochain.

Cet après-midi, à compter de 15 heures, ainsi que toute la journée de demain, le Comité procèdera à l'examen du rapport périodique de la Nouvelle-Zélande sur la mise en œuvre de la Convention, ainsi que du rapport initial de ce pays concernant l'application du Protocole facultatif sur la vente d'enfants, la prostitution des enfants et la pornographie mettant en scène des enfants.

Présentation du rapport de la Sierra Leone

Le Comité est saisi du rapport périodique de la Sierra Leone, ainsi que de ses réponses (en anglais) à la liste de points à traiter soumise par le Comité.

Présentant ce rapport, MME SYLVIA OLAYINKA BLYDEN, Ministre de la sécurité sociale, du genre et de l'enfance de la Sierra Leone, a reconnu que son Gouvernement aurait préféré reporter à une date ultérieure le présent examen, afin d'achever le programme en cours de l'après-épidémie d'Ebola d'une durée de deux ans.  Le pays a en effet été affecté par «une guerre contre un ennemi invisible à l'œil nu qui a mis à genoux toute la sous-région», a-t-elle rappelé; il a dû «combattre un ennemi pire que ceux auxquels il avait été confronté au cours de l'épouvantable guerre de onze années» ayant déchiré la Sierra Leone.  La dévastation qu'Ebola a laissée derrière lui continue d'affecter la population, le pays comptant maintenant un grand nombre d'orphelins, ce qui constitue un défi significatif lorsque l'on entend protéger tous les enfants du pays, a-t-elle expliqué.

La Ministre a assuré que le Président de République, M. Ernest Bai Koroma, était passionnément engagé en faveur des droits de la femme et de l'enfant, ce dont témoignent à maints égards nombre d'actions du Gouvernement, y compris sa propre nomination au sein du Gouvernement aux côtés de Mme Neneh Rugiatu Turay, Vice-Ministre de la Sécurité sociale, du genre et de l'enfance.  Mme Olayinka Blyden a précisé qu'avant cette nomination par le chef de l'État elle était considérée comme une championne des droits humains, en particulier ceux des enfants et des femmes.  Elle a en outre souligné qu'elle avait été Ambassadrice de bonne volonté pour les enfants sierra-léonais et choisie par ceux-ci en tant qu'adulte la mieux armée pour militer en faveur de leur bien-être.  Quant à la Vice-Ministre, son combat contre les mutilations génitales féminines est légendaire, a indiqué la Ministre. 

Les enfants sierra-léonais ont leur mot à dire dans les décisions nationales les concernant, a poursuivi Mme Olayinka Blyden.  C'est la raison pour laquelle l'un d'entre eux figure au sein de la délégation; il s'agit du jeune Hussain Muckson Sesay, âgé de 15 ans, Secrétaire général du Children's Forum Network, qui participe à la formulation des réponses aux importantes questions posées par le Comité, a expliqué la Ministre.  Figurent aussi au sein de la délégation le Coordinateur national du programme en faveur des orphelins et des survivants d'Ebola.  Le Gouvernement sierra-léonais continue d'appeler ses amis et partenaires à remédier à la situation lamentable de milliers d'orphelins dont les parents ont été victimes de l'épidémie.

Mme Olayinka Blyden a reconnu qu'elle aurait souhaité exposer au Comité un taux de réussite de 100% dans la mise en œuvre des obligations et engagements de son pays.  Elle doit néanmoins reconnaître que les programmes et plans élaborés à cette fin avaient été contrecarrés par la «force majeure» qu'a constituée Ebola.  Toutefois, depuis son accession au pouvoir en 2007, le Président Bai Koroma a lancé deux programmes inclusifs axés sur les droits, le Calendrier du changement et le Calendrier pour la prospérité.  À ceux-ci s'ajoute le programme des Priorités du rétablissement post-Ebola, lancé en 2015.  Ces trois programmes ont institutionnalisé la promotion et la protection des droits de l'enfant, en cohérence avec les Objectifs de développement durable à l'horizon 2030.  De fait, la Sierra Leone est le tout premier pays à avoir aligné son agenda national sur celui des Objectifs de développement durable, a indiqué la Ministre. 

Présentant ses excuses pour le retard pris par son pays dans la présentation de ses réponses écrites à la liste des points à traiter transmise par le Comité, Mme Olayinka Blyden a ensuite énuméré un certain nombre de réformes et de mesures concrètes prises ou envisagées par son pays.  Parmi celles-ci, figurent l'amendement à la loi sur les droits de l'enfant de 2007, ainsi que la loi sur le mariage et le divorce, afin de contrecarrer les mariages forcés, a-t-elle précisé.

