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Première présence du HCDH au Venezuela

Déclaration de Michelle Bachelet, Haute-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, à la fin de sa visite au Venezuela
 

Caracas, le 21 juin 2019

Bonsoir, et merci de votre présence.

Cette visite a été courte, mais cruciale pour moi : ce fut la toute première mission officielle d'un Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme au Venezuela. Je quitterai bientôt Caracas, mais je laisserai derrière moi une présence dans le pays – encore une fois, une première au Venezuela pour le Haut-Commissariat. Nous sommes parvenus à un accord avec le Gouvernement pour qu'une petite équipe de spécialistes des droits de l'homme soit basée ici, avec pour mandat de fournir une assistance technique et des conseils, ainsi que – et c'est important – de continuer à suivre la situation des droits de l'homme au Venezuela.

Je remercie le Gouvernement de son invitation ainsi que de son engagement et sa coopération avec le Haut-Commissariat, y compris avec l'équipe qui s'est rendue ici en mars de cette année. Avant ma visite, nous avons adressé un certain nombre de demandes au Gouvernement et nous avons maintenant convenu de plusieurs décisions, en plus de notre présence ici. Le Gouvernement s'est engagé à nous laisser mener une évaluation de la Commission nationale pour la prévention de la torture et à évaluer les principaux obstacles à l'accès à la justice dans le pays. En rencontrant des victimes et leurs familles, j'ai pu constater leur profond désir de justice pour les graves violations des droits de l'homme qu'elles ont subies. J'espère sincèrement que notre évaluation, nos conseils et notre assistance contribueront à renforcer la prévention de la torture et l'accès à la justice au Venezuela. Le Gouvernement a également convenu que mon équipe bénéficierait d'un accès sans restriction aux centres de détention pour pouvoir surveiller les conditions de détention et s'entretenir avec les détenus.  Il s'est engagé à œuvrer en faveur d'une plus grande implication et d'un accès plus large auprès des organes internationaux chargés des droits de l'homme, y compris des experts indépendants de l'ONU, connus sous le nom de Rapporteurs spéciaux.

Je salue la libération du législateur de l'opposition Gilbert Caro, qui était détenu par l'agence de renseignement SEBIN. Je salue également la libération de Melvin Farias et de Junior Rojas. Toutefois, j'ai appelé les autorités à libérer tous ceux qui sont détenus ou privés de leur liberté pour dissidence pacifique.

Ma visite avait pour but d'ouvrir une nouvelle voie permettant de collaborer plus étroitement avec les autorités et les institutions de l'État, la société civile et les victimes de violations des droits de l'homme. Je voulais écouter tous les acteurs et travailler avec eux dans le but d'assurer le respect, la promotion et la protection de tous les droits de l'homme de tous les Vénézuéliens.

J'ai rencontré le Président Nicolás Maduro Moros et plusieurs ministres et responsables gouvernementaux, dont le Ministre des affaires étrangères, le Ministre de la défense et le Ministre de l'intérieur, ainsi que des responsables dans différents domaines relatifs aux droits économiques, sociaux, civils, politiques et culturels. J'ai également rencontré le président de la Cour suprême, le procureur général et le médiateur. J'ai eu des entretiens avec le président de l'Assemblée nationale, Juan Guaido, et d'autres parlementaires de différents partis politiques, ainsi qu'avec le président de l'Assemblée constituante nationale.

J'ai également rencontré des victimes de violations des droits de l'homme et leurs familles. Un homme qui a raconté la torture, l'humiliation et le meurtre de son frère par des agents de sécurité des FAES lors d'une perquisition à son domicile  – et de nombreuses autres familles au cœur brisé dont les proches ont subi un sort similaire. Un père de famille qui a montré le trophée de basket-ball de son fils et les nombreuses médailles qu'il avait gagnées avant d'être tué alors qu'il participait à des manifestations. Une mère dont l'enfant de 14 ans a été abattu lors de manifestations le 30 avril dernier. Des personnes qui ont subi d'horribles tortures en détention. J'ai aussi rencontré des sympathisants du Gouvernement ayant également subi des violences. Une mère dont le jeune fils, un partisan du gouvernement, a été brûlé vif lors des manifestations de 2017 et a passé 15 jours à souffrir à l'hôpital avant de mourir. Une fille dont le père a été tué pour avoir défendu les droits des paysans d'accéder à la terre. Leurs histoires m'ont brisé le cœur. Ces personnes méritent toutes d'obtenir justice. Un prêtre catholique de l'Église pour les pauvres a expliqué avec émotion que ce sont les pauvres et les plus vulnérables qui sont les plus durement touchés. Il ne s'agit pas de politique, a-t-il dit, mais de la souffrance du peuple.

