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Le Comité des droits de l'homme examine le rapport de l'Angola

Comité des droits de l'homme

8 mars 2019

Le Comité des droits de l'homme a examiné, hier après-midi et ce matin, le rapport présenté par l'Angola sur la mise en œuvre par ce pays des dispositions du Pacte international relatif aux droits civils et politiques

La délégation de l'Angola était dirigée par le Ministre de la justice et des droits de l'homme de l'Angola, M. Francisco Queiroz, qui a indiqué que la stratégie nationale des droits de l'homme de son pays avait été élaborée de concert avec la société civile et qu'elle était discutée actuellement au sein du Gouvernement en vue de son adoption formelle.  Il a aussi rappelé que le pays avait aboli la peine de mort avant même de devenir partie au Pacte.  Le ministre a fait valoir que l'indice de développement humain de l'Angola était en hausse, ainsi que l'espérance de vie, passée de 44 ans en 2000 à 61 ans aujourd'hui.  La lutte contre la corruption, l'impunité, le népotisme et le crime organisé constitue la principale priorité du Gouvernement actuel, qui a lancé l'opération «Transparence» à cette fin.  M. Queiroz a par ailleurs déclaré que, bien que la gestion des frontières et les migrations constituent un défi pour son pays, le Gouvernement n'a jamais érigé de barrière physique, ni d'obstacles empêchant le mouvement migratoire. 

L'importante délégation angolaise, forte de 18 membres, était également composée de la Secrétaire d'État aux droits de l'homme et à la citoyenneté, Mme Ana Celeste Januario; d'un Secrétaire d'État du Ministère de la communication sociale, M. Celso Domingo Malavoloneke; du Procureur général adjoint de la République; d'un conseiller du Président de la République; ainsi de hauts fonctionnaires des Ministères des relations extérieures; de l'intérieur; de la santé; de la culture; et de l'administrateur du Fond de l'environnement.  Elle a répondu aux questions des membres du Comité s'agissant, notamment, des ressources et des attributions du Médiateur; de l'importance du droit coutumier; de la lutte contre la corruption; de la politique de santé et de lutte contre l'épidémie de VIH/sida; des relations entre l'État et la société civile; des quotas en faveur des femmes; de la situation des réfugiés et demandeurs d'asile; de la lutte contre la violence domestique; de la situation de la communauté khoisane; du problème des mines antipersonnel; de la liberté de la presse; du recours excessif à la force par la police.  La délégation a insisté sur les progrès considérables accomplis par l'Angola en matière promotion et de protection des droits de l'homme.  Elle a attiré l'attention sur le fait que la lutte contre la corruption, une priorité gouvernementale majeure, n'épargnait pas les personnalités ayant exercé des postes élevés, voire la fonction suprême, l'extradition de l'ancien chef de l'État ayant été demandée au Portugal.

Tout en convenant d'une amélioration impressionnante de la situation des droits de l'homme en Angola, les membres du Comité ont relevé que le droit coutumier demeurait vivace, ce dont témoigne la prévalence des mariages précoces et de la polygamie.  Ils se sont alarmés des expulsions massives ayant visé des migrants congolais et d'une tendance au recours excessif à la force lors des manifestations.  Les entraves à la liberté de la presse ont aussi été pointés du doigt, ainsi que le caractère par trop restrictif qui régit l'interdiction de l'interruption volontaire de grossesse.

Les observations finales du Comité sur le rapport de l'Angola seront rendues publiques après la clôture de la session, qui se termine le 29 mars prochain.

La prochaine réunion publique du Comité aura lieu le lundi 11 mars dans l'après-midi, séance au cours de laquelle les experts entameront l'examen du rapport du Viet Nam (CCPR/C/VNM/3 – à paraître en français) qui doit se terminer mardi à la mi-journée.

Présentation du rapport de l'Angola

Le Comité est saisi du rapport de l'Angola (CCPR/C/AGO/2) et de ses réponses (CCPR/C/AGO/Q/2/Add.1) à une liste de points à traiter (CCPR/C/AGO/Q/2) que lui avait adressée le Comité.

M. FRANCISCO QUEIROZ, Ministre de la justice et des droits de l'homme de l'Angola, a indiqué que la stratégie nationale des droits de l'homme de son pays avait été élaborée de concert avec la société civile et qu'elle était discutée actuellement au sein du Gouvernement en vue de formaliser son adoption.  Depuis le « nouveau cycle politique inauguré par le Président João Lourenço en 2017 », un nouvel élan a été donné aux droits de l'homme, dont témoigne notamment la concertation avec les organisations les plus représentatives de la société civile, la diminution des peines de huit citoyens emprisonnés et la libération de quatre autres, reconnus coupables de crimes contre la sécurité d'État.  Une étude a par ailleurs été lancée visant à réparer les dommages subis par les victimes de la répression et par les manquements à la bonne gouvernance. 