Mme Olayinka Blyden a par ailleurs reconnu que son pays était imprégné de pratiques traditionnelles dont certaines, telles que les mutilations génitales féminines, sont considérées comme néfastes; cette dernière question – qui touche jusqu'à 80% des Sierra-Léonaises – a fait l'objet de longs débats, a souligné la Ministre.  Elle a ensuite évoqué les efforts accomplis contre la violence de genre et afin de poursuivre les auteurs de ce type de violence, ainsi que les efforts déployés en faveur de l'éducation des filles et contre le travail des enfants.  De grands progrès ont été accomplis en matière de santé, a-t-elle ajouté, faisant valoir la gratuité des soins pour les survivants d'Ebola, pour les victimes de violences  sexuelles, pour les enfants de moins de cinq ans et pour les femmes enceintes et allaitantes.  Un effort massif est fait, par ailleurs, pour améliorer l'accès à l'eau, particulièrement en zone rurale, a souligné la Ministre de la sécurité sociale, du genre et de l'enfance de la Sierra Leone.

Examen du rapport

Questions et observations des membres du Comité

MME RENATE WINTER, corapporteuse du Comité pour l'examen du rapport de la Sierra Leone, a dit avoir lu dans la presse sierra-léonaise que la délégation allait devoir se défendre face au Comité.  Elle a démenti cette assertion, rappelant que le Comité ne constituait en aucune manière un tribunal.  Le pays a des circonstances plus qu'atténuantes après l'épreuve qu'a constituée Ebola, a-t-elle reconnu.  Le Comité est bien conscient de l'énormité du problème et du fait que nombre de recommandations figurant dans les observations finales adoptées par le Comité à l'issue de l'examen du précédent rapport du pays n'ont ainsi pu être mises en œuvre. 

Si la Sierra Leone dispose d'un excellent arsenal juridique, la situation pêche en ce qui concerne l'application de cet arsenal, a fait observer la corapporteuse.  La moitié de la population se trouve sous le seuil de pauvreté, la situation étant légèrement meilleure dans la capitale, Freetown.  Mme Winter a attiré l'attention sur le fait que les bailleurs de fonds n'assisteraient pas éternellement la Sierra Leone.

Plus concrètement, elle a souligné que les femmes et les filles demeuraient largement discriminées, particulièrement dans les campagnes.  Les personnes séropositives et handicapées, celles atteintes d'albinisme souffrent également de discriminations, a ajouté Mme Winter, avant de reconnaître que la Sierra Leone ne constituait pas un cas unique à cet égard.  Elle a par ailleurs estimé nécessaire que le pays se dote de lignes directrices concernant l'intérêt supérieur de l'enfant.

La corapporteuse a d'autre part constaté que la mortalité infantile demeurait élevée, même si elle s'est quelque peu réduite.  Le paludisme demeure un fléau, a-t-elle en outre fait observer.  Certes, les autorités agissent, notamment en fournissant des moustiquaires, mais celles-ci semblent sous-utilisées: aussi, l'État envisage-t-il de mener des actions de sensibilisation pour que leur usage devienne une habitude ?

Par ailleurs, l'alcool et la consommation de drogue, ainsi que la prostitution font des ravages dans la jeunesse.  Le taux de jeunes filles enceintes est très élevé, ce qui entraîne un taux élevé d'avortements clandestins, ainsi qu'une mortalité maternelle et infantile élevée elle aussi.  La corapporteuse a aussi évoqué un taux alarmant d'inceste, s'interrogeant sur le fait que la justice ne soit pratiquement  jamais saisie de tels cas, les familles concernées tâchant de gérer la situation par elles-mêmes.  Il conviendrait de sensibiliser la population face à ce problème et d'accorder le statut de victimes aux jeunes filles violées par un proche.  La loi du silence doit cesser, a insisté la corapporteuse. 

MME HYND AYOUBI IDRISSI , coapporteuse du Comité pour l'examen du rapport sierra-léonais, a déploré que les réponses écrites à la liste de points à traiter soumise par le Comité ne soient parvenues aux experts que la veille de l'examen du présent rapport.  Elle a ensuite souhaité savoir quelle était la position du Gouvernement quant à une éventuelle ratification du Protocole facultatif (à la Convention) établissant une procédure de communications (plaintes individuelles).  Elle a demandé si le pays disposait d'une certaine jurisprudence relative à l'application de la Convention, compte tenu du fait que cette dernière n'est pas directement applicable par les tribunaux sierra-léonais. 

