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Le Président français Macron et le vice-Premier Ministre italien invités à mettre fin à l'utilisation abusive du terme " lèpre " dans les échanges politiques

anglais

GENÈVE (3 juillet 2018) - Les dirigeants politiques en France et en Italie doivent cesser immédiatement d'utiliser le terme "lèpre" comme métaphore dans les débats sur le nationalisme, selon un expert en Droits de l'Homme de l'ONU.

« Les remarques qui auraient été faites par le Président français, Emmanuel Macron, et le Vice-Premier Ministre italien, Luigi Di Maio, utilisant ce terme comme métaphore d'une montée du nationalisme, sont épouvantables », a déclaré Alice Cruz, Rapporteuse Spéciale sur l'élimination de la discrimination à l'égard des personnes touchées par la lèpre et des membres de leur famille.

M. Macron aurait dit des nationalistes : « on les voit s'élever un peu comme la lèpre dans toute l'Europe, dans les pays où l'on pensait qu'il serait impossible de les revoir, dans les pays voisins. »

Les commentaires de M. Macron auraient été suivis d'une déclaration de M. Di Maio disant : « la vraie lèpre est l'hypocrisie européenne de quelqu'un qui repousse les migrants à [la frontière franco-italienne à] Ventimiglia, puis moralise sur la façon de gérer les arrivées ».

D’après l’expert de l’ONU, « l'utilisation de telles expressions et de telles références à la lèpre dans le débat politique ne fait que favoriser l'incompréhension de la lèpre et la discrimination à l'encontre des personnes touchées par cette maladie. »

« La lèpre est devenue bien plus qu'une maladie. C'est devenu une métaphore pour tout ce qui est socialement considéré comme " honteux " et perturbant et qui devrait être tenu à l'écart », a noté Mme Cruz.

« Les remarques faites par les dirigeants nationaux ont sans aucun doute des implications majeures et pourraient renforcer l'opinion erronée selon laquelle la lèpre a été éliminée dans le monde entier - ignorant le fait que des centaines de milliers de personnes sont touchées chaque année et que des millions d'autres vivent avec la maladie, la stigmatisation et la discrimination qui y sont liées. » 

« L'opinion selon laquelle la lèpre n'existe plus pourrait entraîner la perte d'un soutien financier déjà rare pour la recherche scientifique, les initiatives de santé publique et d'autres programmes ciblés, y compris ceux qui visent à combattre la discrimination et la stigmatisation à l'encontre des personnes touchées. »

« Nous devrions tous lever le voile de la stigmatisation et des stéréotypes qui rendent très peu visibles les êtres humains touchés par la lèpre, reconnaître l'impact de la maladie sur eux et les membres de leur famille, et nous engager à protéger et à promouvoir leurs droits », a souligné Mme Cruz.

La Rapporteuse Spéciale a rappelé à la France et à l'Italie leurs obligations et engagements au titre des principes et directives en faveur de l'élimination de la discrimination à l'égard des personnes touchées par la lèpre et des membres de leur famille. Le document indique clairement que l'utilisation d'un langage discriminatoire, y compris l'utilisation dérogatoire du terme "lépreux" ou de son équivalent dans toute langue et dialecte, est interdite.

"Les États qui ont volontairement approuvé les principes et directives devraient les promouvoir et contribuer à l'élimination de la discrimination et de la stigmatisation à l'encontre des personnes touchées par la lèpre et des membres de leur famille ", a souligné Mme Cruz.

FIN

Mme Alice Cruz (Portugal) a été nommée en novembre 2017 comme première Rapporteuse Spéciale des Nations Unies sur l'élimination de la discrimination à l'égard des personnes touchées par la lèpre et des membres de leur famille. Elle est professeure externe à la Faculté de droit de l'Université Andina Simón Bolívar en Équateur. Mme Cruz a mené des travaux de terrain au Portugal, au Brésil, en Afrique du Sud, en Bolivie et en Équateur, a fait des recherches et publié sur le thème de l'élimination de la lèpre et de la stigmatisation qui y est associée. Son travail de doctorat en sociologie étudie les dimensions bio-sociales de la lèpre et identifie les différents obstacles pour accéder à un diagnostic précoce et à des soins de haute qualité par les personnes affectées. Ses recherches témoignent également de leurs conditions de vie sociale, économique, familiale et personnelle.

Les Rapporteurs Spéciaux font partie des Procédures Spéciales du Conseil des Droits de l'Homme. Les Procédures spéciales désignent le plus grand nombre d'experts indépendants du système des Droits de l'Homme de l'ONU. Il s'agit des mécanismes indépendants d'établissement des faits et de suivi du Conseil, qui traitent soit de situations nationales spécifiques, soit de questions thématiques dans toutes les parties du monde. Les experts des Procédures Spéciales travaillent sur une base volontaire ; ils ne font pas partie du personnel de l'ONU et ne reçoivent pas de salaire pour leur travail. Ils sont indépendants de tout gouvernement ou organisation et siègent à titre individuel.

Pour plus d'informations et requêtes de la part des médias, veuillez contacter Naveed Ahmed (+41 22 928 9477 / Nahmed@ohchr.org).

Pour les demandes de renseignements des médias concernant d'autres experts indépendants de l'ONU, veuillez contacter :
Jeremy Laurence, UN Human Rights - Media Unit (+41 22 917 9383 / jlaurence@ohchr.org)

Cette année marque le 70e anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, adoptée par l'ONU le 10 décembre 1948. La Déclaration Universelle - traduite en un nombre record mondial de 500 langues - est enracinée dans le principe selon lequel " tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits ". Elle reste pertinente pour tout le monde, tous les jours. En l'honneur du 70e anniversaire de ce document extraordinairement influent, et pour éviter que ses principes vitaux ne s'érodent, nous appelons les gens du monde entier à défendre les Droits de l'Homme : www.standup4humanrights.org