S'il reste encore un long chemin à parcourir, le pays a réalisé des progrès concrets en matière de droits civils et politiques après quinze années de paix ayant succédé à 27 années d'une guerre dévastatrice, a déclaré le ministre.  Ainsi, l'indice de développement humain a augmenté de près de 9,5% entre 2012 et 2015, atteignant le niveau de 0,581 l'an dernier, soit un indice moyen selon les Nations Unies.  L'espérance de vie est passée de 44 ans en 2000 à 61 ans aujourd'hui. 

Le Ministre angolais de la justice a également fait valoir que le cadre légal de la promotion et de la protection des droits de l'homme avait connu une évolution importante avec l'adoption du Code pénal au début de cette année.  Aujourd'hui, la lutte contre la corruption, l'impunité, le népotisme et le crime organisé constitue la principale priorité du Gouvernement du Président Lourenço.  Le ministre a aussi évoqué les mesures visant à combattre et à éliminer la discrimination à l'égard des migrants et la perception négative à leur endroit. 

Bien que la gestion des frontières et les migrations représentent un défi pour le pays, le Gouvernement n'a jamais érigé de barrière physique ni d'obstacles empêchant le mouvement migratoire, a assuré M. Queiroz.  Quelque 161 000 étrangers sont en situation régulière dont plus de 65 000 sont des réfugiés et des demandeurs d'asile.  Ils sont traités avec dignité et leurs droits sont respectés.  Le Conseil national pour les réfugiés, organe interministériel qui collabore avec le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, est chargé de vérifier les conditions d'octroi du statut de réfugié.  Le pays a en outre créé un centre d'accueil des réfugiés et demandeurs d'asile.

L'an dernier, l'État a lancé une opération visant à lutter contre l'exploitation illégale des diamants, pour la protection et le contrôle des frontières et la prévention des sources de financement du terrorisme international et des groupes armés.  Cette opération, baptisée « Transparence » a aussi permis de lutter contre le crime organisé, les atteintes à l'environnement, le travail forcé et la criminalité économique. 

L'Angola a été confronté récemment aux actions d'un groupe de personnes qui a profité du libre exercice de la liberté de manifester et d'expression pour appeler à l'indépendance de la province de Cabinda.  Ceux-ci ont été traduits en justice car il s'agit d'un crime en vertu de la Constitution et des lois de la sécurité d'État.  M. Queiroz a appelé les États membres des Nations Unies « à ne pas encourager ce genre d'actes et à ne pas appuyer un quelconque type d'initiative indépendantiste » en Angola.

Le Ministre de la justice a ensuite souligné que les tribunaux angolais appliquaient les instruments juridiques internationaux.  La révision de la loi portant création du bureau du médiateur est en cours de manière à ce que cette institution soit conforme aux Principes de Paris.  Le ministre a aussi fait valoir que le nouveau Code pénal sanctionne par une peine de prison allant jusqu'à deux ans toute personne commettant un acte discriminatoire de quelque nature que ce soit.

Sur le thème de la lutte contre la discrimination à l'égard des femmes, M. Queiroz a notamment indiqué que les femmes représentaient 42% des fonctionnaires de la fonction publique, dont 35% occupent des postes de direction.  Il a aussi affirmé que la non-discrimination à l'égard des femmes était étroitement liée à la lutte contre la violence domestique, indiquant que plusieurs mesures avaient été prises dans ce domaine, notamment la création d'un bureau spécialisé auprès des tribunaux.  Il a aussi mentionné les mesures prises en faveur des quelque 650 000 personnes handicapées identifiées dans le pays, dont 44% de femmes.

Le ministre a déclaré que son pays attachait une grande importance à la valeur de la vie et a fait valoir que l'abolition de la peine de mort en Angola était antérieure à son adhésion au Pacte.  Le Code pénal consacre la protection de la vie intra-utérine en sanctionnant l'interruption volontaire de grossesse de deux à huit ans d'emprisonnement, à l'exception des cas dans lesquels l'intégrité physique ou mentale de la femme est engagée, lorsqu'il est attesté que le fœtus n'est pas viable, ou que la grossesse résulte d'un crime contre la liberté et contre la libre acceptation sexuelle et que l'avortement peut avoir lieu au cours des 16 premières semaines de grossesse.