Mme Ayoubi Idrissi s'est par ailleurs enquise de la conformité de la nouvelle Commission des droits de l'homme avec les Principes de Paris.  La Sierra Leone dispose-t-elle d'une stratégie globale de mise en œuvre des droits de l'enfant et d'un plan d'action à cet effet?  Ceux-ci disposent-ils d'une budgétisation, y compris de la part des bailleurs de fonds?

La corapporteuse a d'autre part déploré que la Convention ne soit pas diffusée dans les principales langues locales et que les professionnels de l'enfance n'aient pu encore bénéficier de formations en rapport avec les dispositions de cet instrument.  Elle a souhaité avoir des indications sur le rôle du secteur privé et s'est enquise des garde-fous mis au non-respect éventuel des droits de l'enfant.  Mme Ayoubi Idrissi a relevé la facilité avec laquelle il est possible d'obtenir des dispenses d'âge afin de permettre un mariage en-deçà de l'âge légal, 16% des filles étant mariées avant l'âge de 15 ans. 

De nombreuses difficultés demeurent quant à l'enregistrement universel des naissances, a poursuivi la corapporteuse.  La sensibilisation à l'importance d'un tel enregistrement n'est pas très poussée, a-t-elle déploré.  Mme Ayoubi Idrissi a par ailleurs souligné la nécessité de «promouvoir une parentalité positive» en s'efforçant de mettre un terme aux châtiments corporels.  Elle s'est interrogée sur l'opposition farouche soulevée dans l'opinion par l'interdiction des mutilations génitales féminines.  Elle a également demandé si une assistance téléphonique gratuite était mise à la disposition des enfants.  Elle a enfin demandé ce qu'il en était de la mise en œuvre de la loi accordant la gratuité des soins aux victimes de violences sexuelles.

Un autre membre du Comité s'est interrogé sur les rôles et compétences respectifs de la Commission des droits de l'homme et de la Commission nationale de l'enfance.  Un de ses collègues a demandé si les enfants pouvaient s'adresser directement à ces deux institutions. 

Une experte s'est alarmée du fait que les jeunes filles enceintes se voyaient exclure de l'école. 

Une autre experte s'est enquise de l'attitude des autorités face aux parents qui déclarent une naissance mais omettent par la suite de venir retirer l'acte de naissance.

Une experte a affirmé qu'un double problème de corruption et de violence sexuelle se posait avec l'attitude de certains enseignants qui exigent des faveurs intimes de la part de certaines de leurs élèves. 

Un expert a posé une série de questions portant notamment sur la vente d'enfants.  Il a souhaité savoir si la recommandation du Comité demandant à ce que l'on lutte mieux contre les adoptions illégales avait été suivie d'effets dans le cadre du Protocole facultatif sur la vente d'enfants, la prostitution des enfants et la pornographie mettant en scène des enfants.   Quant au Protocole facultatif sur l'implication des enfants dans les conflits armés, le Comité avait demandé à ce que la loi incrimine de tels embrigadements, même si, a reconnu l'expert, le problème ne se pose plus de façon cruciale depuis la fin de la guerre civile.  L'expert a demandé où en était le bilan entrepris par la Sierra Leone quant à l'examen de sa législation à ce sujet. 

Une experte a demandé à quelle échéance la Sierra Leone envisageait d'adhérer à la Convention de La Haye sur la protection des enfants et la coopération en matière d'adoption internationale.

Des mesures sont-elles prises pour améliorer la qualité de l'éducation et pour développer l'accès à l'éducation en milieu rural, a-t-il en outre été demandé?

Réponses de la délégation

Depuis deux ans, nous sommes obnubilés par Ebola, a reconnu la délégation, ce qui explique que la ratification du Protocole facultatif à la Convention établissant une procédure de plaintes individuelles n'ait pas constitué une priorité pour la Sierra Leone.  La délégation a toutefois rappelé que le pays avait ratifié rapidement la Convention et ses deux premiers Protocoles, ce qui illustre ses bonnes dispositions dans ce domaine. 

