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Discours de M. Andrew Gilmour, Sous-Secrétaire général pour les droits de l’homme à l’occasion de la Conférence sur le “Renforcement des liens entre la sécurité, la justice et le développement dans l’espace du G5 Sahel” qui s’est tenue à Niamey le 21 janvier 2019

Monsieur le Ministre, Excellences, Mesdames, Messieurs, Chers collègues,

Je tiens tout d’abord à présenter toutes mes condoléances à la république du Tchad et aux familles des victimes de la terrible attaque de Aguelhok. Je vous transmets également les salutations du Secrétaire général des Nations Unies qui suit de très près la situation au Sahel.

La semaine que je viens de passer dans la sous-region (Nouakchott, Dakar, Ouagadougou et Niamey) m’a édifié sur la nature des menaces et des défis à relever pour parvenir à la sécurisation et la stabilisation du Sahel. À cet égard, la mise en place de la Force conjointe revêt une importance fondamentale pour le système des Nations Unies.

La tenue de cette rencontre sur le thème “Renforcement des liens entre la sécurité, la justice et le développement dans l’espace du G5 Sahel” me permet de féliciter les Etats Membres du G5 Sahel pour leur décision de mettre en place un cadre réglementaire qui constitue une de nos plus grandes priorités au niveau global.

Pour réussir son mandat, il faut que la Force conjointe respecte scrupuleusement les principes des droits de l’homme et du droit international humanitaire. Ces droits sont inscrits dans la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples. La Charte du Mandé qui émane de cette région défend les mêmes valeurs.

Depuis l’année dernière, nous déployons des experts pour aider la Force conjointe à mettre en œuvre ce cadre réglementaire. Permettez-moi de partager avec vous la leçon principale que nous, moi-même y compris, avons péniblement apprise dans d’autres situations où nous coopérons avec des gouvernements engagés dans des luttes similaires contre le terrorisme. Nous sommes convaincus que l’on ne pourra pas gagner cette lutte essentielle si, comme l’a récemment souligné le Secrétaire général des Nations Unies, nous ne gagnons pas le cœur et l’esprit des populations locales. Si des exactions sont commises par des gouvernements contre ces populations et restent impunies, nous ne gagnerons pas cette lutte. Pire encore, et Maman Sidikou a soulevé ce point ce matin, si les milices communautaires sont autorisées à commettre des massacres à l’encontre d’autres communautés, j’ai bien peur que nous entrions dans un cycle perpétuel d'attaques, de représailles et de contre-représailles. Dans de telles circonstances, toutes nos paroles nobles sur le G5S ne compteront que bien peu. Nous sommes convaincus qu’il faut tout faire pour éviter l’aggravation de la situation, pour contrer et sanctionner ces milices avant qu’elles ne réussissent à nous plonger dans un cycle infernal.

Près d’un an après la signature de l’accord technique entre le G5S, l’UE et l’ONU, nous sommes très encouragés par l’engagement politique de chacun des cinq pays du Sahel et l’engagement technique de la Force conjointe en vue de démontrer que ce cadre réglementaire est indispensable pour la réussite globale des objectifs de la Force. Cependant, étant donné la multiplication inquiétante des défis sécuritaires, il est essentiel que nous profitions de ce consensus pour que l’année 2019 voit une accélération de la mise en œuvre des mesures et des mécanismes du cadre réglementaire. Je tiens également à souligner que nous sommes une multitude d’acteurs à vouloir offrir un soutien technique fondamental à la Force conjointe pour lui permettre de réaliser pleinement tous les aspects du cadre réglementaire. J’en appelle à tous pour renforcer nos efforts de coordination afin de parvenir, ensemble, à avoir un impact optimal en terme de soutien envers la Force conjointe.

Comme tous les participants l’ont noté, il est essentiel de souligner l’importance des aspects non militaires du travail de la Force conjointe, y compris l’intégration des Prévots au sein des bataillons, l’intégration d’une perspective hommes-femmes dans la doctrine et l’action de la Force conjointe, le strict respect de l’espace humanitaire et l’accélération des actions humanitaires et de développement avec le soutien des organisations internationales, ainsi que le traitement des détenus en accord avec les standards internationaux, en particulier en évitant la torture et les exécutions.

Pour conclure, je suis très encouragé par les interventions et les résultats de cette conférence. Il est absolument crucial que la Force conjointe atteigne ses objectifs. Nous sommes là sur le terrain, et depuis Genève et New York, pour vous assister, vous encourager, et surtout vous accompagner dans vos efforts inlassables pour stabiliser cette région. 

Je tiens enfin à remercier tout particulièrement les États membres du G5 Sahel qui nous ont soutenus depuis le début dans le cadre de ce projet de cadre réglementaire, mais aussi, bien entendu, l’Union Européenne sans le soutien de laquelle ce projet n’aurait pu voir le jour.