S'agissant de la torture, des mauvais traitements et de la privation de liberté, diverses sanctions sont prévues à l'encontre des agents de la police qui se rendent coupables de méfaits.  M. Queiroz a indiqué que 79 cas ont été enregistrés en 2017, 186 l'an dernier.  En outre, le Code pénal prévoit de une à six années de réclusion pour le crime de torture.

La liberté d'expression est garantie en Angola, a déclaré le chef de sa délégation.  Il a tenu à préciser qu'aucun journaliste n'a été assassiné depuis près d'une décennie et qu'il n'y a eu aucun cas d'emprisonnement pour délit de presse.  Il a aussi attiré l'attention sur l'adoption, en début d'année, d'une loi sur la liberté de religion, de croyance et de culte.

« Nous continuerons à être engagés en faveur des droits de l'homme, politiques et civiques.  Nous connaissons bien la valeur et la portée de ces principes dans la dignité des Angolais et des Africains en général, même si, durant plus de cinq siècles, ces droits n'étaient pas reconnus par les autorités coloniales aux peuples africains colonisés », a conclu le ministre.

Examen du rapport 

Questions et observations des membres du Comité

Un membre du Comité s'est félicité d'une amélioration impressionnante de la situation des droits de l'homme en Angola depuis la présentation du premier rapport.  Toutefois, il a déploré des limites imposées aux prérogatives du Médiateur.  Certes, l'Angola a entrepris de dresser un bilan de l'action et du statut du Médiateur, mais ce processus est lent.  À la veille de la nomination d'un nouveau médiateur, l'expert a souhaité connaître le mode de sélection.  Après s'être interrogé sur l'ampleur de la concertation avec les organisations de la société civile, il a fait part de la déception du Comité face à la faible représentation d'organisations non gouvernementales angolaises à l'occasion du présent examen.

Une experte s'est intéressée à la mise en place de quotas en faveur des femmes dans les partis politiques, notant que ce genre d'initiative s'était fréquemment soldé par un échec dans d'autres pays, les formations ayant tendance à placer les femmes en fin de liste.  L'une des solutions pour y remédier consiste à faire alterner les deux sexes, a-t-elle suggéré. 

L'experte a demandé des informations s'agissant d'exactions présumées des militaires dans la province de Huambo en 2010 et dans le cadre de la lutte anti-insurrectionnelle menée contre le Front de libération de l'enclave du Cabinda.

Une autre experte a souhaité savoir si l'article du Code pénal sanctionnant la discrimination s'appliquait uniquement au milieu du travail.  Elle s'est félicitée de la dépénalisation des relations homosexuelles, tout en souhaitant savoir comment la société avait accueilli ce changement et si les textes contre la discrimination en général avaient effectivement des retombées concrètes.

Sur les questions relatives aux migrations, l'experte a demandé des détails sur les services dont sont susceptibles de se prévaloir les étrangers présents sur le territoire, notamment s'agissant de l'accès à la santé.  Elle a souhaité au passage avoir des données sur la lutte contre le VIH/sida et sur la prévalence de cette maladie en Angola, qui semble en forte progression. 

Un membre du Comité a noté que des expulsions massives accompagnées de violations des droits de l'homme avaient eu lieu l'an dernier à l'encontre de migrants majoritairement congolais.  Les responsables n'auraient pas été sanctionnés ni les victimes indemnisées. 

L'expert a par ailleurs relevé que le rapport faisait état d'une situation extrêmement préoccupante en ce qui concerne la pratique des mariages précoces et de la polygamie.  Existe-t-il un calendrier pour la réalisation de l'objectif visant à faire accepter au corps social l'application effective de la loi écrite en lieu et place des pratiques traditionnelles qui continuent de régir le mariage, a-t-il demandé.

Une experte a souhaité savoir où en était la législation sur l'interruption volontaire de grossesse.  L'attention de la délégation a été attirée à cet égard sur les effets néfastes sur la santé et la vie des femmes d'une interdiction par trop stricte de l'avortement. 

Une experte a demandé à la délégation si elle avait une explication quant au déclin de la communauté san.