La Commission nationale de l'enfance est pleinement conforme aux Principes de Paris et la meilleure preuve en est que cette Commission a récemment critiqué le Gouvernement, a ensuite souligné la délégation.  Il est essentiel qu'elle puisse travailler en toute liberté, a-t-elle insisté.  Si elle peut éventuellement recevoir des plaintes, c'est néanmoins à la Commission des droits de l'homme que revient essentiellement cette faculté ainsi que celle de donner suite aux plaintes reçues.  Les deux instances collaborent volontiers et le Gouvernement ne leur donne aucune directive, a ajouté la délégation.

Le Gouvernement est conscient de la nécessité de faire traduire la Convention dans les nombreuses langues parlées dans le pays.  D'ores et déjà, il a mené des campagnes d'information sur les principales dispositions de cet instrument, a toutefois fait valoir la délégation. 

Jusqu'à présent, l'enregistrement des naissances est gratuit à condition que cela soit fait dans un certain délai après la naissance, a ensuite indiqué la délégation.  Afin de remédier au fait que trop parents négligeaient de procéder à cet enregistrement, cette procédure a été décentralisée au niveau plus local des chefferies, a fait valoir la délégation.  Des campagnes de sensibilisation sont menées afin d'inciter les mères à déclarer leur enfant, a-t-elle ajouté.  De plus en plus souvent, cet enregistrement ne se fait plus manuellement mais sur support informatique et l'acte de naissance est délivré sur le champ, a-t-elle précisé.  Pendant l'épidémie d'Ebola, les femmes étaient réticentes à accoucher en milieu hospitalier par crainte de contamination, ce qui a retardé la déclaration d'un nombre non négligeable de naissances, a d'autre part souligné la délégation.    

L'enregistrement des naissances va devenir obligatoire, décision qui sera accompagnée d'une campagne nationale, a ensuite indiqué la délégation. 

La mortalité maternelle et infantile ayant fortement augmenté durant l'épidémie d'Ebola, la priorité a été donnée à sa réduction dans le cadre du Programme de relèvement post-Ebola, a ensuite indiqué la délégation.  L'État s'efforce de remédier à la pénurie de personnel médical compétent – dont un grand nombre de membres ont péri lors de l'épidémie – en garantissant la stabilité des versements de salaires.  Par ailleurs, le taux d'allaitement maternel a fortement progressé ces dernières années, passant de 32% à 58%, a fait valoir la délégation.

Parmi les priorités gouvernementales, dans le domaine de la santé, figure la lutte contre la malnutrition, notamment en promouvant l'allaitement maternel, a indiqué la délégation.  L'accès à l'eau et à l'assainissement est aussi l'une des grandes priorités de l'État.  Dans le cadre de la lutte contre le paludisme, quatre millions de moustiquaires doivent être distribuées au début de l'an prochain, a ajouté la délégation. 

S'agissant précisément de la prévention du paludisme en particulier, la sensibilisation de la population à l'usage des moustiquaires imprégnées doit être relancée, moins d'un Sierra-Léonais sur deux  (42%) les utilisant pour dormir, ce pourcentage dépassant néanmoins les 50% pour ce qui est des femmes enceintes.

Un projet de loi visant à libéraliser l'avortement est en débat mais cette question divise la société, a indiqué la délégation, précisant qu'une grande partie de l'opinion est défavorable à la légalisation de l'interruption volontaire de grossesse.

La délégation a reconnu que les autorités étaient confrontées à un problème face aux enfants contaminés par le VIH/sida, qui sont abandonnés par leurs parents.  Une action de sensibilisation est en cours afin d'informer la population sur le fait que les jeunes séropositifs ne sont pas contagieux. 

La justice sierra-léonaise a traité plus de 350 affaires de violences domestiques et sexuelles lors du dernier trimestre de 2015, a en outre fait valoir la délégation, démentant toute impunité généralisée à cet égard.  Des modalités particulières ont été mises en place lors des audiences judiciaires afin que les victimes puissent venir témoigner sans crainte, a ajouté la délégation, avant de préciser que quelque 14 000 hommes ont été condamnés à la suite de viols sur mineurs. 

La violence domestique fait partie des traditions dans certaines régions, a ensuite expliqué la délégation, précisant notamment qu'en vertu de mentalités bien ancrées, un mari doit «discipliner» sa femme.  Des initiatives ont été lancées pour la prise en charge des victimes, tant sur le plan médical que psychosocial, a ajouté la délégation.  La difficulté à laquelle on se heurte souvent provient du fait que les victimes doivent faire l'objet de rapports médicaux de médecins pour que leur plainte soit légalement valide, alors que ces professionnels sont en nombre insuffisant.  Hormis la pénurie de médecins, la délégation a ensuite reconnu que les praticiens répugnaient à apporter leur témoignage en justice car ils ne sont pas défrayés pour cela. 

