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Tchad : Ni la pauvreté ni la culture ne devraient être des excuses pour justifier la discrimination contre les femmes

N’DJAMENA (14 décembre 2017) – Un groupe d'expertes des Nations Unies sur la discrimination à l'égard des femmes s'est félicité de l'élaboration de lois clefs visant à protéger les femmes au Tchad, mais a mis en garde contre les obstacles persistants dans la quête de la pleine égalité des femmes.

" Le Tchad dispose d'un solide cadre constitutionnel pour l'égalité qui inclut l'obligation de l'Etat d'éliminer toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes. Le pays a accompli des progrès dans la réalisation du droit des femmes à l'égalité en dépit d’un environnement socio-économique fragile ", a déclaré le Groupe d'expertes des Nations Unies sur la question de la discrimination à l'égard des femmes dans la législation et dans la pratique, à l'issue d'une visite officielle dans le pays.
 
Les expertes des droits de l'homme des Nations Unies, Alda Facio, qui dirige actuellement le groupe d'experts, et Meskerem Geset Techane ont déclaré : " Le Tchad a pris les mesures législatives nécessaires pour interdire les mutilations génitales féminines et le mariage des enfants. Malheureusement, ces lois n'auront un impact positif sur la vie des filles tchadiennes que si elles sont pleinement appliquées. Malgré quelques progrès dans la réduction de la prévalence des MGF, les femmes et les filles continuent d'être torturées au travers de cette pratique horrifiante et les filles sont mariées, parfois de force, dès leur puberté. "

Malgré les améliorations notées dans la participation des femmes à la vie politique et publique, le groupe d'expertes regrette qu’il y ait seulement 28 femmes parlementaires sur 188, plaçant ainsi le Tchad au 140è rang mondial sur 193 pays. Le Gouvernement compte uniquement 4 ministres sur 28, et aucune femme actuellement parmi les 23 gouverneurs.

Les expertes ont noté que les femmes rurales ne sont souvent associées à aucune prise de décision et souffrent d'une exclusion accrue dans tous les domaines de leur vie. 

" Nous sommes profondément préoccupées par le fait qu’en dépit de la loi qui prévoit des droits de succession égaux et le droit de posséder des terres, la pratique est très différente ", ont-elles déclaré. " La plupart des femmes n'héritent et ne possèdent pas de terres. Dans certains cas, elles ont une utilisation partielle de la terre mais ne jouissent pas de leur droit à la propriété. Les veuves sont même parfois expulsées de leur terre par leur belle famille. Étant donné que la majeure partie de l'économie dépend de l'agriculture, l'accès limité des femmes à la terre entrave leur autonomisation et leur indépendance. "

Les expertes ont également souligné que la pauvreté n'explique pas l'accès limité des filles à l'éducation. " Ce qui explique cela, ce sont les rôles attribués aux femmes, les mythes et les stéréotypes de genre profondément enracinés ", ont-elles dit.  " On s'attend à ce que les garçons finissent par prendre soin de leur propre famille tandis que les filles deviendront la possession d’une autre famille par le mariage, perpétuant ainsi la discrimination globale contre les femmes. " 
 
Le groupe a déclaré qu'il était choqué par la prévalence de la violence sexuelle, y compris les viols contre des filles très jeunes, et l'impunité généralisée dont jouissent les auteurs. Bien que la stigmatisation et le silence imposé aux victimes contribuent à cette impunité, les efforts de réconciliation pour maintenir l'unité et l’honneur de la famille et la non-application de la loi par les agents de l'État en sont la principale cause, selon les expertes.  

Les experts ont également déclaré que l'accès limité à la justice pour les femmes constituait un obstacle supplémentaire à la réalisation de leurs droits. Certains de nos interlocuteurs se sont plaints des interventions extérieures en faveur de personnes détenues pour des actes de violence contre les femmes, conduisant à la libération des auteurs. Nous sommes également perturbées par le grand nombre de femmes en détention provisoire depuis parfois plusieurs années et ce sans procédure équitable.

Le Groupe d'expertes des Nations Unies s'est dit consterné par la mortalité maternelle dans le pays qui est une des plus haute au monde (856 pour 100 000 naissances vivantes), résultant de faiblesses structurelles et de pressions basées sur une interprétation néfaste de la culture, tel qu’en témoigne la nécessité d'obtenir la permission des maris et pères, même avant une césarienne d'urgence ou pour l'utilisation de contraceptifs. 

Cette problématique est exacerbée par le fait que le Tchad a une loi restrictive qui ne permet pas aux médecins de procéder à l’interruption de la grossesse en cas de viol, même pour des mineurs. Les taux élevés de violences sexuelles et l’existence d'avortements clandestins impliquent un risque majeur pour la vie des filles et des femmes, ont ajouté les expertes.

" Nous avons si souvent entendu parler du joug de la pauvreté et de la " culture ", mais aucun de ceux-ci ne devrait justifier l'oppression subie par toutes les femmes au Tchad ", ont dit les expertes. " Nous espérons que le Gouvernement poursuivra ses efforts sur la voie de l'autonomisation des femmes ".

http://www.ohchr.org/FR/NewsEvents/Pages/DisplayNews.aspx?NewsID=22534&LangID=F

* Le Groupe de travail des Nations Unies sur la question de la discrimination contre les femmes en droit et dans la pratique a été créé par le Conseil de droits de l’homme en 2011 pour identifier, de promouvoir et d’échanger des vues, en consultation avec les États et les autres acteurs, sur les bonnes pratiques liées à l’élimination des lois que la discrimination contre les femmes. Le Groupe est également chargé de développer un dialogue avec les États et les autres acteurs sur les lois qui ont un effet discriminatoire en ce qui concerne les femmes.

Le Groupe de travail est composé de cinq expertes indépendantes. La Présidente est Mme Alda Facio (Costa Rica), les autres membres sont : Meskerem Geset Techane (Ethiopie), Melissa Upreti (Nepal), Ivana Radacic (Croatie), Elizabeth Broderick (Australie).

Les experts indépendants font partie de ce qui est désigné sous le nom des procédures spéciales du Conseil des droits de l’homme. Les procédures spéciales, l’organe le plus important d’experts indépendants du Système des droits de l’homme de l’ONU, est le terme général appliqué aux mécanismes d’enquête et de suivi indépendants du Conseil qui s’adressent aux situations spécifiques des pays ou aux questions thématiques partout dans le monde. Les experts des procédures spéciales travaillent à titre bénévole; ils ne font pas partie du personnel de l’ONU et ils ne reçoivent pas de salaire pour leur travail. Ils sont indépendants des gouvernements et des organisations et ils exercent leurs fonctions à titre indépendant.

Droits de l’homme ONU – Tchad

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