Un membre du Comité, qui a souligné l'importance de ne tolérer en aucune manière la torture et les mauvais traitements, a demandé si les interrogatoires de la police étaient enregistrés.  Un autre s'est interrogé sur les limitations imposées au droit de manifester pacifiquement.  Des informations font état du recours excessif à la force, notamment l'utilisation de chiens, d'intimidations et de la détention arbitraire de manifestants pacifiques.  Il a mentionné l'enlèvement, la torture et l'assassinat présumés de deux citoyens - António Alves Kamulingue et Isaías Cassule - par les forces de sécurité en mai 2012 suite à la manifestation qu'ils avaient organisée à Luanda pour protester contre le non‑versement de salaires et de pensions de retraite.  Des enquêtes ont-elles été menées, des poursuites engagées et des condamnations prononcées ? Des réparations ont-elles été versées aux victimes et à leurs familles, a-t-il demandé.

Une experte a demandé si la sorcellerie des enfants était érigée en infraction.  Combien d'enfants sont-ils jugés, voire détenus, pour cette pratique, a-t-elle demandé, notant que le rapport estimait que cette pratique était en diminution. 

Une série de questions ont été posées sur les entraves à la liberté de la presse, une experte relevant que les médias angolais étaient en grande partie contrôlés par le Gouvernement et le parti au pouvoir, le Mouvement populaire de libération de l'Angola.  Les lois relatives à la communication sociale ont été approuvées à l'issue d'un débat semble-t-il sommaire − en dépit de l'opposition affichée par le syndicat des journalistes en raison des limites qu'elles imposent à la liberté d'expression.  La diffamation est-elle toujours considérée comme une infraction pénale ?

Un membre du Comité a posé une série de questions sur les mesures concrètes prises contre la traite des personnes.  Il s'est aussi inquiété des restrictions imposées aux organisations de la société civile. 

Un expert a demandé s'il existait des peines alternatives à la privation de liberté.  Existe-t-il des mesures visant à la réinsertion des condamnés afin d'éviter la récidive ?

Un autre membre du Comité a noté qu'il semblait y avoir un certain favoritisme bénéficiant aux personnes d'ascendance portugaise, au détriment des autochtones.  L'État a-t-il pris des mesures pour corriger ce travers ?

Réponses de la délégation

La protection des droits de l'homme est arrivée à un niveau bien supérieur à ce qui prévalait précédemment en Angola, a assuré la délégation qui s'est dit confiante que la situation continuerait encore de s'améliorer, s'agissant notamment de la persistance des mariages précoces ou de la polygamie en milieu rural.

Tout citoyen a la possibilité de se plaindre au Médiateur par simple courrier.  Celui-ci dispose d'une antenne dans cinq provinces sur les 18 que compte le pays.  Là où il n'est pas représenté, il est possible de passer par le Procureur de la République.  Des campagnes de sensibilisation sont menées dans les différentes langues nationales afin de faire connaître son existence et son rôle.  La procédure est en cours pour faire du Médiateur une institution nationale des droits de l'homme conforme aux Principes de Paris, a rappelé la délégation.

La colonisation a superposé ses propres normes sur celles que les Européens ont trouvées à leur arrivée.  Le droit coutumier est de fait toujours resté en vigueur et le défi aujourd'hui est de conduire des politiques qui, tout en faisant primer le droit positif universel, ménage le droit coutumier.  Les pays africains sont en quête d'un équilibre dans la cohabitation entre ces deux droits.  Il y a toutefois des limites à la reconnaissance du droit coutumier, que sont le respect de la Constitution et le respect de la dignité humaine.

Les réfugiés et demandeurs d'asile sont traités avec dignité en Angola, a assuré la délégation.  Elle a précisé que centre d'accueil des réfugiés et demandeurs d'asile était en cours de création.  Par ailleurs, un camp situé à Lovua, dans le nord du pays, accueille dans des conditions décentes quelque 13 000 réfugiés congolais.

En réponse à la question d'un membre du Comité, la délégation a expliqué que la loi contre la discrimination était générique: elle s'applique dans tous les cas et pas uniquement dans le milieu du travail.

La lutte contre la violence domestique est un des éléments clés de la politique gouvernementale dans le domaine judiciaire.  Dans un pays où la pauvreté est généralisée, la violence domestique est un phénomène courant dont les racines sont à chercher dans la précarité sociale.

La question de l'avortement divise la société, d'autant que les églises, très influentes dans le pays, y sont catégoriquement opposées.