De grands efforts ont été accomplis contre les mutilations génitales féminines, a poursuivi la délégation, faisant valoir que de plus en plus souvent, les leaders traditionnelles des femmes dénoncent l'illégalité de cette pratique.  La délégation a toutefois mis en garde sur le fait que le risque était grand de perdre la confiance de la population, certaines voix ne craignant pas d'affirmer que le Gouvernement s'était vendu aux Blancs afin d'éradiquer les traditions nationales.  Le risque de perte d'autorité est réel, non seulement face à la question des mutilations génitales féminines, mais s'agissant aussi des autres actions de sensibilisation du Gouvernement, a insisté la délégation. 

Traditionnellement, dans la société sierra-léonaise, le mariage des enfants de moins de 16 ans était courant et ce n'est que récemment que l'on a commencé à comprendre que le mariage précoce pouvait être néfaste, a par ailleurs indiqué la délégation. 

La délégation a en outre affirmé ne pas disposer d'informations sur des discriminations affectant les personnes atteintes d'albinisme.

Près de 60 000 familles vulnérables bénéficient d'allocations en argent liquide, ainsi que de diverses prestations sociales, la priorité étant accordée aux survivantes d'Ebola, a ensuite indiqué la délégation. 

La délégation a reconnu ne pas disposer de statistiques quant au nombre d'enfants incarcérés avec leur mère condamnée à une peine de prison.  Les conditions de vie dans le centre de détention créé à la suite de la mise sur pied du Tribunal pénal international pour la Sierra Leone répondent aux normes modernes, ce qui bénéficie également aux mineurs qui s'y trouvent, a ajouté la délégation, avant de reconnaître que les conditions de détention dans les autres prisons étaient nettement moins bonnes.

Quant aux «maisons de correction» destinées aux jeunes délinquants, il s'agit d'internats spécialisés, disposant d'une licence des autorités, qui permettent d'éduquer ces mineurs pendant qu'ils purgent la peine à laquelle ils ont été condamnés. 

D'une manière générale, le pays doit se doter de moyens techniques modernes afin de mettre sur pied une capacité de collecte de statistiques, a ensuite reconnu la délégation.  Cela implique aussi de disposer de ressources humaines suffisantes, a-t-elle souligné.  La Sierra Leone dispose toutefois d'un Institut de la statistique qui est efficace, même s'il n'a pas toujours les moyens d'actualiser ses bases de données. 

Avec le soutien du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), il est prévu d'embaucher dans un proche avenir quelque 600 travailleurs sociaux pour un première période d'un an, la Sierra Leone n'en comptant pour l'heure que 49 pour l'ensemble de son territoire.  Outre leurs activités sociales, ces travailleurs sociaux seront à la source de la collecte de données.  Très concrètement, leur très faible nombre au regard des besoins ne permet pas d'assurer le suivi des enfants orphelins placés en famille d'accueil, a expliqué la délégation.  Elle a ajouté que s'il y avait eu davantage de travailleurs sociaux sur le terrain lorsque Ebola a éclaté, l'épidémie n'aurait sans doute pas connu une telle ampleur, ne serait-ce que par le fait que l'information aurait mieux circulé, l'alerte étant alors donnée plus rapidement grâce au signalement des cas, dans les villages notamment. 

En matière de corruption, la délégation a reconnu que le versement de pots de vin, voire le don de son corps s'agissant des filles, permettaient d'obtenir de bonnes notes de la part de professeurs.  Lorsque de tels cas sont signalés, les autorités prennent les mesures qui s'imposent, a assuré la délégation, avant de faire état d'un cas, révélé la veille dans le pays, où des étudiants qui passaient un examen disposaient des bonnes réponses à donner sur leur téléphone.

Le Gouvernement est conscient du problème posé par la qualité de l'enseignement, notamment du fait de classes surchargées, sans parler des enseignants «fantômes», c'est-à-dire totalement absents mais néanmoins payés, a poursuivi la délégation.  La délégation a toutefois assuré que généralement, la compétence des professeurs n'était pas en cause.