J'ai fait part de leurs préoccupations aux autorités compétentes et je me suis engagée à continuer d'en faire part et à plaider en faveur de la justice et pour qu'ils obtiennent réparation, quels que soient les auteurs de ces crimes. Je sais qu'il y a beaucoup d'autres victimes et de familles que je n'ai pas pu rencontrer, mais permettez-moi de dire ceci : votre lutte pour la justice est importante non seulement à cause de ce que vous avez vécu, mais aussi à cause de ce que cela signifie pour tous les Vénézuéliens. Vous n'êtes pas seuls.

J'ai entendu les voix des manifestants qui militent pour la protection de leurs droits et de ceux qui demandent réparation pour les préjudices qu'ils ont subis. J'ai rencontré des représentants de la société civile, des syndicalistes, des dirigeants religieux, des membres du monde des affaires et des universitaires de tous horizons, ainsi que des représentants de la communauté internationale et des organismes des Nations Unies ici présentes.

Ils ont tous indiqué à quel point la situation humanitaire au Venezuela s'est détériorée, notamment en ce qui concerne les droits à l'alimentation, à l'eau, à la santé, à l'éducation et autres droits économiques et sociaux. Le Gouvernement a lancé des projets visant à assurer l'accès universel aux programmes sociaux, auxquels il a consacré 75 % du budget national.  Cependant, nous avons entendu des travailleurs vénézuéliens à plein temps – dont beaucoup dans le secteur public – qui ont à peine les moyens de se procurer des médicaments et une nourriture adéquate.

La situation sanitaire reste très critique en raison de multiples facteurs, tels que la pénurie de médicaments et d'équipements, l'exode des professionnels de la santé, la dégradation de la qualité de l'eau et des installations sanitaires, ainsi que les fréquentes coupures de courant. Le coût et le manque de disponibilité des modes de contraception de base dans les pharmacies ont contribué à l'augmentation des grossesses chez les adolescentes, et les taux de mortalité maternelle et néonatale sont également en hausse. Des professionnels de la santé m'ont décrit comment l'équipement médical, comme les appareils de radiologie, se fait rare ou tombe en panne, et ceux qui vivent avec des maladies chroniques m'ont parlé de l'absence de médicaments vitaux. J'ai demandé au Gouvernement de veiller à ce que les données essentielles relatives aux soins de santé et aux autres droits économiques et sociaux soient mises à la disposition de tous les acteurs pour leur permettre d'évaluer et de gérer correctement la situation.

Les causes de cette immense crise économique, qui s'est considérablement aggravée depuis au moins 2013, sont multiples et j'ai discuté avec l'État de la nécessité de s'y attaquer en priorité avec le soutien des organismes des Nations Unies qui ont récemment pu renforcer leur présence au Venezuela. Je crains que les sanctions imposées cette année par les États-Unis aux exportations de pétrole et au commerce de l'or n'exacerbent et n'aggravent la crise économique préexistante.

Notre rapport sur la situation des droits de l'homme au Venezuela, requis par le Conseil des droits de l'homme des Nations Unies à Genève et qui doit être présenté le 5 juillet 2019, contiendra davantage d'informations factuelles et d'analyses objectives concernant toutes les questions relatives aux droits de l'homme que j'ai soulevées précédemment, ainsi que des recommandations constructives sur la voie à suivre.

En cette période de grave crise économique, sociale et politique, j'ai appelé les dirigeants de tous les horizons à essayer de trouver un moyen pour que le Venezuela puisse faire face aux défis et à la souffrance de son peuple. Toutes les voix doivent être entendues. Les crises ne peuvent être résolues que par la participation et l'inclusion significatives et sincères d'acteurs issus de divers secteurs de la société.

J'ai lancé un appel à tous les dirigeants politiques pour qu'ils participent de manière constructive aux discussions organisées par la Norvège et aux autres efforts de ce type pour régler la situation politique actuelle au Venezuela.  Le sort de plus de 30 millions de Vénézuéliens repose sur la volonté et la capacité des dirigeants de faire passer les droits fondamentaux du peuple avant toute ambition personnelle, idéologique ou politique.  Je comprends le scepticisme qui règne au Venezuela quant à la possibilité que de telles discussions aboutissent, mais la situation désastreuse dans laquelle le pays se trouve exige de ses dirigeants qu'ils soient déterminés à essayer. Si chacun campe sur ses positions, la crise ne fera que s'aggraver, et le peuple vénézuélien ne peut se permettre une nouvelle détérioration de la situation dans ce pays.

J'appelle à des mesures audacieuses pour trouver un compromis, afin de remplacer les victoires à court terme pour des gains à moyen et long terme qui seront bénéfiques à l'ensemble du pays. Les discussions peuvent aboutir, à condition qu'elles soient inclusives et que les parties concernées répondent à l'urgence réelle pour garantir leur succès.

Le HCDH est prêt à contribuer à faire en sorte que les droits de l'homme de tous les Vénézuéliens soient pleinement protégés, notamment grâce à notre présence ici, qui sera en mesure d'apporter des conseils et de travailler avec les institutions publiques, la société civile et le système des Nations Unies. 

FIN

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