La lutte contre la corruption est une des priorités gouvernementales, preuve en étant la multiplication des affaires instruites par la justice.  Ainsi, le fils de l'ancien chef de l'État est en prison, ainsi que d'anciens membres du Gouvernement, ce qui était inimaginable il y a quelques années.  Une ligne téléphonique dédiée a été créée pour permettre à toute personne de dénoncer anonymement des cas dont elle pourrait avoir connaissance.  Mais le pays est conscient que la répression ne suffit pas et que la prévention est tout aussi fondamentale.  La délégation a par ailleurs fait valoir que les conditions pour garantir le caractère équitable des appels d'offre ont été renforcées. 

L'Angola œuvre de concert avec le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) qui l'a assisté à élaborer un plan de lutte contre la corruption.  L'Angola a demandé l'extradition du Portugal de l'ancien Président, procédure qui devrait aboutir, celle-ci étant au stade de l'appel.  La question est de savoir s'il peut bénéficier d'une amnistie, sous réserve de l'ampleur des crimes susceptibles de lui être imputés.

Plus de 600 enquêtes pour des présomptions de corruption ont été ouvertes.  On s'attend à l'ouverture de procès concernant des personnes ayant occupé des fonctions élevées.  La magistrature n'est pas contaminée par la corruption, a assuré la délégation, qui a néanmoins reconnu que, par le passé, quelques juges avaient été sanctionnés quand ils n'avaient pas été exclus pour des faits de corruption.

La politique de santé vise à faire en sorte que la population ait accès à des services de qualité au niveau local.  La mortalité maternelle est de 239 pour 100 000, a indiqué la délégation.  Pour sa part, le taux de prévalence du VIH, autour de 2%, est l'un des plus bas d'Afrique australe.  L'Angola soutient par ailleurs la concrétisation d'ici à 2020 de l'objectif des « 90‑90‑90 » du Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida (ONUSIDA), qui consiste à faire en sorte qu'à l'horizon 2020, 90% des personnes vivant avec le VIH connaissent leur état sérologique, 90% de toutes les personnes infectées par le VIH dépistées reçoivent un traitement antirétroviral durable, et

90% des personnes recevant un traitement antirétroviral ont une charge virale durablement supprimée.

Pendant trop longtemps, les relations entre l'État et la société civile ont été conflictuelles, a reconnu la délégation.  Désormais, une dynamique est lancée afin de favoriser la concertation.  Un « forum de la société civile » a déjà été réuni à deux reprises, le second ayant permis de consulter les organisations intéressées sur le projet de rapport au Comité. 

En application de la loi sur les partis politiques, les femmes doivent représenter au moins 30% des candidats inscrits sur les listes présentées aux élections nationales, a fait valoir la délégation.  En outre, l'Angola a adhéré au Protocole sur le genre et le développement adopté par la Communauté de développement de l'Afrique australe, qui prévoit un quota de 50%.  À l'heure actuelle, les femmes représentent 37% des membres du Gouvernement, 16% des secrétaires d'État, deux des 18 gouverneurs de province, 30% des députés, 34% des magistrats du parquet, 38% des magistrats du siège et 49% des fonctionnaires du Ministère de la justice et des droits de l'homme.  Par ailleurs, près d'un avocat sur trois est une femme.  Il est envisagé à terme de remplacer les quotas en faveur des femmes par des critères tenant mieux compte de leurs compétences.  Si les hommes sont majoritaires dans les postes à responsabilité, la situation devrait s'inverser dans les vingt ans du fait que le niveau d'instruction des femmes ne cesse de progresser.  On peut même envisager que l'on aboutisse à terme à une société « matriarcale », a suggéré la délégation.

La communauté khoisane, qui fait partie des quatre groupes ethnolinguistiques du pays et qui est évaluée à 14 000 personnes, est majoritairement nomade.  Dans le cadre de l'assistance aux communautés traditionnelles, elle reçoit un soutien social de l'État en raison de l'extrême précarité de ses conditions de vie.  L'exode rural explique en partie qu'elle diminue numériquement.  Un programme d'accompagnement des enfants a été mis en place, principalement pour leur garantir des soins de santé.  Des équipes médicales mobiles accompagnent les nomades.

L'Angola reste un des pays les plus contaminés par les mines antipersonnel.  Alors qu'il s'était engagé à les éradiquer en 2013, il s'est vu contraint de demander une dérogation à la Convention d'Ottawa sur l'interdiction de l'emploi, du stockage, de la production et du transfert des mines antipersonnel et sur leur destruction, instrument dont il est signataire, pour reporter l'échéance d'abord à 2018 puis la repousser à 2025 en raison de l'ampleur considérable de la tâche qui reste à accomplir.  Les opérations de vérification et de déminage sont menées par l'Institut national de déminage en collaboration, notamment, avec une organisation non gouvernementale, mais aussi avec l'armée et la police des frontières et avec la coopération des habitants de différentes localités ayant signalé les zones où la présence de mines est avérée ou soupçonnée.  Elles ont permis de retirer plus de cinq millions d'explosifs grâce au travail de près de 4000 personnes, d'offrir une assistance aux victimes et d'organiser des activités de sensibilisation aux risques.