Il y a plusieurs catégories d'enfants des rues, a d'autre part souligné la délégation.  Ils ne sont pas tous orphelins, certains ayant une famille, un foyer et rentrant tous les soirs à la maison.  Ceux qui vivent en permanence dehors sont souvent des fugueurs que leurs parents ont envoyé travailler dans des familles en ville.  Il existe un foyer pour les recueillir à Freetown, a fait valoir la délégation, tout en reconnaissant qu'il serait nécessaire de disposer d'un lieu d'accueil similaire pour chaque district du pays.  Des travailleurs sociaux ont pour tâche d'identifier ces enfants et de les placer en attendant que leur famille soit localisée.  Un travail de préparation de l'enfant pour qu'il accepte de regagner sa famille est généralement nécessaire.  Une fois cela fait, des visites de suivi ont lieu.  Lorsque le retour dans la famille n'est pas envisageable, une famille d'accueil est recherchée, a indiqué la délégation.  Elle a en outre souligné que la justice engageait couramment des poursuites contre les parents qui contraignent leurs enfants à travailler.   

Même si la Sierra Leone n'a pas ratifié la Convention de La Haye relative à l'adoption internationale, des mesures draconiennes ont été prises contre les adoptions illégales, les procédures d'adoption prenant au moins six mois, ce qui a permis de lutter contre la vente d'enfants, a ensuite souligné la délégation. 

S'agissant de la parité entre les sexes, la Sierra Leone est pratiquement parvenue à l'égalité du nombre de filles et de garçons à l'école primaire, a poursuivi la délégation.  Au niveau de l'école maternelle, les filles sont même plus nombreuses, ce qui est dû à un nombre de naissances de filles plus importants, a-t-elle ajouté.  En outre, de plus en plus de femmes accèdent à des carrières auparavant réservées aux hommes, à l'université ou dans l'ingénierie par exemple, même si les jeunes hommes demeurent largement majoritaires dans le supérieur. 

Les jeunes filles enceintes sont encouragées à intégrer des centres d'apprentissage spécialisés en raison de la difficulté, psychologique notamment, qu'elles ont à poursuivre leurs études dans le système scolaire classique.  Pour lutter contre les grossesses précoces, les autorités sont conscientes, par ailleurs, de la nécessité de faciliter l'accès des jeunes aux préservatifs, a indiqué la délégation.

Remarques de conclusion

MME AYOUBI IDRISSI , coapporteuse du Comité pour l'examen du rapport de la Sierra Leone, a indiqué que le Comité attendait avec intérêt de voir les mesures qui seront prises pour relever divers défis dont ceux des mutilations génitales féminines et des grossesses précoces.  Elle a souligné qu'on ne saurait infliger une double peine aux adolescentes enceintes en leur fermant l'accès à l'école.  Elle a en outre insisté sur l'absolue nécessité de disposer de statistiques à jour.

MME YVETTE STEVENS, Représentante permanente de la Sierra Leone auprès des Nations Unies à Genève, a rappelé que son pays avait été membre du Conseil des droits de l'homme et que la Sierra Leone avait coparrainé toutes les résolutions relatives aux droits de l'enfant.  Elle a par ailleurs indiqué qu'elle présidait l'Alliance contre le mariage des enfants.

MME OLAYINKA BLYDEN, Ministre de la Sécurité sociale, du genre et de l'enfance de la Sierra Leone, a assuré qu'elle avait particulièrement à cœur le souci de lutter contre les mutilations génitales féminines.  De nouvelles stratégies doivent être mises en place, ce qui a été fait précédemment dans ce domaine s'étant révélé inadapté à la société.  Ainsi que l'illustre la présence dans la délégation de la Secrétaire générale du Conseil national Sowei des exciseuses traditionnelles, ces dernières sont utilisées comme messagères afin de faire taire les voix qui s'élèvent dans le pays pour affirmer que cette action est manipulée par des étrangers désireux de contraindre les Sierra-Léonais à changer de culture.  S'agissant des grossesses précoces, la Ministre a en outre attiré l'attention sur la pression exercée par les pères pour que leurs jeunes filles enceintes quittent l'école afin qu'elles ne soient pas montrées du doigt.  Ce sont les propres camarades de classe de ces jeunes filles enceintes qui sont les plus cruelles envers ces dernières, a ajouté la Ministre.  

M. BENYAM DAWIT MEZMUR, Président du Comité, a tenu à souligner la nécessité pour la Sierra Leone de fournir des informations sur la mise en œuvre des deux Protocoles facultatifs à la Convention.

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Ce document est destiné à l'information; il ne constitue pas un document officiel