Par ailleurs, un programme de remise d'armes de petit calibre aux autorités est conduit par la Commission nationale pour le désarmement de la population civile, dont les activités sont coordonnées par le Ministère de l'intérieur.

Les forces de l'ordre sont tenues de respecter le principe de la proportionnalité.  Les responsables de bavures ou de recours excessif à la force ont été jugés et condamnés, notamment dans le cadre de la mort d'António Alves Kamulingue et Isaías Cassule.  Ces dernières années, plus de 1300 sanctions disciplinaires ont été infligées à des fonctionnaires du Ministère de l'intérieur, dont 759 renvois.  Près d'un cas sur trois était lié à des mauvais traitements ou des actes inappropriés.  La police nationale est l'organisme qui a été le plus sanctionné, le service de la protection civile et des sapeurs-pompiers, celui qui l'a été le moins.

S'agissant du système carcéral, l'Angola mène une politique de réinsertion des détenus afin qu'ils retrouvent une activité normale lorsqu'ils ont purgé leur peine.  Des programmes de formation professionnelle sont réalisés pendant la détention.  Tout est fait par ailleurs d'éviter, dans la mesure du possible, la détention préventive, qui est limitée à quatre mois et peut être reconduite pour une durée de deux mois supplémentaires.  L'âge de la majorité pénale est fixé à 16 ans mais tout est fait pour éviter la détention de jeunes de 16 à 21 ans. 

En réponse à une autre question des experts, la délégation a indiqué que la sorcellerie n'était pas un délit et que les mineurs ne sont pas poursuivis pour cette pratique, d'autant qu'ils en sont de fait des victimes.  Il est courant dans les zones rurales de croire que certains enfants sont ensorcelés.  Ces cas sont considérés par la justice comme un mauvais traitement, la garde des enfants pouvant être retirée aux parents.

S'agissant de la liberté de la presse, la délégation a expliqué que les journalistes étaient soumis à un code de déontologie.  Elle a énuméré le nombre de médias – écrits, radiodiffusés, électroniques – qui ont été officiellement enregistrés ces derniers temps.  L'accès à internet s'est grandement accru, le pays comptant quelque six millions d'utilisateurs.  Les critiques adressées par les médias au Gouvernement sont courantes, ce qui indique que la liberté d'expression est vigoureuse, preuve en étant que l'opposition a la parole dans les médias.

La délégation a également indiqué que toute personne, qu'elle soit journaliste ou non, est passible de poursuites pour diffamation, injures ou calomnie sur le fondement de dispositions de la Constitution et du Code pénal; elle peut en outre faire l'objet d'une procédure disciplinaire ou être poursuivie au civil.

EN réponse aux questions sur la liberté de manifester, la délégation a aussi indiqué que tout projet de manifestation devait être simplement notifié aux autorités; il ne s'agit pas d'une demande d'autorisation en tant que telle. 

S'agissant des privilèges dont jouiraient les personnes d'ascendance portugaise, le chef de la délégation a souligné la diversité de la population du pays, qui est pluriethnique et cohabite en bonne intelligence.  La couleur de la peau ou l'origine ne joue aucun rôle et le pays ne pâtit pas du racisme.  L'Angola n'a pas connu de régime tel que l'apartheid qui, ailleurs, a entraîné des souffrances et laissé des séquelles.

Conclusion

Le Ministre angolais de la justice et des droits de l'homme s'est félicité des échanges constructifs avec les experts, qui ne manqueront pas de favoriser la mise en œuvre des recommandations du Comité. 

Le Président du Comité a qualifié le dialogue avec la délégation de l'Angola de très franc et très ouvert.  M. Fathalla a émis l'espoir que d'ici le prochain examen, il serait possible d'enregistrer un certain nombre d'améliorations, s'agissant notamment du financement du Médiateur et de sa représentation dans toutes les provinces, de l'éradication du VIH/sida, de la lutte contre les mariages précoces.  Il a formulé le vœu que les organisations de la société civile disposeraient d'un plus grand espace d'expression. 

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Ce document est destiné à l'information; il ne constitue pas un document officiel
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